Pascal Perrier


2016

La parole est souvent décrite comme une mise en séquence d’unités associant des représentations linguistiques, sensorielles et motrices. Le lien entre ces représentations se fait-il de manière privilégiée sur une unité spécifique ? Par exemple, est-ce la syllabe ou le mot ? Dans cette étude, nous voulons contraster ces deux hypothèses. Pour cela, nous avons modifié chez des locuteurs du français la production de la syllabe « bé », selon un paradigme d’adaptation auditori-motrice, consistant à perturber le retour auditif. Nous avons étudié comment cette modification se transfère ensuite à la production du mot « bébé ». Les résultats suggèrent un lien entre représentations linguistiques et motrices à plusieurs niveaux, à la fois celui du mot et de la syllabe. Ils montrent également une influence de la position de la syllabe dans le mot sur le transfert, qui soulève de nouvelles questions sur le contrôle sériel de la parole.
La prise en compte des informations auditives et proprioceptives dans le contrôle de la parole est mise en évidence par un nombre croissant de résultats expérimentaux. Cependant, les modèles de production imposent le plus souvent l’une ou l’autre des modalités, ou n’offrent pas de cadre formel pour évaluer leurs contributions respectives. Nous proposons d’explorer le rôle de ces modalités sensorielles dans la planification des gestes de parole à partir d’un modèle bayésien représentant la structure des connaissances mises en jeu dans cette tâche. Le modèle permet d’envisager trois mécanismes de planification, reposant sur la modalité auditive, proprioceptive ou sur les deux conjointement. Nous comparons des simulations obtenues par les deux premiers mécanismes de planification. Les résultats indiquent des réalisations articulatoires différentes mais donnant néanmoins des réalisations auditives qualitativement similaires dans leur variabilité.

2012