Or

L'or est l'élément chimique de numéro atomique 79, de symbole Au. Ces initiales choisies par Berzélius viennent du mot latin aurum.
Le corps simple or est un métal noble, un métal précieux coloré précisément en "jaune d'or", matière pur dense, très ductile et molle, facile à travailler, parfois simplement à la main et au bâton, connue de toute antiquité, appréciée pour son fort éclat de "petit soleil", en particulier sous forme de diverses parures depuis la fin du néolithique (début du chalcolithique) ou de pièces de monnaie depuis l'Antiquité, très recherché, avec l'argent, depuis les temps historiques pour sa fonction monétaire déterminante.
Le nom de l’"or" et le symbole "Au" viennent du latin "aurum", de même signification, qui a donné l'adjectif "aurifère" qualifiant une matière ou un corps contenant de l'or. Dans les anciens textes français, on le trouve parfois sous l'acception « aur » ; germ. "gold", "geld", "gyld". L'or symbolise souvent une émanation d'une matière céleste et solaire. La Nubie est le pays de l'or (nub) conquis par la violence par les anciens Égyptiens.
L'or est le troisième élément du premier groupe secondaire p. Sa structure électronique atomique correspond à [Xe] (4f) (5d) (6s). 
Du point de vue chimique, l'or est un métal de transition susceptible de former des cations mono- et trivalents en solution. Il est moins réactif que la plupart des autres métaux de transition, mais est attaqué par l'eau régale en donnant de l'acide chloraurique , ainsi que par les solutions alcalines de cyanure, mais pas par les acides chlorhydrique HCl, nitrique ni sulfurique . Comme le plomb, il se dissout dans le mercure en formant un amalgame, mais ne réagit pas avec ce métal. L'or étant insoluble dans l'acide nitrique, qui dissout pourtant l'argent et les métaux communs, cette propriété permet de le séparer et de le purifier.
L’art du travail de l’or est l’orfèvrerie.
L'or trouve des applications industrielles en odontologie et en électronique, en raison de sa très bonne tenue face à la corrosion et de son excellente conductivité électrique, mais sa principale utilisation demeure la thésaurisation. Les banques centrales du monde cumulaient ainsi d'or en juin 2010, dont près de 40 % détenus dans la zone euro et 30 % par les États-Unis (la Chine ayant exprimé son intention de porter ses réserves à ), tandis qu'environ d'or seraient détenues au titre de l'épargne privée en Inde.
Un des plus vieux objets en or en Bulgarie actuelle a été mis au jour dans la nécropole de Varna. Il est daté du milieu du .
En dehors de l'Égypte et du Moyen-Orient qui l'impose précocement dans un rôle monétaire, l'Homme utilise l'or de façon significativement importante en Europe l'or depuis le , les tombes collectives révèlent des pièces d'orfèvrerie ouvragées, sous forme d'enroulement, de perles annulaires et de fils d'or , autant de probables reliquats d'objets luxueux.
Au Chalcolithique, à la fin de la Préhistoire, les parures en or des peuples atlantiques, probables symboles de pouvoir, mêlent des perles hélicoïdales, des lunules, des colliers à lamelles découpées aux armes et pointes de flèches. À l'âge du bronze, une diversification des objets est constaté, il existe des diadèmes, des torques et des bracelets avec de la vaisselle. L'essentiel des découvertes est apporté par la fouille de tombes individuelles, par exemple celles des "princes armoricains" à urnes de bronze. Par ailleurs, la thésaurisation de l'or par enfouissement, offrande ou cachette provisoire de trésor paraît croissante, ce sont des dépôts indépendants de l'art funéraire. À l'âge du bronze moyen, les dépôts d'ors (sic) sont communs alors que les vrais bijoux d'or disparaissent des sépultures, comme le prouvent les tombes du midi français ou les tumuli de la forêt de Haguenau. Au bronze final, sur de vastes pans de territoires européens, s'observent une raréfaction des dépôts d'ors alors que les reliquats funéraires sont insignifiants ou rares. Au début de l'âge du fer, l'emploi de l'or semble plus réduit ː les tumuli des territoires celtes de la période Hallstatt en Allemagne du sud, France de l'Est, Suisse... livrent toutefois communément des coupes en or, des armes à incrustations d'or. À la fin de cette période, surtout après 550 avant J.-C., des tombes princières appartenant à une aristocratie commerciale apparemment établie, tombes parfois à char de parade ou à coque de navire protectrice que longtemps les archéologues ne peuvent concevoir également masculines, livrent de rutilants objets en or, placés à côté de vaisselles imposantes de bronze, de plaques de ceintures ou pièces également en bronze, et de diverses armes en fer dont des poignards ou de fer de lance. Lors de la période de la Tène, les tertres princiers se raréfient, tout en gardant des objets typiques en or, en fer et en bronze. 
Du point de vue de l'histoire des techniques, c'est un des premiers métaux colorés reconnus par le métallurgiste de l'Antiquité avec le cuivre et les bronzes (sic).
L'or semble servir presque partout dans les grandes civilisations à la parure des puissants et aux cérémonies religieuses. L'assimilation de l'or au disque solaire divinisé en est peut-être un des leviers communs les plus puissants. On retrouve des amulettes en or dans les tombes égyptiennes à chacune des grandes époques de l'Égypte antique. Les plus puissants, tels Toutânkhamon et Ramsès, se firent enterrer avec des masques mortuaires en or et autres parures.
Les quantités disponibles étaient très faibles. En Égypte, on extrayait l'or dans des endroits désertiques et sans eau au prix du sacrifice de nombreux travailleurs (il n'y avait pas d'esclaves dans l'Égypte ancienne). Les grandes puissances s'assuraient de l'or par l'intermédiaire des tributs ou par la victoire militaire. La victoire sur les Hyksôs assura ainsi de larges quantités d'or au pharaon. On retrouve à travers toute l'histoire des victoires « auréolées » : de celle de Trajan vainqueur des Daces, au début du rapporte à Rome un butin faramineux : d'or et d'argent (on parle depuis de « l'or des Daces ») jusqu'à celle de Bismarck qui établit le système monétaire de l'Allemagne sur la rançon de d’or (cinq milliards de francs-or, soit ) payée par la France après la défaite de 1871.
Durant l'Antiquité, les rois lydiens ont frappé la première monnaie classique de l'histoire, c'est-à-dire des pièces aplaties de forme ronde, à avers et revers de la numismatique traditionnelle, avec ici un motif type de la tête de lion entre le et le , les numismates débattant entre les dates variant de 700 à . Il s'agissait de pièces en électrum, un alliage naturel d'or et d'argent, ces pièces contenant entre 50 et 60 % d'or : les pièces les plus lourdes, les statères (signifiant « balance » ou « étalon de valeur »), pesaient environ , les fractions de statères avaient des poids et des valeurs diverses, notamment les tiers de statère ou "trités" qui étaient parfois criblés d'estampilles. L'or sortait du temple et du palais pour servir à l'usage des particuliers. Cet usage se répandit ensuite en Perse, en Grèce centrale, puis dans l'ensemble du monde antique durant la période hellénistique à côté des monnaies d'argent, de bronze et de cuivre de moindre valeur. L'or fut continûment utilisé comme monnaie en Occident jusqu'en 1973, date à laquelle il a été dépouillé de son dernier rôle monétaire, comme monnaie de réserve internationale.
L'utilisation religieuse de l'or persiste néanmoins pendant des siècles. L'auréole des saints a pour étymologie "aureola", l'or en latin. Les Germains enterraient leurs chefs avec une pièce d'or dans la bouche à l'instar des Grecs. Les bijoux en or se retrouvaient principalement dans les hautes classes de la société sur les armes, les fibules, les boucles, les bagues et les sceaux. La vaisselle en or était à la fois un apparat et une réserve monétaire.
Les conquêtes sassanides puis arabes compliquèrent l'accès à l'or en Occident, le bimétallisme or/argent jusqu'alors dominé par la monnaie en or fut dépassé en masse par l'argent vers le . La diffusion de l'or dans le monde occidental connut un renouveau d'abord en Méditerranée au , puis au à l'initiative de Venise qui fonda sa fortune sur l'arbitrage entre la forte demande d'argent de l'Orient et la forte demande d'or de l'Occident.
Les taxes de compensation dans les codes germaniques étaient appelées "wergeld", le « prix de l'homme ». Les Vikings soumirent les États attaqués à un tribut appelé "danegeld", « l'or des Danois ».
De la plus haute Antiquité, en passant par le Moyen Âge et la Renaissance, les alchimistes tentèrent en explorant la chrysopée de créer de l'or à partir d'autres matières comme le plomb ou du mercure. C'est la transmutation des métaux vils en or. Ils pensaient obtenir ce résultat en utilisant la mythique pierre philosophale. En alchimie, le symbole de l'or est un point entouré d'un cercle.
La recherche d'or constitua l'une des raisons de la rapidité de la conquête du continent américain. Ainsi, Hernán Cortés entreprit la conquête de l'Empire aztèque, situé au Mexique notamment pour s’emparer de l’or que possédait l'empereur aztèque. Hernán Cortés envoya une grande quantité de ce précieux métal à Charles Quint, roi d'Espagne, dont une partie sous forme de bijoux, mais la plupart furent fondus pour financer les guerres menées par l’Espagne. Le roi d’Espagne prélevait le "quinto real" (c'est-à-dire un cinquième de l'or extrait). L'or affluant depuis les mines du Nouveau Monde provoqua la richesse de l'Espagne et du Portugal au début de la période moderne, avant de profiter aux autres États européens qui surent mieux le capter, tels la France et la Grande-Bretagne. À la même époque se diffuse la légende de l’Eldorado.
La découverte et l'exploitation des mines d'argent du Potosi a ruiné l'exploitation coûteuse et technique des mines d'argent européennes, en diminuant le déséquilibre né de l'excès d'or consécutif à la violente conquête américaine.
L'or devient le pilier des politiques monétaires, comme en 1640 sous Louis XIII quand le Louis d'or devient le symbole international des placements refuge, grâce à son inventeur Claude de Bullion (1569–1640), qui donne son nom au marché des métaux précieux de Londres.
Sur l'or a reposé le système de l'étalon-or avant l'abrogation des accords de Bretton Woods, en 1971.
Pour autant, l'or américain reste trop rare, comme le prouve sous Louis XVI l'emballement spéculatif des années 1780 pour les actions de la Banque de Saint-Charles de Madrid, qui profitent de la pénurie de monnaie métallique, au point d'embarrasser le ministre des finances Calonne, qui avait fait racheter par le Trésor royal des actions de cette banque, dont il a été lui-même actionnaire.
Les ruées vers l'or, en anglais "gold rush" ont marqué l'histoire planétaire de l'économie monétaire bien après le désenclavement du monde au début des Temps modernes. Mentionnons parmi les principales, le Brésil des Minas Gerais entre 1725, la Russie et ses marges de l'Oural en 1750 et de la Sibérie en 1840, l'Australie en 1840, la Californie en 1848, l'Alaska et le Klondike, ainsi que l'Afrique du Sud en 1885.
Au milieu du , une ruée vers l'or se déclare en Californie et contribua pour une part à la conquête de l'Ouest américain et à la croissance démographique et économique de nombreuses villes californiennes, dont San Francisco. Les cités minières construites en des endroits trop reculés furent abandonnées dès que le filon à l'origine de leur richesse vint à se tarir. Ces cités sont aujourd'hui ce qu'on appelle des cités fantômes, vides de population, mais dont les murs tiennent parfois encore debout, préservés par l'aridité du climat local. Les États-Unis restaient le deuxième pays producteur d'or dans le monde en 2004.
La première nucléosynthèse artificielle de l'or date de 1941. Elle consista à bombarder du mercure avec des neutrons. Mais les isotopes d'or obtenus étaient tous radioactifs. Le coût de production étant bien plus élevé que le prix de l'or, cette méthode de production n'est pas viable commercialement — les atomes de mercure devant être modifiés un à un.
L'or a servi d'étalon monétaire exclusif (l'étalon-or), d'abord au Royaume-Uni puis dans le monde entier après l'abandon du bimétallisme or-argent dans les années 1870. La guerre de 1914 met fin à ce système qui ne put jamais être remis en place. Avec les accords de Bretton Woods, en 1944, c'est un étalon de change or ("Gold Exchange Standard") qui est mis en place. Le dollar est défini en un certain poids d'or et les autres monnaies en dollar. En 1971, les États-Unis suspendirent la convertibilité du dollar en or et en 1976, les accords de la Jamaïque entre les pays du FMI démonétisent l'or qui dès lors n'a plus de rôle monétaire officiel.
L'or est néanmoins resté à titre de précaution dans les réserves des principales banques centrales. La plus grande réserve mondiale d'or monétaire se trouve aux États-Unis, il s'agit de la réserve fédérale de New York ("Federal Reserve Bank of New York"), pourtant moins célèbre que celle de Fort Knox, dans le Kentucky. En 1995, les réserves d'or dans les banques du monde entier se montaient à environ 910 millions d'onces ce qui représente un cube d'environ d'arête.
L'or conserve un rôle économique non négligeable. Il est coté dans les principales bourses occidentales, New York, Londres, Tokyo. Les transactions qui s'opèrent sur cette valeur, notamment en temps de crise, sont considérées comme un baromètre économique important.
L'or conserve, en outre, ses fonctions artistiques dans les médailles, les bijoux, ou la dorure. Ainsi de nombreux ateliers de dorure tels que les ateliers Leonis perpétuent la tradition d'une dorure à la feuille ou au mercure. Un seul gramme d'or peut former dans des mains expertes un fil fin de de longueur et couvrir une superficie de en étant aplati en une feuille d'épaisseur . Cette propriété est possible grâce à l'obtention de lames dont l'épaisseur est inférieure à un dixième de micromètre. L'or s'est également développé dans un rôle technique dans de nombreuses productions, notamment les produits électroniques.
Son pouvoir symbolique reste fort : les sports modernes utilisent l'or comme récompense suprême lors des différentes compétitions (médailles d'or aux Jeux olympiques, Ballons d'or en football, etc.). La thésaurisation en or résiste à la démonétisation, et représente une épargne de précaution.
Le 25 avril 2011, l'or atteint un niveau de , un record dû à l'incertitude de l'économie mondiale, l'or servant de valeur refuge face aux crises boursières.
Le 6 septembre 2011, le cours de l’or a atteint un nouveau sommet historique de l’once, et la tendance engendre, notamment en France, une apparition de nouvelles filières d'achat/vente qui troublent une profession d'ordinaire assez traditionnelle.
L'or possède 37 isotopes connus, de nombre de masse variant entre 169 et 205, et 34 isomères nucléaires. Parmi ces isotopes, un seul est stable et représente la totalité de l'or naturellement présent, Au, faisant de l'or un élément mononucléidique ainsi que monoisotopique. Depuis que le bismuth est considéré comme n'ayant plus aucun isotope stable (le bismuth 209 étant très légèrement radioactif), c'est même l'élément monoisotopique le plus lourd. La masse atomique standard de l'or est donc la masse atomique relative de Au, soit .
L'or est issu de la nucléosynthèse stellaire réalisée par des générations successives d'étoiles depuis une douzaine de milliards d'années. En particulier, deux hypothèses expliqueraient la formation d'or par processus r au sein des étoiles : le premier lors de l'explosion d'une supernova, le second lors de collisions ou fusions de deux étoiles à neutrons. Une simulation numérique réalisée en 2011 s'appuyant sur cette dernière hypothèse indique qu'elle permettrait d'expliquer l'abondance mesurée des noyaux d'or. Sa nature géochimique étant nettement sidérophile, comme le sont les métaux du groupe du platine, il se concentre dans le noyau de la Terre et demeure très rare dans l'écorce terrestre, où il s'accumule là où circulent des fluides chauds issus du manteau. Cependant, certaines études montrent que la concentration en or dans la croûte terrestre est entre cent et mille fois trop élevée par rapport à ce qu'elle devrait être ; l'or présent dans la croûte terrestre proviendrait donc du grand bombardement tardif, qui eut lieu il y a d'années