Génocide arménien

Le Génocide arménien ( : ' en arménien, ' en turc) est un génocide perpétré d'avril 1915 à juillet 1916, voire 1923, au cours duquel les deux tiers des Arméniens qui vivent alors sur le territoire actuel de la Turquie périssent du fait de déportations, famines et massacres de grande ampleur. Il est planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l'époque, le Comité Union et Progrès (CUP), plus connu sous le nom de « Jeunes-Turcs », composé en particulier du triumvirat d'officiers Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha, qui dirige l'Empire ottoman alors engagé dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Empires centraux. Il coûte la vie à environ un million deux cent mille Arméniens d'Anatolie et d'Arménie occidentale.
Les déportations et massacres sont préparés et organisés depuis Constantinople, alors capitale de l'Empire, et mis en œuvre à l'échelle locale par les responsables des divers districts et provinces. Chaque responsable local est chargé de rassembler ses administrés arméniens, puis les soldats et gendarmes ottomans escortent les convois jusqu'au désert dans des « marches de la mort » et procèdent eux-mêmes aux assassinats ou laissent libre cours à la violence de groupes de bandits armés majoritairement kurdes. De nombreux criminels, regroupés dans ce qui sera connu comme l'« Organisation spéciale », ont été libérés par les autorités à cette fin.
Sa reconnaissance politique à travers le monde fait encore l'objet de débats et de controverses, à cause de la négation de ce génocide, notamment en Turquie. En octobre 2015, le génocide est reconnu par les parlements de vingt-neuf pays.
La situation précédant le génocide permet en théorie de comprendre ce qui s'est passé et quelles en ont été les conséquences. Toutefois, les données démographiques sur la population arménienne vivant dans l'Empire ottoman avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale ne concordent pas, que l'on prenne celles du patriarcat arménien de Constantinople (plus élevées) ou celles, officielles, des autorités ottomanes (plus modestes).
La plupart des estimations considèrent qu'entre un million et demi et deux millions et demi d'Arméniens vivaient dans l'Empire ottoman avant le génocide.
Le patriarcat arménien a procédé à plusieurs recensements durant les dernières décennies du : trois millions d'Arméniens selon les statistiques apportées par la délégation arménienne au congrès de Berlin (1878), deux millions six cent soixante mille selon une nouvelle statistique datant de 1882. Finalement, les sources du patriarcat arménien donnent une population arménienne d'environ deux millions cent mille personnes à la veille de la Première Guerre mondiale. Entre-temps avaient eu lieu les massacres hamidiens, les massacres de Cilicie et plusieurs vagues d'émigration, ce qui explique la démographie décroissante.
Si l'on prend les statistiques officielles ottomanes, on constate que le recensement de 1844 porte à près de deux millions le nombre d'Arméniens pour la seule Turquie d'Asie. Vingt ans plus tard, soit en 1867, le gouvernement ottoman fait publier le nombre de deux millions d’Arméniens en Turquie d'Asie et quatre cent mille en Turquie d'Europe, soit un total de deux millions quatre cent mille. Puis, on constate que les Arméniens et leur poids démographique deviennent un sérieux problème lors des négociations en 1878 du traité de San Stefano et du congrès de Berlin : en effet, la possible autonomie de l'Arménie est évoquée pour la première fois. Le gouvernement ottoman présente alors des nombres réduits de près de la moitié, soit entre un million cent soixante mille et un million trois cent mille Arméniens vivant sur le territoire ottoman. Il s'agit désormais pour le gouvernement de minimiser l'importance de cette minorité qui attire par intermittence l'attention de la communauté internationale et qui revendique de plus en plus énergiquement le respect de ses droits tels que définis par les traités puis par la constitution ; désormais, les chiffres divergeront toujours grandement entre les sources arméniennes et ottomanes. Auparavant, la logique était différente : plus il y avait d'Arméniens, plus les autorités pouvaient exiger d'impôts selon le système du millet.
Citons encore un dernier chiffre, celui révélé par le carnet personnel de Talaat Pacha faisant état de un million six cent dix-sept mille deux cents Arméniens en 1914, un chiffre bien supérieur aux statistiques officielles ottomanes de l'époque.
Le est caractérisé par un mouvement d'émancipation des minorités de l'Empire ottoman, marqué par la guerre d'indépendance grecque de 1821 à 1830, les soulèvements dans les Balkans qui conduisent à l'indépendance de la Roumanie en 1851, la Bulgarie et la Serbie en 1878. Ces mouvements conduisent aux traités de San Stefano et de Berlin en 1878 à la suite de la Guerre russo-turque de 1877-1878, qui entérinent l'indépendance des Balkans ainsi que le démembrement de l'Empire ottoman dans sa partie européenne et dans lesquels .
En cette fin du , les Arméniens de l'Empire ottoman prennent conscience de l'inégalité de leurs droits face aux autres citoyens ottomans. À la suite de la non-mise en place des réformes promises par les traités de 1878, des groupes arméniens, la plupart du temps révolutionnaires, se forment. Ils dénoncent les méthodes du sultan, exigent l'application des réformes et veulent la liberté pour tous ainsi que l'égalité entre Arméniens et musulmans. Le parti armenakan est créé en 1885, le parti hentchak (« la cloche ») en 1886 (ou 1887), de tendance socialiste, et la Fédération révolutionnaire arménienne dashnak en 1890 (de tendance relativement indépendantiste). Les adhérents de ces partis ramènent l'espoir chez les Arméniens de l'Empire ottoman (principalement paysans). À l'inverse, l'émancipation voulue par ces partis va être l'un des principaux motifs pour l'Empire de massacrer les Arméniens. Des soulèvements de faible ampleur se produisent dans des vilayets dans lesquels beaucoup d'Arméniens vivent — Zeïtoun par exemple — mais la répression ottomane est sanglante et se termine par des massacres, préludes du génocide.
Dès la fin du , un groupe d'opposants au sultan Abdülhamid II se forme et donne naissance au Comité Union et Progrès (CUP), composé essentiellement de nationalistes ou de progressistes turcs, les « Jeunes-Turcs ». Le CUP reçoit le soutien de nombreux mouvements représentant les minorités de l'Empire, y compris des mouvements indépendantistes ou autonomistes arméniens comme le Dashnak. Cependant, cette alliance de circonstance trouve sa limite dans une question cruciale, celle de la création d'un État arménien autonome ou indépendant. Les Jeunes-Turcs parviennent à renverser le sultan en 1908 avec l'aide des mouvements minoritaires, et dirigent alors l'Empire ottoman. Les minorités font leur entrée au parlement, les communautés fraternisent. Aux marches de l'Empire, elles réclament bientôt leur indépendance et obtiennent le soutien des démocraties occidentales.
Néanmoins, le CUP n'acceptant pas la création de l'État arménien, les mouvements indépendantistes cessent de lui apporter leur soutien et cherchent alors à nouer d'autres alliances dans la région, notamment auprès des Russes. Inspiré par le positivisme et le darwinisme social, le CUP développe peu à peu une idéologie nationaliste turquiste qui gagne l'élite ottomane, poussée par une aile radicale en panturquisme, ressuscitant même le mythe du pantouranisme. Les jeunes turcs imposent une assimilation forcée aux différents peuples qui composent ce qui reste de l'Empire et on passe progressivement d'un système impérial, multi-national, multi-ethnique, pluriculturel à un système d'État-nation. Victimes de ce nationalisme et du panturquisme, les Arméniens, qui sont une composante démographique importante de l'Empire, deviennent les ennemis de l'intérieur et sont un obstacle majeur à l'unification ethnique des Turcs en Anatolie et à leur expansion dans les pays de langue turque d'Asie centrale, une aire géographique décrite par Ternon comme un du panturquisme. Dans ce contexte, les dirigeants du mouvement jeune turc passent progressivement d'un bord politique légaliste et intellectuel à un bord nationaliste, militaire et violent. En 1909, les massacres de Cilicie, dans lesquels sont impliqués des Jeunes-Turcs, vont semer encore plus le doute au sujet des intentions des Jeunes-Turcs envers les Arméniens.
Les massacres hamidiens, de 1894 à 1896, constituent le prélude au génocide, la première série d'actes criminels de grande ampleur perpétrés contre les Arméniens de l'Empire ottoman. Ils ont lieu sous le règne du sultan Abdülhamid II, connu en Europe sous le nom du « Sultan rouge » ou encore du « Grand Saigneur », qui ordonne en personne les massacres à la suite du refus des Arméniens de Sassoun de payer la double imposition entre juillet et septembre 1894. Les Kurdes, assistés par les "hamidiés", régiments de cavalerie kurde, venus en renfort, assiègent puis massacrent du 18 août au 10 septembre 1894 la population arménienne de Sassoun, démarrant une vague de massacres à travers tout l'Empire Ottoman qui durera jusqu'en 1896.
En France, Jean Jaurès dénonce le massacre des populations arméniennes ainsi que l'indifférence du gouvernement français, qualifiée de par Anatole France, dans un discours à la Chambre des députés le . Le Royaume-Uni, menant une politique plus active, fait pression sur le gouvernement ottoman pour obtenir l'application de l'article 61 du traité de Berlin, et en octobre 1895 le premier ministre, Lord Salisbury, est favorable à une intervention militaire contre l'Empire ottoman, malgré l'opposition de l'amirauté qui craint de lourdes pertes pour la marine anglaise. La Russie en réponse aux préparatifs militaires anglais, prépare un corps de débarquement en Crimée et arme sa flotte de la mer noire, ce qui fait cesser les massacres en Arménie à la fin octobre 1896.
Le bilan de ce massacre est estimé à environ deux cent mille morts, cent mille réfugiés, cinquante mille orphelins, quarante mille convertis de force, deux mille cinq cents villages dévastés, cinq cent soixante-huit églises détruites ou transformées en mosquées. L'ampleur des massacres est telle qu'il faut remonter aux massacres contre les Alévis au début du pour trouver un précédent dans l'histoire ottomane.
Autre prélude au génocide des Arméniens, les massacres de Cilicie (ou d'Adana) débutent le mercredi de Pâques du et se prolongent jusqu'au . Ils commencent à Adana où près de trente mille miliciens organisés en cinq à dix groupes pillent puis massacrent méthodiquement les maisons et commerces du quartier arménien de Chabanieh, avant de l'incendier avec le soutien tacite des autorités locales qui libèrent et arment les détenus de droit commun afin que ceux-ci participent aux massacres. Ils s'étendent dès le lendemain aux zones rurales ciliciennes et à différentes villes : Hadjin, Sis, Zeïtoun, Alep, Dörtyol.
Les massacres cessent le 17 avril avec l'arrivée de la marine française, puis anglaise, russe, allemande, américaine et italienne. Ils reprennent le 24 avril avec l'arrivée de l'armée ottomane envoyée de Constantinople. Les troupes constitutionnelles ottomanes participent aux massacres. Stéphen Pichon, ministre des Affaires étrangères de la République Française, porte l'accusation à la Chambre française, lors de la séance du : .
Organisées par le mouvement des Jeunes-Turcs arrivé au pouvoir en 1908, ces tueries font près de trente mille victimes, dont vingt mille dans le seul vilayet d'Adana. Les dégâts matériels s'élèvent à plusieurs millions de livres turques, plus de cent mille Arméniens sont sans-abris et orphelins sont recensés.
Au moment où la Première Guerre mondiale est sur le point d'éclater, les Arméniens sont conscients qu'ils courent le danger d'être pris entre l'Empire russe et l'Empire ottoman. Dès l'été 1914, les dirigeants jeunes-turcs demandent aux notables arméniens de Van et d'Erzurum d'organiser une révolte des Arméniens contre les Russes, formulée notamment lors du huitième congrès de la Fédération révolutionnaire arménienne (ou FRA). Les notables refusent, soutenant que les Arméniens doivent combattre loyalement pour l'État dont ils font partie. Le 1914, après avoir été depuis août sollicité par l'Allemagne, l'Empire ottoman entre dans la Guerre mondiale aux côtés des puissances centrales.
La tension s'accroît dès l'automne 1914, lorsque la section transcaucasienne de la FRA participe à la formation d'unité de volontaires arméniens pour l'armée russe, en violation des conclusions de son huitième congrès. De même, en octobre 1914, la FRA met en place un réseau de contrebande avec la Russie pour armer la population arménienne de Van, ce qui sera considéré plus tard par le dirigeant de la FRA Hovannès Katchaznouni comme une .
Henry Morgenthau relate la montée en tension progressive durant la fin de l'année 1914 : .
La troisième armée ottomane, qui s'est engouffrée sans préparation logistique en Transcaucasie, est écrasée par l'armée russe en janvier 1915, à Sarikamish. Enver Pacha accuse les Arméniens de la région de pactiser avec les Russes, causant la défaite à Sarikamish, ce qui est démenti par les observateurs sur place. Le 18 avril 1915, Arméniens sont massacrés dans la région de Van, berceau historique de l'Arménie. La justification avancée pour les massacres est qu’il s’agit d’une réaction face aux désertions d’Arméniens, et surtout face aux quelques actes localisés de résistance. Les survivants se replient dans la ville de Van et organisent leur défense, ce qui sera présenté par le gouvernement comme une révolution, version démentie par tous les rapports des témoins italiens, allemands ou américains (consuls, missionnaires, enseignants…) qui expliquent que les Arméniens ont organisé une défense de la ville pour éviter de subir un massacre.
La destruction des populations arméniennes est opérée en deux phases successives : d'avril 1915 à la mi-automne 1915 dans les sept provinces — vilayets — orientales d'Anatolie — dont les quatre proches du front russe : Trébizonde, Erzurum, Van, Bitlis, trois en retrait : Sivas, Kharpout, Diyarbakır — où vivent près d'un million d'Arméniens ; puis, de la fin de 1915 jusqu'à l'automne 1916, dans d'autres provinces de l'Empire.
En février 1915, le comité central du parti et des ministres du cabinet de guerre, Talaat Pacha et Enver en particulier, met secrètement au point un plan de destruction qui sera exécuté dans les mois suivants. Il est présenté officiellement comme un déplacement de la population arménienne — que le gouvernement accuse de collaborer avec l'ennemi russe — loin du front. En fait, la déportation n'est que le masque qui couvre une opération d'anéantissement de tous les Arméniens de l'Empire ; l'éloignement de nombre des victimes du front, lors des différentes phases des massacres, enlève toute vraisemblance à l'accusation de collaboration avec l'ennemi.
La première mesure, prise dès février 1915, est le désarmement des soldats et gendarmes arméniens enrôlés dans l'armée ottomane, bien qu'Enver Pacha, à l'issue d'une inspection sur le front du Caucase en février 1915 déclare que . Ils sont relégués dans des bataillons spécialement créés et affectés aux travaux et à la voirie, puis éliminés par petits groupes au cours de l'année 1915, par les gendarmes chargés de leur encadrement ou par les Kurdes appelés en renfort.
Le 24 avril 1915, le ministre de l'intérieur Talaat Pacha du gouvernement Jeunes-Turcs donne l'ordre de l'arrestation des intellectuels arméniens. L'opération débute à 20 heures à Constantinople et est conduite par Bedri Bey, le chef de la police de Constantinople. Dans la nuit du 24 au 25 avril 1915, 235 à 270 intellectuels arméniens sont alors arrêtés, en particulier des ecclésiastiques, des médecins, des éditeurs, des journalistes, des avocats, des enseignants, des artistes et des hommes politiques dont des députés au parlement ottoman. Une seconde vague d'arrestation est lancée le 25 avril et conduit à l'arrestation de 500 à 600 Arméniens. Au total on estime que notables Arméniens ont été arrêtés en quelques jours, avant d'être déportés puis massacrés dans leur majorité dans les mois suivants.
Dans les provinces orientales, l'opération se déroule en tous lieux de façon similaire. Les notables sont systématiquement arrêtés au motif d'un prétendu complot contre le gouvernement et leurs maisons perquisitionnées à la recherche d'armes et d'indices. Ceux-ci sont ensuite torturés pour soutirer des aveux, déportés vers une destination inconnue puis massacrés dans les environs. Un avis de déportation est publié en vertu duquel toute la population (les personnes inaptes à la mobilisation générale) doit être évacuée vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie en convois de femmes, d'enfants et de personnes âgées qui quittent la ville à intervalles réguliers, à pied, avec peu ou pas de bagages, accompagnés de gendarmes à cheval. Au total, 306 convois de déportés sont dénombrés entre avril et décembre 1915, avec un total de personnes recensés comme faisant partie de ces convois.
Les hommes restants sont systématiquement massacrés dès le départ du convoi, les plus belles femmes et les enfants sont enlevés pour être revendus en tant qu'esclaves, tandis que le reste du convoi est décimé à chaque étape du convoi, tant par les gendarmes chargés de les escorter que par des tribus kurdes et autres miliciens recrutés à cette fin. Seuls quelques milliers de personnes survivent à cette déportation. Dans les vilayets de Bitlis et de Diarbékir, presque tous les Arméniens sont assassinés sur place.
Constatant les massacres, les gouvernements alliés font une déclaration le dans laquelle ils accusent la Turquie de et s'engagent à tenir pour responsable les membres du gouvernement ottoman ainsi que toute personne ayant participé aux massacres. En représailles, le , le gouvernement ottoman promulgue la loi Tehcir (loi provisoire de déportation) autorisant l'expulsion de la population arménienne hors de l'Empire ottoman, sous couvert de . Elle sera abrogée officiellement le par le parlement ottoman d'après-guerre, la déclarant inconstitutionnelle.
Le 15 septembre 1915, le ministre de l'intérieur Talaat Pacha envoie un télégramme à la direction du parti Jeunes-Turcs à Alep : ; puis, dans un second télégramme : .
Des prisonniers de droit commun sont libérés afin d'assister les forces armées ottomanes dans l'exécution des massacres. Ils seront regroupés sous une entité militaire secrète nommée . Créée en juillet 1914 par le comité central du Comité Union et Progrès (CUP) avec la coopération du ministère de l'Intérieur et de celui de la Justice, l'« Organisation spéciale » est spécialisée dans l'extermination des convois de déportés arméniens. Ils étaient entraînés dans le centre de Çorum avant d'être envoyés massacrer les Arméniens. L'existence de l'« Organisation spéciale » a été révélée en 1919 lors du procès du Parti Union et Progrès.
Dans le reste de l'Empire, le programme prend les formes d'une déportation, conduite par chemin de fer sur une partie du parcours, les familles restant parfois réunies. Les convois de déportés — environ personnes — convergent vers Alep, en Syrie, où une Direction générale de l'installation des tribus et des déportés les répartit selon deux axes : au sud, vers la Syrie, le Liban et la Palestine — une partie survivra ; à l'est, le long de l'Euphrate, où des camps de concentration, véritables mouroirs, sont improvisés. Les déportés sont peu à peu poussés vers Deir ez-Zor. Là, en juillet 1916, ils sont envoyés dans les déserts de Mésopotamie où ils sont tués par petits groupes ou meurent de soif. Les derniers regroupements de déportés le long du chemin de fer de Baghdad, à Ras-ul-Aïn, à Intilli sont, eux aussi, exterminés en juillet 1916. Seul survit un tiers des Arméniens : ceux qui habitaient Constantinople et Smyrne, les personnes enlevées, les Arméniens du vilayet de Van, sauvés par l'avancée de l'armée russe, soit deux cent quatre-vingt-dix mille survivants.
Le gouvernement ottoman s'emploie à systématiquement éliminer toute preuve du génocide. Les photographies des convois de déportés sont interdites, les missionnaires sont empêchés d'apporter nourriture, eau, vêtements aux rescapés, la censure officielle interdit aux médias de faire mention des massacres. Un système de double ordre est mis en place : les ordres effectifs sont envoyés chiffrés aux autorités provinciales, tandis que des faux ordres niant toute intention génocidaire sont formulés en public. Tout fonctionnaire s'opposant à l’exécution du génocide est muté, démis de ses fonctions ou fusillé. Parmi ces fonctionnaires réfractaires, Hasan Mazhar Bey, gouverneur d'Ankara jusqu'en août 1915, dirigea par la suite la commission Mazhar aboutissant aux cours martiales turques de 1919-1920.
De nombreux témoins, diplomates, missionnaires occidentaux sont présents sur les lieux des massacres. Ceux-ci rédigent de très nombreuses notes à destination des gouvernements occidentaux, décrivant avec moult détails le processus génocidaire en cours. Ces notes sont conservées dans les archives des pays destinataires, en particulier la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne, les États-Unis et dans les archives secrètes du Vatican. Les témoins les plus notables sont Henri Morgenthau, Armin T. Wegner, Johannes Lepsius et Leslie Davis.
Les alliés, déjà engagés sur le front européen, assistent souvent impuissants aux massacres. Néanmoins, ils accusent officiellement la Turquie de dans un rapport du , et s'engagent à tenir pour responsables tous les fonctionnaires ayant pris part au génocide. Cette accusation est réitérée par une lettre du d'Aristide Briand à Louis Martin, dans lequel il accuse la Turquie de mener un . Il écrit notamment :
Le Gouvernement de la République a déjà pris soin de faire notifier officiellement à la Sublime-Porte que les Puissances Alliées tiendront personnellement responsables des crimes commis tous les membres du Gouvernement Ottoman, ainsi que ceux de ses agents qui se trouveraient impliqués dans les massacres. Quand l'heure aura sonné des réparations légitimes, il ne mettra pas en oubli les douloureuses épreuves de la Nation Arménienne et, d'accord avec ses alliés, il prendra les mesures nécessaires pour lui assurer une vie de paix et de progrès.
Quelques interventions militaires alliées spécifiques au génocide sont à signaler, notamment l'intervention militaire française au Musa Dagh. En juillet 1915, les habitants des villages de la région choisissent de désobéir et de résister à l'armée ottomane ; malgré un sous-effectif et un moral entamé, les Arméniens défendent le siège de la montagne durant cinquante-trois jours. Le , à court de vivres et de munitions, ils sont évacués par la marine française mouillant au large des côtes syriennes ; plus de quatre mille personnes sont acheminés par "Le Guichen" à Port-Saïd en Égypte.
Un autre fait notable est le soutien russe à la résistance de Van, débutée le 20 avril 1915, lorsque les troupes ottomanes assaillirent les quartiers arméniens de la ville. Le 28 avril, le général Nikolaï Ioudenitch ordonne aux armées impériales russes de secourir les Arméniens de Van. Après cinq semaines de combats acharnés, les troupes russes venues de Perse entrent dans la ville le 18 mai 1915, mettant en fuite les troupes turques. Ils sont suivis les 23 et 24 mai des forces russes venues de Russie. Ils découvrent les cadavres de quelque civils arméniens massacrés.
Le rôle de l'Allemagne a longtemps été sous-évalué et fait encore l'objet de controverses. L'Allemagne avait déjà été muette lors des massacres hamidiens de 1894-1896. Cette position était considérée comme résultant d'une forme de realpolitik, l'Allemagne ayant d'énormes intérêts stratégiques et économiques en Turquie et se contentant de défendre une position de . Bien que le gouvernement allemand n'ait pas pris part activement aux massacres, les études récentes montrent que l'Allemagne était informée des plans génocidaires de l'Empire ottoman dès 1912, et décida de ne rien faire, comme le confirma Henry Morgenthau à propos de Hans Freiherr von Wangenheim, qui déclara qu'il . De même, la participation à la préparation et la mise en œuvre des massacres de certains fonctionnaires et militaires allemands en poste dans l'Empire ottoman a été mise au jour. À partir des archives allemandes et autrichiennes, Vahakn Dadrian évoque l'exemple du général Fritz Bronsart von Schellendorf, vice chef d'état major ottoman, qui signa des ordres de déportation dans lesquels il demande que de soient prises à l'encontre des bataillons de travail arméniens.
De nombreux officiers allemands présents en Turquie en 1915 intègrent après la guerre le parti nazi et certains d'entre eux participent activement à la Shoah. C'est le cas de Rudolf Höss qui a commandé le camp d'Auschwitz ou encore de Konstantin von Neurath qui servait dans la armée ottomane et devient en 1932 Obergruppenführer dans la Waffen-SS. À l'inverse, des soldats allemands désobéissent aux ordres de leur hiérarchie et documentent les atrocités ou viennent en aide aux Arméniens, comme le sous-lieutenant Armin Wegner, infirmier militaire, qui prend clandestinement des photos des massacres, avant d'être arrêté par le commandement allemand pour avoir désobéi aux ordres de censure.
Le Vatican reçoit les premiers rapports des massacres en juin 1915. Le pape Benoît XV intervient personnellement à deux reprises auprès du sultan Mehmed V par courrier, ce qui ne fait qu'empirer la situation globalement, malgré des promesses et quelques concessions turques comme la grâce d'une soixantaine d'Arméniens à Alep. En même temps, le Vatican conserve systématiquement tout document relatif au génocide dans ses archives secrètes, dont l'existence n'est révélée qu'en 2011 à l'occasion de l'exposition "Lux in Arcana".
Selon l'historien Michael Hesemann, la contre-productivité des actions du Vatican au moment du génocide des Arméniens est la cause de l'attitude du pape Pie XII lors de la Seconde Guerre mondiale. Le Vatican était resté silencieux au moment de la Shoah face aux actions nazies, alors que dans le même temps, le pape multipliait les actions visant à sauver le plus de juifs possible. En effet, Pie XII en 1915, alors secrétaire de la Congrégation pour les affaires extraordinaires du Secrétariat d’état, était informé de toutes les répercussions des actions papales sur le déroulement du génocide des Arméniens. C'est ainsi qu'il aurait décidé de ne pas formuler de protestation ouverte en 1942 contre les nazis, craignant un effet similaire aux protestations de 1915.
Les populations araméennes (assyrienne chaldéenne syriaque) et pontiques furent aussi durement touchées durant cette période, ayant été en grande partie éliminées par les autorités ottomanes, ainsi que certains Syriaques et Yézidis. Selon les responsables de la communauté réfugiée en Arménie, auraient péri durant les massacres. En 2007, l'Association internationale des spécialistes des génocides (International Association of Genocide Scholars) est parvenue à un consensus selon lequel . Les expressions de génocide assyrien et génocide grec pontique sont donc actées par la communauté des historiens.
De à assyriens représentant environ 70 % de la population de l'époque sont massacrés selon le même "modus operandi" sur la même période que le génocide arménien. Environ Grecs pontiques sont massacrés à la suite de meurtre et de pendaison, ainsi que de la famine et des maladies. Selon un conseiller auprès de l’armée allemande, Ismail Enver, le ministre turc de la défense aurait déclaré en 1915 qu’il voulait « résoudre le problème grec […] de la même façon qu’il pensait avoir résolu le problème arménien. »
Lorsque, à la fin de 1916, les observateurs font le bilan de l'anéantissement des Arméniens de Turquie, ils peuvent constater que, à l'exception de trois cent mille Arméniens sauvés par l'avancée russe et de quelque deux cent mille habitants de Constantinople et de Smyrne qu'il était difficile de supprimer devant des témoins, il ne persiste plus que des îlots de survie : des femmes et des jeunes filles enlevées, disparues dans le secret des maisons turques ou rééduquées dans les écoles islamiques comme celle que dirige l'apôtre du turquisme Halide Edip Adıvar ; des enfants regroupés dans des orphelinats pilotes ; quelques miraculés cachés par des voisins ou amis musulmans ; ou, dans des villes du centre, quelques familles épargnées grâce à la fermeté d'un vali ou d'un kaïmakan. Ces massacres auront coûté la vie à un nombre d'individus variant, selon les auteurs, de six cent mille à un million et demi de personnes, représentant entre la moitié et les deux tiers de la population arménienne de l'époque.
Une estimation du nombre de victimes est donnée par Talaat Pacha en personne dans son carnet personnel révélé en 2005, surnommé le . Il y fait estimation d'un nombre de Arméniens en 1914 contre seulement après, soit environ disparus, c'est-à-dire de la population arménienne. Talaat donne aussi des estimations par région géographique : 77 % de la population à Karesi (Kars), 79 % à Niğde, 86 % à Kayseri, 93 % à Izmit, 94 % à Sivas, 95 % à Hüdavendigâr (Bursa).
Les dommages matériels et financiers sont aussi très lourds. En plus de la saisie du patrimoine immobilier des Arméniens (dont l'emblématique palais de Çankaya, résidence présidentielle turque jusqu'en 2014, spoliée à la famille de Kasapyan lors du génocide), les comptes bancaires et les polices d'assurance sont saisis.
Le gouvernement turc a déposé en 1916 cinq millions de livres or turques à la Reichsbank provenant en grande partie des comptes bancaires des Arméniens spoliés. La liste des Arméniens possédant un compte saisi n'a toujours pas été révélée aujourd'hui. Selon Henry Morgenthau dans ses mémoires, Talaat Pacha lui demande en 1916 la liste des Arméniens qui possèdent une assurance-vie dans des compagnies américaines pour que l'argent de ces comptes soit transféré au gouvernement ottoman au motif qu'ils sont tous morts sans laisser d'héritiers. Une demande similaire fut envoyée à toutes les compagnies d'assurance à travers le monde.
Les dommages immobiliers sont aussi très importants, estimés à églises, 451 monastères et écoles détruits ou spoliés. Un rapport récent estime que les dommages financiers en dollars courants varient de à sur la période 1915-1919, et de à sur la période 1915-1923.
Après le génocide, les survivants arméniens sont dispersés autour du territoire de la Turquie actuelle. Plusieurs centaines de milliers sont réfugiés en Arménie russe, d'autres en Perse, et une partie survivent aux camps de concentration de Syrie et de Mésopotamie sont réinstallés dans des camps de réfugiés à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Près de Arméniens sont réinstallés en Cilicie protégés par les troupes françaises mandataires de la Syrie. Mais en février 1920, celles-ci furent attaquées par les Turcs de Mustapha Kemal. Les Français évacuent dans la nuit du 10 au la ville de Marach sans en prévenir les habitants chrétiens qui seront massacrés par les Turcs le matin du . Au total, Arméniens furent massacrés par les Turcs lors de l'abandon de la Cilicie par l'armée française, dont à Marach, Arméniens et Grecs à Hadjine et dans les villages environnants, à Zeïtoun. Les Arméniens survivants s'exilent en Syrie, au Liban ou dans les pays européens.
Des pays plus lointains reçoivent eux aussi un afflux important de réfugiés comme la France, les États-Unis, ou encore les pays de l'Amérique latine (Uruguay, Brésil, Argentine, Venezuela). Les Arméniens en France reçoivent le statut d’apatride avec mention (qui deviendra ) écrite sur les documents officiels ; une partie sera logée dans des camps de réfugiés, notamment le camp Oddo. Peu à peu les Arméniens réfugiés obtiennent des passeports Nansen leur garantissant un statut de réfugié reconnu internationalement. Les réfugiés politiques arméniens venus de l'Union soviétique à la suite de la révolution Bolchevique s'ajouteront à ceux du génocide au cours des années suivantes. La diaspora sera renforcée par de nombreuses vagues d'émigration successives (notamment depuis le Moyen-Orient et le Caucase) au gré des événements politiques des pays dans lesquels ils sont établis.
Enfin, une partie des Arméniens survivants restent sur place, cachés en Turquie après les massacres et tout au long du , sauvés par des Justes turcs ou alors enlevés, adoptés et islamisés de force. L'historien Ara Sarafian estime qu'entre cent et deux cent mille arméniens survivent cachés en 1923 pour former aujourd'hui une communauté dont les estimations varient de 1 à 3 millions de personnes ayant un degré plus ou moins élevé de parenté avec un survivant des massacres.
En 1919 se tient à Constantinople le procès des Unionistes, en cour martiale turque. Les principaux responsables du génocide y sont condamnés à mort par contumace, ayant pris la fuite en 1918, juste après avoir détruit la plupart des documents compromettants.
La cour martiale établit la volonté des unionistes d'éliminer physiquement les Arméniens en utilisant une organisation spéciale.
Immédiatement après la mobilisation du , le Comité central du parti Union et Progrès avait constitué un Techkilat-i Mahsoussé (nom turc de l'organisation spéciale) qui était entièrement différent dans ses buts et sa composition du Techkilat-i Mahsoussé déjà existant. Par ordre des ministères de l'Intérieur et de la Justice, ce même Techkilat-i Mahsoussé accepta les condamnés relâchés que le Techkilat-i Mahsoussé dépendant du ministère de la Guerre refusait d'incorporer. Lorsque des détenus étaient libérés, le Parti, pour tromper l'opinion publique, répandait la nouvelle selon laquelle les criminels libérés seraient employés sur le front alors qu'ils étaient envoyés dans des centres d'entraînement et qu'ils étaient ensuite utilisés pour piller et détruire les convois de déportés arméniens.
Le , l'Amiral de la flotte Sir Somerset Gough-Calthorpe demande au Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth l’arrestation de tous les responsables du génocide arménien. Près de 150 personnes sont arrêtées à Constantinople par les autorités britanniques et conduites sur une prison à Malte à partir du 4 janvier jusqu'à fin novembre 1919 pour y être jugées par un tribunal international. Elles sont libérés petit à petit au cours des deux années suivantes lors d'échanges de prisonniers et ne seront pas jugés faute de preuves matérielles présentes à Malte. Lord George Curzon écrit: 
Le moins on en dira sur ces gens (les Turcs libérés au cours de l’échange) le mieux cela vaudra... J’ai dû expliquer (au Parlement) pourquoi nous avons libéré les déportés turcs de Malte, patinant sur une glace très mince aussi vite que j’ai pu...Dans leur for intérieur, les Membres (du Parlement) considèrent qu’un prisonnier britannique vaut un chargement entier de Turcs, et c’est ainsi que l’échange a été excusé.
Lors des premières années de la république turque, les exilés de Malte sont nommés à des postes gouvernementaux, comme celui de Premier ministre (Ali Fethi Okyar et Rauf Orbay), ministres (Fevzi Pirinçioğlu, Şükrü Kaya, Abdülhalik Renda, Şeref Aykut, Ali Seyit, Ali Cenani, Ali Çetinkaya), gouverneurs, membres du Parlement ou généraux dans l'armée. Ils deviennent le cœur de la nouvelle élite intellectuelle turque et leurs descendants sont eux aussi aux plus hauts postes de l'État jusqu'à aujourd'hui.
L'« Opération Némésis » est montée par la Fédération révolutionnaire arménienne pour exécuter la sentence de mort par contumace du procès des unionistes. Au total, huit hauts responsables turcs ou azéris (et trois « traîtres » arméniens) tomberont sous les balles de sept « justiciers ».
L'exécution la plus connue est celle de Talaat Pacha, le grand ordonnateur de l'extermination des Arméniens, d'une balle de revolver dans une rue berlinoise, le . Le tireur est arrêté sur les lieux du crime. Il s'agit d'un jeune Arménien de 23 ans, Soghomon Tehlirian, survivant du génocide au cours duquel il perdit sa mère et toute sa famille. Soghomon Tehlirian est jugé peu de temps après, le 2 et , par le tribunal de première instance de Berlin. Les témoignages de Soghomon Tehlirian, de Christine Terzibashian, Johannes Lespius ou même du général Liman von Sanders, ainsi que les documents retenus, parmi lesquels cinq télégrammes chiffrés adressés par Talaat à Naïm Bey, documents qu'a fait parvenir Aram Andonian au tribunal, donnent une nouvelle dimension au procès, où le crime génocidaire de Talaat et des Jeunes-Turcs est à son tour mis en accusation. L'authenticité des documents Andonian a été depuis mise en cause par les historiens turcs Orel et Yuca, authenticité pourtant réaffirmée ensuite par l'historien arménien Dadrian. Le tribunal acquitte Soghomon Tehlirian. Le procès est retentissant et son issue est interprétée comme une condamnation des responsables du génocide.
À peine deux mois après la signature du traité de Brest-Litovsk, l'Empire ottoman attaque par surprise l'Arménie russe. En violation du traité signé précédemment avec la République socialiste fédérative soviétique de Russie, la cinquième armée ottomane traverse la frontière en mai 1918 et attaque Alexandropol (aujourd'hui Gyumri) d'où l'armée russe s'est retirée à la suite de la Révolution de 1917. L'armée ottomane souhaite écraser l'Arménie et s'emparer de la Transcaucasie pour relier les États turcs entre eux. Le gouvernement allemand n'approuve guère l'initiative de son allié et refuse d'aider les Ottomans sur ce front. À ce moment, seule une petite partie du territoire de l'Arménie russe n'est pas encore occupée par les Ottomans et ces régions ont accueilli un flot de réfugiés arméniens fuyant le génocide.
Les forces ottomanes entreprennent une stratégie d'attaque sur trois fronts, pour faire tomber l'Arménie. Après la chute d'Alexandropol, l'armée ottomane s'engage dans la vallée d'Ararat, au cœur de l'Arménie. Cependant, les troupes arméniennes sous les ordres du général Movses Silikyan balaient les troupes ottomanes dans une bataille de trois jours à Sardarapat. Le capitaine Antoine Poidebard décrit : . Des victoires plus modestes ont lieu à Abaran et à Karakilisa. Ces victoires arméniennes successives amènent le Conseil national arménien de Tiflis à déclarer l'indépendance de la République démocratique d'Arménie le , reconnue le par la Turquie par le traité de Batoum, très défavorable à l'Arménie.
Le , les armées de Mustafa Kemal lancent une nouvelle offensive surprise sur l'Arménie. Stupéfaite, l'Arménie déclare la mobilisation générale, mais l'armée ne compte que quelques dizaines de milliers d'hommes face aux Turcs, à peu près au même nombre. Ces derniers bénéficient cependant de meilleurs conditions matérielles et physiques, alors que l'hiver approche. L'armée turque est dirigée par le général Karabékir, l'armée arménienne par le général Nazarbékian. Après une bataille à Kars, la ville passe aux mains des Turcs le 30 octobre. Près de Sourmalou, les Arméniens, commandés par le Général Dro, résistent mieux. Gyumri, alors appelée Alexandropol, est investie par les armées de Mustafa Kemal le 7 novembre ; la progression des Turcs est très rapide et la résistance arménienne quasi-inexistante. Les armées kémalistes font signer un armistice à Ohadjanian mais les Arméniens ripostent une dernière fois et tentent vainement une contre-attaque. Le 18 novembre 1920, l'Arménie a perdu la guerre, un nouvel armistice est signé.
Ce traité est signé le par les puissances parties prenantes (Empire britannique, France, Japon, Italie), et les États alliés représentés par l'Arménie, la Belgique, la Grèce, le Hedjaz, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Tchécoslovaquie et l'État yougoslave réunissant Slovènes, Croates et Serbes. La cérémonie s'est déroulée dans la grande salle qui abrite actuellement le musée de la Porcelaine à Sèvres. Parmi les principales dispositions de ce traité, on notera deux articles (88 et 89) concernant la République arménienne :
La Turquie déclare reconnaître, comme l'ont déjà fait les puissances alliées, l'Arménie comme un État libre et indépendant.
La Turquie et l'Arménie, ainsi que les hautes parties contractantes, conviennent de soumettre à l'arbitrage du président des États-Unis d'Amérique, la détermination de la frontière entre la Turquie et l'Arménie, dans les vilayets d'Erzeroum, Trébizonde, Van et Bitlis, et d'accepter sa décision, ainsi que toutes les dispositions qu'il pourra prescrire relativement à l'accès de tout territoire ottoman adjacent.
Le mandat d'exécution des dispositions relatives à la République arménienne est confié aux États-Unis. À son retour, le président Woodrow Wilson se heurte à l'opposition d'une majorité de sénateurs américains qui, sous l'impulsion du sénateur Cabot Lodge, refusent la ratification du Traité de Sèvres ainsi que le mandat américain sur l'Arménie.
Le Traité de Kars rend à la Turquie le territoire de Kars (attribué à l'Empire russe par le traité de San Stefano en 1878). Ce territoire était peuplé de Lazes, de Meskhètes, de Géorgiens, et d'Arméniens survivants du génocide : ils sont expulsés et remplacés par des Turcs et des Kurdes. Avec ce traité, celui de Sèvres devient de fait caduc.
En février-mars 1921, se tient à Londres une conférence sur la révision du traité de Sèvres. Aucun règlement général ne conclut la conférence, mais l'Italie accepte de retirer ses troupes d'Anatolie. En mars 1922, l'Entente fait de nouvelles propositions à la Turquie kémaliste, en renonçant à prendre le traité de Sèvres pour base ; mais Kemal juge que ces propositions sont « loin, toutefois, dans leur fond, de contenter nos aspirations nationales». Ce traité est signé à Lausanne le . L'Arménie n'y est plus mentionnée. L'historien H.-L. Kieser commente :
Pour les perdants aussi bien que pour les humanitaires internationaux, l'ombre de la conférence était écrasante. Le traité acceptait tacitement les faits de guerre : le génocide des Arméniens ottomans, le massacre d'Assyriens ottomans, la déportation de Kurdes ottomans (1915-1916) et l'expulsion des Ottomans gréco-orthodoxes (1914 et 1919-1922), commise au profit de la turquification de l'Anatolie. Le nouveau gouvernement d'Ankara cachait à peine sa naissance au sein du parti Jeune-Turc, directement responsable des crimes perpétrés entre 1914-1918. Le traité complétait les faits de guerre par un transfert de populations jusqu'alors inouï, celui de Grecs musulmans () et d'Ottomans anatoliens de confession orthodoxe (, avec ceux déjà expulsés comptant environ un million et demi de personnes). Avec quatre générations de retard, on a tout récemment commencé à déplorer publiquement ce transfert, même en Turquie. Pour ce qui est des crimes antérieurs, le négationnisme et l'apologie parfois grotesques, mais tacitement autorisés par le traité, prévalent toujours largement.
La communauté des historiens qualifie ces événements de génocide. Plusieurs historiens et spécialistes de la Shoah, dont Elie Wiesel et Yehuda Bauer, ont fait connaître publiquement leur position le 9 juin 2000 dans le "New York Times", pour déclarer . L'Institut de l'Holocauste et des génocides (situé à Jérusalem), et l'Institut pour l'étude des génocides (situé à New York) ont établi comme un fait historique le génocide arménien.
Pierre Vidal-Naquet, grande figure de la lutte contre le négationnisme, affirme « qu'il est évident que dans le cas du massacre des Arméniens, l’État turc est négationniste » dénonçant dans le même temps, avec d'autres historiens de renom, « les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens […] », rappelant que « dans un État libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique ».
Cette analyse historique du génocide arménien s'est construite sur la base des témoignages des survivants, ainsi que des observateurs étrangers, et s'est enrichie grâce à l'ouverture progressive des archives officielles ottomanes. L'examen de ces archives a permis aux historiens d'affiner la connaissance sur les responsabilités. Ainsi, la responsabilité du génocide (conception, préméditation, organisation et exécution) est essentiellement attribuée aux officiels issus du parti des Jeunes-Turcs Ittihadistes, le rôle de ce parti des Jeunes-Turcs étant assimilable à celui des nazis en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, les archives du comité central, du triumvirat au pouvoir du comité union et progrès ont disparu, de même la totalité des échanges télégraphiques relatifs au génocide, des documents liés à l'Organisation spéciale ont été brûlés. Plus récemment, Nabil Na’eem, fondateur du parti égyptien Jihad Démocratique, accuse la Turquie d'être à l'origine de l'incendie en novembre 2011 par les frères musulmans des archives nationales égyptiennes dans le but d'en éliminer tout document relatif au génocide arménien.
L'État turc et une « poignée d'historiens aux ordres » ont développé des études niant le génocide arménien. Ces historiens turcs ou s'intéressant à l'histoire ottomane et/ou turque refusent la qualification de génocide à ces événements ; ils se contentent de parler de massacres plus ou moins spontanés et de déportations rendues nécessaires par les circonstances, et minimisent également le nombre de victimes. Même si de nombreux pays et instances gouvernementales ou religieuses dans le monde les ont officiellement définis comme génocide, la Turquie continue à contester l'ampleur de ce qu'elle appelle des « tueries » ou « le prétendu génocide arménien », ajoutant qu'il y a aussi eu beaucoup de Turcs massacrés durant cette période. Cette position est dénoncée tant par les survivants que par la communauté des historiens en général.
Par ailleurs, l'Association internationale des historiens spécialisés dans l'étude des génocides ("International Association of Genocide Scholars"), représentant la majorité des historiens européens et d'Amérique du Nord, a publié une lettre ouverte adressée au Premier ministre turc le afin de lui rappeler que ce n'était pas seulement la communauté arménienne, mais des centaines d'historiens, de nationalités différentes, indépendants de tout gouvernement, qui avaient étudié et établi la réalité du génocide arménien :
Nier la réalité factuelle et morale du génocide arménien relève non pas de l'étude historique mais d'une propagande destinée à affranchir les coupables de leurs responsabilités, en accusant les victimes, et en effaçant la signification morale de leurs crimes.
La journée de commémoration du génocide arménien est fériée en Arménie et dans le Haut-Karabagh. Elle est également l'occasion de commémorations par la diaspora arménienne à travers le monde. À Erevan, un défilé rassemble traditionnellement des centaines de milliers de personnes jusqu'à Tsitsernakaberd, mémorial du génocide. La date a d'abord été choisie par les Arméniens du Liban pour commémorer le anniversaire du génocide arménien en 1965. Le même jour, une manifestation regroupant plus de se déroule à Erevan. En Arménie soviétique, la date du 24 avril devient officiellement jour de commémoration du génocide en 1988. La journée du 24 avril est également l'occasion de la commémoration du génocide assyrien.
Le , la Chambre des représentants des États-Unis adopte la résolution 148 adoptant la date du 24 avril, comme la « journée nationale de commémoration de l'inhumanité de l'Homme contre l'Homme ». La résolution insiste sur les victimes de génocides, en particulier celles du génocide arménien. Toutefois, la résolution ne passe pas l'étape du comité judiciaire du Sénat des États-Unis en raison de la forte opposition du président Gerald Ford qui la considère comme une atteinte à l'alliance stratégique avec la Turquie. En 1997, l'Assemblée de l'État de Californie fait du 24 avril le jour du souvenir du génocide arménien ainsi que celui des victimes du pogrom de Soumgaït de 1988 et de celui de Bakou en 1990.
Dans la diaspora, les commémorations le jour du 24 avril sont popularisées grâce à des actions contre la Turquie initiées par des mouvements comme l'Asala ; ainsi en 1981, la journée du 24 avril rassemble plus de en France. Chaque année, les commémorations dans la diaspora se font par des rassemblements autour de monuments dédiés aux victimes du génocide arménien.
Le processus de mémoire, notamment celui de la diaspora, s'est accompagné de la réalisation de mémoriaux à travers le monde. Ce sont parfois des sculptures. Parfois également des khatchkar. Le premier mémorial du génocide fut réalisé en 1919 durant l'occupation européenne de Constantinople à l'emplacement de la future place Taksim (où se trouvait alors un cimetière arménien). Il fut détruit en 1922. Par la suite, les premiers mémoriaux sont réalisés dans les années 1960 à l'occasion du cinquantième anniversaire, en Inde, aux États-Unis à Montebello, en Arménie soviétique également, à Etchmiadzin d'abord puis surtout à Tsitsernakaberd. À Deir ez-Zor (Syrie), principal site d'extermination des arméniens, un mémorial du génocide arménien a été érigé en 1990 et dynamité par l'État islamique en 2014. En France, le premier mémorial est réalisé à Décines-Charpieu près de Lyon (il est inauguré en 1972, peu avant celui de Marseille en février 1973).
Outre les témoignages publiés dès la fin des années 1910, le génocide arménien est un thème littéraire depuis au moins 1933 et "Les Quarante Jours du Musa Dagh" de Franz Werfel. Dans la diaspora, la thématique apparaît en filigrane de l'œuvre de William Saroyan. Dans les années 1980, le génocide est au cœur du "Barbe Bleue" de Kurt Vonnegut. En bande dessinée, une production assez importante existe depuis au moins les années 2000 : on peut notamment citer la série "Le Cahier à fleurs" de Laurent Galandon et Viviane Nicaise ou encore le tome de la série "Le Décalogue" de Frank Giroud et Bruno Rocco, "Le Vengeur", dans lequel est notamment retranscrite une genèse de l'assassinat de Talaat Pacha par Soghomon Tehlirian. Dans la peinture, c'est particulièrement l'œuvre abstraite de Arshile Gorky qui est mise en exergue, le génocide apparaissant en filigrane d'une grande partie de son travail.
Au cinéma, et contrairement aux disciplines précitées, le traitement artistique du génocide a été plus précoce notamment avec le film "Ravished Armenia", d'après le récit d'Aurora Mardiganian, qui obtenu un certain succès populaire, ceci dès 1919. On peut également citer dans l'histoire du cinéma : "America, America" d'Elia Kazan, "Mayrig" d'Henri Verneuil, "Ararat" d'Atom Egoyan ou encore "The Cut" de Fatih Akın dont la sortie est concomitante au centenaire du génocide arménien en 2015.
Dans la musique, outre l'œuvre de Komitas, on peut citer la chanson "Ils sont tombés" de Charles Aznavour enregistrée à la date précise de l'anniversaire des soixante ans de la rafle de Constantinople de 1915. Dans les années 2000, le génocide est régulièrement évoqué dans les chansons et les prestations scéniques du groupe "System of a Down", dont les membres sont tous des descendants de survivants.
Le jeudi , lors d'une célébration de commémoration du centenaire du génocide, le catholicos Garéguine II Nersissian procède à la canonisation des martyrs morts durant le génocide. De toute la chrétienté depuis ses origines, il s'agit de la canonisation la plus importante en nombre de personnes jamais effectuée. La dernière canonisation ayant eu lieu dans l'Église apostolique arménienne avant celle-ci remonte au . Il s'agit de celle de Grégoire de Tatev.
La question de la reconnaissance du génocide arménien, peu évoquée durant une grande partie du , a été ravivée d'abord par l'apparition du terrorisme arménien durant les années 1970 (notamment par le CJGA et l'ASALA), puis à l'occasion de l'ouverture de négociations entre l'Union européenne et la Turquie en vue d'une adhésion éventuelle de celle-ci. Le Parlement européen a reconnu le génocide arménien le 18 juin 1987. Cette question est fréquemment abordée lors des débats concernant la conformité de la politique de l'État turc avec les valeurs morales de l'Union et, en particulier, son attachement au respect des droits de l'homme.
Le gouvernement turc actuel maintient une position ferme de refus de la reconnaissance du génocide et condamne vivement toute reconnaissance du génocide par des gouvernements ou parlements étrangers. Le gouvernement turc ne niait pas le génocide directement après la Première Guerre mondiale. Il est présenté comme une cruelle conséquence de la guerre, appelée tragédie de 1915, et non comme un acte volontaire et formalisé.
Au-delà des implications morales et psychologiques, aussi bien pour les États que pour les descendants des populations impliquées, la reconnaissance officielle d'un génocide en 1915-1916 implique des enjeux financiers et territoriaux importants pour la Turquie. En effet, reconnaître le génocide arménien ouvrirait la voie à des demandes de dommages et intérêts auxquelles la Turquie ne veut pas céder. La Turquie pourrait être contrainte à payer une indemnisation pour les préjudices humain, moral et matériel (comme l'Allemagne a dû le faire après la Shoah), voire de restituer des territoires à l'Arménie (le traité de Sèvres, mis à mal par le génocide puis par le traité de Brest-Litovsk, donnait à l'Arménie des territoires situés sur l'actuelle Turquie, mais aussi en Azerbaïdjan et en Géorgie).
Selon Taner Akcam, les coupables du génocide font partie des fondateurs de la République de Turquie née sept ans plus tard et le gouvernement turc ne peut donc pas . Reconnaître le génocide arménien reviendrait à remettre en cause les fondements de l'identité nationale turque, parce que ce serait admettre que la république turque a été créée à partir de l'élimination systématique des Arméniens et de la spoliation de leurs biens.
Aujourd'hui, la République turque refuse de reconnaître l'existence du génocide arménien et qualifie les événements de 1915-1916 de « "Sözde Ermeni Soykırımı" » (« prétendu génocide arménien »). Le nouveau "Code pénal", censé rapprocher la Turquie des standards européens en termes de droits de l’homme, a été dénoncé par plusieurs organisations internationales dont Reporters sans frontières et Amnesty International, notamment à cause de son article 305 qui punit de trois ans à dix ans de prison et d'une amende tous « actes contraires à l’intérêt fondamental de la nation » ; la peine peut être étendue à quinze ans de prison si cette opinion est exprimée dans la presse. Des notes explicatives du projet indiquent que cela pourrait, entre autres, s'appliquer aux revendications concernant le génocide arménien. Le parlement britannique a, pour sa part, considéré qu’aucune mention du « génocide arménien » n’était faite dans cet article du "Code pénal". Mais des procès récents faits à des personnes s'exprimant au sujet du génocide des Arméniens (notamment Orhan Pamuk, cf. infra), montrent que le "Code pénal" turc (article 301) permet de poursuivre des défenseurs des droits humains, des journalistes et d’autres membres de la société civile exprimant pacifiquement une opinion dissidente.
Depuis 1993, un chapitre des manuels scolaires d'histoire est consacré aux arguments réfutant les allégations de génocide. En 2003, une circulaire du ministère de l'Éducation invite les enseignants à « dénoncer les prétentions des Arméniens ». Des concours de dissertation sont organisés dans les écoles, y compris dans les quelques écoles arméniennes qui subsistent à Istanbul. La presse turque finit par s'en émouvoir. Le ministère turc de la Culture défend sur son site internet la version négationniste de l'Histoire. L'argumentation en faveur d'une non-reconnaissance de la qualification de génocide repose essentiellement sur trois axes : une contestation de l'ampleur du nombre de victimes, la remise en cause d'une préméditation de la part du gouvernement Jeune-Turc, le retournement de la culpabilité (les Arméniens sont responsables de ce qui leur est arrivé).
En avril 2005, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a proposé au président arménien Robert Kotcharian de mettre en place une commission d'historiens. Le ministre arménien des Affaires étrangères Vardan Oskanian avait répondu en voyant dans la proposition de création de commission de la Turquie une volonté de « réécrire son histoire de manière éhontée et de vouloir la propager dans les autres pays ». Même si le gouvernement turc affirme dans le même temps avoir ouvert toutes ses archives, cette affirmation n'a jamais pu être accréditée par des historiens indépendants.
Pour la première fois le , le Premier ministre du pays, Recep Tayyip Erdogan, adresse, dans un communiqué, les condoléances d'Ankara aux . Cela est considéré par certains comme « un premier pas historique vers la reconnaissance du génocide arménien [par] la Turquie ». Le texte indique que puis que .
Une information libre et objective sur le sujet est impossible en Turquie. Ainsi, lorsque l’écrivain Orhan Pamuk a déclaré, en 2005, à un quotidien suisse, qu'« un million d'Arméniens et trente mille Kurdes ont été tués en Turquie », un sous-préfet de Sütçüler (région d'Isparta, au sud-ouest) a ordonné la destruction de tous ses livres. Le 16 décembre 2005, le procès d'Orhan Pamuk s'ouvre à Istanbul pour ces propos considérés comme une « insulte à l'identité nationale turque » et passibles à ce titre de six mois à trois ans de prison ; la justice turque abandonne néanmoins les poursuites le 23 janvier 2006.
Le 19 janvier 2007, Hrant Dink, rédacteur en chef de la revue arménienne d'Istanbul "Agos" et principal promoteur de la reconnaissance du génocide en Turquie, est assassiné par un jeune nationaliste. Près de cent mille manifestants descendent dans les rues d'Istanbul à l'occasion de ses funérailles, brandissant des pancartes proclamant « nous sommes tous des Arméniens », une première en Turquie où le discours restait jusqu'alors fortement imprégné par la position officielle du gouvernement.
De même, de plus en plus d'Arméniens islamisés se révèlent et revendiquent pleinement leur origine, comme l'avocate et femme de lettres turque Fethiye Çetin, qui a appris à l'âge de 24 ans que sa grand-mère était d'origine arménienne, rescapée du génocide, et révèle son histoire dans un roman autobiographique paru en 2004, "Le Livre de ma grand-mère". En 2013, Laure Marchand et Guillaume Perrier publient "La Turquie et le fantôme arménien" qui analyse l'étendue du phénomène des Arméniens cachés en Turquie, appelés sous l'expression .
Néanmoins, certains intellectuels, personnalités, militants des droits de l'Homme ou professeurs turcs s'inscrivent en faux contre la version historique établie par Ankara. Parmi les universitaires, on peut citer Taner Akçam qui considère que les coupables du génocide font partie des fondateurs de la République de Turquie née sept ans plus tard et que le gouvernement turc ne peut donc pas « accepter que parmi “les grands héros qui ont sauvé la patrie” certains ont été des assassins ». Il a été le premier Turc à avoir ouvert les archives ottomanes et reconnaître le génocide.
Le , quatre intellectuels, Cengiz Aktar, Ali Bayramoglu, Ahmet İnsel et Baskın Oran, lancent la pétition "özür diliyorum" (« Nous leur demandons pardon »). Les auteurs, défenseurs de la cause depuis longtemps, travaillent depuis deux ans sur cette pétition qui vise à une reconnaissance par l'État turc du génocide arménien. Le texte dit : Événement sans précédent en Turquie, le texte a recueilli plus de mille signatures d'intellectuels, d'artistes et universitaires turcs le jour même de son lancement. Les dix mille signatures sont atteintes deux jours plus tard. Mais des sites « concurrents » refusant de présenter des excuses, niant le génocide ou dénonçant au contraire l'attitude supposée arménienne durant la Première Guerre mondiale, ont rapidement vu le jour et récolté également de nombreuses signatures. Selon un sondage de janvier 2015, moins de des Turcs sont favorables à une reconnaissance du génocide arménien par la Turquie.
La république d'Arménie, n'existant pas en tant qu'État au moment du génocide, possède très peu d'archives propres sur le génocide. Elles se trouvent soit à Moscou, soit à Jérusalem au sein du Patriarcat arménien de Jérusalem, dont les archives ont été découvertes seulement en 1967. Ces dernières contiennent de nombreux documents sur les cours martiales ottomanes de 1919.
La république d'Arménie soutient officiellement la reconnaissance internationale du génocide arménien, se fondant sur les travaux de la communauté des historiens, et déléguant le travail de lobbying à la diaspora dispersée à travers le monde. Les rapports avec la Turquie sont toujours tendus, caractérisés par un blocus conjoint turc et azéri à la suite de la guerre du Haut-Karabagh, et l'absence de relations diplomatiques, malgré une tentative de réconciliation turco-arménienne en 2008 soutenue par les puissances occidentales, qui échoua en raison de la situation au Haut-Karabagh ainsi que la position négationniste de la Turquie. Les protocoles turco-arméniens de 2008 sont définitivement enterrés en février 2015, après qu'Erdogan a décalé la date de commémoration de la bataille de Gallipoli au 24 avril 1915 (alors qu'elle est traditionnellement commémorée le 25) dans le but de réduire la portée de la commémoration du centenaire du génocide arménien.
Les pays ou chambres nationales ayant reconnu le génocide arménien sont au nombre de vingt-neuf en juin 2016 : l'Uruguay, la chambre des représentants de Chypre, la Chambre des représentants des États-Unis, la Douma russe, le parlement grec, le sénat de Belgique, le parlement de Suède, le parlement libanais, le Vatican, le parlement français, le Conseil national suisse (contre l’avis du Conseil fédéral), l'Argentine, l'Arménie, l'Italie, les Pays-Bas, la Slovaquie, le Canada (le Québec), la Pologne, la Lituanie, le Venezuela, le Chili, le Brésil, le Paraguay, la Bolivie, la République tchèque, l'Autriche, le Luxembourg, la Syrie, la Bulgarie et l'Allemagne.
Certaines institutions internationales et régionales ont également reconnu le génocide : c'est le cas du Tribunal permanent des peuples, du parlement européen, du Conseil de l'Europe, du Mercosur, du Parlement latino-américain et du Conseil œcuménique des Églises. En ce qui concerne l'ONU le rapport Whitaker avait préconisé à la sous-commission de l'Organisation des Nations unies pour la prévention des droits de l'homme et la protection des minorités de reconnaître le caractère génocidaire de plusieurs massacres dont celui contre les arméniens Toutefois, la question a donné lieu à des controverses, qui ont abouti "de facto" à ce qu'aucun massacre antérieur à 1948 ne pourra être qualifié de génocide par l'ONU.
D'autres pays ont refusé de considérer les massacres arméniens comme un génocide : c'est le cas du Royaume-Uni (le Pays de Galles, l'Écosse et l'Irlande du Nord ont reconnu le génocide arménien) et de l'État d'Israël, mais la plus haute autorité religieuse d’Israël, en la personne du grand rabbin, a reconnu le génocide arménien.
Le 12 avril 2015, le pape François déclare lors de la messe célébrée à l'occasion du centenaire du génocide arménien au Vatican : . Le Pape proclame également à cette occasion Grégoire de Narek, saint d'origine arménienne, docteur de l'Église.