Reconquista

La Reconquista (mot espagnol et portugais, en français "Reconquête") est le nom donné à la période du Moyen Âge durant laquelle s'est produite la reconquête par les royaumes chrétiens des territoires de la péninsule ibérique et des Îles Baléares conquis auparavant par les musulmans. Il est communément admis que la reconquista commença lors de la première moité du VIII Siècle néanmoins l'année exacte de son début reste sujette à débat, elle s'achève le 2 janvier 1492 dans l'actuelle Espagne lorsque les « Rois catholiques » prennent le dernier bastion musulman à Grenade.
Le nom a d'abord été donné par les chrétiens à la reconquête des territoires de la péninsule Ibérique avant de s'imposer en Espagne puis en France. Durant la Reconquista, mais après le concile de Latran IV en 1215, musulmans comme chrétiens utilisaient le terme de croisade. La formation d'ordres chevaliers religieux et militaires commence au , avec notamment les ordres d'Alcantara, de Santiago etc. inspirés des succès de l'ordre du Temple formé en 1120. 
Si la volonté de apparaît dès 711 chez les chrétiens ibériques en réaction à la conquête musulmane, l'apparition du terme date du , en tant que concept pour les historiens pour désigner cette période.
Depuis la fin de l'Hispanie romaine, les Wisigoths ont dominé la péninsule Ibérique (période "dite" de l'Hispanie wisigothe).
Après l'invasion musulmane en 711 et la bataille du Guadalete, presque toute la péninsule sauf le nord Ouest, tombe sous la domination maure en moins de cinq ans. La résistance chrétienne commence en 722 lorsque les musulmans sont défaits à la bataille de Covadonga par Pélage ("Pelayo"), noble d'origine wisigothe ou asture. De ce fait, seule la frange nord de l'Espagne, correspondant aux actuels Pays basque, Cantabrie, Asturies et Galice, reste sous domination chrétienne, au sein du royaume des Asturies. Mais ce n'est que plusieurs siècles plus tard que les chrétiens envisagent leurs conquêtes comme un effort commun pour restaurer le royaume wisigothique. Barcelone est prise en 801. Charles et Louis rendent à la chrétienté près d'un cinquième de l'Espagne qu'ils transforment en une marche de l'empire carolingien. Celle-ci ne fut plus reprise par les musulmans et devint une frontière et une base de reconquête rejointe par des chrétiens du sud qui ne se satisfont pas de la domination arabo-berbère et de certains excès.
Les combats contre les Maures n'empêchent pas les royaumes chrétiens de s'affronter entre eux ou de s'allier aux souverains musulmans. Par exemple, les premiers rois de Navarre (Eneko Arista et ses successeurs) sont apparentés aux Banu Qasi (Wisigoths convertis à l'islam) de Tudela. Les souverains maures ont souvent des épouses ou des mères chrétiennes. Certains champions de la cause comme le Cid se mettent parfois au service d'un roi de taïfa contre ses voisins, guerres de succession en Castille et enfin la crise entre 1383 et 1385 entraînera des combats violents entre la Castille et le Portugal avec la participation respective de la France et de l'Angleterre
La vulnérabilité et les divisions des royaumes chrétiens les amènent, pour nombre d'entre eux, à devoir acquitter un tribut aux seigneurs maures dans ce qui apparaît comme une forme de vassalité. L'inverse sera également vrai après la grande victoire chrétienne qui libère Tolède et près de la moitié de l'Espagne en 1085. Des nobles musulmans appellent à leur secours des chrétiens pour se préserver de musulmans et leur versent tribut en se soumettant.
En 978, Almanzor devient le hâdjib du nouveau calife de Cordoue, Hisham II, et prend ainsi la réalité du pouvoir. Contrairement à ses prédécesseurs, il brille par sa violence et son intolérance religieuse. De nombreux juifs et mozarabes se réfugient dans les États de la marche espagnole. Leurs connaissances enrichissent celles qui sont conservées dans les monastères catalans (l'ancien royaume wisigoth, avec Byzance, était le conservatoire des connaissances de l'Empire romain).
En 985, Almanzor attaque et pille Barcelone, emmenant avec lui de nombreux esclaves. Le comte Borell II sollicite l'aide de son suzerain Hugues Capet. Sans réponse de ce dernier, le comte prend une indépendance de fait. Paradoxalement, cet événement marque le début d'une phase de développement de la Catalogne qui entraîne les autres États de la marche espagnole. Borell sécurise le territoire, même si dans un premier temps, il doit négocier : de nombreux Catalans louent leurs services comme mercenaires du calife. Revenus en Catalogne, ils utilisent les techniques agricoles connues dans le califat de Cordoue et injectent leur solde dans l'économie. Ils construisent des moulins, irriguent la terre à la manière romaine. Les échanges commerciaux avec le califat augmentent rapidement. Il en résulte une poussée démographique et technique dès la fin du . La poussée monastique et le développement du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle permettent la transmission de cette évolution technique aux autres États de la marche espagnole, puis au reste de l'Europe. En effet, au cours des s, le culte de saint Jacques le Matamore (en : le « Tueur-de-Maures », selon une légende médiévale, et qui allait être durant toute la Reconquista le symbole chrétien de la lutte contre les guerriers musulmans) commence à se répandre. Les pèlerinages rassemblent des foules importantes et les rois de Navarre et de León améliorent les routes et construisent des ponts afin de faciliter les pèlerinages. Dans le même temps, l'essor monastique particulièrement important dans toute l'Europe permet de fixer sur papier les connaissances et les transmettre au reste de l'Ordre de Cluny et inversement. Les écrits ne sont pas tous religieux, beaucoup traitent de techniques agricoles. Le large recours aux moines convers contribue à diffuser ces techniques dans les villages voisins puis à l'Europe entière.
La culture n'est pas en reste : à partir du , Gerbert d'Aurillac (futur pape Sylvestre II) complète son éducation acquise à Aurillac (particulièrement en mathématiques et en philosophie) dans les monastères catalans de Vic et Ripoll, preuve que les échanges culturels sont déjà importants dans la péninsule Ibérique et que les auteurs antiques n'y sont pas inconnus. Il commence à introduire en Occident la philosophie d'Aristote, déjà présente dans les Écoles des Évêchés et les monastères de Provence, d'Aquitaine et de Francie, ainsi que des éléments du savoir musulman dans l'astronomie, les mathématiques, l'algèbre et la médecine. Cette introduction se poursuivra au début du dans des centres situés à Tolède ville redevenue chrétienne, et dans plusieurs villes d'Italie qui reçoivent par ailleurs le savoir de Byzance, capitale de l'Empire romain d'Orient, ville de culture et de langue grecques.
Ce sont donc des États riches, irrigués par l'occident chrétien, structurés et détenteurs d'un savoir aussi avancé que celui du califat de Cordoue qui vont mener la Reconquista. L'intolérance religieuse et la violence d'Almanzor ont laissé des traces : les États espagnols bénéficient du soutien de la population dans les territoires repris.
La théorie la plus commune limite la Reconquista à la reconquête des territoires péninsulaires après l'établissement des marches d'Espagne, et l'annexion du sud de la France à l'empire Franc, à partir du , de ce fait elle serait commencé en 742 avec la prise chrétienne de la ville de Lugo aux musulmans
D'autres théories avancent que la reconquista inclurait également les îles Baléares et les territoires de la France aux mains des musulmans, elle serait donc commencé dans la région Française du Languedoc en 737 avec la prise de Maguelonne, Agde, Béziers et Nîmes par Charles Martel.
Après l'effondrement du califat omeyyade de Cordoue au et son émiettement en une multitude de royaumes, le rapport de forces s'inversa, les divisions au sein de l'espace musulman devinrent également importantes. De plus, ils ne purent que rarement compter sur un soutien du reste du monde musulman, au contraire des chrétiens à partir de 1064 qui bénéficiaient de renforts réguliers venus notamment de France. Ces derniers parvinrent de ce fait à rétablir au fil de victoires et de reconquêtes leur domination sur la péninsule.
Les chrétiens profitèrent de l'émiettement des forces musulmanes et des rivalités chroniques entre les princes musulmans pour faire progresser la Reconquista. Déjà, bien avant sa fin et la victoire des Rois Catholiques, le roi Ferdinand, après avoir uni en 1037 le Léon et la Galice à la Castille, avait manifesté, par son refus d'annexer la Navarre (1054), sa volonté de concentrer ses efforts contre les musulmans. Par ses offensives heureuses, il avait réduit au rang de tributaires les rois de Séville, Badajoz, Tolède, Saragosse, et élargi ses frontières dans toutes les directions. En 1063, le pape Alexandre II décidait alors l'octroi d'une indulgence spéciale à quiconque irait lutter contre les musulmans d'Espagne, et les chevaliers de France vinrent en nombre (Aquitains, normands, champenois notamment) se joindre à leurs pairs d'outre-monts, puisqu'il s'agissait d'une croisade. Ce fut au cours de luttes confuses qui opposèrent chrétiens aux Maures et à taïfa que la Reconquista gagna du terrain. Le 6 mai 1085, tout le royaume de Tolède fut annexé. Près de la moitié du territoire espagnol contemporain était sous souveraineté chrétienne.
L'Al-andalous perdit son indépendance à la fin du avec la conquête des Almoravides berbères, venus d'Afrique du Nord, qui donnèrent un coup d'arrêt à l'avance chrétienne à Sagrajas. Ce fut aussi la fin d'un âge d'or culturel : les Almoravides, Sahariens austères et rigides, favorisèrent les religieux aux dépens des poètes et des philosophes. Ils déportèrent des chrétiens au Maroc.
L'affaiblissement du sultanat almoravide entraîna une seconde vague de l'islam berbère, celle des Almohades, qui en 1147 dominaient le Maghreb et al-Andalus, après avoir infligé une sévére défaite aux Castillans lors de la bataille d'Alarcos. Pratiquant leur religion avec une rigueur extrême, les Almohades se montrèrent particulièrement intolérants vis-à-vis des juifs et des chrétiens mozarabes (parlant arabe et arabisés), parfois révoltés et qu'ils expulsèrent
Mais cette contre offensive fut stoppée au lorsque les royaumes chrétiens s'unirent (Castillans, aragonais, navarrais, portugais et des contingent d'outre Pyrénées) et, soutenus par une nouvelle croisade, défirent les musulmans lors de la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212. En 1179, les princes chrétiens se partagèrent les terres à conquérir par le traité de Cazola ; la Castille profita ainsi d'un accès à la mer Méditerranée par Carthagène, ce qui stoppa l'expansion aragonaise. À partir de cette bataille, les musulmans se retrouvèrent en position de faiblesse jusqu'à leur défaite finale en 1492. Certains musulmans retournent au Maroc, cependant que de nombreux chrétiens dits mozarabes préférèrent rejoindre le nord chrétien ou se soulever. 
Durant la première moitié du XIIIe siècle, entre 1217 et 1249, les chrétiens conquièrent la moitié de la péninsule ibérique, une période connue sous le nom de "Gran Reconquista", d'après l'expression de D. Lomax.
En 1229, Jacques d'Aragon enleva les Baléares, avec la conquête de Majorque, dont la capitale, Palma tomba le 31 décembre de cette même année 1229. La prise des îles fut déterminante pour le contrôle de la méditerranée, privant les maures d'une base centrale pour le contrôle du commerce maritime.
La prise de Cordoue (1236) et de Séville () par les Castillans fut complétée par les dernières campagnes de la Reconquista aragonaise (Valence) et portugaise (Algarve). Les musulmans ne dominaient plus que dans le royaume abencérage de Grenade qui représente moins d'un dixième de la péninsule. Les Almohades auparavant chassés par les musulmans andalous perdront l'Ifriqiya ainsi que le maghreb central et seront supplantés en 1269 par une nouvelle dynastie, celle des mérinides
Dans les derniers temps d'al-Andalus, la Castille - unie définitivement au Royaume de León depuis 1230 - avait une puissance militaire suffisante pour conquérir le royaume de Grenade, néanmoins les derniers secours marocains de la dynastie des mérinides, l'habile diplomatie du Royaume de Grenade ainsi que les guerres de succession chrétiennes retarderont la reconquête finale pour 2 siècles et demi.
Au , le territoire espagnol est divisé en trois royaumes chrétiens, la Navarre, la Castille (désormais unie au royaume de León), et l’Aragon. Le dernier royaume, celui de Grenade, est musulman. Le mariage entre Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille permet l'union des royaumes d'Aragon et de Castille, union qui elle-même apporte l'unification territoriale et politique de toute l'Espagne. Les royaumes chrétiens sont désormais tous unis : l’Aragon, la Castille et Léon, réunis au sein d’un seul état, signe l’émergence d’une nouvelle grande puissance. 
Le royaume de Grenade, alors sous la forme de l'émirat de Grenade, avait été reconnu comme le vassal de la Castille depuis 1246 et ainsi devait lui payer un tribut. De temps en temps, éclataient des conflits à cause du refus de payer ; ce qui se terminait par un nouvel équilibre entre l'émirat maure et le royaume catholique. En 1483, Muhammad XII devient émir, dépossédant son propre père, événement qui déclencha les guerres de Grenade. Un nouvel accord avec la Castille, provoqua une rébellion dans la famille de l'émir et la région de Malaga se sépara de l'émirat. Málaga fut pris par la Castille et ses habitants furent faits prisonniers ; ce qui effraya Muhammad.
Ce dernier, pressé par la population affamée et devant la suprématie des rois catholiques qui avaient même de l'artillerie, capitule le 2 janvier 1492, terminant ainsi onze ans d'hostilité pour Grenade et sept siècles de présence du pouvoir islamique en Espagne. Vaincu, Muhammad signe un traité et livre la ville au roi Ferdinand d’Aragon et à la reine Isabelle de Castille. La reddition de Boabdil met fin au royaume musulman de Grenade. La présence des populations musulmanes, les mudéjars (musulmans sous domination chrétienne) prit fin en 1609, lorsqu'elles furent totalement expulsées d'Espagne par Philippe III.
Selon la légende, quand les derniers musulmans rendirent la cité de Grenade aux catholiques, Boabdil se retourna vers Grenade et se mit à pleurer. Sa mère lui répliqua : « Tu pleures comme une femme ce que tu n'as pas su défendre comme un homme ».
Les combats menés depuis le contre les musulmans en vue de reconquérir les terres catholiques espagnoles s’achèvent donc avec la prise de Grenade. C'est à la suite de cette victoire qu'Isabelle et Ferdinand reçurent du pape Alexandre VI Borgia le titre de «Rois Catholiques».
Au haut Moyen Âge, la lutte contre les Maures fut assimilée à une croisade spécifique à la péninsule Ibérique, générale pour la chrétienté. Des ordres militaires comme ceux de saint Jacques, de Calatrava, d'Alcántara ou d'Aviz furent fondés dans ce but, et même les Templiers ou y participèrent. 
Les papes appelèrent à maintes reprises les chevaliers européens à la croisade dans la péninsule. La bataille de Las Navas de Tolosa (1212) vit la victoire d'une coalition d'Aragonais, de Français, de Navarrais, de Léonais, de Portugais, et des Castillans, ces derniers dirigeant les opérations sous les ordres de leur roi, Alphonse VIII.
Les chrétiens de langue castillane firent de saint Jacques le Majeur le saint patron de la Reconquista, sous le qualificatif de "Santiago Matamoros" ("saint Jacques le Tueur-de-Maures"). Il demeure aujourd'hui le saint patron de l'Espagne, bien que ce qualificatif soit né de son apparition guerrière, plus légendaire que miraculeuse, et que ce qui en relève soit contesté au sein même de l'Église. Les Catalans développèrent plutôt le culte de saint Georges ("Sant Jordi"), soldat romain qui, selon la légende, terrassa le dragon, avant d'être choisi comme saint patron de la Catalogne.
Le statut de dhimmi, condition inférieure d'une partie de la population, est né de la séparation, par les Arabes musulmans, des membres d'une société (ici la société espagnole) en communautés étanches, du fait d'un système ségrégationniste propre à l'islam (la dhimma). Ce régime juridique puis l'application d'un régime voisin dans les royaumes chrétiens, pendant la Reconquista, ne permirent jamais un vrai métissage entre chrétiens, musulmans et juifs.
Dès 1449, donc avant la chute de Grenade (1492) et jusqu'au milieu du , d'importantes institutions espagnoles, civiles ou ecclésiastiques, promulguèrent, chacune de leur côté, les décrets dits de la "limpieza de sangre" (« pureté du sang ») ayant pour but d'extirper d'Espagne les héritages musulmans et juifs. Mais l'objectif était d'ordre religieux et c'est l'appartenance réelle à une religion qui fut déterminante. La monarchie ne s'opposa pas à ces décrets, sans chercher à les généraliser. En 1492, les « rois catholiques », voulant imposer la foi chrétienne à l'ensemble du royaume (tous les sujets devant observer la même loi), prononcèrent l'expulsion des juifs d'Espagne non convertis, provoquant également un exil. Les musulmans non convertis furent expulsés en 1502. Ne restèrent alors en Espagne que de nouveaux convertis appelés les Morisques. Après différentes péripéties, ceux-ci seront définitivement expulsés, un siècle plus tard, en 1609 au motif qu'ils ne s'assimilaient pas et étaient suspectés d'aider leurs coreligionnaires du Maghreb lors d'attaques par mer.
Les vastes territoires attribués aux ordres militaires et à la noblesse sont à l'origine des actuelles grandes propriétés d'Andalousie et d'Estrémadure.
La Reconquista donna lieu à des phénomènes sociaux particuliers :
Aujourd'hui sur la côte méditerranéenne les fêtes de "moros y cristianos" (« Maures et chrétiens ») reconstituent ce conflit au travers de parades colorées.
La Reconquista ne fut pas seulement l'affaire d'Espagnols ou de Portugais, de nombreux chevaliers de toute l'Europe y participèrent et , la principauté d'Andorre qui existe encore à nos jours trouve ses origines dans la zone tampon dénommée marche d'Espagne et créée par Charlemagne pour protéger le royaume franc d'une éventuelle invasion musulmane. 
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