Martin Heidegger

Martin Heidegger, né le à Messkirch et mort le à Fribourg-en-Brisgau, est un philosophe allemand.
D'abord étudiant auprès d'Edmund Husserl et immergé dans le projet phénoménologique de son maître, son intérêt se porte rapidement sur la question du . Elle le guidera ensuite tout au long de son chemin de pensée et c'est en tentant de répondre à celle-ci, à l'occasion de la publication de son ouvrage "Être et Temps" ("") en 1927, qu'il rencontre une immense notoriété internationale qui déborde largement le monde de la philosophie.
Dans les années trente a lieu ce qu'il appelle le « tournant » de sa pensée au moment de l'écriture de l"'Introduction à la métaphysique". Il cherche à préparer un nouveau commencement de pensée, qui éviterait l'enfermement de la métaphysique – celle-ci étant devenue, pour lui, un mot qui rassemblait, selon Hans-Georg Gadamer .
La «  », édition complète des œuvres, en cours de publication, comprend plus de cent volumes, dont les ouvrages majeurs sont "Être et Temps" (', 1927) et ', "", ouvrage publié de manière posthume (1989 pour la version allemande et 2013 pour la version française). Heidegger est considéré comme l'un des philosophes les plus marquants du : sa démarche a influencé la phénoménologie et toute la philosophie européenne contemporaine. Elle a eu un impact bien au-delà de la philosophie et, par exemple, sur la théorie architecturale, la critique littéraire, la théologie et les sciences cognitives.
L'influence de Heidegger sur la philosophie française a été particulièrement importante. Elle s'est notamment exercée par le truchement des philosophes Jean-Paul Sartre, Jean Beaufret, Emmanuel Levinas, Jacques Derrida, Maurice Merleau-Ponty, voire Michel Foucault.
Il est également l'un des philosophes dont la personnalité et l'œuvre sont les plus controversées en raison de son attitude durant la période 1933-1934, où il fut recteur de l'université de Fribourg et adhérent au parti national-socialiste de 1933 à 1944.
Martin Heidegger est né à Messkirch (Allemagne) le . Élevé dans un milieu Heidegger fait ses études secondaires aux petits séminaires de Constance 1903-1906), puis de Fribourg (1906-1909). Pendant l'été 1907, le père Conrad Gröber, directeur du petit séminaire de Constance et futur archevêque de Fribourg, lui offre la dissertation de Franz Brentano intitulée "De la diversité des acceptions de l'être d'après Aristote" (1862). Heidegger affirme à plusieurs reprises que ce livre a été son , le conduisant à la lecture d'Aristote, dont il écrit dans "Mon chemin de pensée et la phénoménologie" (1963) que la phrase : a décidé de son . Cette lecture provoque chez Heidegger une question, que Jean Beaufret résume ainsi : . Selon Heidegger lui-même, cette demeure . Dès 1909, il lit les "" d'Edmund Husserl, dont il attend et qu'il relira, les années suivantes, de manière . En septembre 1909, il entre comme novice au sein de la Compagnie de Jésus, à Tisis, près de Feldkirch, qu'il quitte pour des raisons de santé en octobre suivant. Avec peu de moyens financiers, il se porte alors candidat au séminaire de Fribourg, où il entre pour le semestre d'hiver 1909. En 1911, il souffre à nouveau de problèmes cardiaques, ce qui fait douter les responsables de l'école de ses capacités à devenir prêtre, eu égard à son état de santé. En été, en convalescence, il réalise qu'il préfère la philosophie à la théologie et décide de renoncer à la prêtrise et à la théologie. À la recherche d'une forme de sécurité financière, il décide de s'inscrire pour le semestre d'hiver 1911-1912 à la faculté de sciences naturelles de l'Université de Fribourg en mathématiques, physique et chimie, afin de devenir professeur, tout en poursuivant ses études de philosophie. Son éducation religieuse, qui lui donne l'occasion d'approcher la tradition scolastique, rend son parcours atypique, à une époque où les séminaires de philosophie sont dominés par le néo-kantisme. En 1913, il écrit sa thèse de doctorat en philosophie, "Doctrine du jugement dans le psychologisme", sous la direction de Artur Schneider. En 1914, il est réformé pour raison de santé.
Il prononce en 1915 la conférence "Le concept de vérité dans la philosophie moderne". Il se destine alors à la prêtrise, avant d'abandonner la religion. Il dit plus tard que celle-ci est radicalement incompatible avec la philosophie.
Le , il est habilité à enseigner, comme chargé de cours, après avoir présenté sa thèse d'habilitation écrite sous la direction du néo-kantien Heinrich Rickert, thèse qui a été traduite en français sous le titre "Traité des catégories et de la signification chez Duns Scot". Sa leçon inaugurale s'intitule "Le concept de temps dans la science historique". À l'automne 1916, il devient l'assistant personnel de Husserl, dont il partage les réflexions et les recherches sur la phénoménologie. Cependant, il se détache rapidement de l'enseignement de son maître : dès l'origine, en continuant hors des heures de cours l'approfondissement de "Recherches logiques" que son auteur, Husserl, juge déjà dépassées, puis progressivement de 1923 à 1927, en reprochant à Husserl son tournant vers une philosophie de la subjectivité transcendantale et plus encore son cartésianisme ; il admire toujours néanmoins les ""
Mobilisé en 1917, il est affecté au service météorologique de l'armée à Verdun. Dès 1919, il reprend ses cours à l'université de Fribourg où il acquiert une renommée universitaire. Durant ces années, les universitaires pensaient qu'avec le talent de Heidegger la philosophie renaissait à elle-même. Déjà, cependant, il entreprenait une critique radicale de la tradition notamment dans le "Rapport Natorp", un rapport manuscrit sur l'état de ses travaux adressé en 1922 au professeur Paul Natorp, où il procède à une critique sévère de la métaphysique dite de la attribuée à Aristote et base de sa "Physique".
Il se marie le avec Elfride Petri (1893-1992), protestante ; leur mariage est d'abord prononcé selon le rite catholique puis cinq jours plus tard selon le rite évangélique. Ils ont ensemble deux fils : Jörg et Hermann, le premier en janvier 1919 et le second en août 1920.
En 1923, il est nommé professeur non titulaire à l'Université de Marbourg, qui est alors le foyer principal européen du néokantisme, où il collabore avec le théologien protestant Rudolf Bultmann qui réinterpréte le Nouveau Testament à la lumière du futur chef-d'œuvre de son jeune collègue "Être et Temps". Ce dernier livre est, selon Hans-Georg Gadamer, . Ses nouveaux collègues sont : Nicolai Hartmann, Paul Natorp et Hermann Cohen, quant à ses étudiants à Marbourg on peut citer Hans-Georg Gadamer, Hannah Arendt, Karl Löwith, Gerhard Krüger, Leo Strauss, Jacob Klein, Günther Anders, et Hans Jonas.
Ce séjour à Marbourg et le contact avec ses nouveaux collègues furent particulièrement positifs pour le jeune professeur. À partir de ses lectures d'Aristote, il commence à développer sa problématique personnelle relative à la question du "sens de l'être". Ses travaux sur la phénoménologie de la vie religieuse à partir de l'étude de Saint Augustin, de Paul et de Luther l'orientent vers une conception de l'être humain qui va privilégier l'existence sur l'essence.
L'année suivante, il a avec Hannah Arendt, une de ses élèves, une liaison clandestine.
Le , il présente à Husserl, à l'occasion d'une réception pour les 67 ans de celui-ci, le manuscrit de "" ("Être et Temps"), premier ouvrage qui est publié l'année suivante, à la demande du doyen de l'Université de Marbourg. En 1928, il prend la suite de son maître Husserl, parti à la retraite, à l'Université de Fribourg.
1929 fut l'année de la controverse de Davos où eut lieu une confrontation célèbre entre Ernst Cassirer, représentant du néo-kantisme, et Heidegger.
En 1931, un poste lui est proposé à l'Université de Berlin, poste qu'il refuse après une discussion avec un de ses amis paysans. Heidegger resta à l'Université de Fribourg-en-Brisgau pour le restant de sa vie enseignante, déclinant de nombreuses offres.
Ses étudiants les plus illustres furent : Hannah Arendt, Günther Anders, Hans Jonas, Karl Löwith, Charles Malik, Herbert Marcuse, Ernst Nolte, Emmanuel Levinas.
Les années terribles de 1933 à 1945 furent philosophiquement les plus prolifiques, tant dans l’œuvre publiée, que celle non publiée de Heidegger. C'est du début de cette période que date la célèbre "" ou dans son œuvre, à l'occasion duquel, l'on a souvent voulu voir apparaître un second Heidegger.
Lors des élections de 1932, il vote pour le NSDAP, et y adhère l'année suivante. Le , il est élu recteur de l'Université de Fribourg-en-Brisgau, trois mois après l'avènement de Hitler comme chancelier du Reich (le ).
En 1933, Heidegger prend la charge de recteur de l'université de Fribourg, dont il affirme dans son interview de 1966 au "Spiegel" que ce fut à la suite de l'appel de l'ancien recteur von Möllendorf, un social-démocrate obligé de démissionner, qui lui demanda de se présenter pour empêcher la nomination d'un fonctionnaire nazi. Heidegger prononce alors le fameux , qui lui est constamment opposé, et dans lequel il fait vœu de s'appuyer sur l'Université pour élever le niveau spirituel de l'Allemagne. Lors de sa prise de responsabilité, Heidegger publie dans un journal universitaire un qui s'achève ainsi : . Il explique au "Spiegel" qu'il s'agissait du seul compromis qu'il ait fait avec les étudiants SA, et dans une lettre à Hans-Peter Hempel qui l'interrogeait sur cette fatidique phrase .
L'historien Raul Hilberg a établi qu'en 1933 Heidegger, suivant les instructions du Ministère prussien de l'Éducation mit fin au versement des allocations de la plupart des étudiants boursiers de l’université de Fribourg, il étendait ainsi la portée de la loi sur la révocation des fonctionnaires juifs (dite « loi sur la restauration de la fonction publique »).
Heidegger semble ainsi pour certains, œuvrer à l'introduction la plus large possible du Führerprinzip dans l'Université allemande. Il forme, avec d'autres, comme Alfred Bäumler ou Ernst Krieck, l'avant-garde de cette réforme. Heidegger travaille par exemple, avec Krieck, à la réforme des statuts de l'université dans le Land de Bade, qui fait de l'université de Fribourg le stade le plus avancé, dans toute l'Allemagne, dans la mise en œuvre de cette réforme. Karl Löwith rapporte que Heidegger ne faisait pas mystère de sa foi en Hitler. Il demeure qu’Heidegger affirme . Toutefois, selon le témoignage d'Ernesto Grassi rapporté par Hugo Ott, l'autodafé des livres juifs et marxistes a bien eu lieu à l'université de Fribourg sous le rectorat de Heidegger : écrit ainsi Grassi.
Pour des raisons encore discutées, il démissionne de ses fonctions administratives le . Après cette date, il n'est donc plus membre actif de l'administration nationale-socialiste. Les témoignages d'étudiants au sujet de cette période sont contradictoires, certains voyant en lui un admirateur du nazisme continuant sa propre , d'autres voyant dans ses cours l'une des seules échappatoires à la pensée totalitaire nazie. Il poursuit son enseignement jusqu'en 1944, où il est réquisitionné dans la milice en tant que . Durant cette période, il traite notamment longuement de la philosophie de Nietzsche.
En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les autorités alliées victorieuses lui interdisent d'enseigner. Cela n'empêche pas sa pensée d'influencer considérablement la vie intellectuelle, notamment via "L'Être et le Néant" de Jean-Paul Sartre, d'inspiration heideggerienne. Le maître de Fribourg a toutefois dès 1946 pris ses distances avec l'existentialisme sartrien dans sa "Lettre sur l'humanisme".
Dès 1945, commence avec Jean Beaufret un dialogue qui ne prend fin qu'à la mort du penseur. La célèbre "Lettre sur l'humanisme" . En dépit de l'interdiction d'enseigner Heidegger donne toute une série de conférences, après "Pourquoi des poètes" de 1946, suivent quatre conférences intitulées "Regard dans ce qui est : La chose, Le Dispositif, Le danger, Le tournant" qui sont données au Club de Brême en 1949.
L'interdiction d'enseigner est levée en 1951, et Heidegger reprend ses cours. Son premier séminaire porte sur Aristote. Les cours les plus célèbres d'après-guerre sont : "Qu'appelle-t-on penser ?" (1951-1952), "Le Principe de raison" (1955-1956). En 1951, il prononce la célèbre conférence : "Bâtir, habiter, penser" suivies de : "L'homme habite en poète", "Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ?", "Science et méditation", "La question de la Technique".
En 1955, il est convié en France par Maurice de Gandillac et Jean Beaufret, pour présenter une conférence à Cerisy. Il séjourne chez Jacques Lacan. Il est ensuite régulièrement invité en Provence par le poète René Char pour tenir des séminaires retranscrits dans "Questions IV". En 1958, Heidegger prend sa retraite de l'Université, mais il continue d'animer des séminaires et de participer à des colloques jusqu'en 1973 et notamment le séminaire tenu à Fribourg avec Eugen Fink sur "Héraclite" en 1966-1967, trois séminaires au Thor en Provence avec Jean Beaufret. De ces années , on trouve un résumé dans le petit livre consacré à Heidegger de Alain Boutot.
Heidegger meurt le à Messkirch, où il est enterré. La même année est publié le premier volume des Œuvres complètes, qui comprendra environ 110 ouvrages, la "".
À partir de 1989, commence la publication des , écrits dans les années 1935 à 1940 et restés volontairement scellés jusqu'à cette date de 1989, notamment les ", "traduit en français chez Gallimard par François Fédier sous le titre "".
C'est autour de quelques thèmes majeurs comme la Phénoménologie de la Vie, la Logique et l'interprétation d'Aristote, le concept de Temps, la toute nouvelle Phénoménologie husserlienne, l'Interprétation de l'Histoire et de l'historicité, à l'occasion de fréquents débats et polémiques avec ses collègues, tenants de courants plus traditionnels (néo-kantisme, psychologisme, historicisme), que s'est forgée la forte originalité intellectuelle du jeune professeur à Marbourg. Servanne Jollivet en fait le détail et conclut .
Compte tenu de la nouveauté et de la richesse de ces travaux de jeunesse récemment dévoilés par la publication intégrale des œuvres, il n'est plus possible, note Marlène Zarader, de considérer cette période comme simplement préparatoire à son maître ouvrage, à savoir "Être et Temps".
Pour qui s’intéresse aux œuvres, travaux et conférences de jeunesse de Martin Heidegger, la principale difficulté consiste essentiellement à les , c'est-à-dire à les inscrire dans les discussions intellectuelles de son temps et non à les lire à la lumière de travaux ultérieurs. C'est tout récemment que l'intérêt pour ce premier Heidegger, détaché d'une perspective généalogique sur "Être et Temps", s'est manifesté. Dans cette perspective, le premier ouvrage de langue française consacré au « jeune Heidegger », date de 1996, issu d'un colloque organisé par Jean-François Marquet et Jean-François Courtine à la Sorbonne.
Au début du , des débats très vifs opposent les tenants du néo-kantisme (Heinrich Rickert), les sociologues (Georg Simmel), les philosophes de la vie (Wilhelm Dilthey, Karl Jaspers) et les historiens (Oswald Spengler) sur la question de l'objectivité des sciences historiques. Heidegger renvoie tout le monde dos à dos en trouvant superficielles ces querelles, car les idées de succession de génération, de compatibilité ou non de cultures, de cycles historiques, de sens du progrès, ne sont pas basées sur une justification préalable. Même si cette réalité est suffisamment stable et déterminée pour faire l'objet d'une science ; il estime que la question philosophique principielle du fondement reste en suspens.
Heidegger rejette, au cours de débats et controverses, la philosophie dominante de son temps, le néokantisme, apparue vers la moitié du , à laquelle il reproche son abstraction. La controverse sans doute la plus célèbre est la Controverse de Davos avec Ernst Cassirer, ainsi que, selon le témoignage de Hans-Georg Gadamer, le projet de limiter la philosophie à l'histoire des problèmes. Avec le kantisme, il rejette aussi le cartésianisme et toutes les philosophies issues ou subjuguées par les méthodes des sciences positives : l'anthropologie philosophique, la psychanalyse ou encore la philosophies dites de la vie. Enfin, il reproche à Husserl l'ambition quasi scientifique de sa phénoménologie, à laquelle il préfère une phénoménologie plus orientée sur l'herméneutique et , dénommée la facticité.
Il critique, en outre, les principes de l'anthropologie moderne : les notions de sujet, de vie et de personne. Tout au long de son œuvre revient la critique du cartésien  qui aurait ignoré le sens d'être du « Je suis », relève Marlène Zarader.
Heidegger rencontre le problème de l'histoire tel qu'il est posé dans les controverses méthodologiques du début du siècle. En rejetant les positions des uns et des autres, Heidegger intervient dans des débats qui opposent au début du siècle, les tenants du néo-kantisme (Heinrich Rickert), les sociologues (Georg Simmel), les philosophes de la vie (Wilhelm Dilthey, Karl Jaspers), ainsi que les historiens (Oswald Spengler), sur la question de l'objectivité des sciences historiques. Pour Heidegger, toutes ces conceptions ont la même absence d'assise solide, car elles se fondent sur un même préjugé, le présupposé qu'il y a une réalité originaire donnée, à base de cohérence et d'enchaînement de faits historiques, pouvant faire l'objet d'une science, par exemple l'observation de la succession des générations, de l'existence de cultures différentes, des cycles historiques, d'un apparent sens général d'évolution que l'on qualifie de ou de , qui ; pour Heidegger, il s'agit d'abord de les fonder.
Françoise Dastur rappelle la phrase de Heidegger , car poursuit-elle .
Heidegger réintroduit la problématique théologique dans la philosophie sous la forme d'une critique d'un aspect particulier de la métaphysique qu'il nomme onto-théologie, science qui depuis son appellation par Kant lie l'Être et Dieu (ou premier principe). Pour lui, la théologie dogmatique repose sur un fondement, un système philosophique, qui n'est pas issu directement du questionnement croyant auquel Heidegger veut revenir.
Selon Hans-Georg Gadamer. Le christianisme primitif, continue l'interprète, va et donc être considéré par Heidegger comme un témoin privilégié contre toutes les visions du monde « rassurantes » d'inspiration religieuse ou philosophique.
Jean-Claude Gens note que un accès vers ce qu'il appelait alors la . La reconquête des concepts primitifs de la foi chrétienne, poursuit Jean-Claude Gens 
Dans les années passées à Marbourg, Heidegger a entretenu un dialogue fécond avec la théologie dialectique protestante et notamment avec le théologien Rudolf Bultmann.
Sous l'impulsion d'une relecture des épîtres de Paul, ainsi que des œuvres de Luther et de Kierkegaard, il exerça, à travers l'analytique existentiale de "Être et Temps", sur Rudolf Bultmann et le renouveau de théologie protestante, une influence « décisive », selon l'expression employée par le rédacteur de "l'Encyclopédie du Protestantisme".
Pour Hans-Georg Gadamer, seuls ceux qui étaient présents à Marbourg dans les salles de cours, dans les années 1920, ont pu mesurer le poids de la présence réelle d'Aristote dans la pensée du jeune professeur, mais d'un Aristote nouveau, libéré de toutes les interprétations scolastiques déformantes accumulées. Jean-Claude Gens notera à ce propos l'importance de Martin Luther dans la redécouverte d'Aristote.
Dans le cadre de ses travaux sur le fondement philosophique de la logique, Heidegger découvre que même chez Aristote, la ' n'est pas une activité éthérée, détachée de la vie et de nature intemporelle, mais au contraire le fait d'un ' historique, engagé dans une existence déterminée. Il affirme que ce ne sont, ni les Grecs, ni Aristote qui furent à l'origine de cette coupure fondamentale entre théorie et pratique, mais leurs interprètes Scolastiques qui l'exagérèrent en portant une attention exclusive à sa « métaphysique » au détriment des autres œuvres comme lÉthique à Nicomaque", et "De Anima". Les écoles, nous dit Françoise Dastur, ont fait d'Aristote , un penseur qui n'aurait compris l'être de l'« étant » qu'à travers la ', réduction à laquelle Heidegger s'oppose en exhumant un Aristote phénoménologue avant la lettre. Étienne Pinat, à propos du cours "Introduction à la recherche phénoménologique", souligne . S'il est possible de ressusciter Aristote, note de son côté Philippe Arjakovsky .
Il s'agira, pour Heidegger, de mettre en évidence l'enracinement de la "theoria" et de la praxis dans le nouveau concept de « Souci » que lui avait fait découvrir, par ailleurs sa fréquentation du Livre X des confessions de Saint Augustin et ses travaux sur la vie des premiers chrétiens, dont il va s'acharner à trouver les linéaments dans l'œuvre même du Stagirite en s'appuyant sur le concept de « prudence », la Phronesis ; « Souci » qui va devenir progressivement l'essence même de l'« être » de l'homme dans "Être et Temps"
En outre, avec l'appui de l'héritage aristotélicien, le jeune professeur de Marbourg va pouvoir innover en interprétant systématiquement les phénomènes fondamentaux de la vie facticielle (les manières de se comporter du ""), qui avaient été dégagés antérieurement, pour les porter, eux aussi, au niveau d'une détermination catégoriale, qui seront à la base des futurs « existentiaux » (ou « catégories de l'existence ») de "Être et Temps".
Sa sensibilité catholique l'a ouvert au caractère tragique et précaire de l'existence, ainsi que l'a souligné Jean Greisch. Hans-Georg Gadamer insiste également sur les origines religieuses du chemin de pensée du philosophe. Marlène Zarader décèle plutôt chez Heidegger un héritage hébraïco-biblique qui constituerait un impensé de sa philosophie ; le privilège accordé dans ses premiers cours à la "Phénoménologie de la vie religieuse", c'est-à-dire au vécu de la foi par rapport à la phénoménologie de la religion chez les premiers chrétiens ayant, suggère t-elle, pour conséquence d'occulter tout l'héritage proprement hébraïque dans la pensée occidentale. À ces sources religieuses anciennes s'ajoute l'influence plus contemporaine du penseur chrétien Kierkegaard, mettant l'accent sur les « tonalités affectives », sur la compréhension heideggerienne des concepts d', d' et d'.
Son maître Edmund Husserl lui offre avec la phénoménologie une méthode d'exploration de la réalité et la formation à une exigence, le .
Heidegger se convainc d'abord que c'est dans l'expérience la plus pragmatique et la plus naïve du monde que l'homme prend conscience de lui-même et de ce qui l'entoure, remarque Christoph Jammes : . La primauté est reconnue à la quotidienneté ordinaire. Le "" y reçoit la première expérience concrète de l', de . Heidegger pense trouver dans l' de la vie factive, comme le suggérait déjà Wilhelm Dilthey dans son affirmation (), le fondement recherché.
, observe Heidegger d'après Jean Greisch qui précise qu'. Son rapport à l'existence est donc pour le penseur plus essentiel que son enfermement dans les règles de la et de la grammaire, dont la tradition s'est rendue coupable. Pour preuve, .
C'est dans les années 1919-1923, qui correspondent au premier séjour de Heidegger à Fribourg comme "", que le jeune professeur commence à prôner un retour à l'expérience concrète de la vie pour contrer la vision exclusivement théorique de la philosophie traditionnelle, et orienter ses recherches sur la vie facticielle, en laquelle il commence à voir la source de tout sens ainsi que le fondement du philosopher, qui va constituer le chemin par lequel il cherche à se distinguer de la philosophie dominante de son époque. Parce que de grands noms de la philosophie du comme Hannah Arendt, Hans-Georg Gadamer, Max Horkheimer, Hans Jonas, Karl Löwith, J. Ritter furent ses auditeurs, les cours de cette période se révèlent être une source centrale pour la compréhension de la philosophie de ce siècle.
Alors que les premiers essais de Heidegger de 1912 à 1915 le portaient à soutenir la nécessité d'une philosophie logique, comme science rigoureuse, dans la lignée des "Recherches logiques" de Husserl et de l'enseignement de son professeur néo-kantien Heinrich Rickert, se met progressivement en place, au contact de la "Lebensphilosophie", une philosophie de la vie, et face au constat d'une une phénoménologie herméneutique proprement heideggérienne. En perdant son caractère scientifique, la philosophie en tant qu'auto-compréhension de la vie garde néanmoins son caractère originaire en tant que savoir pré-théorique. Jean Greisch note que sur « l'analyse existentiale », Heidegger met en œuvre : .
C'est dans la ré-appropriation de très vieux concepts grecs comme "Phusis", "Logos", "Alètheia" (relevés par Marlène Zarader ; celle-ci les qualifie de ) et le travail d'interprétation effectué sur les concepts aristotéliciens et leur transformation dans le cadre de son analytique existentiale que s'expose la pensée du philosophe. 
Heidegger, pour mieux traduire sa pensée, innove avec le langage. Soit qu'il utilise des mots courants dont il détourne, déplace le sens à partir de considérations étymologiques, comme avec A-lètheia ou Da-sein, soit qu'il se livre à des reconstructions grammaticales, construisant ainsi des néologismes, comme avec '. À l'exception de ' qui a selon Kostas Axelos, la plupart des mots utilisés par Heidegger sont présents dans le dictionnaire allemand.
Ces innovations, qui constituent un frein à la compréhension de sa pensée, occasionnent plusieurs polémiques, dont en France, une majeure concernant les choix de traduction. Les traductions posent en effet des problèmes de choix, dans toutes les langues : utiliser un vocabulaire courant pour expliquer la notion en jeu, utiliser le mot correspondant au mot allemand dans son sens d'origine, ou inventer des néologismes. En France, la traduction de "Être et Temps" par Vezin génère une polémique intense. Sa version provoque selon les auteurs un « tollé », un « scandale », sachant qu'avec la traduction alternative, non autorisée, de Emmanuel Martineau, et celle antérieure de Rudolf Boehm et Alphonse De Waelhens (1972) toutes trois sont jugées par Dominique Janicaud comme relevant d'un . Toutefois, Dominique Janicaud parle ensuite de la de la version de Martineau, qu'il a appréciés.
Françoise Dastur évoque, à propos de l'accueil de "Être et Temps" en France, .
Heidegger, lui-même, a déclaré au colloque de Cerisy-la-Salle en 1955, rapporte Jean Beaufret : . Il a souvent marqué sa préférence pour l'appellation de (""), en direction de ce que Jean Beaufret qualifie de pensée plus .
Heidegger s'oppose à la pensée explicative traditionnelle par les causes, pour laisser « venir et accueillir », , ', ce dont il est question dans le langage, que la chose soit formulée ou non. Hadrien France-Lanord note, que s'agissant du concept métaphysique le travail de Heidegger en vue de laisser le phénomène advenir dans sa manière singulière. Contrairement à tous ses prédécesseurs, il accordera, sous le nom de ', une place toute particulière à l' qui toujours se réserve et fonde l'unité du texte ou de la pensée. Heidegger se distingue de ses prédécesseurs en ce qu'il pratique une dans l'étude de leurs œuvres. Pour Alain Boutot .
Christian Sommer rappelle cette remarquable sentence de Heidegger .
Que la question du ait pu être, en tant que telle, oubliée depuis les grecs, entraîne une autre question quant à la nature et la solidité du fonds permanent de réponses ontologiques qui dominent depuis lors la pensée philosophique. Heidegger ur quelle espèce d'évidence est ainsi assise l'idée de l', lorsqu'elle est déterminée comme . Tout « questionner » philosophique serait dans l'histoire de la philosophie souterrainement pré-orienté par un sens évident et enfoui, qu'il s'agit de mettre à jour. C'est par un travail de "", de la tradition, qui n'est en rien une destruction au sens français, mais un démontage intéressé des pièces, que Heidegger compte y parvenir.
Selon Pascal David, le terme d'« ontologie fondamentale » (science de l'être en tant qu'être) couramment utilisé à propos de "Être et Temps", ne correspond pas au véritable dessein de ce livre, parce que cette ontologie recouvrant une « analytique de l'existence » .
Selon Christian Dubois, quiconque tente de pénétrer dans la pensée de Martin Heidegger doit commencer par lire "Être et Temps" (1927). Néanmoins Maxence Caron suggère, compte tenu qu’"Être et Temps" est une œuvre , qu'il est plus judicieux, pour accéder à la pensée heideggerienne, de commencer par lire certains cours de la fin des années 1920, récemment traduits en français, qui encadrent la publication de l’œuvre.
Les lecteurs francophones disposent de deux traductions, après celle partielle de Rudolf Boehm et Alphonse De Waelhens en 1964 : celle, autorisée, de François Vezin, complète et enrichie de notes du traducteur, et celle de Emmanuel Martineau, partielle, non autorisée et hors commerce mais accessible en ligne. Pour ce qui concerne le commentaire, le public francophone dispose de deux ouvrages récents de Jean Greisch et de Marlène Zarader.
Mais "Être et Temps", malgré son importance, nous dit Christian Dubois, .
Cet ouvrage, un premier aboutissement de la pensée d'Heidegger, est une de ces œuvres majeures de la philosophie que certains ont comparé à la "Métaphysique" d'Aristote. Toutefois, elle n'est que la première partie d'un projet qui ne fut pas mené à terme. Il s'agissait au départ de développer une intuition de Heidegger quant au sens temporel de l'. À cette époque, Heidegger n'ayant pas encore rompu totalement avec la métaphysique, il s'agissait de parvenir à lui assurer un fondement solide par l'exploration du sens unitaire de l'Être qu'Aristote avait raté en concluant à la polysémie incontournable de ce concept. Heidegger entreprend de dévoiler ce sens unitaire en partant de la temporalité de l'étant concerné, le "" que les premières études avaient mis au jour dans son exploration de la . L'homme lui-même n'est plus défini comme une nature, une essence invariable et universelle, mais comme un . L'existence prend le pas sur l'essence avec la célèbre formule qui donnera naissance à l'existentialisme : 
De l’aveu même de son auteur, cette tentative aboutit à un échec, la deuxième partie et la troisième section de la première partie n'ayant jamais pu être rédigées. De cet échec, Heidegger retire la conviction que la métaphysique est définitivement dans l'incapacité d'atteindre sa propre vérité, à savoir la différence de l'être et de l'étant.
"(Christian Dubois).
Telle qu'elle fut livrée, cette œuvre avec celles qui la précisent, marque néanmoins, par sa nouveauté, un tournant important dans la philosophie occidentale, selon (Levinas). On y trouve l'apparition de nouveaux concepts majeurs pour l'histoire de la philosophie, tels que "", Monde et mondéité, être-au-monde, être-pour-la-mort, être-avec, être-en-faute, être-jeté.
Le problème de la conjonction de l'être et du temps a été réabordé d'un point de départ différent à l'occasion de la conférence de 1962 "Temps et être" : (Alain Boutot).
De sa lecture de la thèse de Franz Brentano, le jeune Heidegger avait retenu que pour Aristote « l'être se dit de multiples manières » et outre son sens catégorial, il se dit aussi au sens de propriété, de possibilité, d'actualité et de vérité que Brentano avaient négligés.
L'édition intégrale des œuvres de Heidegger, la "" qui devrait comporter 102 à 108 volumes quand la publication en sera achevée, sera en grande partie constituée de ses cours, dont beaucoup entreprennent de réinterroger la tradition philosophique occidentale depuis ses origines grecques à travers ses principaux représentants (Platon et Aristote, Kant, Hegel et Nietzsche.).
Alain Boutot souligne. Alain Boutot estime que, de la lecture dans sa jeunesse de la dissertation de Franz Brentano intitulée "De la signification multiple de l'étant chez Aristote", Heidegger avait retenu . Boutot considère également que . Selon lui, au seuil de son livre "Être et Temps" Heidegger écrit . Ce lien de compréhension entre être et temps est aussi souligné par Christian Dubois : .
Toute l'œuvre de Martin Heidegger est tendue par une seule question : celle du sens du mot « être ». Alain Boutot note que . Dès lors, l'histoire métaphysique (ou histoire de la philosophie) va apparaître, souligne Jacques Taminiaux, .
Avec le fondement du Temps, Heidegger cherche à établir que l'être de l'homme n'est pas seulement , comme l'on dit habituellement, mais qu'il « s'identifie » au temps. Selon l'expression d'Alain Boutot . Le temps ordinaire, celui des horloges, dérive de la temporalité propre du " .
Ce temps « extatique », propre au ", dans une conférence de 1924 se décompose en trois moments ou extases, l'« à-venir », l'« avoir été », le « présent ». Cette conférence est suivie du cours sur les "Prolégomènes à l'histoire du concept de temps" professé à Marbourg en 1925, dans lequel ce devient le phénomène qui se trouve à l'origine du temps normal ou vulgaire. Ce dernier n'est plus alors qu'un temps dérivé, qui trouve son fondement et sa possibilité dans le premier ; pour distinguer ce temps originaire, Heidegger le qualifie de , ou . Cet « être-là », est qualifié de temporal, selon Françoise Dastur, .
. C'est donc à une analyse de l'existence du "", autrement dit des vécus de l'homme, que Heidegger procède à travers ce qu'il appelle l'« analytique existentiale » qui tiendra lieu d' ; analyse dont il espère qu'elle va pouvoir lui procurer la base métaphysique recherchée, et qui l'amène à explorer, la structure d'un nouveau concept, celui d'« être-au-monde ».
Le rapport à une extériorité à une totalité est ce qui se donne en toute priorité lorsque l'on cherche à caractériser l'homme en son être.
L'« être-au-monde » se présente comme une structure unitaire en mouvement, complexe que Heidegger va tenter d'unifier dans ses multiples moments en faisant appel au concept de « Souci ». Ce « souci » "", reflète selon Jean Greisch 
Le ' dans le , est dans la nécessité de réaliser l'une ou l'autre de ses possibilités : soit être responsable de son existence, en ce cas il est qualifié d', soit déposer cette responsabilité et être considéré comme . L'inauthenticité est le fait d'un ' qui se comprend lui-même à partir de ce dont il se préoccupe et non pas à partir de son propre fini, et dans ce cas se laisse conduire par le , qui représente l'expression de l'opinion moyenne. Le ' vivant la plupart du temps sur un mode impropre, se convoque lui-même (l'appel de la conscience) au nom de son étrangeté essentielle à quitter le « On », c'est-à-dire à quitter sa fascination pour le monde.
Le concept de ' tente de thématiser, selon Alain Boutot, l'homme que nous sommes nous-même, à travers sa détermination la plus essentielle, à savoir : . L'« être » de cet étant, révèle progressivement sa complexité tout au long de l'analytique qui lui est consacrée dans l'ouvrage "Être et Temps". Au cœur de cette analyse, s'expose d'abord une structure fondamentale l'« être-au-monde », puis les multiples guises ou modes sous lesquels le ' journalier et quotidien apparaît : « être-jeté » ; « être-avec » ; « être-en-faute » ; « être-vers-la-mort ». Hadrien France-Lanord note à propos du "" .
 résume Dominique Saatdjian . La plupart du temps ignorée, cette mondéité (ce qui fait qu'un monde est monde, son essence), se montre dans "Être et Temps" d'une manière fugitive, au sein même de l'« ustensilité », lorsqu'elle ne joue plus, à même l'outil cassé et la rupture de la chaîne des renvois (voir les choses du monde).
Alain Boutot résume ainsi l'orientation de ce deuxième déploiement, correspondant au « Tournant », "", des années 1930 .
Dès "Être et Temps", Heidegger interroge un concept pivot de la métaphysique, celui de , défini depuis Aristote comme adéquation entre l'idée et la chose, qui de fait s'est historiquement prêté à de nombreuses variations rappelle Jacques Taminiaux Dans des analyses célèbres portant sur des fragments de textes attribués aux premiers pré-socratiques, Heidegger exhume le comme Alètheia ou dévoilement, ', qui n'est pas un concept de relation, mais que Heidegger, interprète en prenant appui sur l'« a » privatif appliqué à la ' comme l'expression d'un « surgissement hors du retrait ». Une première mutation de l'essence de la vérité est survenue avec la détermination platonicienne de l'être comme "", premier pas que Heidegger va qualifier de « catastrophe ».
Ce concept, après sa forme scolastique, a subi au cours du temps de nombreuses autres métamorphoses, mais la variation décisive pour l'avènement du règne de la « Technique », c'est-à-dire, de la modernité, se trouve formulée dans les travaux de Descartes avec la prévalence absolue de la « vérité-certitude » qui impose aux choses de se soumettre, dans un complet renversement, à la "mathesis". Connaître est devenu le moyen de s'assurer d'un pouvoir sur l'étant.
Hans-Georg Gadamer déclare à propos de la lecture que fait Heidegger des premiers penseurs : . Il s'agit pour Heidegger de conquérir, à l'encontre de toutes les visions réductrices qui prétendent comprendre à partir de nos préoccupations modernes un tout autre monde, une dimension qui fasse droit à leurs pré-occupations de penseurs dans la Grèce archaïque (celle d'Homère).
Après l'échec d"'Être et Temps" et l'épisode du Rectorat (1933), s'affirme le thème, nouveau pour lui, du . La problématique du va laisser sa place à la question de la , dont la révélation du « voilement » accaparera dorénavant les efforts du philosophe, note Jean Grondin.
Quant à l'idée d'« un autre commencement », il ne faut pas l'entendre, en un sens chronologique où un « commencement » succéderait à un « autre commencement », dans un enchaînement causal, car il ne fait signe vers aucune philosophie de l'histoire, ni sur l'idée d'un progrès de l'humanité ou celle d'un déclin, tout ceci appartient en propre à la métaphysique et à son besoin de . L' prétend, par dessus la métaphysique, reprendre source directement à l'origine, à l'écoute de la dynamique cachée de l'histoire de l'. Il s'agit, de se retourner pour retrouver à travers la , le point inaugural d'un autre chemin possible de la pensée, d'un . écrit Martina Roesner.
Dans ses derniers travaux, Heidegger s'est attaché à mettre à jour les fondements métaphysiques de la modernité. L'étude de ces fondements , de faire un pas en deçà de la technique que Jacques Taminiaux qualifie de .
C'est cette volonté de calculabilité universelle, y compris sur l'humain, que Heidegger va explorer sous le nom de dans son cours sur Nietzsche et dont il fait commencer le règne avec la naissance de la métaphysique. Jacques Taminiaux dans sa contribution intitulée "L'essence vraie de la technique" fait un bref résumé de l'histoire de la métaphysique. Dans une étape ultime, l'époque moderne de la technique, dessine un homme, bien moins maître de lui, mis en demeure par le "", traduit difficilement par "Dispositif", ou « déferlement de la technique ». Jacques Taminiaux constate . et il conclut .
Heidegger, inaugure dans ses œuvres de maturité un humanisme de l'« habiter », dans une espèce de retour à l'« éthos », "" grec, contre un humanisme traditionnel de l'« essence », où la question de . Cet humanisme que Heidegger, lui-même, qualifie d' expression rapportée par Jean-François Marquet. Ce dernier précise, en redéfinissant le terme « Wesen » à partir de son étymologie tirée du vieil allemand, .
En parallèle, Heidegger souligne dans la "Lettre sur l'humanisme"
, combien est importante, ce qu'il appelle , cet par la parole en tant que . Par le langage dit aussi Hölderlin, dans une expression que Heidegger reprend à son compte. Encore faut-il que le langage demeure dans la vérité de son essence et ne se dégrade pas, au point de devenir un simple outil de communication, auquel cas comme le dit Jean-François Marquet, le destin de l'homme d'aujourd'hui resterait .
Dans cette même "Lettre sur l'humanisme", Heidegger recourt à la métaphore du berger, l'homme perd ce qui lui restait de caractère auto-centré pour devenir, dans son "", le lieu, l'éclaircie, où peut se déployer l'événement de l'être il se fait .
Ailleurs, dans "Introduction à la métaphysique", publié en France en 1958, Heidegger soutient, que l'homme est par essence "Unheimlich", sans abri et sans foyer, livré sans défense aux turbulences de l'être, thèse que Heidegger aurait retiré de la lecture des tragédies de Sophocle, notamment, selon Françoise Dastur, d"'Œdipe roi", interprétation qui est reprise avec force dans la "Lettre sur l'humanisme". Alain Boutot précise que selon Heidegger .
Heidegger lie dans la conférence "L'origine de l'œuvre d'art" ou " de 1935 la question de l'essence de l'art à celle de l'« être ». L'expérience qu'il en fait, remarque Alain Boutot tourne le dos à la démarche « esthétique » traditionnelle centrée sur le goût qui . précise Christian Dubois. La destruction des présupposés de la science esthétique qui va , est solidaire de la destruction de l'histoire de l'ontologie. .
L'œuvre d'art va devenir une puissance qui ouvre et installe un monde, la vérité de l'être qui s'y exprime ne sera plus l'effet de la connaissance humaine mais celui d'une ", d'un dévoilement, écrit Christian Dubois.
Heidegger consacrera, à partir des années 1930 et jusqu’à la fin de sa vie, de nombreuses études à la poésie et notamment à celle de Hölderlin, avec lequel il entreprend un véritable dialogue au sommet . On ne saurait exagérer l'importance du poète pour le penseur. Selon Christian Dubois, .
La dernière figure du monde s'expose sous le concept de Quadriparti "" qui regroupe les quatre puissances élémentaires du ciel, de la terre des hommes et du divin dont Alain Boutot précise et que Heidegger met à jour pour la première fois dans la conférence "La chose", « choses » dont il montre à travers l'exemple de la « cruche », que l'être (la choséité) ne se limite pas à l'utilité.
Avec Heidegger, l'Être est sommé de rendre compte des pires excès de l'histoire contemporaine (notamment l'extermination industrielle de l'homme par l'homme). Il s'agit de s'atteler à la tâche de penser ce qui les a rendus possibles, écrit Gérard Guest