Hébreu

L’hébreu ( / "ivrit") est une langue appartenant à la branche centre-nord de la famille des langues sémitiques du groupe canaanéen. Elle est étroitement apparentée au phénicien et aux langues araméennes ainsi qu'à l'arabe. Elle compte plus de de locuteurs en Israël et en diaspora. L’hébreu est l’une des deux langues officielles de l’État d’Israël, avec l’arabe.
De l’écriture égyptienne en hiéroglyphes dériva l’écriture protosinaïtique, suivie de l’écriture protocananéenne. Cette écriture évolua ensuite en écriture phénicienne considérée comme la mère des écritures grecque, paléo-hébraïque, samaritaine et araméenne.
Les lettres d’Amarna, ou de Tel-Amarna, sont une correspondance diplomatique égyptienne du avant notre ère. Certaines lettres viennent de Canaan. Elles sont rédigées en akkadien, la langue diplomatique de l’époque. Mais elles comprennent beaucoup de mots et expressions de la ou des langues ouest-sémitiques parlées en Canaan. On y retrouve des parallèles linguistiques frappants avec l’hébreu de la torah, ce qui indique que des formes dialectales de proto-hébreu étaient parlées en Canaan avant l’installation des Hébreux eux-mêmes (les lettres ne font pas mention des Hébreux, sauf peut-être sous la forme des "Apirou", population mal identifiée dont le nom a un rapport possible avec « Hébreux »).
Mais au-delà de ces indices linguistiques, la forme de ce ou de ces proto-hébreu(x) reste imprécise. On peut cependant remarquer que les anciens dialectes phéniciens (Liban actuel) connus sont très similaires à l’hébreu ancien, à tel point qu’on peut parler de formes géographiques d’une même langue, qui semble donc avoir été parlée (avec des variantes régionales) sur la côte syro-palestinienne. L’hébreu biblique provient donc d’une (voire plusieurs) de ces variantes géographiques dialectales.
En est découvert dans une strate datée entre -1050 et -970 l’Ostracon de Khirbet Qeiyafa qui pourrait être la plus ancienne trace écrite de l’hébreu sur le site de Khirbet Qeiyafa, une petite localité de l’Âge du Fer A.
L’hébreu est la langue de la Bible hébraïque ( / "tanakh") et de la Mishnah, alors que celle de la plupart des livres apocryphes ( / "sefarim hitsoniyim") est l'araméen. Les manuscrits de Qumran ( / "sefarim guenouzot") découverts dans des grottes situées au Nord de la mer morte entre 1947 et 1956, sont eux aussi principalement écrits en hébreu. En dehors des copies de livres bibliques, seulement un manuscrit sur six était rédigé en araméen (un petit nombre de manuscrits étant aussi composé en grec).
Dans la Bible, notamment dans le premier livre, la Genèse ( / "Bereshit"), au , , on trouve / "Avram ha-’ivri", il s’agit « d’Abram l’Hébreu » avant qu’il ne devienne Abraham ( / "Avraham"), mais le texte ne fait aucune mention de la langue parlée par celui-ci et ses descendants. Il est généralement admis que le terme « hébreu » viendrait de l’expression « / "me-’ever la-nahar" » (de l’autre côté du fleuve) qui désigne l’origine d’Abraham. 
Le texte de la Bible hébraïque en usage dans les éditions imprimées ou dans les rouleaux de la Torah à la synagogue est appelé texte « massorétique » ( / "massoret", signifiant « transmission »). Sa rédaction est le fruit d’un travail de plusieurs siècles, depuis l’époque des rois () jusqu’à celle des Maccabées (livre de Daniel, 167 avant l’ère chrétienne), dont il est difficile d’établir les différentes étapes.
L’hébreu biblique est une langue religieuse, sans doute différente de la langue parlée par la population. On y retrouve en effet essentiellement des termes pouvant être utilisés dans un contexte religieux. On a ainsi remarqué une certaine pauvreté de la langue biblique : la Bible ne comporte pas plus de , dont seraient des hapax (des termes n’apparaissant qu’une seule fois), et ces mots sont construits sur seulement hébraïques. A titre de comparaison, à la même époque, le lexique grec comporte mots . Un vocabulaire populaire plus diversifié, aujourd’hui disparu, a dû exister à côté de la langue formaliste et spécialisée de la Bible.
Cette forme de l’hébreu correspond à une période de l’histoire de la langue hébraïque ( - ) qui correspond à peu près à la période du Talmud ( - ), et celui-ci en est donc un témoignage. Elle est appelée aussi hébreu rabbinique ou langue des Sages. 
C’était une langue vivante utilisée dans la vie courante autant que dans la littérature comme l’attestent des documents épigraphiques et des manuscrits retrouvés par les archéologues en Israël, et réunis dans une banque de données israélienne. Elle a commencé à être étudiée linguistiquement par Abraham Geiger en 1845.
L’hébreu mishnique contient certaines innovations par rapport à l’hébreu de la Bible, auquel il est postérieur de plusieurs siècles. Ces innovations portent en particulier sur les domaines de la syntaxe et du vocabulaire. Dans ce dernier domaine, on constate des emprunts aux langues politiquement et/ou culturellement dominantes de l’époque : araméen, grec, latin et persan.
À partir du , c’est en dehors de la Palestine, au milieu des diverses communautés juives de la diaspora ( / "galout") que l’hébreu survit, jusqu’à sa remarquable renaissance en Israël au à la suite des efforts d'Éliézer Ben-Yehoudah.
Dans la vie quotidienne les juifs parlaient la langue du pays dans lequel ils vivaient, réservant la langue hébraïque au domaine cultuel. C’est en effet dans cette langue que les juifs de la diaspora priaient trois fois par jour, qu’ils lisaient la Torah et en étudiaient les commentaires ; c’est également en hébreu que des sages ( / "hakhamim") des différents pays correspondaient. La production hébraïque dans des domaines cultuels, culturels et professionnels montrent la dynamique de la langue hébraïque sur la longue durée historique.
L’hébreu a connu au une renaissance moderne sous l’impulsion d'Eliézer Ben Yehoudah (1858-1922). 
Le travail de Ben Yehoudah trouve son origine dans la période dite de la "Haskalah" (). 
La "Haskalah" est un mouvement philosophique influencé par le siècle des Lumières, lancé à la fin du en Allemagne par Moses Mendelssohn (1729-1786), et qui entend mieux intégrer les Juifs dans leur environnement non juif, par la pratique d’une éducation « moderne », l’implication dans les débats philosophiques ou scientifiques, et l’intégration aux circuits économiques de l’époque.
Une partie du mouvement s’est aussi attachée à une renaissance de l’usage de la langue hébraïque. Celle-ci était devenue exclusivement une langue religieuse utilisée pour le culte. Les partisans de la "Haskalah", les "maskilim" (), du moins ceux intéressés par cette question, souhaitaient développer un usage laïque de la langue, et en répandre l’usage dans les populations juives.
En 1793, le premier périodique en langue hébraïque est publié par des "maskilim" de la ville prussienne de Koenigsberg : / "Hameasef" (« le Collectionneur »). Une part importante du journal est consacrée aux traductions, à la philologie, à la création littéraire de type moderne et aux actualités.
Dès 1853, Avraham Mapou, le père du roman hébreu, publie un « roman biblique » qui connaîtra un grand succès auprès des lecteurs : "L’Amour de Sion".
Shalom Abramovitch, plus connu sous le nom de Mendele Moich Sforim (Mendele le vendeur de livres), inventa après un détour via le yiddish une nouvelle prose hébraïque, mélange d’hébreu biblique et rabbinique.
La "Haskalah" se développe progressivement dans l’Empire austro-hongrois puis dans l’Empire russe, où elle se heurte à l’hostilité de milieux plus traditionalistes, moins exposés à l’assimilation qu’en Allemagne. 
C’est en Europe centrale et orientale que se développe la presse hébraïque : plusieurs journaux naissent à Vienne, en Galicie ( / "halouts", / "hashahar") ou dans l’Empire russe ( / "hamagid", / "hamelits"). Ces derniers jouèrent un rôle clé dans la diffusion des idées « modernisatrices », des œuvres littéraires et de l’usage laïque de l’hébreu propre aux "maskilim".
Ces derniers furent très tôt confrontés à la relative pauvreté ( et ) de la langue hébraïque, en particulier pour évoquer le monde moderne. Le problème avait deux origines : d’une part, l’hébreu était une langue datant de l’Antiquité, d’autre part il s’agissait d’une langue formaliste spécialisée dans le domaine religieux et qui n’était quasiment plus usitée en dehors du domaine religieux.
Certains auteurs, comme Mendele Moich Sforim, commencèrent donc un travail de création lexicale, inventant de nouveaux mots sur la base de racines hébraïques et arabes.
Les "maskilim" parvinrent ainsi à faire éclore l’usage littéraire de la langue hébraïque, partiellement modernisée.
C’est en 1858 que naquit dans une bourgade lituanienne Eliézer Perlman. De son maître à la "yeshiva" (école talmudique), il apprit la grammaire hébraïque et lut en cachette, comme d’autres étudiants, le roman d’Avraham Mapou, "L’Amour de Sion". Il poursuivit des études de médecine à Paris où il eut l’occasion de parler hébreu, et conçut le projet de faire revivre l’usage de cette langue. En 1878, il écrivit un article dans "ha-shahar" où il appelle les Juifs à parler l’hébreu.
Sympathisant du premier groupe sioniste, les Amants de Sion, Eliézer Perlman choisit en 1881 le patronyme d’Eliézer Ben Yehouda et partit s’installer dans la ville de Jérusalem, en Palestine ottomane. Marié la même année, il décida de ne s’adresser à sa femme Deborah qu’en hébreu. Il interdit que l’on communique avec son fils, Ben Tsion (qui portera plus tard le nom d’Itamar Ben Avi), dans une autre langue. Les "maskilim" avaient développé une langue littéraire, mais c’est à l’initiative de Ben Yehouda que commença le renouveau de l’hébreu parlé. 
En 1894, Eliézer Ben Yehouda entreprit la rédaction d’un dictionnaire réunissant tous les termes hébreux utilisables en hébreu moderne. Pour ce faire, il se fonda sur l’hébreu religieux (biblique ou mishnaïque), ainsi que sur le travail de création lexical des premiers "maskilim". Ce travail restant insuffisant, Eliézer Ben Yehouda fut à l’origine de nombreux néologismes comme « restaurant » ( / "mis'adah"), « journal » ( / "iton") ou encore « montre » ( / "sha'on"). Il est aussi à la base de l’usage de la prononciation séfarade (qu’il considérait être plus fidèle à la prononciation antique) de l’hébreu religieux comme base de la prononciation de l’hébreu moderne.
Au bout de quinze ans, le premier volume du "Thésaurus de la langue hébraïque ancienne et moderne" était publié. Les sixième et septième volumes furent publiés peu avant sa mort, en 1922. Ce n’est qu’en 1959 que la série complète de seize volumes fut achevée.
La pratique « vulgaire » et quotidienne de la « langue sacrée » ( / "Lĕshôn Ha-Qôdesh") suscitera la très ferme hostilité des Juifs les plus religieux. Au cours du , la plupart des "haredim" (ultra-orthodoxes) se rallieront cependant progressivement à la pratique quotidienne de cette langue « modernisée », tout en conservant l’hébreu religieux pour le culte.
Certains groupes "haredim" actuels, comme la "Edah Haredit" continuent de refuser l’usage laïque de l’hébreu, le réservant à un usage sacré. Les membres israéliens actuels de la "Edah" utilisent ainsi toujours le yiddish comme langue parlée.
À l’inverse, le mouvement sioniste défendit rapidement l’usage de l’hébreu modernisé des "maskilim", plus particulièrement dans la version de Ben Yehouda.
Si dans , Théodore Herzl ne croit pas à l’hébreu comme langue uniforme de l’État juif, les organisations sionistes qui apparurent entre la fin du et le début du s’y rallièrent très rapidement. L’hébreu devint ainsi une des langues officielles de la Palestine mandataire (1922-1948), puis d’Israël après 1948.
La langue est officiellement régie par l’Académie de la langue hébraïque ( / "HaAkademia LaLashon Haivrit"). Cependant, les Israéliens ont tendance à ne pas suivre les conseils que donne l'Académie hébraïque; par exemple les recommandations en matière de prononciation de l'hébreu moderne n'ont pas été toujours suivies, alors qu'on retient par exemple la prononciation des consonnes gutturales, qui donnent à l'hébreu son caractère plus oriental. Aujourd'hui, les Israéliens se sont bien éloignés du modèle oriental initialement proposé. Une des décisions de l'Académie de la langue hébraïque qui a été appliquée fut la prononciation du « sadi » comme le « z » allemand, en raison de la difficulté supposée des populations germanophones de le prononcer autrement, le « sadi » devient alors « tsadi ».
Ben Yehouda n’est pas le seul créateur de l’hébreu moderne. Les "maskilim" qui l’ont précédé y ont contribué. Les locuteurs de l’hébreu qui lui ont succédé ont continué de créer des mots, processus propre à toute langue vivante. Mais par l’ampleur de son œuvre de création et de recensement des termes, il apparaît comme un fondateur incontournable.
L’hébreu s’écrit et se lit de droite à gauche au moyen d’un alphabet consonantique (abjad) de vingt-deux lettres. 
L’écriture actuelle de l’hébreu est l’écriture dite carrée ( / "ktav merouba’"), que les sages du Talmud appelaient « écriture assyrienne » ( / "ktav ashouri"). 
Les sages du Talmud connaissaient deux écritures de l’hébreu : l’écriture dite hébraïque ( / "ktav 'ivri" — aujourd’hui appelée alphabet paléo-hébraïque) et l’écriture assyrienne. D’après un traité talmudique, le peuple d’Israël aurait abandonné aux Samaritains l’écriture hébraïque à l’époque du Talmud et conservé la seule écriture assyrienne : « Israël a choisi l’écriture assyrienne et la langue sacrée et a laissé aux "hediotot" [Samaritains] l’écriture hébraïque et la langue araméenne ».
Ainsi les caractères paléo-hébraïques de l’hébreu samaritain aujourd’hui encore utilisés par les Samaritains de la petite communauté de Holon et Naplouse sont les antiques caractères, légèrement modifiés au cours des siècles, abandonnés par les Juifs à l’époque talmudique.
Si l’hébreu ancien distingue de manière très claire les différentes gutturales, l’hébreu contemporain ne le fait guère. De plus, sa phraséologie incline de plus en plus vers des structures indo-européennes. La prononciation de l’hébreu moderne ne distingue plus certains phonèmes notés par des lettres différenciées, telles que « ח » ("het") et « כ » ("khaf") par exemple, créant une tendance homophonique et des difficultés d’orthographe. D’autres couples homophoniques figurent dans l’hébreu moderne : « ב » / « ו » ("vav" / "vet"), « ת » / « ט » ("tet" / "tav") et « כ » / « ק » ("kouf" / "kaf").
À l’origine, la langue hébraïque, comme d’ailleurs les autres langues sémitiques utilisant l’alphabet, ne note pas les sons vocaliques. 
Trois systèmes vocaliques se sont développés : le babylonien, le palestinien et celui dit de Tibériade. Ce n’est qu’au que les sages ( / "hazal") du judaïsme réunis à Tibériade convinrent d’un système de voyelles basé sur des traits et des points qu’on appelle système vocalique, qui se nomme en hébreu « "torat hanikoud" » (« règles de ponctuation »). On hérite aussi de cette période les signes de cantillation ( / "te'amim" — le mot / "ta’am" signifie « goût » en hébreu), la Torah étant chantée depuis ses origines. Elle l’est encore de nos jours dans le culte juif grâce à ces "signes de cantillation".
En hébreu tout mot peut s’analyser en deux morphèmes : le schème et la racine.
Les schèmes nominaux ou verbaux constituent des squelettes dans lesquels sont coulées les racines. Ils sont en nombre limité et associés à des sens ou des usages spécifiques. 
La racine de chaque mot se dégage naturellement pour le locuteur hébraïsant qui distingue l’ajout d’une consonne préfixale ou suffixale. Une racine est généralement trilitère mais l’hébreu connaît aussi des racines quadrilitères voire quinquilitères.
C’est ainsi que l’on peut produire un adjectif, une conjugaison, une forme passive, un indicatif à partir de n’importe quelle racine, même si le mot est d’origine étrangère ou [lazim] comme l’écrit RACH"I : prenons le mot « téléphone » () se prononçant bien entendu « téléfone », le verbe « téléphoner » suivant la grammaire hébraïque, se dit « letalepène » () (certains prononcent « letalefène » par assimilation).
Les membres de la famille Kimhi qui ont vécu vers le milieu du Moyen Âge ont passé de nombreuses années à dénombrer et comprendre les schèmes () et ont posé les bases de la première grammaire hébraïque.