J. R. R. Tolkien

John Ronald Reuel Tolkien (), plus connu sous la forme "', est un écrivain, poète, philologue et professeur d’université anglais, né le à Bloemfontein et mort le 2 septembre 1973 à Bournemouth. Il est principalement connu pour ses romans "Le Hobbit" et "Le Seigneur des anneaux".
Après des études à Birmingham et à Oxford et l’expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale, John Ronald Reuel Tolkien devient professeur assistant (') de langue anglaise à l’université de Leeds en 1920, puis professeur de vieil anglais à l’université d’Oxford en 1925 et professeur de langue et de littérature anglaises en 1945, toujours à Oxford. Il prend sa retraite en 1959. Durant sa carrière universitaire, il défend l’apprentissage des langues, surtout germaniques, et bouleverse l’étude du poème anglo-saxon "Beowulf" avec sa conférence ' (1936). Son essai "Du conte de fées" (1939) est également considéré comme un texte crucial dans l’étude de ce genre littéraire.
Tolkien commence à écrire pour son plaisir dans les années 1910, élaborant toute une mythologie autour de langues qu’il invente. L’univers ainsi créé, la Terre du Milieu, prend forme au fil des réécritures et compositions. Son ami l’encourage dans cette voie, de même que les autres membres de leur cercle littéraire informel, les Inklings. En 1937, la publication du "Hobbit" fait de Tolkien un auteur pour enfants estimé. Sa suite longtemps attendue, "Le Seigneur des anneaux", est d’une tonalité plus sombre. Elle paraît en 1954-1955 et devient un véritable phénomène de société dans les années 1960, notamment sur les campus américains. Tolkien travaille sur sa mythologie jusqu’à sa mort, mais ne parvient pas à donner une forme achevée au "Silmarillion". Ce recueil de légendes des premiers âges de la Terre du Milieu est finalement mis en forme et publié à titre posthume en 1977 par son fils et exécuteur littéraire Christopher, en collaboration avec Guy Gavriel Kay. Depuis, Christopher Tolkien publie régulièrement des textes inédits de son père.
De nombreux auteurs ont publié des romans de "fantasy" avant Tolkien, mais le succès majeur remporté par "Le Seigneur des anneaux" au moment de sa publication en poche aux États-Unis est, pour une large part, à l’origine d’une renaissance populaire du genre. Tolkien est ainsi considéré, pour certains, comme le « père » ou l'un des « pères » de la "fantasy" moderne. Son œuvre a eu une influence majeure sur les auteurs ultérieurs de ce genre, en particulier par la rigueur avec laquelle il a construit son monde secondaire.
La plupart des aïeux de du côté de son père sont des artisans. La famille Tolkien, originaire de Saxe, est établie en Angleterre depuis le , et les Tolkien y sont devenus . Leur patronyme est une forme anglicisée de « "Tollkiehn" », un nom dérivé de l’allemand « "" » signifiant « téméraire ».
Les ancêtres maternels de Tolkien, les Suffield, sont une famille originaire d’Evesham, dans le Worcestershire. À la fin du , ils vivent principalement à Birmingham, où les grands-parents maternels de Tolkien, John et Emily Jane Suffield, possèdent une mercerie dans un bâtiment appelé « », située dans le centre-ville.
John Ronald Reuel Tolkien naît le 3 janvier 1892 à Bloemfontein, dans l’État libre d’Orange, en Afrique du Sud. Il est le premier enfant d’Arthur Reuel Tolkien (1857-1896) et de sa femme Mabel, née Suffield (1870-1904). Tous deux ont quitté l’Angleterre quelques années plus tôt, au moment de la promotion d’Arthur à la tête de l’agence de la Banque d’Afrique à Bloemfontein.
L’enfant porte le prénom « John » par tradition familiale : chez les Tolkien, le fils aîné du fils aîné s’appelle toujours John. « Ronald » est le choix de Mabel, qui avait à l’origine choisi « Rosalind », s’attendant à avoir une fille. Quant à « Reuel », il s’agit, d’après les souvenirs de Tolkien, du , et que l’on croit dans la famille, mais qui semble plutôt issu de la Bible (Reuel est un autre nom de Jethro, le beau-père de Moïse). Tolkien donne à son tour ce prénom à ses quatre enfants, y compris à sa fille Priscilla.
Le climat de l’Afrique du Sud ne convient pas à Mabel, ni à son fils. En avril 1895, Mabel retourne en Angleterre avec ses enfants (un deuxième fils, Hilary Arthur Reuel, est né le 17 février 1894), mais son mari meurt d’un rhumatisme infectieux le 15 février 1896, avant d’avoir pu les rejoindre. Privée de revenus, Mabel s’installe chez ses parents, à Birmingham, puis à Sarehole, un hameau au sud de la ville. Le jeune Tolkien explore les alentours, notamment le moulin de Sarehole, ce qui lui inspirera des scènes de ses futurs ouvrages et un amour profond pour la campagne anglaise du Warwickshire.
Mabel éduque elle-même ses deux fils. Elle enseigne à Ronald la botanique, des rudiments de latin, d’allemand et de français, une langue dont il n’apprécie guère les sonorités. Il lit également beaucoup : il n’aime pas "L’Île au trésor" de Stevenson ou "Le Joueur de flûte de Hamelin" de Browning, mais se prend de passion pour les histoires de Peaux-Rouges et du roi Arthur, ainsi que pour les ouvrages de George MacDonald et les recueils de contes édités par Andrew Lang.
Tolkien entre à la de Birmingham, où son père avait lui-même étudié, en 1900. La même année, sa mère se convertit au catholicisme, malgré de violentes protestations de sa famille anglicane, qui lui coupe les vivres. Elle déménage en 1902 pour s’installer à Edgbaston, non loin de l’oratoire de Birmingham, et envoie ses fils à la , l’école rattachée à l’oratoire. Ils n’y restent que brièvement : Ronald obtient une bourse et peut retourner à la dès 1903. Il y apprend le grec ancien, étudie Shakespeare et Chaucer et s’initie en autodidacte au vieil anglais.
Mabel Tolkien meurt de complications dues au diabète le 14 novembre 1904 — le traitement à l’insuline n’existe pas encore. Durant le reste de sa vie, son fils aîné la considère comme une « martyre », sentiment qui influence profondément ses propres croyances. Avant sa mort, elle confie la garde de ses deux fils au père Francis Morgan, de l’oratoire de Birmingham.
Comme le père Morgan ne peut les héberger, Ronald et Hilary s’installent au début de l’année 1905 chez une tante par alliance, Beatrice Suffield, qui habite non loin de l’oratoire. Tolkien poursuit ses études à la et se lie d’amitié avec d’autres élèves, notamment Christopher Wiseman (1893-1987) et Robert Gilson (1893-1916). Il s’intéresse de plus en plus à la philologie, apprend le vieux norrois pour pouvoir lire dans le texte l’histoire de Sigurd et découvre la langue gotique et le "Kalevala". Il joue également au rugby à XV dans l’équipe de son école, avec une telle ardeur qu’il en devient le capitaine.
En 1908, Tolkien rencontre une jeune fille nommée Edith Bratt lorsqu’il s’installe avec son frère dans le même immeuble qu’elle. Malgré leur différence d’âge (elle a trois ans de plus que lui), ils ne tardent pas à tomber amoureux, d’autant plus vite que tous deux sont orphelins. Toutefois, le père Morgan s’oppose à cette relation et interdit à Tolkien de continuer à la voir : il craint que son pupille ne néglige ses études. Le protestantisme d’Edith constitue un obstacle supplémentaire. Le jeune garçon obéit à la lettre à cet ordre, sinon à l’esprit, mais lorsque le père Morgan est mis au courant des rencontres accidentelles entre les deux jeunes gens, il menace de mettre un terme aux études de Tolkien si elles ne cessent pas. Son pupille obtempère.
Après un échec fin 1909, Tolkien obtient en décembre 1910 une bourse pour entrer à l’université d’Oxford. Durant ses derniers mois à la , il fait partie des élèves qui durant la parade de couronnement du roi George V, aux portes du palais de Buckingham. Plus important, il fonde, avec ses amis Rob Gilson et Christopher Wiseman, la "" ou , une société officieuse dont les membres, bientôt rejoints par Geoffrey Smith (1894-1916) et quelques autres, partagent l’habitude de prendre le thé aux , non loin de l’école et dans la bibliothèque même de l’école, ce qui est normalement interdit par le règlement. Les quatre amis au cœur du restent en contact après leur départ de l’école.
Durant l’été 1911, Tolkien part en vacances en Suisse, un voyage qu’il se remémore de façon vivante dans une lettre de 1968 dans laquelle il revient sur la façon dont ce voyage a pu l’inspirer pour l’écriture du "Hobbit" () et du "Seigneur des anneaux", appelant le Silberhorn .
En octobre 1911, Tolkien entame ses études classiques à Oxford, à ; l’un de ses principaux professeurs est le philologue Joseph Wright, qui a une grande influence sur lui. Il s’intéresse au finnois afin de lire le "Kalevala" dans le texte, approfondit sa connaissance du gallois et s’implique dans la vie sociale de son collège en continuant à jouer au rugby et en devenant membre de plusieurs clubs étudiants. Cependant, les auteurs grecs et latins l’ennuient, ce qui se ressent dans ses notes : la seule matière où il excelle est son sujet libre, la philologie comparée. En 1913, avec la bénédiction de son ', le vice-recteur Farnell, Tolkien change de cursus au profit de la littérature anglaise, et choisit comme spécialité la philologie scandinave. Dès lors, Kenneth Sisam devient son nouveau '.
Le jour de sa majorité, en 1913, Tolkien écrit à Edith pour la demander en mariage. La jeune femme s’est entre-temps promise à un autre, mais elle rompt ses fiançailles et se convertit au catholicisme sur l’insistance de Tolkien. Ils célèbrent leurs fiançailles à Warwick en janvier 1914.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, en août 1914, Tolkien est en vacances en Cornouailles ; il rédige peu après le poème "Le Voyage d'Éarendel", première graine de la future mythologie du "Silmarillion". En rentrant à Oxford, il s’arrange pour s’entraîner dans les , ce qui lui permet de poursuivre en parallèle ses études afin d’obtenir son diplôme avant de devoir partir au front.
En décembre, Tolkien, Gilson, Smith et Wiseman se réunissent à Londres. Malgré l’ombre que la guerre fait peser sur le pays, ils ont foi dans leur potentiel : tous ont des ambitions artistiques et sont persuadés que le peut et va changer le monde. De cette rencontre, de ce « concile de Londres », découle la vocation poétique de Tolkien. Il rédige de nombreux poèmes en 1915 et réussit brillamment ses examens finaux à Oxford, obtenant les "".
Tolkien devient sous-lieutenant dans les fusiliers du Lancashire et s’entraîne avec le de réserve pendant onze mois à , dans le Staffordshire. Durant cette période, il écrit à Edith : . Sachant son départ pour le front proche, il épouse Edith le 22 mars 1916 à Warwick. Transféré dans le de services avec le corps expéditionnaire britannique, il arrive en France le . Par la suite, il écrit : 
Tolkien sert comme officier de transmissions pendant la bataille de la Somme, participe à la bataille de la crête de Thiepval et aux attaques subséquentes sur la . Victime de la fièvre des tranchées, une maladie transmise par les poux qui pullulent dans les tranchées, il est renvoyé en Angleterre le 8 novembre 1916. Ses amis Rob Gilson et n’ont pas autant de chance : le premier est tué au combat le juillet, et le second, grièvement blessé par un obus, meurt le 3 décembre.
Affaibli, Tolkien passe le reste de la guerre entre des hôpitaux et des postes à l’arrière, étant jugé médicalement inapte au service général. Son premier fils, John Francis Reuel, naît le 16 novembre 1917 à Cheltenham. Durant sa convalescence à , dans le Staffordshire, Tolkien entame la rédaction de "La Chute de Gondolin", premier des "Contes perdus".
Lorsque la guerre s’achève, la famille Tolkien s’installe à Oxford. Le premier emploi civil de Tolkien après l’armistice est pour l’', de janvier 1919 à mai 1920. Il travaille sur l’histoire et l’étymologie des termes d’origine germanique commençant par la lettre « W », sous la direction de Henry Bradley, qui loue à plusieurs reprises son travail par la suite. Durant cette période, Tolkien arrondit ses fins de mois en servant de "" à plusieurs élèves de l’université, principalement des jeunes filles de Lady Margaret Hall, de St Hilda’s, de St Hugh’s et de Somerville.
En 1920, alors que naît son deuxième fils, Michael Hilary Reuel (22 octobre 1920 – 27 février 1984), Tolkien quitte Oxford pour le Nord de l’Angleterre où il devient professeur assistant (') de littérature anglaise à l’université de Leeds, puis professeur en 1924. Durant son séjour à Leeds, il produit le glossaire ', ainsi qu’une édition définitive du poème moyen anglais "Sire Gauvain et le Chevalier vert" avec , deux livres considérés comme des références académiques pendant les décennies qui suivent. Tolkien continue également à développer son univers de fiction : les "Contes perdus" sont laissés inachevés, mais il entreprend la rédaction d’une version en vers allitératifs de l’histoire des "Enfants de Húrin". C’est également à Leeds que naît son troisième fils, Christopher John Reuel, le 21 novembre 1924.
En 1925, Tolkien retourne à Oxford en tant que professeur de vieil anglais et "" de , poste qu’il occupe jusqu’en 1945. Durant son passage à Pembroke, il écrit "Le Hobbit" et les deux premiers volumes du "Seigneur des anneaux", principalement au numéro 20 de , dans le nord d’Oxford. C’est là que naît le dernier enfant du couple Tolkien, leur seule fille, Priscilla Mary Anne Reuel (née le 18 juin 1929). Très attaché à ses enfants, Tolkien invente pour eux de nombreux contes, parmi lesquels "Roverandom" et "Le Hobbit". Il leur écrit également chaque année des lettres censées provenir du père Noël.
Tolkien, « Tollers » pour ses amis, rencontre pour la première fois en 1926, à Oxford. Entre eux ne tarde pas à naître une amitié profonde et durable. Ils partagent un goût pour le dialogue et la bière, et Tolkien invite bientôt Lewis aux réunions des , un club dédié à la lecture de sagas islandaises en vieux norrois. Le retour au christianisme de Lewis est en partie le fait de Tolkien, même si ce dernier regrette que son ami ait choisi de revenir à l’anglicanisme, et non de le rejoindre au sein de la confession catholique. Lewis ne cesse d’encourager Tolkien lorsque celui-ci lit des passages de ses livres aux réunions des Inklings, club littéraire informel qui s’assemble dans les années 1930 autour de Tolkien, Lewis, Owen Barfield, Hugo Dyson et d’autres enseignants d’Oxford.
"Le Hobbit" est publié en septembre 1937, presque par hasard : c’est une ancienne étudiante de Tolkien, Susan Dagnall, enthousiasmée par le manuscrit, qui le met en contact avec la maison d’édition londonienne George Allen  Unwin et le convainc de le faire publier. Le livre rencontre un franc succès, tant critique que commercial, des deux côtés de l’Atlantique, et l’éditeur Stanley Unwin presse Tolkien d’écrire une suite. Ce dernier entreprend alors la rédaction du "Seigneur des anneaux", sans se douter qu’il lui faudra plus de dix ans pour l’achever.
En mars 1939, le gouvernement britannique contacte Tolkien et lui propose de rejoindre une équipe de spécialistes consacrée au déchiffrement des codes nazis, située à . Il refuse l’offre d’un emploi à plein temps (payé , de 2009 par an), mais d’après un historien des services secrets britanniques, des documents non encore publiés attesteraient d’une participation suivie et importante de sa part à l’effort de décodage.
Outre une charge de travail supplémentaire qui empêche Tolkien d’avancer aussi vite qu’il l’aimerait dans la rédaction du "Seigneur des anneaux", l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale a une conséquence inattendue : l’arrivée de l’écrivain londonien Charles Williams, très admiré par Lewis, à Oxford, où il ne tarde pas à se faire une place parmi les Inklings. S’il entretient des relations tout à fait cordiales avec l’homme, Tolkien n’apprécie guère l’écrivain, dont les romans sont pétris de mysticisme et frôlent parfois la magie noire, ce qui ne peut que faire horreur à un catholique aussi persuadé de l’importance du mal que Tolkien. Celui-ci juge défavorablement l’influence de Williams sur l’œuvre de Lewis. L’amitié de Tolkien et Lewis est également refroidie par le succès grandissant rencontré par Lewis en sa qualité d’apologiste chrétien, notamment grâce à ses émissions pour la BBC, qui font dire à Tolkien vers le milieu des années 1940 que Lewis est devenu .
En 1945, Tolkien devient professeur de langue et de littérature anglaises à Merton, poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite. À Pembroke, c’est un autre Inkling qui lui succède comme professeur de vieil anglais : Charles Wrenn. Les réunions du jeudi des Inklings se font de plus en plus rares après la mort de Williams et la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour cesser définitivement en 1949. Les relations entre Tolkien et Lewis sont de plus en plus distantes, et le départ de ce dernier pour Cambridge en 1954, et son mariage avec Joy Davidman, une Américaine divorcée, en 1957, n’arrangent pas les choses. Tolkien est toutefois très choqué par la mort de en 1963, qu’il compare à 
Tolkien achève "Le Seigneur des anneaux" en 1948, après une décennie de travail. Le livre est publié en trois volumes en 1954-1955 et rencontre un grand succès dès sa publication, faisant l’objet d’une adaptation radiophonique dès 1955. Si le succès de son œuvre le met définitivement à l’abri du besoin, Tolkien reste un homme économe et généreux, ne s’autorisant guère d’excentricités.
Tolkien prend sa retraite universitaire en 1959. Dans les années qui suivent, il acquiert une célébrité croissante en tant qu’écrivain. Il écrit tout d’abord des réponses enthousiastes à ses lecteurs, mais devient de plus en plus méfiant devant l’émergence de communautés de fans, notamment au sein du mouvement hippie aux États-Unis, où le livre devient un "" après la parution chez Ace Books d’une édition au format poche non autorisée en 1965 ; la querelle judiciaire qui s’ensuit offre encore une publicité supplémentaire au nom de Tolkien. Dans une lettre de 1972, il déplore être devenu un objet de culte, mais admet que Toutefois, les lecteurs enthousiastes se font de plus en plus pressants, et en 1968, lui et sa femme déménagent pour plus de tranquillité à Bournemouth, une ville balnéaire de la côte sud de l’Angleterre.
Le travail sur "Le Silmarillion" occupe en pointillés les deux dernières décennies de la vie de Tolkien, sans qu’il parvienne à l'achever. Les lecteurs du "Seigneur des anneaux" attendent avec impatience cette suite promise, mais ils doivent se contenter du recueil de poèmes "Les Aventures de Tom Bombadil" (1962) et du conte "Smith de Grand Wootton" (1967). Durant la même période, Tolkien participe également à la traduction de la "Bible de Jérusalem", publiée en 1966 : outre un travail de relecture, il en traduit le "Livre de Jonas".
Edith Tolkien meurt le 29 novembre 1971 à l’âge de 82 ans et est enterrée au cimetière de Wolvercote, dans la banlieue nord d’Oxford. Son mari fait graver sur sa tombe le nom « Lúthien », en référence à une histoire de son légendaire qui lui avait été en partie inspirée par la vision d’Edith dansant dans les bois, en 1917.
Après le décès de sa femme, Tolkien revient passer les dernières années de sa vie à Oxford : il est logé gracieusement par son ancien "" de Merton dans un appartement sur Merton Street. Le 28 mars 1972, il est fait commandeur de l’ordre de l’Empire britannique par la reine Élisabeth II. Lors d’une visite chez des amis à Bournemouth, fin août 1973, il se sent mal : il meurt à l’hôpital le 2 septembre 1973, à l’âge de 81 ans. « Beren » est inscrit sous son nom sur la tombe qu’il partage avec Edith.
Après avoir été baptisé au sein de l’Église d’Angleterre, Tolkien est éduqué dans la foi catholique par sa mère après sa conversion en 1900. Sa mort prématurée a une profonde influence sur son fils. Humphrey Carpenter suggère ainsi qu’il a pu trouver dans la religion une sorte de réconfort moral et spirituel. Il reste fidèle à sa foi sa vie durant, et celle-ci joue un rôle important dans la conversion de son ami , alors athée, au christianisme — bien qu’il choisisse de retourner à la foi anglicane, au grand désarroi de Tolkien.
Les réformes du Concile Vatican II suscitent en lui des avis partagés. On a pu dire, notamment Paul Airiau ("Actes du Colloque du CRELID "de" "2007), que Tolkien approuvait les évolutions œcuméniques telles que ce concile introduisit dans l'Eglise, mais ce serait là mal interpréter l'unique lettre (lettre 306 -de 1968- dans le recueil "The" "Letters of J.R.R. Tolkien") où il use de ce terme, sans aucunement évoquer directement les réformes conciliaires. En effet, si l'on retourne au texte, on remarque rapidement que Tolkien condamne fermement l’œcuménisme inspiré par le besoin supposé d'"aggiornamento", et fait plutôt référence à une relation purement personnelle, affirmant qu'il s'agirait, pour les catholiques anglais, si longtemps une minorité persécutée, de faire preuve néanmoins de charité envers les véritables chrétiens dans les autres dénominations, anglicans notamment. Faisant également référence à sa propre formation, il rappelle qu'il peut être profitable, dans un tel état de choses, de côtoyer des non-catholiques (pendant sa scolarité), tout en ayant une vie de famille profondément catholique, et qu'il serait désastreux pour l'Eglise militante "d'enfermer tous ses soldats dans une forteresse", prenant l'exemple de la ligne Maginot. Pour résumer, l’œcuménisme de Tolkien est fort traditionnel: il insiste sur les relations personnelles (de même que Newman), évoque la situation très particulière du catholicisme anglais, et se veut avant tout apostolique, militant. Malgré sa vague association, au temps de la guerre, avec un éventuel "United Christian Council "à Oxford, il est ainsi assez loin du nouvel œcuménisme tel que prôné par Vatican II (constitution "Lumen Gentium, 8", décret "Unitatis Redintegratio "notamment): nulle mention d'un véritable "dialogue", mutuellement enrichissant entre communautés chrétiennes ("Unitatis Redintegratio, 4"), pas de référence à la valeur intrinsèque des pratiques des autres confessions chrétiennes ("Unitatis Redintegratio, 3"), aucune vision "panchrétienne" telle que suggérée par "Lumen Gentium, 8". À défaut d'éléments plus décisifs, ce que l'on sait de Tolkien -son attitude intransigeante concernant la conversion de sa fiancée, son dédain pour l'Anglicanisme, et son admiration pour le pape Pie X (cf l'analyse de A.R. Bossert dans "Mythlore", septembre 2006: "Surely you don't disbelieve?", rattachant l'auteur au courant catholique anti-moderniste - en fait un témoin de la loyauté envers et contre tout au catholicisme le plus traditionnel (lettre 306: invitation à prier "pour l'Eglise, le Vicaire du Christ et soi-même", après avoir constaté que l'Eglise lui semblait, du refuge spirituel au sein du monde qu'elle était auparavant, être devenue un piège).
Il regrettera ainsi amèrement l’abandon du latin dans la messe, à la suite des travaux de réforme liturgique post-conciliaire. Son petit-fils Simon se souvient être allé à l’église avec lui. Il rapporte qu’au milieu des fidèles qui répondaient en anglais, son grand-père mit un point d’honneur à faire quant à lui ses réponses en latin, et très bruyamment. Clyde Kilby rappelle quant à lui le désarroi de Tolkien constatant, pendant la célébration d'une messe dans le nouveau rite, la diminution drastique du nombre de génuflexions, et son départ dépité de l'église.
Tolkien est essentiellement conservateur dans ses opinions politiques, au sens où il favorise les conventions établies et l’orthodoxie et non l’innovation et la modernisation. En 1943, il écrit à son fils Christopher : En 1956, il explique ne pas être démocrate 
S’il aime l’Angleterre — —, Tolkien n’est cependant pas un patriote aveugle. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fustige la propagande britannique relayée par les journaux, notamment un article . Après la fin de la guerre en Europe, il s’inquiète de , affirmant : 
Durant la guerre d’Espagne, Tolkien exprime en privé son soutien au camp nationaliste en apprenant de Roy Campbell que les escadrons de la mort soviétiques se livrent à des destructions d’églises et au massacre de prêtres et de religieuses. À une époque où de nombreux intellectuels occidentaux admirent Joseph Staline, Tolkien ne cache pas son mépris pour , ainsi qu’il l’appelle dans une lettre à son fils Christopher en 1944. Il s’oppose néanmoins avec virulence à une interprétation du "Seigneur des anneaux" comme une parabole anticommuniste, et dans laquelle Sauron correspondrait à Staline : , écrit-il.
Avant la Seconde Guerre mondiale, Tolkien exprime son opposition à Adolf Hitler et au régime nazi. Dans son roman inachevé "La Route perdue", écrit vers 1936-1937, la situation de l’île de Númenor sous le joug de Sauron peu avant sa submersion présente des ressemblances avec la situation en Allemagne à la même époque, comme le souligne Christopher Tolkien : 
En 1938, la maison d’édition Rütten  Loening, qui prépare une traduction du "Hobbit" en allemand, écrit à Tolkien pour lui demander s’il est d’origine aryenne. Outré, celui-ci écrit à son éditeur Stanley Unwin une lettre où il condamne les du régime nazi et l’antisémitisme comme une chose ; il se déclare par la suite disposé à . Tolkien envoie à Unwin deux réponses possibles à transmettre à Rütten  Loening. Dans celle qui n’a pas été envoyée, il pointe le mauvais usage fait par les nazis du terme « aryen » (linguistique à l’origine) et ajoute :
En 1941, dans une lettre à son fils Michael, il exprime son ressentiment à l’égard d’Hitler, . Après la guerre, en 1968, il s’oppose à une description de la Terre du Milieu comme un monde , expliquant qu’il n’aime pas ce mot en raison de son association à des théories racistes.
La question du racisme ou du racialisme supposé de Tolkien lui-même ou de certains éléments de ses œuvres a donné lieu à un débat universitaire. Christine Chism distingue trois catégories d’accusations de racisme portées à l’encontre de Tolkien ou de son œuvre : un racisme conscient, une tendance eurocentrique inconsciente, et un racisme latent dans ses premiers écrits ayant évolué vers un rejet conscient de la chose dans ses œuvres ultérieures.
La plupart des accusations de racisme portent sur "Le Seigneur des anneaux" et peuvent se résumer par cette phrase de John Yatt : . Chris Henning affirme même que . Cette idée a été reprise par des auteurs comme Isabelle Smadja dans "Le Seigneur des anneaux ou la tentation du mal" (2002), un ouvrage critiqué pour son manque de rigueur scientifique et pour n’avoir pas tenu compte du reste de l’œuvre de Tolkien. Plusieurs accusations de racisme à l’encontre du "Seigneur des anneaux" portent également sur les adaptations de Peter Jackson, où les Suderons sont présentés coiffés de turbans et avec une apparence orientale, ce qui a parfois été considéré tendancieux dans un contexte post-.
En 1944, Tolkien écrit à son fils Christopher, alors en Afrique du Sud avec la : Il condamne publiquement la politique d’apartheid en Afrique du Sud dans son discours d’adieu à l’université d’Oxford, en 1959.
Tolkien aime beaucoup la nature : sa correspondance et ses illustrations témoignent du plaisir qu’il tire à contempler les fleurs ou les oiseaux, et surtout les arbres. Sa dernière photographie, prise en août 1973, le montre appuyé au tronc d’un pin noir du jardin botanique de l’université d'Oxford qu’il aime particulièrement. Cet amour de la nature se reflète dans son œuvre, notamment avec les Ents du "Seigneur des anneaux", les qui partent en guerre contre Saruman, , ou les Deux Arbres qui éclairent le Valinor dans "Le Silmarillion". Le symbolisme de l’arbre est également au cœur de l’histoire courte "Feuille, de Niggle", inspirée par les efforts véhéments (et couronnés de succès) d’une voisine de Tolkien pour que le vieux peuplier poussant devant chez elle soit abattu.
Les effets de l’industrialisation déplaisent fortement à Tolkien, notamment dans leur invasion des paysages ruraux de l’Angleterre : en 1933, il est bouleversé de ne presque rien reconnaître des lieux de son enfance lorsqu’il passe par l’ancien hameau de Sarehole, rattrapé par la croissance de la zone urbaine de Birmingham. Les brouillons de son essai "Du conte de fées" contiennent plusieurs passages désapprobateurs à l’égard des aéroplanes et des automobiles. Il ne se coupe pas pour autant du monde moderne : il possède même une voiture dans les années 1930, et s’il finit par l’abandonner, ce n’est que lorsque la Seconde Guerre mondiale entraîne un rationnement de l’essence. Toutefois, dans les années 1950, il s’oppose violemment à un projet de contournement routier d’Oxford qui entraînerait la destruction de nombreux monuments.
L’une des principales influences de Tolkien est l’auteur anglais William Morris, membre du mouvement . Dès 1914, Tolkien émet le désir d’imiter ses ' au style archaïsant, entrecoupées de poèmes, et entame la rédaction d’une histoire de Kullervo que son biographe Humphrey Carpenter décrit comme . Le roman de Morris ', paru en 1888, prend place dans la forêt de "Mirkwood", nom d’origine médiévale également repris dans "Le Hobbit", et Tolkien avoue la qu’ont les paysages des marais des Morts dans "Le Seigneur des anneaux" envers ' et ', paru en 1889.
De nombreux critiques se sont penchés sur les ressemblances entre l’œuvre de Tolkien et les romans d’aventures de H. Rider Haggard, principalement "Les Mines du roi Salomon" (1885) et "Elle" (1887). Ce dernier présente une cité en ruine nommée "Kôr", un nom repris tel quel par Tolkien dans les premières versions du "Silmarillion", et la reine Ayesha, qui donne son titre au roman, évoque plusieurs aspects de Galadriel. Dans "Les Mines du roi Salomon", la bataille finale et le personnage de Gagool rappellent la bataille des Cinq Armées et le personnage de Gollum dans "Le Hobbit".
Les Hobbits, l’une des créations les plus fameuses de Tolkien, ont été en partie inspirés par les Snergs du roman d’Edward Wyke-Smith "", paru en 1924. Ce sont des créatures humanoïdes de petite taille, aimant particulièrement la nourriture et les fêtes. Concernant le nom « hobbit », Tolkien suggère également une possible influence inconsciente du roman satirique de Sinclair Lewis "Babbitt", paru en 1922, dont le héros éponyme possède .
Une influence majeure de Tolkien est la littérature, la poésie et la mythologie germaniques, notamment anglo-saxonnes, son domaine d’expertise. Parmi ces sources d’inspiration, le poème anglo-saxon "Beowulf", les sagas norroises comme la "Völsunga saga" ou la "Hervarar saga", l’"Edda" en prose et l’"Edda" poétique, le "" et bien d’autres œuvres liées en sont les principales.
Malgré les ressemblances de son œuvre avec la "Völsunga saga" et le "", qui servirent de base à la tétralogie de Richard Wagner, Tolkien refuse toute comparaison directe avec le compositeur allemand, affirmant que . Toutefois, certains critiques estiment que Tolkien doit en fait à Wagner des éléments comme le mal inhérent à l’Anneau et son pouvoir corrupteur, deux éléments absents des légendes originales, mais centraux dans l’opéra de Wagner. D’autres vont plus loin et estiment que "Le Seigneur des anneaux" .
Tolkien est par le "Kalevala" finnois lorsqu’il le découvre, vers 1910. Quelques années plus tard, l’un de ses premiers écrits est une tentative de réécrire l’histoire de Kullervo, dont plusieurs caractéristiques se retrouvent par la suite dans le personnage de Túrin, héros malheureux des "Enfants de Húrin". Plus généralement, le rôle important de la musique et ses liens avec la magie sont un élément du "Kalevala" également présent dans l’œuvre de Tolkien.
Tolkien connaît bien le mythe arthurien, notamment le poème moyen anglais du "Sire Gauvain et le Chevalier vert", qu’il a édité, traduit et commenté. Toutefois, il n’apprécie pas ce corps de légendes outre mesure : à son goût pour pouvoir constituer une véritable . Cela n’empêche pas des motifs et échos arthuriens d’apparaître de manière diffuse dans "Le Seigneur des anneaux", le plus évident étant la ressemblance entre les tandems Gandalf-Aragorn et Merlin-Arthur. Plus généralement, des parallèles apparaissent entre les mythes celtes et gallois et l’œuvre de Tolkien, par exemple entre l’histoire de Beren et Lúthien et "Culhwch ac Olwen", un récit du Mabinogion gallois.
La théologie et l’imagerie catholiques ont participé à l’élaboration des mondes de Tolkien, comme il le reconnaît lui-même :
En particulier, affirme que Tolkien décrit le mal de la façon orthodoxe pour un catholique : comme l’absence de bien. Il cite de nombreux exemples dans "Le Seigneur des anneaux", comme « l’œil sans paupière » de Sauron : . Selon Kocher, la source de Tolkien est Thomas d’Aquin, . Tom Shippey défend la même idée, mais, plutôt que Thomas d’Aquin, il estime que Tolkien était familier avec la traduction de la "Consolation de la philosophie" de Boèce réalisée par Alfred le Grand, également appelée "Mètres de Boèce". Shippey soutient que la formulation la plus claire du point de vue chrétien sur le mal est celle de Boèce : « le mal n’est rien ». Le corollaire selon lequel le mal ne peut créer est à la base de la remarque de Frodon : ; Shippey pointe des remarques similaires faites par Sylvebarbe et Elrond et poursuit en affirmant que dans "Le Seigneur des anneaux", le mal apparaît parfois comme une force indépendante, non comme la simple absence de bien, et suggère que les ajouts d’Alfred à sa traduction de Boèce sont peut-être à l’origine de ce point de vue. Par ailleurs, Tolkien appréciant beaucoup les "Contes de Canterbury" de Chaucer, il est possible qu'il ait eu connaissance de la traduction que celui-ci avait faite de "La Consolation de Philosophie" en moyen anglais.
Certains commentateurs ont également rapproché Tolkien de , autre écrivain anglais catholique utilisant le merveilleux et le monde des fées comme allégories ou symboles de valeurs et de croyances religieuses. Tolkien connaît bien l’œuvre de Chesterton, mais il est difficile de dire s’il a vraiment constitué une de ses influences.
Dans l’essai "Du conte de fées", Tolkien explique que les contes de fées ont cette particularité d’être à la fois cohérents en eux-mêmes et avec quelques vérités du monde réel. Le christianisme lui-même suit ce modèle de cohérence interne et de vérité externe. Son amour des mythes et sa foi profonde se rejoignent dans son affirmation selon laquelle les mythologies sont un écho de la divine, point de vue développé dans le poème "Mythopoeia".
Tolkien commence à rédiger des poèmes dans les années 1910. Il s’agit alors de sa principale forme d’expression, loin devant la prose. Ses vers sont le plus souvent inspirés par la nature, ou bien par des ouvrages qu’il étudie et apprécie, comme les "Contes de Canterbury" de Geoffrey Chaucer ou ' de William Langland. Un trait caractéristique de ses poèmes de jeunesse est leur représentation des fées, d’inspiration victorienne : de petits êtres ailés vivant dans les prés et les bois. Par la suite, Tolkien renie cette image traditionnelle de la fée, et ses Elfes s’en détachent. Néanmoins, le poème ' (publié en 1915) connaît un succès honorable et est réédité dans plusieurs anthologies, au grand désespoir de son auteur pour qui il symbolise tout ce qu’il en est venu à détester au sujet des elfes. Encouragé par ses amis du T.C.B.S., notamment par le « concile de Londres » de 1914, Tolkien envoie en 1916 un recueil de poèmes intitulé "" à la maison d’édition londonienne Sidgwick  Jackson, mais il est refusé.
Après son retour de la guerre, Tolkien délaisse quelque peu les vers pour se consacrer à la rédaction des "Contes perdus", en prose. Il continue toutefois à publier des poèmes dans diverses revues au cours des années 1920 et 1930. Durant son séjour à Leeds, il entreprend de relater en vers allitératifs l’histoire de Túrin Turambar. Cet effort reste inachevé : Tolkien l’abandonne en 1925, après avoir rédigé un peu plus de 800 vers, pour se consacrer au "Lai de Leithian", qui relate l’histoire d’amour de Beren et Lúthien en distiques octosyllabiques. Tolkien travaille sur le "Lai" pendant sept ans avant de l’abandonner à son tour en 1931, au vers , malgré les commentaires approbateurs de son ami . Les années 1930 le voient s’essayer à de longs poèmes sur la mythologie nordique (les deux lais publiés en 2009 sous le titre "La Légende de Sigurd et Gudrún") ou la légende arthurienne (l’inachevé "La Chute d'Arthur", publié en 2013).
Les œuvres les plus connues de Tolkien, "Le Hobbit" et "Le Seigneur des anneaux", contiennent de nombreux poèmes, décrits par Tolkien comme , mais qui laissent souvent les critiques circonspects. Le recueil de poèmes "Les Aventures de Tom Bombadil" (1962), composé en grande partie de versions remaniées de poèmes écrits et publiés dans les années 1920-1930, n’attire guère l’attention, mais il est dans l’ensemble bien accueilli par la presse et par le public.
Dans les années 1920, Tolkien commence à inventer des histoires pour distraire ses enfants. Bon nombre d’entre elles, comme celles du bandit ' (littéralement « colleurs d’affiches ») et son ennemi juré, le ' (littéralement « croisement avec une grande route »), dont les noms s’inspirent de panneaux croisés dans la rue, ne sont cependant jamais couchées sur le papier. D’autres le sont, notamment "Roverandom", écrit pour consoler le petit Michael qui avait perdu son jouet préféré, "Monsieur Merveille", qui relate les mésaventures du héros éponyme avec son automobile, ou "Le Fermier Gilles de Ham", qui acquiert toutefois un ton plus adulte au fil des relectures. En outre, Tolkien écrit chaque année entre 1920 et 1942 une lettre illustrée censée venir du père Noël à ses enfants ; un recueil de ces "Lettres du Père Noël" a été édité en 1976.
Le plus célèbre des livres pour la jeunesse de Tolkien, "Le Hobbit", est également issu d’un conte imaginé par Tolkien pour ses enfants. À sa publication, en 1937, il reçoit un excellent accueil de la critique comme du public, est nommé pour la et remporte un prix décerné par le "". Il est toujours considéré comme un classique de la littérature enfantine. Toutefois, quelques années plus tard, Tolkien pose un regard critique sur son livre, regrettant de s’être parfois laissé aller à un ton trop puéril. 
Après le succès du "Hobbit", l’éditeur de Tolkien, Stanley Unwin, le presse d’écrire une suite. Incertain, Tolkien commence par lui proposer un ouvrage très différent : "Le Silmarillion", un recueil de légendes mythologiques imaginaires sur lequel il travaille depuis près de vingt ans.
En effet, c’est vers 1916-1917 que débute la rédaction de la première mouture des légendes du "Silmarillion", "Le Livre des contes perdus". Il s’agit alors d’un ensemble d’histoires racontées à Eriol, un marin danois du de notre ère, par les elfes de l’île de Tol Eressëa, située loin à l’Ouest. L’idée de Tolkien est alors de créer : la fin des "Contes perdus", jamais rédigée, devait voir l’île de Tol Eressëa, brisée en deux, devenir la Grande-Bretagne et l’Irlande. Les elfes auraient progressivement disparu de leur ancien pays, et les chefs semi-légendaires Hengist et Horsa se seraient avérés être les fils d’Eriol. Tolkien abandonne assez tôt ce projet ambitieux de , mais il retient l’idée du marin humain servant de moyen de transmission des légendes elfiques : ce rôle est par la suite attribué à Ælfwine, un marin anglo-saxon du .
Dans les années 1920, les légendes du "Silmarillion" sont délaissées au profit du "Lai des Enfants de Húrin", puis du "Lai de Leithian". Tolkien retourne à la prose dans les années 1930 et rédige plusieurs textes liés : le mythe cosmogonique de l’"Ainulindalë", deux ensembles d’annales, des précis sur l’histoire des langues ("Lhammas") et la géographie du monde ("Ambarkanta"). Au cœur de l’ensemble se trouve la "Quenta Noldorinwa" ou « Histoire des Noldoli », qui prend ensuite le nom de "Quenta Silmarillion".
Cet ensemble de textes reçoit un accueil pour le moins circonspect de la part d’Allen  Unwin, et dès décembre 1937, Tolkien entreprend la rédaction d’une suite au "Hobbit". Il lui faut près de douze années pour terminer "Le Seigneur des anneaux", un roman qui a presque totalement perdu le ton enfantin de son prédécesseur en se rapprochant davantage du monde ancien et noble du "Silmarillion". À sa publication, en 1954-1955, le roman reçoit un accueil varié de la part de la critique, mais le public le plébiscite, notamment aux États-Unis après sa parution au format poche dans les années 1960. Sa popularité n’a jamais failli depuis : traduit dans une quarantaine de langues, il a été le sujet d’innombrables articles et ouvrages d’analyse et est sorti vainqueur de nombreux sondages réalisés auprès du public.
Le succès du "Seigneur des anneaux" assure à Tolkien que son "Silmarillion", désormais très attendu, sera publié ; mais reste encore à l’achever. L’auteur passe les vingt dernières années de sa vie à travailler en ce sens, mais la tâche se révèle ardue et il ne parvient pas à l’accomplir, victime de ses hésitations et de la simple quantité de travail de réécriture et de correction à fournir pour le rendre cohérent avec les profondes modifications apportées par "Le Seigneur des anneaux". Qui plus est, il se laisse fréquemment distraire en rédigeant des textes sur des points de détail en négligeant la trame principale : 
"Le Silmarillion" est toujours inachevé à la mort de Tolkien, en 1973. Il a fait de son troisième fils, Christopher, son exécuteur littéraire : il lui revient de procéder à l’édition de cet ouvrage. Il y travaille pendant près de quatre ans, avec l’aide de Guy Gavriel Kay, et réorganise les écrits hétéroclites et parfois divergents de son père sous la forme d’un texte continu, sans narrateur externe. "Le Silmarillion" paraît en 1977 et reçoit des critiques très variées : beaucoup jugent négativement son style archaïsant, son absence d’intrigue continue et son grand nombre de personnages.
Christopher Tolkien a poursuivi sa tâche éditoriale dans les années qui suivent, tout d’abord avec "Contes et légendes inachevés" (1980), une compilation de divers textes postérieurs au "Seigneur des anneaux", de nature essentiellement narrative, puis avec les douze volumes de l’"Histoire de la Terre du Milieu" (1983-1996), une étude « longitudinale » des textes de son père ayant servi à l’élaboration du "Silmarillion", ainsi que des brouillons du "Seigneur des anneaux" et d’autres écrits inédits. Les brouillons du "Hobbit", laissés volontairement de côté par Christopher Tolkien durant l’élaboration de l’"Histoire de la Terre du Milieu", ont été publiés à leur tour en 2007 par John D. Rateliff dans les deux volumes de "The History of The Hobbit".
Dans les années 2000, Christopher Tolkien a édité deux ouvrages supplémentaires de son père : "Les Enfants de Húrin" (2007), une version de l’histoire de Túrin, déjà relatée dans "Le Silmarillion" et "Contes et légendes inachevés", puis "La Légende de Sigurd et Gudrún" (2009), deux longs poèmes inspirés de la mythologie nordique. Ont suivi "La Chute d'Arthur" (2013), une relecture du mythe arthurien, et "L'Histoire de Kullervo", reprise d'un épisode du "Kalevala" (2015).
Tolkien commence à dessiner et à peindre des aquarelles dans son enfance, une activité qu’il ne délaisse jamais totalement, bien que ses autres obligations ne lui laissent guère le loisir de s’y consacrer et qu’il se considère lui-même comme un artiste médiocre. Dessiner des personnages n’est pas son point fort, et la plupart de ses œuvres représentent donc des paysages, réels ou (à partir des années 1920) imaginaires, inspirés par ses lectures (le "Kalevala", "Beowulf") ou la mythologie naissante du "Silmarillion". En vieillissant, il délaisse en partie l’art figuratif au profit de motifs ornementaux, où l’on retrouve fréquemment la figure de l’arbre, qu’il griffonne sur des enveloppes ou des journaux.
Les récits qu’il imagine pour ses enfants sont également abondamment illustrés, qu’il s’agisse des "Lettres du Père Noël", de "Roverandom" ou du "Hobbit". Lorsque ce dernier est publié, il inclut quinze illustrations en noir et blanc de Tolkien (dont deux cartes), qui réalise également la jaquette du livre. L’édition américaine comprend cinq illustrations supplémentaires en couleur. En revanche, "Le Seigneur des anneaux", livre coûteux à produire, n’inclut aucune illustration de Tolkien. Trois recueils d’illustrations de Tolkien ont été publiés après sa mort : "Peintures et aquarelles de J. R. R. Tolkien" (1979), édité par Christopher Tolkien ; "J. R. R. Tolkien : artiste et illustrateur" (1995), plus complet, édité par Wayne G. Hammond et Christina Scull ; et enfin "" (2011), reprenant des illustrations relatives au "Hobbit" déjà publiées dans les deux ouvrages précédents, ainsi que plusieurs dessins et esquisses inédits.
Tom Shippey résume l’influence de Tolkien sur la littérature en disant qu’ : s’il n’est pas le premier auteur moderne du genre, il a marqué de son empreinte l’histoire de la fantasy grâce au succès commercial du "Seigneur des anneaux", inégalé à l’époque. Ce succès donne lieu à l’émergence d’un nouveau marché dans lequel les éditeurs ne tardent pas à s’engouffrer, notamment l’Américain Ballantine Books (qui édite également Tolkien en poche aux États-Unis). Plusieurs cycles de fantasy publiés dans les années 1970 témoignent d’une forte influence de Tolkien, par exemple "L’Épée de Shannara" de Terry Brooks (1977), dont l’histoire est très proche de celle du "Seigneur des anneaux", ou "Les Chroniques de Thomas Covenant" de , dont l’univers de fiction rappelle la Terre du Milieu. À l’inverse, d’autres auteurs se définissent par opposition à Tolkien et aux idées qu’il leur semble véhiculer, comme Michael Moorcock (qui le fustige dans son article ") ou Philip Pullman, mais comme le souligne Shippey, ils doivent eux aussi leur succès à celui rencontré par Tolkien.
En 2008, le " classe Tolkien en sixième position d’une liste des « 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945 ».
En 2012, les archives de l'Académie suédoise révèlent que Tolkien faisait partie de la cinquantaine d'auteurs en lice pour le Prix Nobel de littérature en 1961. La candidature de Tolkien, proposée par son ami C. S. Lewis, est rejetée par le comité des Nobel : l'académicien Anders Österling écrit que "Le Seigneur des anneaux" . Le prix revient au Yougoslave Ivo Andrić.
La carrière académique de Tolkien, de même que sa production littéraire, sont inséparables de son amour des langues et de la philologie. À l’université, il se spécialise dans ce domaine et obtient son diplôme en 1915 avec le vieux norrois comme spécialité. Entre 1918 et 1920, il travaille pour l’' et contribue à plusieurs entrées commençant par la lettre « W » ; par la suite, il déclare avoir . En 1920, il devient professeur assistant (') de langue anglaise à l’université de Leeds, et se félicite d’y avoir fait passer le nombre d’étudiants en linguistique de cinq à vingt, soit davantage proportionnellement qu’à Oxford à la même date, soulignant que . Il y donne des cours sur les poèmes héroïques en vieil-anglais, sur l’histoire de l’anglais, et sur divers textes en vieil et moyen anglais, ainsi que des introductions à la philologie germanique, au gotique, au vieux norrois et au gallois médiéval.
Après son arrivée à Oxford, Tolkien s’implique dans la querelle séculaire opposant, au sein de la faculté d’anglais, linguistes (« ' ») et littéraires (« ' »). Il se désole de la situation qu’elle entraîne concernant les programmes : en effet, les règles phonologiques que doivent apprendre les étudiants en linguistique ne s’appuient pas sur l’étude même des textes en vieil et moyen anglais, dont la lecture n’est pas au programme, ce que Tolkien juge absurde. Il propose une refonte des programmes rendant optionnelle l’étude des écrivains du , afin de laisser la place aux textes médiévaux. Cette réforme des programmes fait l’objet de violentes oppositions, dont celle de C. S. Lewis lui-même au début, mais est finalement adoptée en 1931. Malgré une opposition croissante après 1945, les programmes conçus par Tolkien restent en vigueur jusqu’à sa retraite.
Parmi ses travaux académiques, la conférence de 1936 "" a une influence déterminante sur l’étude du poème "Beowulf". Tolkien est parmi les premiers à considérer le texte comme une œuvre d’art en soi, digne d’être lue et étudiée en tant que telle, et non comme une simple mine d’informations historiques ou linguistiques à exploiter. Le consensus de l’époque rabaisse "Beowulf" en raison des combats contre des monstres qu’il met en scène et regrette que le poète ne parle pas des véritables conflits tribaux de l’époque ; pour Tolkien, l’auteur de "Beowulf" cherche à évoquer le destin de l’humanité tout entière, au-delà des luttes tribales, ce qui rend les monstres essentiels.
En privé, Tolkien est attiré par , et dans sa conférence de 1955 "L’Anglais et le Gallois", qui illustre sa vision des concepts de langue et de race, il développe des notions de , opposant à . Dans son cas, il considère le dialecte moyen anglais des West Midlands comme sa , et comme il l’écrit à : .
Tolkien apprend dans son enfance le latin, le français et l’allemand, que lui enseigne sa mère. Durant sa scolarité, il apprend le latin et le grec, le vieil et le moyen anglais, et se passionne pour le gotique, le vieux norrois, le gallois, qu’il découvre dans son enfance à travers des noms inscrits à la craie sur les trains qui passent non loin de sa maison à Birmingham, ainsi que le finnois. Ses contributions à l’"" et les instructions laissées aux traducteurs du "Seigneur des anneaux" témoignent de connaissances plus ou moins étendues en danois, en lituanien, en moyen néerlandais et en néerlandais moderne, en norvégien, en vieux-slave, en russe, en proto-germanique, en vieux saxon, en vieux haut-allemand et en moyen bas allemand.
Tolkien s’intéresse également à l’espéranto, alors jeune langue internationale, née peu avant lui. Il déclare en 1932 : . Cependant, il nuance ultérieurement son propos dans une lettre de 1956 ; selon lui, .
En parallèle à ses travaux professionnels, et parfois même à leur détriment (au point que ses publications académiques restent assez peu nombreuses), Tolkien se passionne pour les langues construites. Amoureux des mots au-delà de son métier, il a une passion qu’il appelle son : la construction pure et simple de tout un vocabulaire imaginaire, avec son lot de notes étymologiques et de grammaires fictives. Pas moins d’une dizaine de langues construites figurent dans "Le Seigneur des anneaux", au travers des toponymes ou des noms des personnages, de brèves allusions discursives ou de chants et de poèmes. L’ensemble participe à la vraisemblance du récit, chacun des peuples de la Terre du Milieu ayant ses traditions, son histoire et ses langues.
Tolkien aborde sa conception personnelle des langues construites dans son essai "Un vice secret", issu d’une conférence donnée en 1931. La composition d’une langue, pour lui, relève d’un désir esthétique et euphonique, participant d’une satisfaction intellectuelle et d’une . Il dit avoir commencé à inventer ses propres langues vers l’âge de 15 ans, et son métier de philologue n’est qu’un des reflets de sa passion profonde pour les langues. S’il considère avant tout l’invention d’une langue comme une forme d’art à part entière, il ne conçoit pas qu’elle puisse exister sans avoir une « mythologie » propre, à savoir un ensemble d’histoires et de légendes accompagnant son évolution, comme le montre sa remarque sur l’espéranto. Il commence à concevoir ses langues avant la rédaction des premières légendes. Considérant qu’il existe un lien fondamental entre une langue et la tradition qu’elle exprime, il est naturellement amené à concevoir son propre "" dans lequel s’inscrivent ses langues : il affirme ironiquement n’avoir écrit "Le Seigneur des anneaux" que dans le but d’avoir un cadre rendant naturelle une formule de salutation elfique de sa composition.
Tolkien travaille durant toute sa vie sur ses langues construites sans jamais véritablement les achever. Son plaisir se trouve davantage dans la création linguistique que dans le but d’en faire des langues utilisables. Si deux d’entre elles (le quenya et le sindarin) sont relativement développées, avec un vocabulaire de plus de mots et une grammaire plus ou moins définie, beaucoup d’autres auxquelles il fait allusion dans ses écrits sont tout juste esquissées. Ces diverses langues sont néanmoins construites sur des bases linguistiques sérieuses, avec une volonté de respecter le modèle des langues naturelles. Par exemple, le khuzdul, langue des Nains, et l’adûnaic, langue des hommes de Númenor, ressemblent par certains aspects aux langues sémitiques, en particulier dans leur structure trilitère ou dans la présence de procédés comme la mimation. Si le quenya des Hauts-Elfes est une langue à flexions (comme le grec et le latin), son vocabulaire et sa phonologie sont conçus sur un modèle proche du finnois. Quant à la langue sindarine des Elfes Gris, elle s’inspire très librement du gallois dans certains de ses aspects phonologiques, comme les mutations de consonnes initiales ou « lénitions ». Les langues de Tolkien ne sont pas pour autant de simples « copies » des langues naturelles et elles ont leurs propres spécificités.
Tolkien imagine aussi plusieurs systèmes d’écriture pour ses langues : une écriture cursive (les "Tengwar" de Fëanor) et un alphabet de type runique (les "Cirth" de Daeron) sont illustrés dans le corps du "Seigneur des anneaux". Un troisième système, les "sarati" de Rúmil, apparaît dans le cadre de la Terre du Milieu, mais Tolkien l’utilise également, à la fin des années 1910, pour écrire son journal.
À titre posthume, ouvrages édités par Christopher Tolkien et d’autres :
En complément de l’"Histoire de la Terre du Milieu" et sous l’égide de Christopher Tolkien et du Tolkien Estate, les fanzines américains "Vinyar Tengwar" et "Parma Eldalamberon" et la revue universitaire "" publient régulièrement des textes inédits de .