Jazz

Le jazz est un genre musical originaire du Sud des États-Unis, créé à la fin du et au début du au sein des communautés afro-américaines. Avec plus de cent ans d'existence, du ragtime au jazz actuel, il recouvre de nombreux sous-genres marqués par un héritage de la musique euro-américaine et afro-américaine, et conçus pour être joués en public. Il émerge à partir d'autres genres musicaux, dont le ragtime, la marche, le "negro spiritual" et le blues, et comporte des caractéristiques telles que l'utilisation fréquente de l'improvisation, de la polyrythmie, de la syncope, du "shuffle", du "scat" et des notes bleues. En outre, il emprunte de nombreux éléments à la et à la tradition des "brass bands". Couramment associé aux cinq instruments emblématiques du jazz — le saxophone, la trompette, le trombone, la clarinette et le piano —, le jazz mobilise cependant un grand nombre d'instruments différents, dont la guitare, la batterie, et la contrebasse.
Au cours du , le jazz a acquis une large popularité au-delà des frontières des États-Unis et s'est répandu dans le monde, donnant naissance à de très nombreux styles et sous-genres selon les pays et les régions. Les premières formes de jazz apparaissent à la Nouvelle-Orléans et à Saint-Louis dès 1910 : le jazz Nouvelle-Orléans mélange le blues à la quadrille et la biguine des Antilles françaises. Dans les années 1930 émergent le swing, un style marqué par le blues et l'improvisation, et le jazz manouche, un genre créé en France sous l'influence des "big bands" et du bal musette. D'une musique populaire conçue pour la danse, le jazz devient un genre musical complexe avec le bebop, joué à des tempos plus rapides et avec des accords plus élaborés. Le cool jazz de la fin des années 1940 apporte des sons calmes, délicats, et des mélodies longues et linéaires. Le free jazz des années 1950 se libère quant à lui des contraintes harmoniques, et met en valeur l'improvisation et l'énergie.
Le hard bop apparaît au milieu des années 1950 et introduit des influences du "rhythm and blues", du gospel et du blues, notamment dans le jeu du saxophone et du piano. Quelques années plus tard, le jazz modal utilise la gamme comme base de la structure musicale et de l'improvisation. Dans les années 1960 et 1970 se développe le jazz fusion, qui combine le jazz et des rythmes rock, des instruments électroniques et utilise une forte amplification sur scène. Une forme commerciale de jazz fusion, appelée smooth jazz, connaît un franc succès dans les années 1980 et atteint un large public grâce à une diffusion radiophonique de grande ampleur. Jusqu'à aujourd'hui, le jazz a engendré plusieurs dizaines de sous-genres, dont le jazz afro-cubain, le jazz West Coast, le ska-jazz, l'avant-garde jazz, l', le soul jazz, le jazz de chambre, le latin jazz, le jazz-funk, le , le jazz punk, l'acid jazz, le jazz rap, le et le nu jazz.
Les musiciens de jazz ("jazzmen") jouent au sein de formations qualifiées de "jazz bands" (orchestres de jazz). Les figures majeures du jazz sont les pianistes Duke Ellington, Oscar Peterson, Herbie Hancock et Count Basie, les trompettistes Louis Armstrong, Dizzy Gillespie et Miles Davis, le contrebassiste Charles Mingus, les saxophonistes Charlie Parker et John Coltrane, le clarinettiste Sidney Bechet, et les chanteuses Billie Holiday, Nina Simone et Ella Fitzgerald. Présent dans la bande originale de nombreux films, le jazz a marqué l’œuvre de cinéastes comme Martin Scorsese ou Woody Allen, lui-même clarinettiste de jazz. Depuis l'après-guerre, la capitale mondiale du jazz est New York, grâce à ses très nombreux clubs de jazz (notamment dans la ) et ses auditoriums, dont le Carnegie Hall qui accueillit des concerts mythiques. Toutefois, des festivals de jazz ont été créées partout dans le monde : les principaux sont ceux de Montreux, Montréal et Copenhague.
Le jazz regroupe de nombreux styles musicaux, du ragtime de la fin du à nos jours, et s'avère difficile à définir précisément. Certains auteurs ont tenté de le définir en le mettant en perspective avec d'autres genres musicaux — se plaçant du point de vue de l'histoire de la musique européenne ou africaine par exemple —, mais le critique Joachim-Ernst Berendt estime que sa définition doit être élargie. Il définit le jazz comme . Il soutient aussi l'idée selon laquelle le jazz diffère fondamentalement de la musique européenne car , , et a une . Le tromboniste Jay Jay Johnson exprime cette idée de vitalité permanente en déclarant en 1988 : .
Travis Jackson propose une définition encore plus large du genre afin d'y inclure des sous-genres parfois radicalement différents. Selon lui, . Krin Gabbard affirme que , qui, bien qu'artificielle, . Cependant, alors que les critiques, les journalistes spécialisés et les amateurs de jazz ont souvent débattu au sujet de la délimitation entre les sous-genres du jazz, les musiciens eux-mêmes peinent fréquemment à définir le sous-genre auquel ils se rattachent. Duke Ellington, l'un des plus grands "jazzmen", illustre cette conception en déclarant : .
Bien que le jazz soit considéré comme un genre musical difficile à définir, l'improvisation en est l'un des principaux traits distinctifs. Le caractère central de l'improvisation peut s'expliquer par son importance dans les genres musicaux à la source du jazz, et notamment dans le blues des origines, qui s'inspire des chants de travail et complaintes des esclaves afro-américains dans les plantations. Ces derniers étaient généralement composés d'un motif répétitif sous forme d'un appel suivi d'une réponse (""), mais le blues comportait une part importante d'improvisation. La musique classique européenne, en revanche, valorisait la fidélité des musiciens à la partition, et rejetait les tentatives d'interprétation personnelle et l'ornementation musicale : l'objectif premier du musicien classique était alors de jouer la composition telle qu'elle est écrite. Le jazz est au contraire le produit des interactions et de la créativité des musiciens au sein du groupe ; bien souvent, ces paramètres déterminent la valeur de l'œuvre du compositeur (s'il y en a un) et des musiciens. Par conséquent, dans le jazz, le musicien expérimenté interprétera une mélodie de manière personnelle, sans pouvoir la rejouer exactement de la même manière une seconde fois. Selon l'humeur du musicien, les interactions entre les membres du groupe, voire avec le public, le "jazzman" peut modifier la mélodie, les harmonies ou l'indication de la mesure à sa guise.
L'usage de l'improvisation s'est développé tout au long de l'histoire du jazz. Au début du , dans le jazz Nouvelle-Orléans et le Dixieland, les musiciens improvisaient soudainement en pleine mélodie, tandis que les autres improvisaient des contre-mélodies. À l'époque du swing, les "big bands" se reposaient davantage sur des mélodies déjà composées : les compositions étaient soit écrites, soit apprises à l'oreille et mémorisées, et seuls les musiciens solo pouvaient improviser au sein de la composition. Quelques années plus tard, dans le bebop, les formations de jazz sont plus petites et les arrangements sont minimaux ; la mélodie est généralement fixée brièvement au début de la chanson et rappelée à la fin, mais la quasi-intégralité de la performance est composée de séries d'improvisations. Les sous-genres qui suivirent, comme le jazz modal, abandonnent la notion de progression d'accords et permettent aux musiciens d'improviser encore davantage de manière individuelle, en ne conservant qu'une échelle musicale ou un mode commun. Dans la plupart de ces styles de jazz, un musicien solo est accompagné par d'autres qui jouent des accords pour définir la structure de la chanson, et ainsi compléter son jeu. Dans certaines formes de jazz expérimental, telles que l'avant-garde jazz et le free jazz, la séparation entre le musicien solo et le reste du groupe est réduite, et il est accepté, voire obligatoire, de ne pas utiliser d'accords, d'échelles et de pulsations rythmiques — ces extrêmes constituant une forme d'improvisation quasi-totale.
Depuis l'émergence du courant bebop, les formes de jazz produites à des fins commerciales ou influencées par la musique populaire ont été critiquées par certains puristes. Selon le critique de jazz Bruce Johnson, une aurait existé dès la naissance du genre. Les amateurs de jazz traditionnel ont rejeté le bebop, le free jazz et le jazz fusion des années 1970 (Miles Davis, Frank Zappa, ou encore Herbie Hancock), estimant qu'il s'agissait d'une dénaturation de la musique et d'une trahison envers les pionniers du jazz. Le critique et producteur de jazz français Hugues Panassié a ainsi considéré le bebop comme un genre musical et distinct du jazz, provoquant la controverse dans le milieu musical et entraînant la scission du Hot Club de France. Une conception opposée veut que le jazz soit un genre protéiforme, capable d'absorber des influences de divers styles musicaux : l'absence de création de normes internes au genre permet l'émergence de nouveaux sous-genres à l'avant-garde du jazz.
Un autre débat porte sur la question de l'ethnicité dans la musique jazz. Alors que le jazz commençait à se développer, au début du siècle, beaucoup s'interrogeaient sur la manière dont il allait influencer les représentations des Blancs à propos de la communauté afro-américaine — auquel le jazz était alors associé. Pour certains Afro-Américains, le jazz a permis de mettre en lumière la contribution des Noirs à la culture et à la société américaines, et d'attirer l'attention sur l'histoire et la culture noire. Pour d'autres, la musique et le terme jazz rappelleraient en revanche . En outre, l'écrivain afro-américain Amiri Baraka estime qu'il existe un , qui serait le genre musical de l'expression de l'identité blanche. Le cornettiste Bix Beiderbecke est l'un des premiers ' blancs, et fut la figure de proue du jusqu'à sa mort en 1931. Des musiciens de jazz blancs firent leur apparition au début des années 1920, dans le Mid-Ouest essentiellement, mais aussi sur la côte est. Le Chicago Jazz naît ainsi à la suite du déplacement de nombreux ' du Sud, et est développé par plusieurs musiciens blancs, comme Bud Freeman, Jimmy McPartland, Frank Teschemacher, Dave Tough et Eddie Condon. D'autres musiciens originaires de Chicago, dont le clarinettiste Benny Goodman et le batteur Gene Krupa, prendront la tête de "big bands" de swing au début de leur carrière, durant les années 1930. À l'origine dominé par les musiciens d'origine afro-américaine, le jazz est par la suite devenu un genre musical multiculturel.
Au-delà de la difficulté à définir précisément la musique qu'il désigne, l'origine du mot "jazz" est sujet à controverses. Les hypothèses avancées quant aux origines de ce nom sont multiples et aucune ne semble faire l'unanimité. Le mot jazz pourrait être dérivé :
Les recherches de Gerald Cohen indiquent que le mot apparaît pour la première fois sous la plume de E. T. « Scoop » Gleeson dans le "San Francisco bulletin" en mars 1913. La plupart des historiens penchent cependant sur le fait que ce mot est apparu pour la première fois dans le "Chicago Herald" du 1er mai 1916 Il appartient au jargon du baseball pour désigner l'énergie d'un joueur. Le mot aurait été employé pour qualifier la musique du groupe d'Art Hickman qui jouait dans le camp d'entraînement des San Francisco Seals. Le groupe endossa l'adjectif lors de ses engagements à New York en 1914 et le terme se répandit progressivement jusqu'à Chicago avant de revenir à La Nouvelle-Orléans sous la forme d'une lettre de Freddie Keppard à King Oliver qui le popularisera dès 1917 avec son protégé Louis Armstrong.
En raison de ses connotations scabreuses, le terme était diversement apprécié des musiciens (Duke Ellington en particulier préférait l'appellation « Negro music »). Durant les années 1930 et 1940, de nombreuses alternatives ont été proposées telles que "ragtonia", "syncopep", "crewcut", "Amerimusic", ou encore "jarb", sans grand succès. La diffusion du mot « jazz » (bien que sous sa forme "Jass") est largement associée à son apparition sur le premier enregistrement du style, en mars 1917 par l'Original Dixieland Jass Band.
Le jazz prend ses sources à la fin du et au début du , à partir de la musique classique européenne et de la , mélangées à des influences culturelles de l'Afrique de l'Ouest. Sa nature, ses sous-genres et sa composition ont évolué au fil du siècle, incorporant les innovations et les interprétations personnelles des différents musiciens.
Avant 1808, la traite des esclaves avait déjà provoqué l'arrivée aux États-Unis d'un million d'Africains subsahariens, principalement en provenance d'Afrique de l'Ouest et du bassin du fleuve Congo. Ceux-ci ont importé leurs traditions musicales : la musique africaine utilisait une seule mélodie, des rythmes contre-métriques, et une structure en (""). Elle avait essentiellement un but fonctionnel, pour accompagner le travail (chant de travail) ou les rites funéraires. Des rassemblements d'esclaves donnaient lieu à de grandes fêtes urbaines où se mêlaient danses africaines et percussions. Jusqu'en 1843, une fête est organisée chaque dimanche à Congo Square, à la Nouvelle-Orléans, et d'autres rassemblements avaient lieu à la même époque dans le Sud des États-Unis.
En outre, le jazz a aussi pour origine la musique religieuse : les esclaves apprennent les harmonies des hymnes lors de l'office dominical, et y ajoutent des influences africaines pour créer les "negro spirituals" et le gospel, peu à peu chantés dans les églises méthodistes, baptistes ou pentecôtistes. De même, au cours du , un nombre grandissant de musiciens noirs apprennent à jouer d'un instrument , notamment le violon, et parodient la musique de bal dans les "cakewalks". À l'inverse, les "minstrel shows", réalisés par des Euro-Américains au visage peint en noir ("blackface"), combinent la syncope des rythmes africains et l'harmonie de la musique européenne.
Vers 1850, le compositeur blanc Louis Moreau Gottschalk adapte les rythmes de la musique des esclaves et des mélodies des Caraïbes pour le piano de salon. Dans "" (1859) tout comme dans la musique de la culture créole des Caraïbes et de la Nouvelle-Orléans, on retrouve le même motif à trois coups nommé tresillo. Celui-ci est une entité rythmique basique dans la musique d'Afrique subsaharienne et de la diaspora africaine.
Au début du , le blues se développe dans le Delta du Mississippi et est largement diffusé à partir de 1920 avec entre autres le premier enregistrement de Mamie Smith. Parallèlement, le ragtime apparaît, style de piano incarné par Scott Joplin, musique syncopée influencée par la musique classique occidentale. Dans les années 1920, le stride se développe à Harlem. Héritier du ragtime, le stride introduit l'utilisation d'une pulsation ternaire, et la virtuosité des musiciens augmente, comme chez James P. Johnson. Le boogie-woogie se développe à la même époque à Chicago.
C'est à La Nouvelle-Orléans que l'on fait en général naître le jazz, avec les formations orchestrales des « brass bands », mélange de marches militaires revisitées par les noirs américains et les créoles, qui privilégie l'expression collective. Dans les années 1910 apparaissent les premières formes de jazz (« proto-jazz »), notamment sous l'impulsion du chef d'orchestre James Reese Europe, qui créa le "Clef Club". Cette salle de concert de Harlem accueille dès 1912 le premier orchestre de jazz composé uniquement d'Afro-Américains, le "Clef Club Orchestra". En 1913 et 1914 sont réalisés des enregistrements au phonographe pour la Victor Talking Machine Company.
Le premier enregistrement de jazz voit le jour en mars 1917 par l'Original Dixieland Jass Band. Autoproclamé inventeur du jazz, Jelly Roll Morton est en effet un passeur entre ragtime et jazz, mais ce sont Kid Ory, Sidney Bechet et surtout Louis Armstrong qui s'imposent comme les grands solistes des formations Nouvelle-Orléans caractérisées par l'improvisation collective sur le schéma instrumental trompette, trombone, clarinette.
Considéré comme l'âge d'or du jazz, apparu vers les années 1930, le swing (ou "middle jazz") se démarque du jazz Nouvelle-Orléans par un orchestre de plus grande taille sur le modèle des trois sections de trompettes, trombones et anches qui privilégie les solistes prenant des chorus intégrés dans des arrangements écrits au détriment de l'improvisation collective. C'est l'ère des big bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller, Benny Goodman, avec un répertoire marqué par les compositions de George Gershwin, Cole Porter, Richard Rodgers etc. et les chansons de variété de Tin Pan Alley, qui forment l'ossature des standards de jazz. Les grands solistes de cette époque sont Coleman Hawkins, Roy Eldridge, Benny Carter, Johnny Hodges, Ben Webster, Art Tatum, et Lester Young.
Au début des années 1940 naît le bebop. Tempos ultras rapides, petites formations, virtuosité époustouflante, innovations harmoniques et rythmiques, la rupture est brutale et emmenée par Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke, Thelonious Monk. L'intellectualisation du jazz par le bebop ne sera pas toujours bien perçue par le public et certains critiques, notamment Hugues Panassié en France sera particulièrement virulent contre cette nouvelle forme de jazz.
Vers les années 1950 apparaissent des évolutions au bebop, comme le cool et le hard bop. Le cool et le jazz West Coast regroupent des évolutions du bop moins marquées par le rythme, et généralement faites par des blancs. Les four Brothers de Jimmy Giuffre, les innovations de Lennie Tristano et la collaboration entre Miles Davis et Gil Evans sont généralement regroupées sous cette bannière. Au contraire, le hard bop est plutôt un mouvement noir, visant à réintroduire plus de soul et de blues dans le bop, et pour qui l'aspect rythmique est prédominant. Art Blakey, Horace Silver ou Sonny Rollins y participent. D'autres personnalités inclassables émergent : Bill Evans, Charles Mingus, Oscar Peterson…
À la fin des années 1950, les structures harmoniques et l'improvisation sont portées à leurs limites par John Coltrane. Emmenés par Coltrane et Ornette Coleman les musiciens bouleversent la structure musicale et les techniques instrumentales. La grille harmonique, le rythme régulier, et même le thème sont supprimés, au profit d'improvisations collectives, la prédominance de l'énergie, et l'utilisation de techniques non conventionnelles (suraigus, growl, cris, slaps, « sons sales », voire bruitistes), c'est la naissance du free jazz. Les réactions des critiques à cette nouvelle forme de jazz sont féroces, et le public beaucoup moins nombreux à suivre cette musique nouvelle.
Dès les années 1960 et surtout 1970, s'amorcent des mouvements de fusion entre le jazz et d'autres courants musicaux, le jazz et la musique latine donnent le latin jazz, mais c'est surtout la fusion entre le jazz et le rock, le jazz-rock, qui remporte l'adhésion du public. Les grandes figures en sont Miles Davis, Frank Zappa ou encore le groupe Weather Report. Au même moment, la création de la maison de disques ECM à Munich participe à la création et à la diffusion d'un jazz plus « européen », aux sonorités plus feutrées et subtiles, inspiré par la musique classique, la musique contemporaine et les musiques du monde. Jan Garbarek, John Surman, Jean-Christian Michel, Louis Sclavis, Kenny Wheeler en sont quelques représentants.
Le jazz est un mélange de courants musicaux très divers. Au cours de son évolution, il a su intégrer de nombreuses influences et se prêter à de nombreux métissages, comme le blues, le rock, la musique latine, le hard rock, et ainsi de suite. Du point de vue de la technique musicale, sa richesse et sa complexité sont aujourd'hui telles qu'il est difficile de décrire précisément ce qui le caractérise. Le jazz comprend une grande variété de sous-types, comme traditionnel, be-bop, fusion, free-jazz D'après Travis Jackson, le jazz peut être défini d'une façon plus « ouverte », en disant que le jazz (soit qu'on parle de swing, fusion, ou latin-jazz) est une musique qui inclut souvent des qualités comme le "swing", l'improvisation, l'interaction en groupe, le développement d'une voix individuelle comme artiste, et qui est ouverte aux diverses possibilités musicales.
Les éléments distinctifs suivants se retrouvent dans la majorité des styles de jazz :
Les principales figures du jazz sont Louis Armstrong, Benny Goodman, Duke Ellington, Glenn Miller, Count Basie, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, John Coltrane, Miles Davis et Keith Jarrett.
Voir la .
Voir la , la liste des musiciens de jazz, la liste des musiciens de jazz par instrument et la liste des musiciens de jazz par style.
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Voir la Liste des formations de Jazz et la .
Les clubs de jazz ont été l'un des principaux vecteurs de la diffusion de la musique jazz, notamment jusqu'au développement des procédés d'enregistrement du son sur disque microsillon (vinyle). Les premiers sont apparus au début du siècle dans les lieux de naissance du jazz : La Nouvelle-Orléans, Kansas City, puis Chicago, Washington et New York. Cette dernière voit proliférer le nombre de clubs de jazz dans l'entre-deux guerres : la 52e rue de Manhattan en compte plusieurs dizaines à elle seule dans les années 1950. Avec le déclin progressif de l'intérêt du grand public pour le jazz, le nombre de clubs se réduit mais plusieurs lieux du jazz existent encore aujourd'hui.
Les clubs de jazz les plus célèbres se trouvaient à New York, devenue la capitale mondiale du jazz dès les années 1940. Le "Savoy Ballroom" et le "Cotton Club" figurent parmi les premiers clubs new-yorkais, fondés à Harlem dès les années 1920. Les deux salles voient se produire des légendes du jazz telles que Louis Armstrong et Duke Ellington, mais le "Cotton Club" refuse l'entrée aux clients noirs. Le "Village Vanguard", crée en 1935 et encore en activité, est le lieu d'enregistrement de plusieurs albums live. "The Village Gate" sera le théâtre du premier concert d'Aretha Franklin et ouvre sa programmation à des artistes de rock, dont Jimi Hendrix et Jim Morrison. Il ferme en 1993 et mais rouvre en 2008 sous le nom "Le Poisson Rouge". Le "Birdland", nommé ainsi en référence au surnom de Charlie Parker, accueille les plus grandes stars du jazz et compte parmi ses habitués Gary Cooper et Marilyn Monroe. Le "Fillmore East" vit quant à lui Miles Davis et Frank Zappa poser les fondements du jazz fusion () à la fin des années 1960. Enfin, le "Blue Note" ouvre en 1981 à Greenwich Village et crée un réseau de franchises en Italie et au Japon.
Lors de la Première guerre mondiale, quelques groupes américains participent à la diffusion du jazz en France en jouant dans les camps et les hôpitaux militaires. James Reese Europe, l'un des chefs d'orchestre de jazz les plus populaires à New York, arrive fin 1917 à Brest et Saint-Nazaire. Il recrute une soixantaine de musiciens, venant principalement de Harlem et de Porto Rico, qui forment le d'infanterie (« Harlem Hellfighters »).
Paris fut la capitale du jazz en Europe et compta de très nombreux clubs dans les années 1960 : "le Blue Note", "le Caveau de la Montagne", "le Chat qui pêche", "le Caméléon", "le Riverboat", "le Bidule", "Le Blues Jazz Muséum", "Le Gill's Club", "le Riverbop", "Le Petit Opportun", "Le Living Room", "Magnetic Terrasse", "le Bilboquet", "Le Totem", "Le Jazz Unité", "Le Dreyer", "Le Village", "Les Sept-Lézards "ou encore "Le Franc-Pinot. "L'animation du Quartier de Saint-Germain-des-Prés est notamment retranscrite par Boris Vian et Simone de Beauvoir. De cette époque ne subsiste aujourd'hui que "Le Caveau de la Huchette" (Quartier latin), fondé en 1948. Durant les années 1980 sont créées de nouvelles salles, comme le "Jazz Club Étoile", "Le Petit Journal Montparnasse", le "New Morning" ainsi que les clubs de la rue des Lombards ("Sunset-Sunside", "Le Duc des Lombards", "Le Baiser Salé").
Des clubs de jazz ont été créés dans la plupart des grandes villes aux États-Unis et en Europe. Dans le Vieux carré français de La Nouvelle-Orléans se trouvent notamment le "Preservation Hall", qui a pour vocation de préserver le jazz des origines, et le "". Des clubs célèbres se trouvent également à Chicago ("Friar's Inn"), Los Angeles ("Quality Cafe") et San Francisco ("The Blackhawk"). Le "Ronnie Scott's "est le club de jazz le plus célèbre de Londres, et le Hot Club du Portugal celui de Lisbonne.
Le jazz, genre musical initialement conçu pour être joué en public, se prête particulièrement bien au concept de festival. De très nombreux évènements ont été créés à travers le monde, principalement aux États-Unis et en Europe, mais également en Asie et en Afrique depuis les deux dernières décennies.
Le Festival de jazz de Montreux (Suisse) est généralement considéré comme l'un des principaux rendez-vous internationaux. Crée en 1967, il a accueilli les plus célèbres artistes de jazz (Nina Simone, Ella Fitzgerald, et Miles Davis, qui y joue à dix reprises entre 1973 et 1991) et a élargi sa programmation à d'autres genres, comme le rock (Pink Floyd, Santana, Deep Purple) et la musique brésilienne (Gilberto Gil). Lors de l'édition 1971, le casino de la ville subit un incendie, dû à un feu d'artifice provoqué par un spectateur du concert de Frank Zappa. Le New Orleans Jazz  Heritage Festival célèbre quant à lui les musiques et les cultures liées à la Nouvelle-Orléans, dont le blues, la musique cajun et le zarico. Le Chicago Jazz Festival accueille gratuitement les spectateurs dans le Grant Park durant une semaine, au mois d'août.
Les festivals français les plus importants sont Jazz à Vienne, Jazz à Juan, Jazz in Marciac, Jazz sous les pommiers, Coutances, Paris Jazz Festival et Nancy Jazz Pulsations. Le Canada compte également plusieurs grands festivals, comme ceux de Montréal et d'Ottawa. Ces dernières années ont été créés des festivals dans des pays où le musique jazz était peu présente jusqu'alors : le Maroc ("Jazzablanca"), l'Algérie ("Alger Jazz Meeting"), le Sénégal (festival de Saint-Louis), Haïti (festival de Port-au-Prince) et l'Azerbaïdjan (festival de Bakou).
La télévision et les radios généralistes accordent généralement une faible place à la musique jazz. Sa diffusion dans les médias est essentiellement l’œuvre de . Les deux principales radios françaises de jazz sont TSF Jazz et Jazz Radio (basée à Lyon et qui n'émet pas sur tout le territoire). Leur programmation s'étend également à la musique afro-américaine (blues, soul, funk). Paris Jazz émettait de 1996 à 2002. Radio Jazz International et Radio Swiss Jazz sont les deux principales radios de jazz suisses. Il existe également de nombreuses radios de jazz en Europe du Nord (NPO Radio 6, NRK Jazz, DR P8 Jazz) ainsi qu'aux États-Unis, notamment en Californie (KCSM, KKJZ, KSDS).
Outre ces radios spécialisées, certaines stations généralistes consacrent des émissions à la musique jazz, notamment celles de l'ORTF puis de Radio France. De 1955 à 1971, Frank Ténot et Daniel Filipacchi animent sur Europe 1 l'une des premières émissions de jazz en France, "Pour ceux qui aiment le jazz". Le sociologue et critique de jazz Lucien Malson anima plusieurs émissions sur les stations du service public, comme "Le Bureau du jazz" ou "Black and Blue, "aux côtés d'Alain Gerber. Ils y accueillent de nombreux musiciens, retransmettent des festivals et diffusent des concerts historiques, tel que celui de Ray Charles en 1961. Les principales émissions de jazz actuelles sont "Summertime" sur France Inter, et "Club Jazz à FIP" sur FIP. En 2013, France Musique propose douze heures trente de jazz hebdomadaires.
La diffusion du jazz s'effectue également grâce à des magazines périodiques. Les références mondiales sont les magazines américains "JazzTimes" et "Down Beat", fondé en 1934 et qui accorde également une place au blues. Le magazine "Jazziz" aborde quant à lui le jazz dans sa grande diversité de styles.
Plusieurs publications existent également en français, dont "Jazz Hot", fondé par les critiques de jazz Charles Delaunay et Hugues Panassié en 1935, qui est aujourd'hui la doyenne des revues de jazz en activité. Le sociologue Lucien Malson, collaborateur de "Jazz Hot", fonde en 1959 "Les Cahiers du jazz", dont il est le rédacteur en chef jusqu'en 1971. Les magazines "Jazzman" et "Jazz Magazine" ont fusionné en 2009 pour devenir "Jazz Magazine Jazzman". La revue "Jazz Classique", qui publie cinq numéros par an, comprend de nombreuses interviews de musiciens. Enfin, le site Citizenjazz.com est la principale revue en ligne consacrée au jazz.
Le jazz a influencé certains compositeurs de musique classique du , qui ont emprunté des rythmes et instruments de jazz dans leurs œuvres. Citons Maurice Ravel et ses "Bolero" et "Concerto pour la main gauche", Darius Milhaud et la "Création du monde", Francis Poulenc et son "Concerto pour deux pianos et orchestre", Dmitri Chostakovitch et sa "Suite pour orchestre de jazz nº 1", Igor Stravinski et son "Ebony concerto", André Jolivet et son "Concerto pour trompette". L'intrusion du jazz dans la musique classique a été aussi initiée par des musiciens de jazz, citons Georges Gershwin et sa "Rhapsody in blue", ou le compositeur gallois Karl Jenkins avec la "Messe de l'Homme Armé".
Cependant, les saxophones, instruments indispensables dans l'orchestre de jazz, s'intègrent très mal dans les orchestres symphoniques à cause de leur timbre riche en harmoniques aiguës, ce qui empêche aux orchestres symphoniques de les considérer comme des membres à part entière ; en effet, dans les orchestres symphoniques, les saxophonistes sont des contractuels. À l'aube du , cette incursion du jazz dans les œuvres classiques du apparaît davantage comme une expérimentation ou une recherche épisodique d'une certaine couleur ou ambiance, qu'une influence pérenne sur la création classique.
Le jazz est, par l'intermédiaire du rhythm and blues, à l'origine de la grande majorité des musiques populaires du : rock, pop, funk, etc.
De nombreux auteurs ont fait figurer des musiciens ou des mélodies de jazz dans leurs œuvres. Boris Vian, grand amateur de jazz, membre du Hot Club de France et lui-même trompettiste, fait référence au jazz dans la plupart de ses ouvrages. Un personnage de "L'Écume des jours" (1947), Chloé, a été nommé d'après le standard de jazz "Chloe (Song of the Swamp) "de Duke Ellington, dont Vian était un inconditionnel. Les héros de ses romans fréquentent les clubs de jazz et il est souvent fait mention du nom de compositeurs, "jazzmen" et mélodies. Vian a par ailleurs contribué à la rédaction de la revue Jazz Hot et écrivit des émissions radiophoniques de jazz en anglais, à destination du public américain ("Jazz in Paris").
Des auteurs comme Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Truman Capote et Michel Leiris ont, par leurs descriptions de l'atmosphère des clubs de jazz new-yorkais ou parisiens, témoigné de l'effervescence de la musique jazz à l'après-guerre.
Les rythmes et les couleurs du jazz, ainsi que l'atmosphère de ses clubs, ont été une source d'inspiration pour des artistes peintres, sculpteurs ou photographes. Piet Mondrian, dans ses derniers tableaux, essayait de rendre la vivacité du swing et du boogie-woogie. Henri Matisse a publié en 1947 un livre de gouaches découpées intitulé "Jazz". Bien que les dessins ne soient pas à proprement parler liés au jazz (il y est plutôt question de cirque et de théâtre), Matisse se reconnaissait dans la démarche de l'improvisation jazz.
Nicolas de Staël a peint plusieurs tableaux représentant des "jazzmen" ou des clubs de jazz. Amateur de Sidney Bechet, dont il admire le jazz « coloré », il réalise un ensemble de deux toiles en son honneur, nommé "Les Musiciens, souvenir de Sidney Bechet "(1952-1953). La silhouette de Bechet avec sa clarinette, vêtu d'un costume sombre, est visible à la droite du tableau ; il est peut-être accompagné du clarinettiste français Claude Luter. Dans ces deux toiles, les couleurs sont vives (jaune et rouge) pour figurer le rythme et l'énergie du jazz.
Le jazz est un thème récurrent de l’œuvre de Jean-Michel Basquiat (1960-1988), et a inspiré sa manière de peindre. Il déclare dans une interview que et que son jazzman favori est Miles Davis. Il écrit et peint sur ses tableaux , à la manière du scat, et en utilisant l'improvisation. Dans le tableau "Grain Alcohol" (1983), Basquiat fait référence à des jazzmen par des codes : MLSDVS désigne Miles Davis, DZYGLPSE Dizzy Gillespie, et MX RCH Max Roach. Il consacre également des œuvres à des musiciens de manière explicite : "Charles the First" (1982) à Charlie Parker, "Lye" (1983) à Nat King Cole, ou encore "In the Wings" (1986) à Lester Young.
L’œuvre du peintre Sacha Chimkevitch (1920-2006) est également marquée par le jazz : auteur de plusieurs affiches de festivals, il réalisa des portraits de grand jazzmen, dont Charlie Parker, Duke Ellington et Erroll Garner.
De nombreux films ont pour sujet principal le jazz ou les musiciens de jazz. Le premier film parlant de l'histoire du cinéma est "Le Chanteur de jazz", sorti en 1927, qui raconte l'histoire d'un pianiste juif qui tente de devenir une vedette de jazz en se déguisant en noir ("blackface"). Des "jazzmen" et des "jazzbands" apparaissent fréquemment dans des films, comme Paul Whiteman dans "La Féerie du jazz" (1930) ou Lester Young dans "Jammin' the Blues" (1944). "Paris Blues" témoigne de l'effervescence de la scène jazz parisienne de la fin des années 1950, et le documentaire "L'Aventure du jazz", réalisé entre 1969 et 1972 par Louis Panassié, fait figurer plus de 130 musiciens, dont Louis Armstrong et Duke Ellington. Le film "Whiplash", sorti en 2014, est l'un des rares à évoquer la batterie jazz.
En outre, plusieurs biographies de personnalités du jazz ont été réalisées. James Stewart incarne Glenn Miller dans "Romance inachevée" d'Anthony Mann (1954), et la chanteuse Diana Ross incarne Billie Holiday dans "Lady Sings the Blues". Bertrand Tavernier réalise en 1987 "Autour de minuit", qui retrace de manière romancée la vie du saxophoniste Lester Young et du pianiste Bud Powell. En 1988, Clint Eastwood réalise "Bird", un biopic consacré au saxophoniste Charlie Parker, avec Forest Whitaker dans le rôle principal. La même année, Eastwood produit un documentaire de Charlotte Zwerin consacré à Thelonious Monk, ". "Le film "Ray" (2004) brosse le portrait du pianiste Ray Charles, figure majeure de la musique noire-américaine, dont l'œuvre s'étend sur plusieurs genres musicaux (jazz, mais aussi blues, rhythm and blues et soul). Un documentaire a également été consacré à Michel Petrucciani en 2011. Enfin, l'acteur Don Cheadle devrait incarner Miles Davis dans "Miles Ahead", dont la sortie est prévue pour 2015 et dont la bande originale a été composée par Herbie Hancock, une autre légende du jazz.
Le jazz est également présent dans la bande originale de nombreux films dont le sujet principal n'est pas la musique. Il est ainsi omniprésent dans les films de Woody Allen, lui-même clarinettiste de jazz. La "Rhapsody in Blue" de George Gershwin constitue notamment le thème du film "Manhattan" (1979). Allen a en outre réalisé un faux documentaire sur la guitare jazz, "Accords et Désaccords" (1999). Le cinéaste d'animation Norman McLaren a quant à lui tourné plusieurs courts-métrages expérimentaux mettant en images des œuvres de jazz, dont "Caprice en couleurs" (1949), qui utilise le répertoire du pianiste Oscar Peterson.