Le Hobbit

Le Hobbit ("") ou Bilbo le Hobbit est un roman de "fantasy" de l’écrivain britannique . Il raconte les aventures du hobbit Bilbo (ou Bilbon), emmené bien malgré lui par le magicien Gandalf et une compagnie de treize nains dans leur voyage vers la Montagne Solitaire, à la recherche du trésor gardé par le dragon Smaug.
Rédigé de manière intermittente de la fin des au début des , "Le Hobbit" n’a d’autre but à l’origine que de divertir les jeunes enfants de Tolkien. Le manuscrit inachevé circule parmi les proches de l’écrivain et arrive finalement chez l’éditeur londonien Allen  Unwin, qui demande à Tolkien d’achever le récit et de l’illustrer.
"Le Hobbit" paraît le au Royaume-Uni. C’est la première œuvre publiée qui explore l’univers de la Terre du Milieu, sur lequel Tolkien travaille depuis une vingtaine d’années. Elle rencontre un franc succès critique et commercial, qui incite à réclamer une suite à son auteur. Cette suite devient le roman le plus connu de Tolkien : "Le Seigneur des anneaux", une œuvre beaucoup plus complexe et sombre. Le souci de cohérence entre les deux ouvrages pousse l’écrivain à procéder à des révisions du texte du "Hobbit", concernant en particulier le rôle de Gollum.
"Le Hobbit" a connu des adaptations sur de nombreux supports : au théâtre, à la radio, en téléfilm d'animation, en jeux de société et en jeux vidéo. Une adaptation cinématographique en trois volets, réalisée par Peter Jackson, est sortie entre 2012 et 2014.
Le hobbit Bilbo Bessac (') mène une existence paisible dans son trou de Cul-de-Sac (') jusqu’au jour où il croise le magicien Gandalf. Le lendemain, il a la surprise de voir venir prendre le thé chez lui non seulement Gandalf, mais également une compagnie de treize nains menée par Thorin Lécudechesne (") et composée de Balin, Dwalin, Fili, Kili, Dori, Nori, Ori, Oin, Gloin, Bifur, Bofur et Bombur. La compagnie est en route vers la Montagne Solitaire, où elle espère vaincre le dragon Smaug, qui a jadis dépossédé les nains de leur royaume et de leurs trésors. Cependant, pour mener à bien leurs projets, il leur faut un expert-cambrioleur, et Gandalf leur a recommandé Bilbo. Celui-ci est plus que réticent à l’idée de partir à l’aventure, mais il finit par accompagner la troupe.
En chemin pour les Montagnes de Brume ('), la compagnie est capturée par trois trolls et ne s’en sort que grâce à l’astuce de Gandalf. Le magicien, connaissant le point faible de ces créatures, les distrait jusqu’à l’aube, moment où ils se transforment en pierre sous l’effet de la lumière du soleil. Dans le repaire des trolls, la compagnie découvre des épées de l’ancien royaume elfique de Gondolin. Thorin et Gandalf prennent chacun une épée, tandis que Bilbo reçoit une dague qu’il baptise par la suite Dard. Peu après, la compagnie atteint Fendeval ('), la demeure du semi-elfe Elrond, qui les aide à déchiffrer la carte du trésor de Smaug et les inscriptions runiques des épées.
Une fois dans les Montagnes de Brume, une tempête oblige la compagnie à se réfugier dans une caverne pleine de gobelins qui les prennent en chasse. Dans la confusion, Bilbo perd ses compagnons de vue. Après avoir découvert un mystérieux anneau, le hobbit parvient sur la berge d’un lac souterrain, où vit une créature nommée Gollum. Celui-ci le soumet à un jeu d’énigmes : si Gollum l’emporte, il pourra manger Bilbo ; dans le cas contraire, il conduira le hobbit jusqu’à la sortie. Bilbo remporte le concours en se demandant involontairement à haute voix , question à laquelle Gollum ne parvient pas à répondre. Celui-ci n’a aucune intention de remplir sa part du marché et part à la recherche de son anneau pour tuer Bilbo, qui découvre que l’objet lui confère l’invisibilité lorsqu’il le passe au doigt. Grâce à lui, le hobbit parvient à s’enfuir des grottes et à rejoindre ses compagnons. Ils sont à nouveau pourchassés par un groupe de gobelins et de wargs, mais l’intervention des aigles géants leur permet de s’en sortir vivants.
La compagnie descend des montagnes et arrive à la demeure de Beorn le changeur de peau, un homme qui peut se changer en ours. Beorn leur prête des armes et des poneys pour qu’ils puissent rejoindre la forêt de Grand’Peur ("). Arrivés à l’orée des bois, Gandalf les quitte pour vaquer à ses propres affaires. Durant leur longue et pénible traversée de la forêt, les nains, épuisés et affamés, sont capturés à deux reprises, d’abord par des araignées géantes, puis par les elfes sylvains, mais dans les deux cas, Bilbo met à profit son anneau magique pour libérer ses compagnons.
La compagnie arrive finalement à l’établissement humain de Bourg-du-Lac "(Lacville)", où elle prend un peu de repos avant de se diriger vers la Montagne. Grâce à l’anneau, Bilbo se faufile jusqu'à la tanière du dragon et, après une conversation avec la créature, s’échappe en dérobant une coupe en or. Smaug s’en avise et, croyant le vol perpétré par les hommes de Bourg-du-Lac, se dirige vers la ville pour la détruire. L’archer Bard "(Barde)", héritier des princes du Val ("), parvient à le tuer : sa flèche noire trouve le seul point du ventre de Smaug que ne couvre pas son armure de pierres précieuses.
Le trésor de Smaug n’a désormais plus de maître, et les hommes de Bourg-du-Lac comme les elfes de la Forêt se dirigent vers la Montagne. Ils découvrent que les nains ont renforcé les défenses, et Thorin refuse toute négociation, convaincu que le trésor tout entier lui revient de droit. Alors que les hommes et les elfes se préparent à attaquer la montagne, Bilbo se rend dans leur campement avec la Pierre Arcane ("), l’objet du trésor le plus précieux aux yeux de Thorin. Le hobbit espère ainsi éviter un bain de sang inutile.
Le lendemain arrivent des renforts nains conduits par Dain, le cousin de Thorin, qui persiste dans son refus de toute négociation. Les deux camps sont prêts à croiser le fer lorsqu’ils sont surpris par une immense armée de gobelins. Nains, elfes et hommes s’unissent alors pour les combattre lors de la bataille des Cinq Armées, qui semble perdue jusqu’à l’arrivée des aigles, ainsi que de Beorn. Celui-ci tue Bolg, le chef des gobelins, et leur armée, démoralisée, est aisément vaincue. La victoire est acquise, mais Thorin et ses neveux Fili et Kili trouvent la mort durant l’affrontement. Le trésor est réparti entre les vainqueurs, et Bilbo sort de son aventure plus riche de deux petits coffres, l’un rempli d’or et l’autre d’argent, ainsi que de l’anneau magique.
Le royaume sous la Montagne est fondé en l’an 1999 du Troisième Âge par les nains du peuple de Durin, qui ont dû fuir leur demeure ancestrale de la Moria quelques années auparavant. Ils connaissent une grande prospérité en commerçant avec les hommes du Val, cité établie au pied de la Montagne, ainsi qu’avec les elfes de Grand’Peur. Leur richesse attire l’attention du dragon Smaug, qui attaque la Montagne en 2770. Les nains sont décimés, la cité du Val anéantie, et les quelques survivants du désastre, dont le roi Thror, son fils Thrain et son petit-fils Thorin, doivent s’enfuir et sont réduits à une vie de misère et d’errance. Ils s’établissent dans les Montagnes Bleues.
Un siècle avant les événements du "Hobbit", en 2841, Thrain, devenu roi, décide de retourner à la Montagne. En chemin, il est capturé et emprisonné à Dol Guldur, où on lui extorque le dernier des Sept anneaux des Nains. Neuf ans plus tard, le magicien Gandalf pénètre en secret à Dol Guldur. Il y découvre par hasard le vieux nain à l’agonie, qui lui remet la carte et la clef de la Montagne avant de mourir. Gandalf découvre également que le maître de Dol Guldur n’est autre que Sauron, le Seigneur des Ténèbres. Il tente de convaincre le Conseil Blanc d’attaquer la forteresse avant qu’il ne soit redevenu trop puissant, mais le chef du Conseil, Saroumane, s’y oppose. Peu après, ce dernier commence à rechercher l’Anneau unique dans les Champs aux Iris.
En réalité, l’Anneau ne s’y trouve plus depuis plusieurs siècles : le hobbit Déagol l’a découvert dans les Champs aux Iris vers 2460, pour être aussitôt assassiné par son cousin Sméagol. Celui-ci utilise l’Anneau à mauvais escient et finit par être chassé par son peuple. Il se réfugie dans les cavernes des Montagnes de Brume. L’Anneau prolonge son existence de plusieurs siècles et en fait une créature corrompue et contrefaite, Gollum.
Au début des années 1930, Tolkien occupe la chaire Rawlinson  Bosworth de vieil anglais du Pembroke College, à l’université d’Oxford. Il publie régulièrement des poèmes dans diverses revues universitaires. Ses capacités créatives s’expriment également dans les "Lettres du Père Noël" qu’il envoie à ses enfants chaque année. Ces lettres richement illustrées racontent les aventures du Père Noël, de son assistant l’ours polaire et d’elfes luttant contre des gobelins. En parallèle, il poursuit depuis la fin des années 1910 le développement d’une mythologie personnelle, liée à ses langues elfiques, qui deviendra .
En 1955, raconte dans une lettre à comment, un été où il était occupé à la correction de copies de littérature anglaise, il écrivit sur une copie laissée blanche la première phrase du "Hobbit" : , sans savoir d’où venait cette idée. Tolkien déclare par ailleurs ne pas se souvenir de la date exacte à laquelle il écrivit cette phrase, ni le premier chapitre, mais seulement que rien n’était prévu consciemment et que le récit progressa au fur et à mesure que les idées lui venaient. Son deuxième fils Michael suggère l’année 1929 comme début de rédaction du roman : quelques-uns de ses propres écrits, datant de cette période, sont clairement inspirés du "Hobbit", roman que son père lisait à ses fils au cours de son élaboration. Néanmoins, John D. Rateliff, dans "", suggère que la rédaction du récit n'a pas débuté avant l'été 1930.
Pendant une brève période après l’invention de la première phrase, Tolkien ne fait que dessiner la carte de Thrór, qui représente les territoires où se déroulent les principaux événements du roman. Cependant, une fois lancé, Tolkien rédige les chapitres avec aisance, sans guère de corrections, jusqu’au moment de la mort du dragon "Pryftan". Dans cette première version, le chef des nains s’appelle "Gandalf" et le magicien, "Bladorthin".
Le roman est dès le début soumis à l’influence des textes du futur "Silmarillion". Bladorthin raconte aux nains l’histoire de Beren et Lúthien triomphant du Nécromancien, établissant ainsi l’identité de ce personnage avec Thû (plus tard nommé Sauron). Le roi des gobelins tué par Bandobras Touque lors de la bataille des Champs Verts est tout d’abord appelé Fingolfin, tout comme le fils du roi Finwë dans les "Contes perdus". Le personnage d’Elrond est apparenté aux semi-elfes, bien que Tolkien ne considère cela que comme . Le roman comprend aussi des allusions aux Gnomes (plus tard appelés Ñoldor) et à la destruction du royaume elfique de Gondolin.
Le récit de la traversée des Montagnes de Brume est inspiré des vacances passées par Tolkien en Suisse durant l’été 1911. Des années auparavant, Tolkien avait rédigé un poème intitulé "Glip" et parlant d’une créature visqueuse aux yeux lumineux qui ronge des os dans une caverne, annonçant le personnage de Gollum. Le chapitre qui se déroule dans la forêt de Grand’Peur est celui qui évolue le plus par rapport à la version publiée : le passage de la Rivière enchantée et la capture des nains par les elfes n’apparaissent pas dans la première version.
Le chef des nains est rebaptisé avec un autre nom tiré de la "Völuspá", "Eikinskjaldi", qui devient "" en anglais, tandis que le magicien prend le nom de "Gandalf", plus approprié car signifiant selon Tolkien « elfe au bâton » en islandais. Le nom "Bladorthin" est attribué à un roi mystérieux, mentionné une seule fois dans le texte du roman et nulle part ailleurs dans l’œuvre de Tolkien. Le dragon change également de nom : il devient "Smaug", qui correspond au parfait du verbe germanique primitif "smugan" « se glisser dans un trou », ce que Tolkien qualifie de . À l’origine, c’est Bilbo qui est censé tuer le dragon avec Dard et l’anneau magique, mais en fin de compte, souhaitant quelque chose de plus crédible, Tolkien attribue finalement ce rôle à l’archer Bard. C’est à ce point que Tolkien abandonne l’écriture du roman, qui reste inachevé.
Fin 1932, Tolkien fait lire une copie de "Le Hobbit" à son ami . Il le prête également à Elaine Griffiths, une ancienne élève et amie de la famille Tolkien qui travaille pour l’éditeur britannique . En 1936, Griffiths parle du roman à une ancienne camarade d’Oxford, Susan Dagnall, qui demande à Tolkien de lui prêter le livre. Intéressée, Dagnall lui demande de terminer "Le Hobbit" afin de le proposer à l’éditeur.
Au début, Tolkien prévoit de situer la bataille contre les gobelins lors du voyage de retour de Bilbo ; elle se serait alors appelée « bataille de la Vallée de l’Anduin ». Cependant, la situation se complique du fait de la convoitise provoquée par le trésor, et de la volonté des habitants de Lacville d’obtenir une part de l’or pour reconstruire leur ville détruite par Smaug, ce qui entraîne au bout du compte la bataille des Cinq Armées. "Le Hobbit" est terminé à , mais Tolkien ne l’envoie à Allen  Unwin que le . De l’avis de Stanley Unwin, les meilleurs juges de la littérature jeunesse sont les enfants eux-mêmes, et il fait donc lire le roman à son fils Rayner, alors âgé de dix ans. Celui-ci rédige un compte-rendu enthousiaste, qui décide son père à publier le livre :
Quand il reçoit les épreuves d’imprimerie en février 1937, Tolkien trouve quelques passages à rectifier car il n’avait pas eu le temps de relire avec attention le manuscrit envoyé à l’éditeur. À cause de cela et de quelques problèmes avec les illustrations, le roman n’est pas publié avant septembre.
"Le Hobbit" témoigne de l’influence de plusieurs poèmes épiques, mythes et contes de fées lus par Tolkien, notamment "Beowulf", le poème épique anglo-saxon sur lequel Tolkien travailla toute sa vie, les contes de fées d’Andrew Lang et ceux des frères Grimm, "La Princesse et le Gobelin" et sa suite, ', de George MacDonald, ou encore, ' d’Edward Wyke-Smith.
Selon la biographie de Tolkien par Humphrey Carpenter, le magicien Gandalf trouve son origine dans une carte postale achetée par l’écrivain en 1911, pendant ses vacances en Suisse, qui reproduit un tableau du peintre allemand Josef Madlener intitulé "" (« l’esprit de la montagne »). Cette peinture représente un vieillard à la barbe blanche, vêtu d’un long manteau et d’un ample chapeau, caressant un faon dans un décor champêtre, avec des montagnes à l’arrière-plan. Carpenter affirme dans sa biographie que, des années après avoir acquis cette carte postale, Tolkien nota dessus : « Origine de Gandalf ».
Le personnage de Gandalf est particulièrement influencé par la divinité germanique et nordique Odin dans son incarnation de Vegtamr, un vieillard à longue barbe blanche, avec un large chapeau et un bâton de marche. Le nom de "Gandalf" et des nains de la compagnie sont tirés de l’"Edda poétique", une collection de poèmes écrits en vieux norrois, et plus particulièrement de la "Völuspá", le premier d’entre eux. Comme Gandalf abandonne les nains et Bilbo plusieurs fois juste avant qu’ils ne soient capturés, Douglas A. Anderson remarque que sa conduite rappelle celle de l’esprit de la montagne des monts des Géants tchéco-polonais, le Rübezahl, qui s’amuse de l’égarement des voyageurs.
Tom Shippey suggère qu’un autre des poèmes de l’"Edda poétique", le "Skirnismál" (« chant de Skirnir »), a pu influencer Tolkien pour les Montagnes de Brume, et notamment le chapitre « De Charybde en Scylla », en particulier un passage du poème qu’il traduit par : . Il observe en outre que Beorn présente des ressemblances avec Beowulf et Bothvarr Bjarki, personnage de la saga nordique de Hrólfr Kraki.
Lorsque l’on demande à Tolkien si le passage dans lequel Bilbo vole l'Arkenstone à Smaug est inspiré du vol de la coupe dans "Beowulf", il répond :
Selon Tom Shippey, la conversation entre les deux personnages s’inspire également du "Fáfnismál" (« La ballade de Fáfnir »), un poème de l’"Edda poétique". Douglas Anderson remarque que les deux grands dragons de la littérature nordique, celui de la "Völsunga saga" (Fáfnir) et celui de "Beowulf", meurent quand on les blesse au ventre, de même que Smaug. Anderson cite également les romans de George MacDonald, "La Princesse et le Gobelin" et sa suite, "La Princesse et Curdie", comme ayant influé sur l’aspect des gobelins, la vision des piémonts montagneux ou le comportement de Galion, échanson de Thranduil, qui est semblable à celui du majordome du roi dans ", puisque les deux aiment boire les meilleurs vins de leurs seigneurs respectifs.
En 1955, Tolkien admet dans une lettre à que le roman pour enfants ", de , est . Ce roman raconte l’histoire d’un Snerg, membre d’une race anthropomorphe caractérisée par sa petite taille, de même que les hobbits. Tolkien déclare que le mot « hobbit » a pu lui être inspiré par le roman satirique "Babbitt", de Sinclair Lewis.
Le passage des wargs s’inspire en partie de la bataille des lycanthropes dans "", considéré par Tolkien comme l’un des meilleurs romans de , qui l’a particulièrement impressionné dans son enfance. Douglas Anderson propose de voir dans le Maître de Lacville et ses conseillers un reflet des membres du conseil municipal de la cité de Hamelin dans le poème "Le Joueur de flûte de Hamelin" de Robert Browning (1842) : il est lui aussi .
La première édition du "Hobbit" voit le jour en 1937. Elle est le résultat de longues discussions entre Tolkien et son éditeur, notamment au sujet des illustrations. Le grand succès du livre entraîne plusieurs réimpressions, tandis que la publication du "Seigneur des anneaux" incite Tolkien à en réviser le contenu.
La correspondance entre Tolkien et ses éditeurs témoigne de l’implication de l’auteur sur les illustrations. Tous les éléments ont fait l’objet d’une correspondance intense, comme en témoigne Rayner Unwin dans ses mémoires :
Les cartes sont également sources de débats : Tolkien veut en inclure cinq à l’origine. Il souhaite notamment que la carte de Thror soit insérée dans le livre à sa première mention dans le texte, avec les runes « magiques » imprimées de sorte à n’être visibles uniquement par transparence. Ce procédé se révèlerait trop coûteux, et en fin de compte, le livre ne comprend que deux cartes, la carte de Thrór et celle de la Sauvagerie, reproduites en deux couleurs (noir et rouge).
Dans un premier temps, Allen  Unwin envisage de n’illustrer le livre qu’avec des cartes, mais les premiers brouillons de Tolkien leur plaisent tellement qu’ils décident de les intégrer sans augmenter le prix du livre, malgré les coûts supplémentaires. Encouragé, l’auteur leur offre un second lot de dix illustrations en noir et blanc : « La Colline : Hobbiteville de l’autre côté de l’Eau » "()", « Les Trolls » "()", « Le Sentier de montagne » "()", « Les Montagnes de Brume vue du haut de l’Aire, regardant vers l’ouest et la Porte des Gobelins » "()", « La Salle de Beorn » "()", « Grand’Peur » "()", « La Porte du Roi elfe » "()", « Le Bourg-du-Lac » "()", et « La Grande Porte » (). Ces illustrations occupent chacune une pleine page, hormis « Grand’Peur », qui exige une double page.
Après les avoir acceptées, la maison d’édition convainc Tolkien de dessiner aussi la jaquette du livre, alors même qu’il doute de ses capacités de dessinateur. L’inscription runique autour de la jaquette est une translittération phonétique de l’anglais, donnant le titre du livre et les noms de l’auteur et des éditeurs. Cependant, ce dessin nécessite plusieurs couleurs pour son impression : rouge, bleu, vert et noir, ce qui est particulièrement coûteux. Tolkien redessine la jaquette plusieurs fois, avec de moins en moins de couleurs ; la version finale ne comporte plus que du noir, du vert et du bleu sur un fond blanc.
La maison d’édition américaine Houghton Mifflin, chargée de publier le livre aux États-Unis, suggère d’engager un dessinateur anonyme qui produirait quelques illustrations en couleur pour accompagner les dessins en noir et blanc de Tolkien. Celui-ci ne s’y oppose pas, à la seule condition que les illustrations ne rappellent ni ne soient influencées par Disney, que Tolkien n’apprécie guère. En revanche, Stanley Unwin estime qu’il vaudrait mieux que Tolkien illustre lui-même tout le livre, ce qui sera finalement le cas. La première édition américaine remplace « La Colline : Hobbiteville de l’autre côté de l’Eau » par une version en couleur et ajoute de nouvelles planches colorées : « Fendeval » "()", « Bilbo se réveilla avec le soleil de l’aurore dans les yeux » "()", « Bilbo arrive aux huttes des elfes des radeaux » "()" et « Conversation avec Smaug » "()", avec une malédiction nanique écrite en tengwar, un alphabet inventé par Tolkien, et signée de deux þ pour Thráin et Thrór. La deuxième édition britannique reprend les illustrations en couleur, à l’exception de « Bilbo se réveilla avec le soleil de l’aurore dans les yeux ».
Les différentes éditions du livre ont été illustrées de façons diverses. Plusieurs suivent plus ou moins fidèlement l’arrangement original, mais beaucoup d’autres sont illustrées par d’autres artistes, particulièrement les versions traduites. Certaines éditions les moins chères, en livre de poche, ne contiennent que les cartes. De manière inhabituelle, l’édition du "" de 1942 contient les illustrations en noir et blanc, mais pas les cartes.
L’usage des runes fait par Tolkien, comme simples éléments de décoration ou comme signes magiques dans l’histoire, est considéré comme l’une des raisons de la popularité de ce système d’écriture dans le courant New Age et la littérature ésotérique, du fait de la popularité de l’œuvre de Tolkien en tant qu’élément de la contreculture des .
"Le Hobbit" est publié au Royaume-Uni par Allen  Unwin le . Grâce aux critiques enthousiastes, le premier tirage de est écoulé avant la fin de l’année, et un second tirage de , comprenant cette fois-ci quatre illustrations en couleurs (les illustrations de Tolkien étant entre-temps revenues d’Amérique), est édité en décembre. Aux États-Unis, "Le Hobbit" paraît chez Houghton Mifflin le , avec quatre illustrations en couleur, et rencontre un tout aussi grand succès : près de sont écoulés avant le mois de juin.
Le succès du livre ne se dément pas, mais le rationnement du papier pendant la Seconde Guerre mondiale et les années qui suivent entraîne une baisse des ventes et rend le livre presque introuvable, bien qu’il ait été réimprimé en 1942. Les ventes du livre augmentent considérablement avec la publication du "Seigneur des anneaux" et atteignent leur maximum dans les . En 2008, près de cent millions d’exemplaires du "Hobbit" ont été vendus dans le monde.
Un exemplaire de la première édition anglaise fut vendu aux enchères à la fin de 2004 pour , alors qu’un autre, cette fois signé, atteignit les dans une vente aux enchères réalisée en mars 2008.
En décembre 1937, Stanley Unwin demande à Tolkien une suite au "Hobbit". En réponse, celui-ci lui propose les manuscrits du "Silmarillion", mais l’éditeur les refuse, estimant que le public désire . Tolkien commence alors à travailler sur ce qui va devenir "Le Seigneur des anneaux", ce qui l’oblige à apporter des modifications au "Hobbit".
Ainsi, dans la première édition du "Hobbit", Gollum propose son anneau magique en gage du jeu des énigmes, et après sa défaite, il est disposé à l’offrir à Bilbo. Cependant, l’ayant perdu, il offre à la place au hobbit de le conduire hors des cavernes des gobelins. Afin de refléter le nouveau concept de l’anneau et son pouvoir de corruption, Tolkien rend Gollum plus agressif et moins honnête envers Bilbo, qu’il ne guide plus hors des cavernes qu’involontairement.
En 1947, Tolkien envoie à Unwin cette version réécrite du cinquième chapitre « Énigmes dans l’obscurité », à titre d’exemple des changements nécessaires pour rendre le livre cohérent avec "Le Seigneur des anneaux". Trois ans plus tard, Tolkien est surpris de découvrir que cette nouvelle version du chapitre est incorporée dans les épreuves de la nouvelle édition du "Hobbit", n’ayant pas été prévenu que ce changement allait être apporté. Cette deuxième édition paraît en 1951, avec une note explicative dans laquelle Tolkien explique de manière interne la modification du chapitre 5 : la première version était celle que Bilbo avait racontée à ses compagnons, alors que celle de la deuxième édition raconte les véritables événements, Gandalf ayant obtenu la vérité à force de pressions.
Pour adapter davantage le ton du "Hobbit" à celui de sa suite, Tolkien commence une nouvelle version du roman en 1960. Cette réécriture adapte notamment la géographie des premiers chapitres selon le trajet suivi par Frodon dans "Le Seigneur des anneaux". Cependant, Tolkien l’abandonne dès le , s’étant vu dire que : sa réécriture avait perdu le ton insouciant et le rythme soutenu du récit original.
En 1965, la maison d’édition américaine Ace Books publie une édition de poche non autorisée du "Seigneur des anneaux". Les éditeurs américains officiels de Tolkien, Houghton Mifflin (grand format) et Ballantine Books (poche), demandent à Tolkien de produire une version révisée du roman, afin d’en corriger les petites erreurs et d’avoir une version clairement soumise au droit d’auteur sur le sol américain. Bien que cette révision soit urgente, Tolkien préfère se consacrer à une nouvelle révision du "Hobbit", introduisant de nouveaux changements pour correspondre à l’évolution de la "Quenta Silmarillion". Ainsi, le passage (« les elfes à présent appelés Gnomes ») devient (« les Hauts Elfes de l’Ouest, mon peuple »). Tolkien utilisait à l’origine le terme "Gnome" pour désigner les Ñoldor : l’étymologie grecque "gnosis" (« connaissance ») lui paraissait en faire un nom approprié pour les plus sages des elfes. Cependant, l’idée qu’on puisse associer ses elfes aux gnomes de Paracelse lui fait abandonner cette idée. Cette troisième édition est publiée en .
Le roman attire rapidement l’attention des éditeurs étrangers. À , peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, la maison d’édition allemande , souhaitant publier "Le Hobbit" dans son pays, écrit à Tolkien pour s’enquérir de ses éventuelles origines juives. Trouvant les lois de ségrégation nazies et leur doctrine raciale , Tolkien écrit à son éditeur pour lui signaler son refus de toute traduction allemande dans ces conditions. L’éclatement de la Seconde Guerre mondiale entraîne l’abandon de ce projet, au grand regret de Tolkien, qui avait parié avec son fils aîné sur la traduction de la fameuse première phrase du roman.
La première traduction du "Hobbit" en langue étrangère est la suédoise, parue en 1947. Tolkien en est très mécontent, affirmant qu’elle « avait pris des libertés injustifiées avec le texte », notamment en traduisant le terme "hobbit" par "hompen". Deux autres traductions suédoises sont éditées par la suite, en 1962, puis en 1971. Cependant, c’est le succès du "Seigneur des anneaux" qui incite les éditeurs étrangers à publier des traductions du "Hobbit". Parmi les premières, sorties du vivant de Tolkien, on compte celles en , en , en , en , en , en , en , en , en , en , en et en . Quelques mois avant sa mort, Tolkien apprend qu’une traduction islandaise est en préparation, une nouvelle qui le remplit de joie ; mais cette traduction ne sort pas avant 1978. En tout, le livre est paru dans une quarantaine de langues.
L'idée d’une traduction française est abordée par Allen  Unwin dès novembre 1937. Tolkien recommande son amie Simonne d’Ardenne comme traductrice, à la suite de son travail sur la première version française du "". Finalement, "Le Hobbit" est traduit en français par Francis Ledoux et paraît en 1969 aux éditions Stock, dans une collection générale, visant donc un public adulte. En 1976, "Le Hobbit" est réédité dans la "Bibliothèque verte", témoignage d’un glissement de la perception française de la "fantasy" vers la littérature jeunesse. En 2012, l'éditeur Christian Bourgois publie une nouvelle traduction du "Hobbit" par Daniel Lauzon, qui assure également la traduction du "Hobbit annoté" de Douglas A. Anderson la même année.
À sa sortie, les critiques littéraires consacrées au "Hobbit" sont majoritairement positives. Beaucoup d’entre elles reprennent la publicité réalisée par qui le compare à "Alice au pays des merveilles" et à "De l'autre côté du miroir", deux romans de Lewis Carroll. Cependant, n’apprécie pas la comparaison et cette mention disparaît dans la deuxième édition.
L’écrivain C. S. Lewis, ami de Tolkien, publie deux critiques anonymes dans le supplément littéraire du "Times", puis dans le "Times" lui-même, dans lesquelles il fait l’éloge du roman comme de Tolkien et prédit son futur succès.
"Le Hobbit" reçoit de bonnes critiques dans le "Horn Book Magazine" de la part de l’éditrice Bertha E. Mahony et de la chroniqueuse Anne Carroll Moore, alors que William Rose Benét le qualifie dans le "Saturday Review of Literature" de . Dans le "New York Times", le décrit comme et voit en lui l’un des meilleurs livres pour enfants publiés à l’époque. Lors du du , le "New York Herald Tribune" choisit "Le Hobbit" pour recevoir un prix d’une valeur de en tant que meilleur livre pour enfants publié ce printemps-là.
Quelques critiques négatives apparaissent néanmoins. Pour "Junior Bookshelf", les péripéties que rencontrent les personnages . Dans son article sur les différentes révisions du "Hobbit" (1981), Constance B. Hieatt défend le roman contre certaines critiques en remarquant que .
"Le Hobbit" est nommé au prix littéraire Carnegie Medal, remis annuellement par "The Library Association" au livre pour enfants le plus remarquable. Il est également reconnu comme « roman le plus important du » dans la catégorie « livres pour enfants du siècle » par la revue "Books for Keeps".
Bien que "Le Hobbit" ait été à l’origine de nombreuses œuvres dérivées, sa suite, "le Seigneur des anneaux", est considérée comme son principal héritage. L’intrigue suit la même progression en aller et retour, les deux histoires commençant et s’achevant à Cul-de-Sac ("Bag End"), la maison de Bilbo Sacquet ; Gandalf envoie les protagonistes dans une quête vers l’est, Elrond offre refuge et conseil, les héros échappent de peu à des créatures souterraines (gobelins/la Moria), ils rencontrent un autre groupe d’elfes (elfes sylvains/Lothlórien), ils traversent des terres ravagées (la Désolation de Smaug/les Marais des Morts), ils se battent dans une importante bataille (bataille des Cinq Armées/bataille des champs du Pelennor), un descendant de roi retrouve son trône (Bard l’Archer/Aragorn) et quand le hobbit rentre chez lui, il trouve une situation altérée (biens mis aux enchères/industrialisation de la Comté par Saroumane)... L’arrivée des Aigles lors de la bataille de la Porte Noire dans "le Seigneur des anneaux" est une référence directe à leur intervention lors de la bataille des Cinq Armées dans "Le Hobbit".
Dans les deux romans, l’arrivée des Aigles est le ressort de l’eucatastrophe.
"Le Seigneur des anneaux" a néanmoins une intrigue beaucoup plus complexe, à cause du plus grand nombre de personnages principaux. Le ton est presque dépourvu d’humour et les thèmes moraux et philosophiques sont plus développés et plus complexes. Ce décalage entre les deux œuvres a pu être perturbant pour certains lecteurs. De nombreuses différences stylistiques viennent du fait que Tolkien avait conçu "Le Hobbit" pour un public enfantin et que "le Seigneur des anneaux" visait les mêmes lecteurs, qui entre-temps avaient grandi. Il existe des différences de détails : par exemple les gobelins sont plus souvent appelés Orques dans "le Seigneur des anneaux". De plus, l’idée que Tolkien se faisait de la Terre du Milieu n’avait cessé d’évoluer et évolua tout au long de sa vie. Ces différences de ton et de vocabulaire sont accentuées par la traduction française qui n’emploie pas les mêmes termes dans l’une et l’autre œuvres.
À l’intérieur du "Seigneur des anneaux", "Le Hobbit", appelé "Histoire d’un aller et retour", est présenté comme la première partie du "Livre rouge de la Marche de l'Ouest", rédigé par Bilbo lui-même, assimilé au narrateur. Cela permet de plus d’expliquer les différentes éditions du livre, selon la sincérité de Bilbo par rapport à sa relation avec l’anneau.
La prose de Tolkien est sans prétention et directe, prenant pour acquis son monde imaginaire et décrivant ses détails d’une façon pratique, en introduisant souvent le fantastique d’une façon détournée. Ce style très terre-à-terre, repris dans des œuvres de "fantasy" plus tardives comme "Les Garennes de Watership Down" de Richard Adams, ou "La Dernière Licorne" de Peter Beagle, accepte le lecteur dans le monde fictif plutôt que de tenter de le convaincre de sa réalité. Alors que "Le Hobbit" est écrit de façon simple et amicale, chacun de ses personnages a une voix unique. Le narrateur, qui interrompt occasionnellement la narration avec des incises (dispositif présent aussi bien dans la littérature d’enfance que dans la littérature anglo-saxonne), a son propre style différencié de celui des personnages principaux.
La forme de base de l’histoire est une quête, effectuée par épisodes. Pendant la plus grande partie du livre, chaque chapitre introduit un habitant différent de la Sauvagerie, parfois amical envers les protagonistes, et parfois dangereux. Bien que de nombreuses rencontres soient menaçantes, le ton général est léger, et interrompu par des chansons. Un exemple de l’usage des chansons pour maintenir la légèreté de ton est quand Thorin et la compagnie sont capturés par les gobelins, marchent dans les profondeurs des cavernes et chantent :