Communisme

Le communisme (du latin "communis" – commun, universel) est un ensemble de doctrines politiques issues du socialisme et, pour la plupart, du marxisme, opposées au capitalisme et visant à l'instauration d'une société sans classes sociales. Plus largement, ce terme est associé au mouvement communiste international né après la Première Guerre mondiale, fruit d'une scission de la Internationale provoquée par les bolcheviks. Il renvoie également, dans le contexte de la guerre froide, à une alliance géopolitique ("bloc communiste") dominée par l'Union soviétique, ainsi qu'au régime politique à parti unique, dictatorial ou totalitaire, en vigueur dans les pays du bloc communiste.
Dans son sens d'origine, le communisme est une forme d'organisation sociale sans classes, sans État et sans monnaie, où les biens matériels seraient partagés. Au , le mot « communisme » entre dans le vocabulaire du socialisme. Il se rattache en particulier à l'œuvre de Karl Marx et Friedrich Engels - qui le reprennent à leur compte en 1848 dans le "Manifeste du Parti communiste" - et, par extension, à l'école de pensée marxiste. En 1917, les bolcheviks, dirigés par Lénine, prennent le pouvoir en Russie lors de la Révolution d'Octobre. Cet évènement change radicalement le sens du mot communisme : il désigne désormais un mouvement politique international, né d'une scission du socialisme, et qui se reconnaît dans le courant révolutionnaire incarné par les bolcheviks comme dans l'interprétation du marxisme par Lénine. Le communisme se présente désormais comme la véritable expression politique du mouvement ouvrier, au détriment de la social-démocratie dont il est issu. Selon cette acception, le communisme constitue l'un des phénomènes les plus importants du , qui a pu être qualifié de tant cette idéologie y a tenu un rôle moteur.
Lénine et ses partisans créent en 1919 l'Internationale communiste (dite "Troisième Internationale", ou "Komintern") afin de regrouper à l'échelle internationale les partisans de la Russie soviétique. L'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), fondée en 1922 pour fédérer les territoires de l'ex-empire russe, dirige via le Komintern les activités des partis communistes du monde entier : elle domine ainsi la mouvance communiste, malgré l'existence de courants dissidents. Après la mort de Lénine, Joseph Staline s'impose comme le maître absolu de l'URSS et du mouvement communiste mondial.
En 1941, durant la Seconde Guerre mondiale, l'URSS est attaquée par l'Allemagne nazie avec laquelle elle avait conclu un pacte deux ans plus tôt. Les troupes soviétiques jouent alors un rôle déterminant dans la défaite du nazisme. Après-guerre, l'URSS accède au rang de superpuissance : elle occupe militairement l'essentiel de l'Europe de l'Est, dont les pays deviennent des États communistes, formant le bloc de l'Est. La Chine bascule également dans le camp communiste en 1949. Le Rideau de fer qui sépare l'Europe et la progression spectaculaire du communisme amènent le monde à se diviser en rivaux : la guerre froide oppose ainsi durant plusieurs décennies les pays communistes au , au sein duquel les États-Unis constituent la superpuissance rivale de l'URSS. La Chine de Mao occupe quant à elle une place à part après la rupture sino-soviétique. À l'apogée de l'influence du communisme dans le monde, un quart de l'humanité vit dans des pays communistes.
Dans les années 1980, l'URSS tente de remédier à sa sclérose économique et politique en lançant un mouvement de réformes, la perestroïka : mais ce processus aboutit à l'effondrement général des régimes communistes européens entre 1989 et 1991. Par la suite, bien qu'en net déclin, le communisme ne disparaît pas : si des partis anciennement communistes ont adopté d'autres identités, d'autres ont conservé leur nom et sont associés au pouvoir dans certains pays. À Cuba, au Viêt Nam, au Laos et en Corée du Nord, des pays communistes existent encore, sans se conformer à un mode de gouvernement unique. La République populaire de Chine, pays le plus peuplé de la planète, est toujours dirigée par un Parti communiste ; convertie à l'économie de marché, elle est aujourd'hui l'une des principales puissances mondiales.
En tant que dictatures à parti unique, les régimes communistes se sont tous rendus coupables de violations des droits de l'homme ; certains, comme l'URSS sous Staline et la Chine sous Mao, se sont livrés à des crimes de masse, le nombre de leurs victimes s'élevant à plusieurs millions de morts. Le bilan historique du communisme, qui englobe un ensemble de réalités très différentes les unes des autres, demeure cependant, du fait même de sa complexité, contrasté et polémique. Le communisme a fait l'objet de diverses approches historiographiques concurrentes, longtemps handicapées par la difficulté d'accès aux documents et par les contextes politiques nationaux et internationaux. La fin de la guerre froide et l'ouverture des archives du bloc de l'Est ont depuis bouleversé le champ des études sur le communisme, sans mettre fin à toutes les controverses autour du sujet. 
Le vocable de communisme est polysémique et, de par son histoire, associé à un vaste ensemble de notions. Le mot désigne à l'origine une forme théorique de société égalitaire, ainsi que les courants d'idées qui se revendiquent de ce concept. Ensuite, par extension, il désigne un grand nombre de réalités concrètes, qui englobent un ensemble de pratiques politiques, de formations partageant les mêmes références idéologiques, d'organisations sociales et économiques, de régimes politiques et de phénomènes culturels. Ainsi, selon les contextes, le mot « communisme » peut désigner une idéologie, un engagement au sein d'un parti politique, un mouvement révolutionnaire, un régime politique, ou une organisation sociale.
Le "Larousse" donne les définitions suivantes du mot communisme : « "Théorie visant à mettre en commun les biens matériels. Formation économique et sociale caractérisée par la mise en commun des moyens de production et d'échange, par la répartition des biens produits suivant les besoins de chacun, par la suppression des classes sociales et l'extinction de l'État qui devient l'administration des choses. Politique, doctrine des partis communistes ; forme d'organisation des pays où ces partis sont au pouvoir. Ensemble des partis communistes, des communistes" ». Le Grand Dictionnaire Encyclopédique de la langue française publié aux éditions de la Connaissance indique quant à lui : « "Organisation d'un groupe social dans lequel les biens sont possédés en commun (vieilli) : le communisme d'un monastère. Doctrine d'inspiration religieuse ou utopiste prônant l'abolition de la propriété individuelle : le communisme de Thomas More. Pratique politique, définie par Marx et Engels, fondée sur une analyse de la société capitaliste et caractérisée notamment par la socialisation des moyens de production, l'État étant dirigé par le parti prolétarien et appelé à disparaitre au profit d'une société sans classes. Régime politique, économique et social mis en œuvre dans les États se réclamant du marxisme : le communisme chinois" ».
Si le rattachement du communisme né au à des idées plus anciennes - allant jusqu'à l'Antiquité - est un thème récurrent dans l'historiographie, il ne s'agit cependant pas là d'une filiation politique directe, ni d'une famille de pensée qui aurait existé de manière cohérente avant l'époque contemporaine. Depuis le début du , le mot est, pour l'essentiel, rattaché à une scission du socialisme et plus particulièrement à sa version léniniste. L'historien Romain Ducoulombier souligne à ce titre l'importance de la rupture survenue après 1917 quant à la définition du communisme au sens contemporain du terme : pour lui, la du communisme, qui le fait remonter aux écrits d'auteurs comme Thomas More, est ; le , qui correspond à la définition actuelle du mot, ne s'inscrit pas dans la lignée d'auteurs anciens, mais dans le prolongement des controverses politiques et théoriques du socialisme à la fin du . L'adoption du nom de par Lénine et ses partisans avait pour but de souligner leur volonté de se démarquer des réformistes, dans le contexte d'une scission de la famille socialiste et d'une révolution alors en cours en Russie.
Dans son sens d'origine et d'un point de vue philosophique, le mot désigne une forme d'organisation sociale marquée par la mise en commun des biens. Il peut désigner au sens large ; pris dans ce sens, le concept présente certains points communs avec la cité idéale telle que la définissait Platon dans "La République". Cette définition d'une société communiste s'est notamment développée dans la pensée utopiste dont Thomas More est, au , le précurseur. Le passage à une telle société est conçu, soit comme une application des principes égalitaires du christianisme soit comme un retour au communisme primitif dont certains postulent qu'il aurait été l'état originel des sociétés humaines. En 1869, le philosophe Ludwig Büchner décrit le communisme comme .
Durant le première moitié du , on retrouve des idées communistes dans divers courants de pensée se réclamant de Gracchus Babeuf. L'aspiration au communisme est présente aussi bien chez des révolutionnaires radicaux comme Auguste Blanqui que chez des chrétiens comme Cabet et Wilhelm Weitling. Le mot communisme devient un élément des vocabulaires du socialisme - dont il désigne au sens plus large des formes radicales - et de l'anarchisme. Karl Marx et Friedrich Engels le reprennent à leur compte dans leur "Manifeste du Parti communiste" (1848) ; il est par la suite associé plus nettement au marxisme, qui devient progressivement l'idéologie dominante du courant socialiste et social-démocrate européen. Pour Marx et ses continuateurs, le communisme est la forme que prendra la société future, à l'issue d'un processus historique sous-tendu par la lutte des classes et qui débouchera sur le renversement du capitalisme. Le terme communisme ne désigne pas, alors, un courant politique distinct du socialisme et de la social-démocratie. En 1890, dans la préface à une réédition du "Manifeste", Engels explique que Marx et lui ont choisi en 1848 de se revendiquer comme communistes car le mot désignait alors, au sein du mouvement ouvrier, ceux qui exigeaient . À la fin du , la notion de communisme est essentiellement rattachée à celle de collectivisme économique, qui désigne plus précisément les doctrines prônant la mise en commun des moyens de production.
À la suite de la Révolution d'Octobre, le mot "communisme" est rattaché, de manière prépondérante, à la tendance léniniste du marxisme. Lénine s'approprie dans ses écrits le terme pour distinguer son parti et ses idées des autres familles politiques de gauche. Dans "L'État et la Révolution", rédigé avant la Révolution d'octobre, il souligne que .
Après leur prise de pouvoir et la naissance de la Russie soviétique, les bolcheviks se rebaptisent Parti communiste, afin de souligner leur caractère révolutionnaire et de se différencier désormais des sociaux-démocrates : Lénine souligne en 1919 que l'utilisation du mot est du point de vue du mouvement ouvrier, et qu'il permet de se distinguer de la internationale agonisante. Pour lui, cependant, l'utilisation du terme communiste ne doit pas signifier que le , au sens de phase supérieure du socialisme, est réalisé.
À la suite des bouleversements que constituent la révolution en Russie et la création de l'Internationale communiste, le mot désigne, de manière prépondérante, les partisans des bolcheviks et de l'URSS : pris dans ce sens, le communisme est une scission du socialisme, qui reprend l'internationalisme de principe de sa mouvance d'origine et vise à propager la révolution à l'échelle mondiale. Les communistes ambitionnent de supplanter les socialistes comme porte-drapeaux du mouvement ouvrier ; ils reprennent par ailleurs à leur compte l'usage d'un certain nombre de symboles historiques et signes distinctifs du socialisme, comme l'usage du drapeau rouge et de la couleur rouge en général, ou le chant "L'Internationale". Le mot désigne non plus uniquement la société sans classes et sans État censée représenter le dernier stade de l'évolution socialiste, mais l'ensemble des pratiques politiques et gouvernementales mises en œuvre par des régimes politiques se réclamant du marxisme-léninisme, et dans lesquels le Parti communiste local exerce le monopole du pouvoir. Il désigne également de manière plus large, l'ensemble des actions et des théories des partisans de cette idéologie. Les communistes continuent par ailleurs de se réclamer du socialisme, ce qui a occasionné de nombreuses confusions entre les mouvances socialistes et communistes et a permis à leurs adversaires de réaliser des amalgames entre elles.
Sur le plan économique, le marxisme prône la destruction du capitalisme et s'oppose par conséquent au libéralisme et à l'économie de marché : la propriété collective des moyens de production se traduit historiquement, dans les régimes communistes, par une économie étatisée, dirigiste et planifiée, où le secteur privé, pour autant qu'il soit autorisé, ne doit théoriquement jouer qu'un rôle limité. Les pays ayant connu une révolution communiste ont non seulement étatisé l'économie, mais également, du fait du caractère souvent peu développé de leurs économies, mis en œuvre des politiques d'industrialisation destinées à renforcer la productivité et à moderniser leurs sociétés.
Les anarchistes, au sein desquels le communisme libertaire (ou anarcho-communisme) demeure un courant important, continuent quant à eux de se revendiquer de leurs propres conceptions du communisme, qu'ils présentent volontiers comme le seul communisme authentique, en opposition totale avec les conceptions léninistes.
Avant puis en parallèle à son utilisation par la théorie marxiste, la notion de société communiste a connu diverses définitions, principalement durant la première moitié du . Du point de vue du communisme chrétien, notamment chez des intellectuels comme Étienne Cabet, ou Wilhelm Weitling, il s'agit d'un retour à l'idéal égalitaire du christianisme, via le partage des biens matériels et l'égalité sociale absolue.
Aux yeux de Cabet, la société communiste sera instaurée sans violence et par le prosélytisme, aboutissant à un monde où chacun recevra une rémunération selon ses besoins, ce qui permettra de détruire tous les vices de la civilisation, tandis que le progrès de l'industrie permettra l'abondance : il s'agirait là de revenir aux conceptions de Jésus-Christ, qui préfigurait le communisme. Pour définir les principes de sa cité idéale d'Icarie, Cabet utilise la formule , qui connait alors, sous différentes variantes, une importante fortune dans les pensées socialiste et anarchiste.
Diverses communautés religieuses fondées sur le partage des biens matériels, comme celle des Shakers en Amérique du Nord, ont par ailleurs été assimilées, dès le , à l'idée communiste : Engels, faisant abstraction de leur dimension religieuse, voyait en elles la preuve que la communauté des biens pouvait être réalisée de manière concrète.
Dans une optique anarchiste, Pierre Kropotkine voit pour sa part la société communiste libertaire comme un système fondé sur l'entraide, où les communautés humaines fonctionneraient à la manière de groupes d'égaux ignorant toute notion de frontière. Les lois deviendraient inutiles car la protection de la propriété perdrait son sens ; la répartition des biens serait, après expropriation des richesses et mise en commun des moyens de production, assurée par un usage rationnel de la prise au tas (ou ) dans un contexte d'abondance, et du rationnement pour les biens plus rares.
Les anarchistes se distinguent de la vision marxiste d'une société communiste en rejetant l'idée d'une dictature qui serait exercée après la révolution par un pouvoir temporaire : à leurs yeux, un tel système ne pourrait en effet déboucher que sur la tyrannie. Privilégiant la destruction de l'État, ils sont au contraire partisans d'un passage direct, ou du moins aussi rapide que possible, à une société ; celle-ci se réaliserait par le biais de ce que Bakounine appelait l'. La formule "De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins" se retrouve également - notamment sous la plume de Kropotkine - parmi les principes anarchistes.
Marx ne définit pas clairement la manière dont sera organisée la après la révolution qu'il envisage : il indique néanmoins que l'être humain, libéré de l'aliénation, pourra pleinement réaliser son potentiel individuel et que la propriété privée capitaliste sera remplacée par la coopération entre des travailleurs libres, qui disposeront en commun des moyens de production et des ressources de la nature. Dans ses notes pour "La Sainte Famille", il définit le communisme, , comme . L'homme communiste est donc, dans l'optique de la théorie marxiste, un , libéré de l'aliénation : la société communiste est vue comme l'apparition de la vraie liberté, qui ne peut véritablement exister que dès lors que l'État disparaît, via un processus de dépérissement envisagé comme naturel. Dans le "Manifeste du Parti communiste", Marx et Engels définissent le communisme comme « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Dans "Critique du programme de Gotha" (1875), Marx en parle comme d' : il reprend dans ce même ouvrage, pour définir la société communiste, l'adage utilisé par divers auteurs comme Cabet ou le théoricien socialiste Louis Blanc, .
En 1876, défendant l'idée communiste face aux critiques d'auteurs comme l'anarcho-individualiste Max Stirner, Jules Guesde écrit : .
Dans son acception par la théorie marxiste, que Lénine reprend à son compte, le communisme est considéré comme le dernier stade - dit - d'un processus historique sous-tendu par la lutte des classes, et qui se terminera par l'abolition du capitalisme et des classes sociales. Une première phase, nécessairement révolutionnaire et probablement violente, aboutira à la mise en place d'une dictature du prolétariat — expression forgée par Auguste Blanqui — que Karl Marx conçoit comme une phase transitoire de dictature révolutionnaire destinée à mettre à bas le pouvoir de la bourgeoisie fondé sur le capitalisme. Sur le plan économique, la dictature du prolétariat se traduira par la suppression de la propriété privée des moyens de production. Cette première phase, dite également , d'instauration du socialisme — dit également socialisme d'État — et du collectivisme économique, correspondra à un processus de socialisation des biens. Dans leurs écrits, Marx et Engels utilisent alternativement les mots et pour désigner la société qui verra le jour après la révolution.
Marx lui-même n'indique pas précisément quelles sont les conditions de développement social et économique nécessaires pour le passage au socialisme : ce point entraîne de nombreux débats parmi ses continuateurs. Concernant l'usage de la violence, sa pensée connaît des évolutions : s'il souligne dans un premier temps la nécessité d'une révolution violente pour abattre le capitalisme, il en arrive ensuite à considérer que, dans les pays suffisamment développés, il sera possible de passer au socialisme par des moyens pacifiques, en gagnant les esprits par la propagande.
Marx emploie dans un seul texte l'expression d' pour qualifier le gouvernement s'opposant à l', mais ne définit pas le type de régime politique par lequel se traduirait la dictature du prolétariat. Lénine, s'appuyant sur les textes d'Engels, considère que l'État sera alors devenu un (expression utilisée alternativement à ). Le prolétariat s'empare en effet du pouvoir d'État et transforme dans un premier temps les moyens de production en propriété d'État : il s'agit là d'un processus de , par la révolution prolétarienne, de l'État bourgeois qui sera alors remplacé par l'État prolétarien. Durant cette phase, où l'État continue d'exister et dirige l'économie, Lénine juge que l'exercice de la dictature du prolétariat, qu'il définit comme , nécessitera une répression politique, qui sera exercée . La dictature, dans l'optique léniniste, est censée être et nécessaire pour briser la résistance des ennemis de la révolution. Boukharine, écrivant en 1919 dans le contexte de la guerre civile russe, juge indispensable l'usage de la violence pour mener à bien la révolution, considérant qu'. Le progrès technique, dont le capitalisme fait un instrument d'exploitation par le biais du machinisme, doit être utilisé dans la phase du socialisme comme un outil d'émancipation de la classe ouvrière, libéré des aspects avilissants du travail : ce phénomène est notamment illustré par la boutade de Lénine : .
Durant cette période de dictature , la théorie léniniste considère que, , il doit être uni et organisé, et disposer dans ce but d'un parti communiste, qui tient un rôle d'avant-garde dirigeante. La technique assure ensuite le progrès social dans un cadre collectiviste : après la phase de liquidation du capitalisme et des classes possédantes, la société passe ensuite à la phase, dite , du communisme intégral, soit celui du dépérissement de l'État, appelé à disparaître tout à fait (cette disparition étant conçue comme un processus naturel, en opposition à la conception anarchiste qui préconise la fin de l'État comme effet d'une décision volontaire). La société vit alors dans des conditions de discipline commune librement consentie, aboutissant à la création d'un : l'économie, planifiée, fonctionne selon une logique de production coopérative. La phase supérieure de la société communiste devra aboutir à la fin de la division du travail et au fonctionnement de la société selon la formule popularisée par Marx, "de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins". Pour Lénine, la phase supérieure est atteinte dès lors que : l'État, devenu inutile, s'éteint alors de lui-même. Boukharine souligne qu'en , la production de biens ne se fait plus en fonction du marché, mais en fonction des besoins : . L'administration étatique, disparue car obsolète, est remplacée par une qui . Dans un délai que Boukharine évalue à , les survivances de l'ancien régime capitaliste disparaissent : l'État ouvrier n'est alors plus nécessaire et le pouvoir politique du prolétariat disparaît également, le prolétariat se fondant avec toutes les autres couches sociales qui, selon Boukharine, auront alors pris .
Par-delà sa signification première, le communisme est principalement rattaché à l'école de pensée marxiste issue des travaux de Karl Marx et Friedrich Engels ; il englobe donc, par extension, un ensemble de courants, de notions et de réalités politiques associés au marxisme et s'en revendiquant. Marx postule l'aliénation de l'ouvrier du fait que ce dernier ne possède pas les moyens de production ; l'aliénation concerne par ailleurs l'ensemble des acteurs économiques, du fait de leur soumission au marché. Parallèlement à l'idée d'aliénation économique intervient la notion de classe sociale, et notamment celle de prolétariat. Dans l'optique de Marx, le prolétariat, en tant que classe subissant une forme extrême d'aliénation, aura pour mission et vocation de créer une nouvelle société, via une forme de renversement dialectique. Pour le marxisme, la lutte des classes est le moteur de l'Histoire humaine, dès lors que les classes sociales sont nées de la division du travail après l'abandon de l'état originel du communisme primitif : les contradictions internes du système capitaliste doivent conduire à son auto-destruction, et par conséquent à une révolution conduite par le prolétariat, qui aboutira à la propriété collective des moyens de production.
Marx, et après lui les auteurs marxistes, visent à démontrer que la réalisation d'une nouvelle société via la révolution prolétarienne et le renversement du capitalisme est non seulement du domaine du possible, mais relève d'une nécessité de l'Histoire. Dans "Le Capital", son principal traité d'économie politique, Marx s'attache, en utilisant une méthode à visées scientifiques et en s'appuyant notamment sur des concepts comme la plus-value et la valeur-travail, à prouver l'injustice du système capitaliste. Les deuxième et troisième volumes du "Capital", achevés par Engels après la mort de Marx, visent à démontrer l'instabilité essentielle du capitalisme et sa tendance à l'auto-destruction, du fait de la baisse tendancielle du taux de profit. Outre ces analyses économiques, la pensée marxiste s'appuie sur une conception matérialiste de l'Histoire (dite "matérialisme historique") ; Marx et Engels considèrent que l'Histoire résulte du fait que l'homme a commencé à transformer la nature par le biais du travail, ce qui a entraîné la division de l'humanité en classes sociales : la lutte des classes qui en résulte, et qui constitue le moteur de l'Histoire, est l'occasion d'une série de crises où les forces productives, à mesure qu'elles se développent, entrent en mesure avec les structures sociales. Les crises fondamentales de la société capitaliste, en débouchant sur la révolution puis sur une période de dictature du prolétariat, permettront à l'arrivée d'aboutir à une société sans classes, qui équivaudra au communisme primitif des origines, mais à un niveau très supérieur.
Le matérialisme historique, qui prend en compte l'ensemble des facteurs sociaux et économiques pour analyser l'histoire des sociétés humaines, tend à être vu par les continuateurs de Marx et Engels comme un pur économisme : ces interprétations, qu'Engels lui-même jugeait excessives, font de l'économie le principal moteur de l'Histoire. La méthode d'analyse marxiste, qui s'attache à dégager des lois de transformation sociale selon une logique de science exacte, est baptisée au , afin de la distinguer du des premiers temps. Par la suite, Lénine considère lui aussi le marxisme comme une pensée d'essence scientifique, jugeant que le matérialisme ne peut qu'être confirmé par les sciences. École de pensée essentiellement athée, le marxisme s'oppose en principe à la religion, considérée comme un facteur d'aliénation et d'oppression, et qualifiée par Marx d'.
Le marxisme est par ailleurs également une philosophie qui se veut à la fois matérialiste et dialectique : la théorie qui formule à la fois les lois de la pensée et celles de la réalité, appelée matérialisme dialectique, est une méthode d'analyse du réel reposant sur l'existence de contradictions, et sur le fait que ces contradictions se résolvent à un niveau supérieur. La triade thèse-antithèse-synthèse, dérivée de la pensée de Hegel, est utilisée pour parvenir à une vision dialectique de l'Histoire, où le passage du capitalisme au socialisme surviendra selon un processus logique, le socialisme étant la négation du capitalisme, ou encore une manière de surmonter les contradictions internes de celui-ci. La notion selon laquelle le socialisme remplacera nécessairement le capitalisme introduit une équivoque au sein du marxisme, entre d'une part les tenants d'un schéma historique simple selon lequel le capitalisme s'autodétruira naturellement pour laisser la place au socialisme, et d'autre part ceux qui jugent que cette révolution doit être provoquée. Cette dernière vision, à tendance , du marxisme, se traduit dès la fin du par l'opposition entre les socialistes qui, dans l'attente de la révolution, sont devenus en pratique des réformistes, et ceux qui demeurent partisans d'un renversement actif du capitalisme. C'est cette dernière tendance qui va, après 1917, donner naissance à ce qui constitue le communisme au sens moderne du mot.
La tendance du socialisme qui prendra par la suite le nom de communisme se distingue par le mode de fonctionnement interne et la méthode de prise du pouvoir qu'elle met au point dans le contexte particulier de la Russie impériale. Pour contrer l'appareil répressif tsariste, Lénine, chef des bolcheviks, préconise la formation d'un parti strictement hiérarchisé, formé de . Lénine se heurte en effet, en Russie, à un double problème : outre le caractère absolutiste du régime en place, le pays est dépourvu d'un capitalisme comme d'une bourgeoisie suffisamment développés, ce qui rend très éloignée la perspective de la révolution socialiste (censée survenir, selon le schéma marxiste, après une révolution bourgeoise qui aura été suivie du développement puis de l'auto-destruction du capitalisme). Lénine en conclut qu'il revient aux révolutionnaires de se substituer à la bourgeoisie pour tenir un rôle d'accélérateur de l'Histoire, provoquant ainsi la révolution au lieu d'attendre son déclenchement naturel. Il théorise pour le parti un rôle central, considérant que c'est à lui non seulement de susciter la lutte des classes là où elle ne s'est pas encore développée du fait d'un contexte local, mais aussi d'assumer un rôle d' du mouvement ouvrier à qui il devra apporter le savoir et la conscience révolutionnaire.
Lénine - dont la pensée sera, après sa mort, synthétisée au sein d'un corpus appelé léninisme - prône le fonctionnement du parti selon la logique du centralisme démocratique, c'est-à-dire d'un strict respect, par la base, des décisions qui auront été prises par les organes de direction. Il théorise également, bien avant sa prise du pouvoir, l'usage de la pour combattre les contre-révolutionnaires.
Après la mort de Lénine, le léninisme est codifié par Staline sous la forme d'une doctrine imposée à l'ensemble de l'Internationale communiste, et dont les analyses, initialement conçues en fonction du contexte russe, sont censées s'appliquer de manière obligatoire à l'ensemble des pays.
Le fondement économique du léninisme est le développement plus rapide de la production des moyens de production par rapport à la production des articles de consommation.Ce mode de production est différent du communisme de Karl Marx qui suppose, contrairement au léninisme, le développement plus rapide des articles de consommation par rapport à la production des moyens de production.
Avec le temps, l'idéologie des partis affiliés au Komintern, puis par la suite des régimes communistes, prend le nom de marxisme-léninisme, soit la lecture léniniste du marxisme, elle-même réinterprétée par les successeurs de Lénine à la tête du régime soviétique. L'interprétation par Staline de la théorie marxiste aboutit à une présentation rigide de celle-ci, l'Histoire étant considérée comme soumise à une succession d'automatismes dans lesquels le Parti communiste joue le rôle de l'avant-garde ; le matérialisme dialectique est élevé au rang de doctrine à laquelle toutes les sciences doivent être subordonnées. Sur la base de l'expérience de la révolution russe, le marxisme-léninisme considère qu'il n'est pas nécessaire d'attendre la maturation du capitalisme pour accomplir la révolution ; celle-ci dépend de l'action du parti communiste, lequel est censé être le représentant du prolétariat. Staline introduit également la notion de socialisme dans un seul pays, qui postule qu'il n'est pas nécessaire d'accomplir en premier lieu la révolution mondiale pour construire le socialisme ; il estime en outre que la lutte des classes se poursuit et s'intensifie sous le socialisme, ce qui permet de justifier sur le plan théorique des mesures de terreur.
Le concept de stalinisme a par ailleurs été forgé pour qualifier aussi bien l'idéologie marxiste-léniniste codifiée par Staline que la pratique politique de ce dernier et, par extension, les régimes dictatoriaux se revendiquant du communisme, analysés sous l'angle de la notion de totalitarisme. Utilisé le plus souvent dans un sens critique et péjoratif, ce terme n'a été que rarement revendiqué par les acteurs du communisme étatique ou par les partisans de celui-ci, bien que certains aient pu occasionnellement se présenter comme ou .
Après la déstalinisation, le marxisme-léninisme est demeuré l'idéologie officielle de l'URSS et des régimes qui lui étaient affiliés, sans que ne soit opérée de révision théorique majeure. Les courants marxistes-léninistes qui refusaient, à l'image du maoïsme, de condamner les conceptions et la pratique staliniennes, se sont présentés comme .
Le trotskisme (ou trotskysme) - du nom de Léon Trotski - est une tendance se revendiquant du léninisme, mais opposée au stalinisme. Avant 1917, Trotski élabore la théorie de la révolution permanente qui implique, dans le contexte russe, la poursuite continue de la lutte révolutionnaire après la révolution bourgeoise, afin de transformer celle-ci en révolution socialiste et de parvenir à la dictature du prolétariat ; à l'échelle internationale, elle se traduit par l'extension mondiale de la révolution. Après 1924, l'idéologie trotskiste se distingue surtout par son opposition à la vision stalinienne du communisme en contestant le règne de la bureaucratie (nom donné par Trotski à la nomenklatura) et en prônant la démocratie et la liberté de débat au sein du Parti communiste. Déjà divisé du vivant de Trotski, le trotskisme éclate en multiples tendances (pablisme, lambertisme, Union communiste, posadisme, morenisme...) après la Seconde Guerre mondiale.
Le maoïsme - du nom de Mao Zedong - naît d'une adaptation du marxisme-léninisme aux réalités chinoises : Mao ajoute de nouveaux concepts, comme la Nouvelle Démocratie et la guerre populaire, et juge que la principale contradiction se situe entre les campagnes et les villes ce qui, à l'échelle mondiale, se traduit par l'opposition entre pays sous-développés et États capitalistes. Il vise également à remodeler totalement la société et les mentalités, par une politique volontariste de modernisation économique.
Après la rupture sino-soviétique, Mao se fait le champion de l', soit de la stricte orthodoxie marxiste-léniniste. Le maoïsme adopte en outre une ligne plus clairement tiers-mondiste avec la théorie des trois mondes, qui postule que les pays, dans le contexte la guerre froide, sont divisés non pas en deux camps - communistes et - mais en trois camps - avec respectivement les deux superpuissances, les pays développés, et enfin les pays en voie de développement, dont la Chine. Les thèses de Mao ont influencé, outre divers groupuscules occidentaux, des mouvements insurgés du tiers monde qui se sont inspirés de son discours .
D'autres courants communistes d'importance inégale existent, certains étant essentiellement à usage d'une région du monde, voire d'un pays. On a appelé titisme - du nom de Tito, qui utilisait pour sa part le terme - la pratique politique en vigueur en Yougoslavie après la rupture de ce pays avec l'URSS. Tito prônait l'unité de son pays selon un principe d'équilibre entre les nationalités, et l'économie yougoslave fonctionnait officiellement selon les principes de l'autogestion des entreprises par les travailleurs. Dans les faits, l'autogestion yougoslave est demeurée superficielle et subordonnée au contrôle par l'État et le Parti. L'opéraïsme est une tendance née en Italie dans les années 1960, qui prône le refus du travail au sens d'exploitation de l'ouvrier et qui a influencé une partie de l'extrême gauche italienne durant les années de plomb. On a parfois appelé le marxisme-léninisme et stalinien, professé en Albanie par Enver Hoxha. L'idéologie maoïste radicale du Sentier lumineux, au Pérou, est appelée du nom du fondateur de l'organisation, Abimael Guzmán alias . Le Juche est l'idéologie en vigueur en Corée du Nord : élaborée par Kim Il-Sung avec l'aide de divers cadres de son régime, cette doctrine s'est d'abord revendiquée du marxisme-léninisme, avant de se présenter comme une doctrine originale ayant transcendé le marxisme lui-même. Le Juche se traduit surtout par un discours nationaliste prônant un socialisme autosuffisant, et par des pratiques autarciques. 
Le mot "gramscisme" désigne la pensée d'Antonio Gramsci, auteur d'une œuvre théorique marxiste hétérodoxe et découverte après la mort de son auteur. Publiée de manière souvent tronquée en fonction des intérêts du Parti communiste italien, la pensée de Gramsci a fait l'objet d'interprétations divergentes. Gramsci prend ses distances par rapport à l'économisme marxiste, en jugeant que l'Histoire n'est pas déterminée par la structure économique mais par l'interprétation que l'on donne de cette structure et des lois qui la régissent, et en adoptant une démarche qui relève de l'historicisme. Le rattachement du gramscisme au léninisme fait l'objet de débats, et semble surtout obéi à une interprétation opportuniste de la part des dirigeants communistes italiens. Gramsci se distingue également en insistant sur le rôle de la culture et des intellectuels, et sur le fait que les révolutionnaires doivent viser l'hégémonie culturelle. Cette conception implique d'agir non seulement sur les terrains politique et économique, mais également sur ceux de la culture et des arts, car ceux-ci touchent la conscience collective.
On appelle "castrisme" - du nom de Fidel Castro - un ensemble de thèses portant sur la spécificité de la révolution cubaine, mais aussi le régime marxiste-léniniste cubain lui-même et, par extension, les courants qui s'en réclament. Le castrisme ne constitue pas une idéologie distincte à proprement parler, mais un discours analysant le monde sous l'angle de l'anti-impérialisme et du tiers-mondisme, et assimilant la lutte contre le capitalisme - incarné en l'occurrence par l'impérialisme américain - à celle contre une forme de néocolonialisme.
On a par ailleurs baptisé du nom de Gauche communiste un ensemble de courants de pensée (d'extrême gauche ou d'ultra gauche), apparus dès l'entre-deux-guerres, et dont certains s'opposent au léninisme. Le luxemburgisme - nom donné au courant qui se réclame de Rosa Luxemburg - s'oppose aux conceptions de Lénine sur le rôle dirigeant du parti et juge que le prolétariat doit prendre lui-même son destin en main, en utilisant notamment la grève de masse spontanée ; cette école de pensée trouve son prolongement dans le communisme de conseils (ou ) qui prône un gouvernement par les conseils ouvriers. Le terme d' est parfois employé comme synonyme de l'extrême gauche elle-même, mais peut désigner, de manière plus précise, cet ensemble de courants communistes anti-léninistes. Le bordiguisme - du nom d'Amadeo Bordiga - est pour sa part une tendance du léninisme, qui se réclame des conceptions de Lénine mais voit dans l'URSS un .
On a appelé eurocommunisme un courant porté dans les années 1970 par plusieurs partis communistes, pour la plupart européens, et qui consistait - sans pour autant rompre avec l'URSS - à remettre en cause l'orthodoxie idéologique, en renonçant à diverses notions comme la dictature du prolétariat ou le marxisme-léninisme, et en prônant une évolution démocratique vers le socialisme.
Issu du socialisme, le communisme a continué de s'en réclamer. L'URSS et les régimes nés après elle se sont ainsi présentés comme des , expression qui a été employée comme synonyme de , l'URSS étant elle-même qualifiée de . Le terme socialisme scientifique a été également utilisé par les régimes communistes et leurs partisans pour qualifier la forme de socialisme pratiquée dans leurs pays. Le mot marxisme est parfois utilisé comme un synonyme de (éventuellement en utilisant l'adjectif "marxiste" comme synonyme de "communiste"), bien que le marxisme, pris au sens large, ne se résume pas à son interprétation léniniste.
Les régimes communistes ont par ailleurs désigné leur propre pratique gouvernementale sous le nom de (ou ), destiné à présenter leurs formes de gouvernement et de société comme une phase de transition continue vers le communisme intégral, la frontière entre le stade du socialisme réel et celui du communisme proprement dit n'étant plus clairement définie. Si Nikita Khrouchtchev a proclamé en 1961 que l'objectif du communisme serait atteint à brève échéance, cette affirmation est ensuite abandonnée au profit des objectifs plus modestes de la .
Le communisme, au sens contemporain du terme, a été tout d'abord associé pour l'essentiel aux bolcheviks. En conséquence, le mot a été employé - parfois de manière péjorative - pour désigner la mouvance communiste dans son ensemble. Il n'est tombé que progressivement en désuétude, surtout après la Seconde Guerre mondiale : le mot a continué jusqu'en 1952 de figurer entre parenthèses à la fin du nom officiel du Parti communiste de l'Union soviétique.
Le mot communisme désignait, étymologiquement, une société sans État ; du fait de l'évolution de son usage, il désigne également, par extension, une forme de régime politique dominé par le parti communiste local, et caractérisé par un État fort. Ni Marx ni Engels ne décrivent avec précision à quoi ressemblera l' durant la période de la dictature du prolétariat : dans la pratique, la prise du pouvoir par les communistes a débouché sur la mise en place de régimes où le PC local - qu'il soit parti unique de manière officielle ou de facto - détient le monopole du pouvoir, excluant toute alternance et toute forme de véritable pluralisme politique, dans des pays se présentant comme , et . L'historien Jean-François Soulet dégage un ensemble de traits communs permettant de distinguer l'URSS et les régimes communistes fondés après elle : tout d'abord, la toute-puissance du parti communiste local, dont la direction - sur le modèle du Politburo du PCUS en URSS ou du Politburo du PCC en Chine - est le principal organe de décision ; dans la majorité des cas, le véritable dirigeant de l'État est le chef du Parti (qui peut, sans que cela soit systématique, cumuler son poste avec celui de chef du gouvernement ou de chef de l'État). Ensuite, le poids d'autres groupes de pression influents comme l'armée et la police ; l'existence d'une classe dirigeante privilégiée - la nomenklatura - liée à l'appareil du régime et du Parti (les cadres du Parti étant également surnommés apparatchiks) ; enfin, une économie étatisée.
L'historien Archie Brown définit un ensemble de critères permettant d'identifier un système politique communiste : pour lui, le terme de est le plus adapté pour désigner ce type de régime. L'usage du terme , que les régimes communistes utilisaient pour se désigner eux-mêmes, est en effet inadéquat en ce que le concept de socialisme recouvre un ensemble politique bien plus vaste : . 
Pour Brown, la première caractéristique d'un système communiste est le monopole du pouvoir exercé par le Parti communiste local, selon une logique de parti unique de fait ou de droit. Cette méthode de gouvernement est assimilée après 1945 à la dictature du prolétariat : ce concept se traduit dans les faits par le règne du Parti, celui-ci étant présenté comme l'expression exclusive de la volonté et des intérêts du prolétariat. Durant la période post-stalinienne, le terme le plus couramment utilisé sur le plan officiel était celui de du Parti. Un système de gouvernement communiste se distingue également par la pratique du centralisme démocratique et, sur le plan économique, par une économie planifiée, pouvant éventuellement coexister dans certains cas avec une forme d'économie de marché dans certains secteurs d'activité. La forme de contrôle de l'économie par l'État est parfois qualifiée de capitalisme d'État, terme utilisé dès 1918 par Lénine lui-même (mais notamment employé, par la suite, par les adversaires et conseillistes du communisme soviétique) : le développement du marché sous contrôle de l'État est à l'origine conçu, dans une société largement non industrialisée comme celle de la Russie, comme une étape vers la construction du socialisme. 
Enfin, Archie Brown cite comme dernier critère l'existence d'une forme d'organisation internationale communiste et l'appartenance du régime politique concerné à celle-ci.
Le style de gouvernement pratiqué par les régimes communistes peut par ailleurs varier : de nombreux régimes se distinguent, malgré l'internationalisme de principe de la mouvance communiste, en mariant la rhétorique communiste à une propagande nationaliste, soit par principe, soit en fonction des besoins politiques du moment. Cuba, la Corée du Nord, la Roumanie, l'Albanie et le Nord Viêt Nam (puis le Viêt Nam réunifié) ont pu ainsi, dans des registres et des contextes très différents, pratiquer une forme de .
L'expression démocratie populaire a été utilisée après la Seconde Guerre mondiale pour désigner les régimes communistes, notamment les pays européens du bloc de l'Est : dans la phraséologie communiste, ce terme désigne une forme de gouvernement censément différente de celle de l'URSS, car située à un stade moins avancé de l'évolution socialiste, et dans laquelle le Parti communiste aurait comme rôle de diriger l'ensemble des forces politiques . Cela a pu se traduire par un système non pas de parti unique officiel, mais de coalition, où sont autorisés, non seulement le parti communiste local, mais également un certain nombre de partis-satellites, réunis au sein d'un front unique : le parti communiste détient cependant la réalité du pouvoir. Ce type d'organisation politique était notamment en vigueur dans une partie des régimes d'Europe de l'Est ; la RDA était ainsi gouvernée par le Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED), mais quatre autres partis, inféodés au SED, étaient autorisés à exister au sein du Front national de la République démocratique allemande. D'autres régimes communistes n'autorisent que le parti communiste et les organisations de masse qui lui sont affiliées. Dans la pratique, la définition de ce qu'est une n'est pas forcément très précise, et le terme a été souvent utilisé comme un simple synonyme d'État communiste.
Le concept de communisme désigne tout d'abord l'idée de mise en commun des biens matériels, puis par extension une organisation sociale où la propriété privée serait absente. On trouve des ancêtres lointains et indirects du communisme et du socialisme dans la pensée antique, notamment chez Platon qui imagine dans "La République" une cité idéale, divisée en trois classes, et dont les dirigeants mettraient leurs biens en commun. Il ne s'agit nullement d'une société égalitaire, seule l'élite de la cité étant concernée. Sparte qui, selon Plutarque aurait mis en place un régime de communauté de biens au sein de sa classe dirigeante, est un autre exemple de cette forme de antique. Le concept de partage des biens est également présent dans la pensée chrétienne, et tout particulièrement, sous la Renaissance, dans des hérésies issues notamment de l'anabaptisme. Au , durant la guerre des Paysans allemands, l'idéologue millénariste Thomas Münzer prône la constitution de , où tout serait partagé. Par la suite, des anabaptistes, inspirés par les idées de Münzer, animent à Münster en 1534-1536 un régime théocratique fondé sur la communauté des biens.
Durant les siècles suivants, l'idée d'une société égalitariste basée sur le partage des biens constitue un élément essentiel du courant de pensée utopiste. Le philosophe et théologien Thomas More signe en 1516 le livre "Utopia" qui constitue le modèle de la littérature utopiste : il y décrit un pays idéal où règne l'harmonie. En 1602, le moine Tommaso Campanella publie "La Cité du Soleil", autre ouvrage fondateur du courant. More comme Campanella s'inspirent nettement de "La République" de Platon. L'imaginaire utopique continue de nourrir la critique sociale radicale, avec comme point commun le fait de considérer la propriété privée comme une source d'injustice : on retrouve cette idée chez des auteurs des Lumières comme le curé Meslier, Morelly, Dom Deschamps ou Godwin.
En France, sous le Directoire, Gracchus Babeuf mène en 1796 la conjuration des Égaux . Très proche, sur le plan des idées, du communisme au sens contemporain du terme, Babeuf préconise une société égalitaire, fondée sur l'abolition de la propriété particulière. Il prône par ailleurs la prise du pouvoir via un coup de force organisé par un état-major secret incarnant l'avant-garde révolutionnaire. Pour l'historien Michel Winock, la méthode de Babeuf annonce celles de Blanqui et de Lénine ; plus largement, Winock voit dans la Révolution française la prémisse de divers éléments du socialisme et du communisme, sur les plans des idées et de la pratique. Philippe Buonarroti, camarade de Babeuf, s'emploie par la suite à diffuser les idées . Restif de la Bretonne, à la même époque, contribue à donner son sens contemporain au mot "communisme" en le rattachant à la pensée de Babeuf.
Durant les premières décennies du , le concept de communisme se rattache au courant socialiste, qui se développe alors dans le contexte de la révolution industrielle et des bouleversements sociaux et économiques qui l'accompagnent. Le socialisme naît sous la forme d'une école de pensée anticapitaliste, qui vise à résoudre la question sociale en améliorant le sort de la classe ouvrière : il devient une expression politique du mouvement ouvrier. L'idée d'une société fondée sur le partage des biens matériels est très présente dans le courant pré-marxiste du : le Britannique Robert Owen, inspirateur du courant dit , prône l'auto-suffisance des ouvriers au sein de communautés coopératives et tente de mettre ses idées en pratique dans des expériences comme celle de New Harmony aux États-Unis. 
Au sein du mouvement socialiste, le terme "communistes" tend à désigner, dans les années 1840, un ensemble de tendances radicales, principalement celles qui insistent sur notion de lutte des classes et qui ne comptent pas sur la bonne volonté des classes dominantes pour changer la société. Babeuf demeure une et une référence commune pour les tout premiers , bien que certains se démarquent de son œuvre et de son action. Auguste Blanqui, notamment, envisage une révolution violente, qui se traduirait par une dictature du prolétariat avant le passage à une société communiste.
L'échec de la tentative d'insurrection de Blanqui, en 1839, sonne le glas d'une certaine mythologie révolutionnaire. Il amène les intellectuels socialistes à considérer que la réalisation d'une nouvelle société ne peut plus dépendre d'une action purement . En France, on voit alors se développer un ensemble de courants cherchant à analyser la société de manière , ou s'orientant vers des formes de mysticisme. Le mot lui-même est popularisé par des écrivains comme le Français Étienne Cabet. Ce dernier, auteur du livre "Voyage en Icarie" dans la tradition de More et de Campanella, rejette l'idée de lutte des classes et se revendique d'une forme de communisme chrétien. Il attire autour de lui de nombreux disciples avec qui il se lance, aux États-Unis, dans une expérience de vie communautaire sur le modèle de l'Icarie, qui tourne cependant au désastre.
En Allemagne, le socialisme se diffuse d'abord dans les milieux intellectuels, sous l'influence des Français. En 1836, à Paris, des socialistes allemands en exil fondent, à l'initiative de Wilhelm Weitling, la Ligue des justes, qui prône un communisme empreint de mysticisme chrétien, comparable à celui des anabaptistes. Cette idéologie de type religieux, apparentée à l' de Cabet, est empreinte de principes non-violents. En juin 1847, la Ligue des justes prend le nom de Ligue des communistes sous l'impulsion de Karl Marx et de Friedrich Engels. D'abord liée à la Société des saisons blanquiste, elle se veut internationaliste et adopte comme devise le mot d'ordre . En février 1848, Marx et Engels publient la du mouvement, intitulée "Manifeste du Parti communiste". Les auteurs posent les bases d'une conception à visée scientifique du socialisme ; ils affirment en outre une orientation nettement révolutionnaire et rejettent tant le que les conceptions chrétiennes du communisme. L'idée communiste, telle que la conçoivent Marx et Engels, est désormais associée à l'athéisme.
Les idées socialistes apparaissent au premier plan de la politique européenne lors du Printemps des peuples. L'échec des insurrections de 1848 ne donne qu'un coup d'arrêt provisoire à la diffusion du socialisme, qui continue de se développer en Europe parallèlement au syndicalisme. En 1864, plusieurs organisations socialistes se réunissent au sein de l'Association internationale des travailleurs (ou "Première Internationale"), dont Marx rédige les statuts provisoires. L'Internationale se défait avec le temps, du fait notamment des divisions entre les partisans de Marx et ceux de l'anarchiste Mikhaïl Bakounine, mais les idées socialistes continuent de progresser. L'épisode de la Commune de Paris de 1871 contribue à entretenir une mythologie révolutionnaire dans l'imaginaire socialiste et, plus tard, communiste.
Le marxisme, courant de pensée dérivant des œuvres de Marx et Engels et qui se présente comme un , acquiert durant le dernier quart du une position dominante au sein du socialisme européen, bien que son degré d'influence soit inégal selon les pays. Si le terme "communisme" continue de faire partie du vocabulaire socialiste et d'être revendiqué par d'autres tendances politiques, comme l'anarcho-communisme, il ne désigne pas alors un courant de pensée distinct, et connaît une certaine désuétude. En France, le marxisme est surtout présent chez les guesdistes ; au Royaume-Uni, il a peu de poids chez les travaillistes ; les idées marxistes sont au contraire dominantes chez les sociaux-démocrates allemands, autrichiens et russes.
À la fin du , dans la majorité des pays européens, le socialisme évolue sensiblement vers le réformisme. Le conflit entre réformistes et révolutionnaires se déclare notamment en Allemagne. Eduard Bernstein, l'un des principaux idéologues du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), ayant constaté que les prédictions de Marx sur l'effondrement du capitalisme ne se réalisaient pas, préconise en effet un dépassement du marxisme. Il juge que les socialistes doivent cesser de se voir comme le parti du prolétariat et devenir un vaste parti démocratique, qui représenterait également les classes moyennes, et que la social-démocratie doit renoncer à la révolution pour aspirer simplement à une plus grande justice sociale. La ("Reformismusstreit") tourne au désavantage des thèses de Bernstein, qui sont condamnées en 1899 lors du congrès du SPD. Mais malgré cette défaite apparente des thèses , le socialisme européen n'en continue pas moins de se recentrer, avec comme conséquence un décalage croissant entre un discours toujours officiellement révolutionnaire et une pratique de plus en plus réformiste. Il conserve néanmoins une aile d'extrême gauche, qui compte en Allemagne Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht parmi ses représentants. Rosa Luxemburg se distingue notamment en prônant une révolution prise en main par le prolétariat lui-même, partis et syndicats devant se contenter d' les ouvriers sans prétendre les diriger.
L'Empire russe connaît quant à lui un contexte particulier. La Russie, dont la société reste très inégalitaire, est toujours, à la fin du , une monarchie absolue. Les militants socialistes y sont réprimés, et le courant révolutionnaire est particulièrement fort. Le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), formé en 1898 lors d'un congrès clandestin qui ne réunit que neuf participants, est contraint de s'organiser dans la clandestinité et l'exil. De nombreux révolutionnaires russes sont dispersés à travers l'Europe et, jusqu'en 1905, le mouvement socialiste russe demeure illégal. C'est dans ce contexte qu'en 1902, Vladimir Oulianov, dit , publie le traité politique "Que faire ?", dans lequel il prône notamment l'organisation de la révolution par un parti clandestin, hiérarchisé et discipliné, qui constituerait l'avant-garde du prolétariat. Léon Bronstein, dit , rejoint à la même époque les milieux socialistes exilés. Le mouvement socialiste russe connaît, dans les premières années du , de profondes divisions et conflits incessants : dès le second congrès du POSDR, en 1903, les partisans de Martov s'opposent à ceux de Lénine. Les premiers reçoivent le nom de mencheviks (), et les seconds de bolcheviks ().
La révolution russe de 1905 éclate en janvier ; à partir du mois de mai, des travailleurs et soldats russes s'organisent en conseils (en russe : "Soviets"). Les émigrés politiques, parmi lesquels Trotski et Lénine rentrent progressivement en Russie pour tenter de profiter de cette révolte spontanée. Une tentative d'insurrection est écrasée à Moscou et le mouvement révolutionnaire - que la publication par le tsar du Manifeste d'octobre contribue à diviser - décline ensuite dans l'ensemble de la Russie. Si les principaux chefs révolutionnaires sont à nouveau contraints à l'exil, les partis socialistes sont cependant légalisés : bolcheviks et mencheviks ont désormais des députés à la Douma. Des militants bolcheviks demeurés en Russie - parmi lesquels Joseph Djougachvili, connu sous les pseudonymes de puis de - contribuent à financer le mouvement par des activités illégales. Le parti socialiste russe demeure en outre irrémédiablement divisé entre bolcheviks et mencheviks.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l'Internationale ouvrière apparait impuissante et discréditée. La majorité des partis socialistes européens soutiennent en effet la politique belliciste de leurs pays respectifs. Lénine espère pour sa part sur une défaite de la Russie, car cela pourrait y faciliter la révolution. Mais sa ligne demeure minoritaire en Europe, y compris chez les socialistes opposés à la guerre. Les bolcheviks semblent éloignés, à l'époque, de toute perspective d'accès au pouvoir.
Durant le conflit mondial, l'Empire russe souffre durement des combats sur le Front de l'Est. L'économie du pays s'effondre, portant le coup de grâce au régime tsariste, déjà politiquement discrédité. En 1917, au début du mois de mars (fin février selon le calendrier julien) éclate la révolution de Février, premier acte de la révolution russe. Des députés de la Douma créent un comité destiné à servir de gouvernement provisoire ; dans le même temps est formé le Soviet des députés ouvriers et des délégués des soldats de Petrograd, sur le modèle des conseils de la révolution de 1905. Le tsar Nicolas II abdique. Si certains mencheviks et socialistes révolutionnaires ont participé à cette révolution spontanée, les bolcheviks n'y ont jusqu'ici tenu aucun rôle. Alors que la Russie est toujours en guerre, le gouvernement provisoire, dirigé par Gueorgui Lvov puis par Aleksandr Kerenski, préfère attendre la convocation d'une assemblée constituante pour mener les réformes comme la redistribution des terres. En outre, le Soviet de Petrograd lui dispute la réalité du pouvoir. 
Avec l'aide du commandement allemand qui souhaite contribuer à déstabiliser la Russie en y faisant entrer des fauteurs de trouble potentiels, Lénine et d'autres révolutionnaires exilés retournent sur le sol russe. En chemin, Lénine rédige un document connu ensuite sous le nom de "Thèses d'avril", qu'il présente dès son arrivée à la réunion des bolcheviks : il y préconise le remplacement du gouvernement provisoire par un cabinet socialiste, ainsi que la redistribution des terres aux paysans, l'arrêt de la guerre, l'auto-détermination des peuples et la transformation des Soviets de travailleurs en organes de gouvernement ; il prône également , et le contrôle des Soviets par le Parti. Les bolcheviks, qui entretiennent l'agitation, prennent le contrôle des détachements armés des Soviets, bientôt baptisés gardes rouges. Mais l'insurrection des journées de juillet est un échec total ; Lénine doit se réfugier en Finlande. En son absence, les bolcheviks continuent de profiter du chaos politique et gagnent des élus aux Soviets, aux comités d'usine et dans les syndicats. En août, la contre-offensive sur le front de l'Est, décidée par Kerenski, est un désastre qui discrédite le gouvernement provisoire. En septembre, Trotski, désormais allié aux bolcheviks, est élu président du Soviet de Petrograd. 
Durant son séjour en Finlande, Lénine rédige "L'État et la Révolution", ouvrage dans lequel il théorise le passage du stade d'un État bourgeois à celui d'un , qui, après une phrase de dictature du prolétariat provisoire, s'éteindra ensuite de lui-même pour aboutir à la phase du communisme ; il n'y aborde que furtivement la question de l'usage de la violence, considérant qu'il ne faudra réprimer qu'une . Il envisage par ailleurs le remplacement du nom par celui de "Parti communiste".
Au début du mois d'octobre, Lénine revient clandestinement en Russie. Il plaide auprès de son parti pour une prise du pouvoir par la force, avant que le deuxième congrès panrusse des Soviets puisse se réunir et former un gouvernement de coalition qui priverait les bolcheviks du monopole du pouvoir. L'insurrection est décidée : Trotski se charge de créer un Comité militaire révolutionnaire du Soviet de Petrograd. Dans la nuit du 24 au 25 octobre (7 novembre du calendrier grégorien), les troupes du Soviet s'emparent des bâtiments stratégiques de la capitale et Kerenski prend la fuite. Au matin du 25 octobre, Lénine proclame le renversement du gouvernement provisoire. Quelques heures plus tard, le deuxième congrès des Soviets s'ouvre : les mencheviks, les SR et le Bund s'en retirent pour protester contre le coup de force des bolcheviks. Ils laissent ainsi les mains libres à Trotski, qui fait adopter un texte condamnant les SR et les mencheviks. Peu après, le congrès adopte un texte rédigé par Lénine, qui attribue : le pouvoir est cependant dans les faits détenu par les bolcheviks, à qui le retrait des autres partis permet de s'attribuer la légitimité populaire. Le lendemain, Lénine prend la tête d'un gouvernement composé de bolcheviks, le Conseil des commissaires du peuple ("Sovnarkom"). D'emblée, les bolcheviks prennent des mesures autoritaires en interdisant des journaux d'opposition.
Fin novembre, lors de l'élection de l'assemblée constituante, les socialistes-révolutionnaires remportent la majorité, devançant largement les bolcheviks ; en janvier 1918, la constituante est déclarée dissoute par le Sovnarkom dès le lendemain de sa première session. Le Congrès des Soviets et l'ensemble des Soviets sont mis sous contrôle du gouvernement bolchevik. Un décret sur la terre, qui légitime les confiscations des terres de grands propriétaires survenues depuis 1917, permet aux bolcheviks d'obtenir, pendant un temps, le soutien d'une grande partie de la paysannerie.
Le régime des bolcheviks est encore très instable : la Russie reste en guerre contre les Empires centraux, et le nouveau gouvernement est incapable de se défendre malgré la transformation de la Garde rouge en Armée rouge. Pour éviter l'effondrement, Lénine décide en mars de signer une paix séparée avec les Empires centraux : le traité de Brest-Litovsk sauve le nouveau régime, au prix de la perte de la Biélorussie, de l'Ukraine et des pays baltes. En interne, Lénine doit composer avec l'opposition de personnalités comme Trotski, Nikolaï Boukharine et Karl Radek, qui souhaitaient une que le nouveau régime n'a pas les moyens de mener. À la même période, lors du septième congrès des bolcheviks, le Parti est rebaptisé "Parti communiste de Russie (bolchevik)", afin de souligner son aspect révolutionnaire et de se distinguer des autres socialistes. Après la paix coûteuse avec les Empires centraux, les bolcheviks doivent encore se battre sur plusieurs fronts : les socialistes-révolutionnaires de gauche, jusque-là alliés des bolcheviks, entrent en rébellion ; les Armées blanches, soutenues par les Alliés, font quant à elles peser une grave menace sur le nouveau pouvoir ; les territoires de l'ex-Empire russe sombrent dans une guerre civile d'une extrême violence. Pour survivre, le gouvernement bolchevik improvise une organisation militaire, et un mode de fonctionnement économique appelé . Trotski réorganise l'Armée rouge au prix d'une discipline impitoyable; il met à profit les compétences d'anciens officiers de l'Armée tsariste et fait encadrer les troupes par des Commissaires politiques garants de la ligne idéologique. Les partis d'opposition sont interdits, et un vaste programme de nationalisations permet d'étatiser et de mobiliser l'économie. Des réquisitions agricoles sont pratiquées pour assurer le ravitaillement, provoquant des insurrections dans la paysannerie : Lénine, qui les attribue aux seuls paysans riches (), ordonne de les réprimer avec la plus grande violence.
Les institutions autonomes nées de la révolution (Soviets, comités d'usine, syndicats) sont subordonnées au Parti : le régime s'emploie ensuite à dominer l'ensemble de la société civile, via une bureaucratie grandissante dont les membres reçoivent le nom d'apparatchiks. Le monde du travail est mis sous contrôle : les ouvriers, censés être au pouvoir par l'entremise du Parti, se voient refuser le droit de grève. Le régime s'appuie également sur une police politique, la Tchéka, dirigée par Félix Dzerjinski : la peine de mort, abolie quelques mois plus tôt, est rétablie. La famille du tsar est massacrée, et les opposants réprimés. La répression à grande échelle ne débute vraiment qu'après que Lénine réchappe, le , à une tentative d'assassinat par la SR Fanny Kaplan. Le 5 septembre, le Conseil des commissaires du peuple décrète une politique de Terreur rouge visant les contre-révolutionnaires et les : la Tchéka et l'Armée rouge mènent une campagne de répression d'une violence et d'un arbitraire extrêmes, qui se déroule en parallèle aux massacres commis par les Blancs. À partir de 1921, le clergé russe est victime de massacres. Un système de camps est mis en place pour y détenir prisonniers, déserteurs, , fonctionnaires de l'ancien régime, etc., arrêtés à titre préventif et enfermés sans jugement. La forte présence de Juifs parmi les chefs bolcheviks donne par ailleurs naissance à la thèse antisémite du , qui assimile les communistes aux Juifs. De nombreux pogroms sont commis pendant la guerre civile, notamment lors de la terreur blanche.
En 1919-1920, les bolcheviks parviennent à triompher du gros des armées blanches, auxquelles les Alliés, tout juste sortis de la guerre mondiale, n'ont apporté qu'une aide limitée. Ils doivent cependant toujours affronter les divers gouvernements indépendantistes - notamment en Ukraine - les anarchistes de Nestor Makhno, mais aussi, jusqu'en 1923, les des paysans révoltés. Les bolcheviks reprennent le contrôle d'une majorité des anciens territoires impériaux, où sont proclamées des Républiques socialistes soviétiques. Les pays baltes, la Finlande et la Pologne orientale leur échappent cependant : la défaite contre les Polonais lors de la guerre de 1919-1921 marque notamment un reflux pour la Russie soviétique, qui avait un temps espéré y étendre la révolution. Né dans des circonstances très précaires, le premier État communiste de l'Histoire survit "in fine" au chaos politique et à la guerre civile.
L'économie de la Russie soviétique est, à la fin de la guerre civile, dans un état désastreux, du fait notamment de l'application improvisée du communisme de guerre. Les insurrections paysannes, dont la révolte de Tambov est l'une des plus importantes, redoublent d'intensité. Une terrible famine sévit dans plusieurs régions. Le Parti communiste connaît outre de vifs débat internes : l'Opposition ouvrière réclame que la gestion de l'industrie soit confiée aux syndicats, une position que Lénine dénonce comme de l'. Trotski, lui, souhaite la fusion des syndicats avec l'appareil d'État et une gestion militarisée de l'économie.
En mars 1921, le gouvernement bolchevik doit affronter la révolte de Kronstadt. Sur ordre de Trotski, l'insurrection est écrasée ; la répression fait plusieurs milliers de victimes et de condamnations à mort ou à la déportation. Cet épisode achève de sonner le glas de l'anarchisme en Russie où les libertaires, initialement ralliés au régime bolchevik, ont été réprimés dès 1918. Les bolcheviks se consacrent ensuite à la chasse aux opposants socialistes-révolutionnaires et mencheviks, et à la lutte contre les grèves et le ouvrier, au combat contre les insurrections paysannes, et à la répression contre l'église.
C'est dans ce contexte que le congrès du Parti communiste entreprend de réorganiser le fonctionnement du régime et de l'économie du pays. Les factions au sein du Parti sont interdites, tandis qu'une résolution, adoptée sous l'impulsion de Lénine, élève le rôle dirigeant du parti unique au rang de composante du marxisme. Les révoltes, dont celle de Kronstadt, ayant montré l'urgence de procéder à des réformes et d'améliorer les conditions de vie de la population, Lénine parvient à faire adopter par le Parti son projet de Nouvelle politique économique (NEP), qui met fin au communisme de guerre. Le commerce extérieur est libéralisé et la création de petites entreprises privées autorisée. Lénine entend ainsi assurer une transition vers le socialisme. Le congrès, en 1922, poursuit la réorganisation du Parti : Joseph Staline devient Secrétaire général, fonction apparemment technique mais qui lui permet de contrôler les nominations de cadres et de constituer un réseau. Le , l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) naît d'un traité qui réunit au sein d'une fédération la République socialiste fédérative soviétique de Russie et les autres Républiques socialistes soviétiques issues de l'ex-Empire russe.
Le nouvel État normalise progressivement ses relations internationales : dès 1922, le traité de Rapallo établit des relations diplomatiques et commerciales avec l'Allemagne de Weimar. L'ensemble des pays occidentaux noue ensuite des contacts avec l'URSS. À partir de 1924, Staline s'oppose à la ligne de Trotski ; ce dernier prône une , soit l'exportation à court terme du modèle soviétique par le biais d'une révolution internationale, condition indispensable à ses yeux pour bâtir le . Staline impose au contraire la politique du , qui vise à consolider en priorité le dans la seule URSS afin de se donner les moyens de réaliser plus tard la révolution mondiale.
Dans l'ensemble de l'Europe, les partis socialistes et sociaux-démocrates sont divisés entre partisans et adversaires de la Révolution d'Octobre. En Finlande, toute juste indépendante, une guerre civile oppose, de janvier à mai 1918, les - la faction radicale du Parti social-démocrate de Finlande - soutenus par les bolcheviks et les soutenus par l'Empire allemand : les révolutionnaires sont vaincus et, réfugiés en Russie, y constituent le Parti communiste de Finlande. En Allemagne, la chute de l'Empire est accompagnée par une vive opposition entre les sociaux-démocrates réformistes et les révolutionnaires spartakistes. Le chef du gouvernement provisoire Friedrich Ebert s'en tient à une ligne légaliste, tandis que les dirigeants spartakistes Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg s'opposent à la démocratie parlementaire et prônent une , soit un régime dirigé par les conseils ouvriers. Le 1er janvier 1919, les spartakistes fondent le Parti communiste d'Allemagne (KPD). Le lendemain, une manifestation ouvrière provoque des affrontements à Berlin : Liebknecht, emporté par le mouvement, appelle à renverser le gouvernement. Le soulèvement berlinois de janvier 1919 est vite écrasé par le gouvernement social-démocrate appuyé par les Corps francs. La répression est sanglante ; Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont eux-mêmes assassinés par des militaires.
D'autres mouvements favorables à la révolution russe apparaissent en Europe, qu'ils prennent d'emblée ou non le nom de . Le Parti socialiste italien, dont les ont pris le contrôle, passe dans les rangs révolutionnaires. L'Italie entre dans la période d'agitation politique et de grèves sauvages appelée le "biennio rosso" (« deux années rouges »)