(1) Cérès

Cérès, officiellement désignée par (1) Cérès (désignation internationale "(1) Ceres"), est la plus petite planète naine reconnue du Système solaire ainsi que le plus gros astéroïde de la ceinture principale ; c'est d'ailleurs la seule planète naine située dans la ceinture d'astéroïdes. Elle fut découverte le par Giuseppe Piazzi et porte le nom de la déesse romaine Cérès.
Avec un diamètre d'environ , Cérès est l'objet le plus grand et le plus massif de la ceinture d'astéroïdes située entre les orbites des planètes Mars et Jupiter. Elle constitue le tiers de la masse totale de la ceinture. Des observations ont révélé qu'elle possède une forme sphérique, à la différence des corps plus petits qui ont une forme irrégulière. Sa surface est probablement composée d'un mélange de glace d'eau et de divers ou l'argile. Il semble que Cérès possède un noyau rocheux et un manteau de glace. Elle pourrait héberger un océan d'eau liquide, ce qui en fait une piste pour la recherche de vie extraterrestre. Cérès est entourée d'une atmosphère ténue contenant de la vapeur d'eau, ce qui a été confirmé le par l'observatoire spatial "Herschel" de l'Agence spatiale européenne. Avec une magnitude apparente qui évolue entre 6,7 et 9,3 dans le spectre visible, Cérès n'est pas observable à l'œil nu.
Le , la sonde spatiale ' de la NASA a été lancée afin de l'explorer. Après avoir étudié l'astéroïde Vesta en 2011-2012, elle a été dirigée vers Cérès, autour de laquelle elle s'est mise en orbite à d'altitude le . Du 9 mai au 6 juin, son système de propulsion ionique a été rallumé pour abaisser l'orbite à . Du 6 août au 15 octobre, l'orbite de "Dawn" a été une nouvelle fois abaissée à . À la fin de l'année, et pour la troisième fois, l'altitude a été fortement réduite : depuis le 8 décembre, la sonde survole Cérès à , altitude qu'elle conservera jusqu'à l'épuisement de son carburant.
L'idée selon laquelle une planète inconnue pourrait exister entre les orbites de Mars et Jupiter fut proposée pour la première fois par Johann Elert Bode en 1768. Ses suggestions étaient basées sur la loi de Titius-Bode, une théorie désormais obsolète proposée par Johann Daniel Titius en 1766. Selon cette loi, le demi-grand axe de cette planète aurait été d'environ . La découverte d'Uranus par William Herschel en 1781 accrut la confiance dans la loi de Titius-Bode et, en 1800, vingt-quatre astronomes expérimentés combinèrent leurs efforts et entreprirent une recherche méthodique de la planète proposée. Le groupe était dirigé par Franz Xaver von Zach. Bien qu'ils n'aient pas découvert Cérès, ils trouvèrent néanmoins plusieurs autres astéroïdes.
Cérès fut observée pour la première fois le par Giuseppe Piazzi, alors directeur de l'observatoire astronomique de Palerme en Sicile. Piazzi découvrit Cérès par accident, alors qu'il cherchait à observer la du "Catalogue d'étoiles zodiacales" de Nicolas-Louis de Lacaille. À la place de cette étoile, aujourd'hui identifiée à , Piazzi observa un objet se déplaçant sur la voûte céleste, qu'il prit d'abord pour une comète.
Piazzi observa Cérès 24 fois, la dernière fois le 11 février. Le , Piazzi annonça sa découverte par des lettres à plusieurs collègues italiens, parmi lesquels Barnaba Oriani à Milan. Il la décrivit comme une comète, mais remarqua que « puisque son mouvement est lent et uniforme, il m'a semblé à plusieurs reprises qu'il pourrait s'agir de quelque chose de mieux qu'une comète. » En avril, Piazzi envoya ses observations complètes à Oriani, Bode et Lalande à Paris. Elles furent publiées dans l'édition de septembre 1801 du "Monatliche Correspondenz".
Peu après sa découverte, Cérès s'approcha trop près du Soleil et ne put être observée à nouveau ; les autres astronomes ne purent confirmer les observations de Piazzi avant la fin de l'année. Cependant, après une telle durée, il était difficile de prédire la position exacte de Cérès. Afin de retrouver l'astéroïde, Carl Friedrich Gauss développa une méthode de réduction d'orbite basée sur trois observations. En l'espace de quelques semaines, il prédit celle de Cérès et communiqua ses résultats à Franz Xaver von Zach, éditeur du "Monatliche Correspondenz". Le , von Zach et Heinrich Olbers confirmèrent que Cérès avait été retrouvé près de la position prévue, validant ainsi la méthode.
À l'origine, Piazzi suggéra d'appeler cet objet « Cérès Ferdinandéa » (en italien : '), d'après la déesse romaine Cérès et le roi Ferdinand III de Sicile. Cérès était la déesse protectrice de la Sicile et Ferdinand III (qui devint Ferdinand des Deux-Siciles en 1816) était son mécène, alors réfugié à Palerme car le royaume de Naples (dont il était également roi) avait été conquis par les armées françaises en 1798. Par la suite, pour des considérations diplomatiques, seule la première partie du nom fut conservée. Cérès fut également appelé Héra en Allemagne pendant une brève période. En Grèce, elle est appelée (', Déméter), d'après le nom en grec moderne de la déesse grecque équivalente à Cérès. Lorsque le nom « Déméter » fut attribué à son tour à l'astéroïde (1108) Déméter, cela créa un problème dans la langue grecque, qui fut résolu en utilisant le nom en grec ancien pour le nouvel objet : (""). 
La désignation des astéroïdes implique de donner aux corps dont l'orbite est connue avec certitude un numéro définitif. À Cérès, en tant que premier membre découvert de la ceinture d'astéroïdes, fut rétrospectivement attribué le numéro 1. Sa désignation scientifique officielle complète est donc (1) Cérès, ou éventuellement 1 Cérès. Les premiers astéroïdes découverts possèdent un symbole astronomique et celui de Cérès est un arc de cercle avec une croix pointant vers le bas et représentant une faucille, rappelant le fait qu'elle tire son nom de celui d'une déesse de l'agriculture : . En codage informatique des caractères, ce symbole est présent dans la table Symboles divers du standard Unicode au code 26B3 depuis mars 2008 (Unicode 5.1.0).
L'élément chimique cérium (numéro atomique 58) fut découvert en 1803 par Berzelius et Klaproth, travaillant indépendamment. Berzelius le nomma d'après l'astéroïde. Le palladium fut également nommé d'après Cérès à l'origine, mais son découvreur changea son nom après que le Cérium eut son nom définitif ; le palladium fait référence à un autre astéroïde, Pallas.
La classification de Cérès a changé plus d'une fois et a été le sujet de controverses. Johann Elert Bode pensait que Cérès était la « planète manquante » dont il avait postulé l'existence entre Mars et Jupiter, à une distance de du Soleil. Il lui fut attribué un symbole planétaire et Cérès demeura listé comme planète dans les livres et tables d'astronomie (avec Pallas, Junon et Vesta) pendant un demi-siècle jusqu'à ce que d'autres astéroïdes soient découverts.
Au fur et à mesure que de nombreux autres objets furent découverts dans la région, les astronomes réalisèrent que Cérès n'était que le premier d'une classe de corps similaires. Ils se révélèrent très petits, ne présentant aucun disque observable, et William Herschel inventa en 1802 le terme d'« astéroïde » (c'est-à-dire « ressemblant à une étoile ») afin de les désigner, écrivant qu'« ils ressemblent tellement à de petites étoiles qu'il est difficile de faire la différence, même avec de très bons télescopes ». Cérès étant le premier astéroïde découvert, il fut désigné par "(1) Cérès "dans le système moderne de numérotation des astéroïdes dans les années 1850.
En 2006, le débat concernant le statut de Pluton et la définition du terme "planète" conduisit à reconsidérer le statut de Cérès. L'une des propositions de définitions présentées devant l'Union astronomique internationale pour la définition d'une planète (un corps en équilibre hydrostatique en orbite autour d'une étoile et n'étant ni une étoile, ni un satellite d'une planète) aurait fait de Cérès la cinquième planète à partir du Soleil. Cette définition ne fut pas adoptée. La définition finale fut annoncée le , ajoutant qu'une planète devait avoir « nettoyé son voisinage ». Cérès fut alors catégorisé comme planète naine.
Les observations suggèrent que Cérès est issue d'une protoplanète, un embryon planétaire qui s'est formé il y a 4,57 milliards d'années dans la ceinture d'astéroïdes. Tandis que la majorité des protoplanètes furent éjectées du Système solaire par Jupiter ou rentrèrent en collision entre elles en formant les planètes telluriques, Cérès a survécu relativement intact. Dans la ceinture d'astéroïdes, Pallas et Vesta pourraient également être d'anciennes protoplanètes mais ne possèdent pas une forme sphérique — dans le cas de Vesta, cette difformité pourrait être principalement due à un impact majeur après son accrétion.
Peu après sa formation, Cérès s'est différencié entre un noyau rocheux et un manteau de glace, en raison de l'échauffement provoqué par l'accrétion et peut-être par la désintégration de radioisotopes disparus depuis lors, comme Al. Ce processus provoqua un volcanisme d'eau et une tectonique, qui firent disparaître de nombreuses caractéristiques géologiques. Cependant, Cérès se refroidit par la suite en raison de l'épuisement rapide des sources de chaleur. La glace de la surface s'est graduellement sublimée, laissant derrière elle divers minéraux hydratés : argile et carbonates. Cérès est désormais un corps géologiquement mort dont la surface n'est plus sculptée que par des impacts.
L'existence de quantités significatives de glace d'eau dans Cérès a soulevé la possibilité d'une couche d'eau liquide (éventuellement déjà solidifiée). Cette couche hypothétique, parfois appelée un océan, est - ou était - probablement située entre le noyau et le manteau de glace comme sur Europe. L'existence d'un océan est plus probable si de l'ammoniac ou d'autres substances dissoutes (comme des sels) agissant comme antigel, sont présentes dans l'eau. L'existence possible d'eau liquide dans Cérès en fait une cible potentielle des recherches de vie extraterrestre.
Cérès est située sur une orbite héliocentrique entre Mars et Jupiter, au sein de la ceinture d'astéroïdes principale. Sa période est de . Son orbite est modérément inclinée (10,6° par rapport au plan de l'écliptique, à comparer à pour Mercure et pour Pluton) et faiblement excentrique (0,08, celle de Mars vaut 0,09). Les observations effectuées par Hubble en 2003-2004 permirent de déterminer que le pôle Nord de Cérès pointe (à près) dans la direction d'ascension droite et de déclinaison +, dans la constellation du Dragon ; l'inclinaison de l'axe de Cérès est très faible (environ ).
La distance moyenne au Soleil est de 2,983 unités astronomiques.
Par le passé, Cérès était considéré comme membre d'une famille d'astéroïdes, un regroupement d'astéroïdes qui partagent des éléments orbitaux similaires et peuvent avoir une origine commune (par exemple, à la suite d'une collision). Cérès possède cependant des propriétés spectrales distinctes des autres membres de cette famille et ce regroupement est désormais appelé famille de Gefion, d'après son membre possédant le numéro le plus petit, (1272) Gefion. Cérès est simplement un intrus dans cette famille, partageant des éléments orbitaux mais pas une origine commune.
Avec de diamètre, Cérès est de loin le plus grand objet de la ceinture d'astéroïdes (le plus grand membre de la ceinture après Cérès est Vesta et mesure un peu moins de dans sa plus grande dimension). Il ne s'agit pas en revanche du plus grand objet du Système solaire en dehors des planètes et de leurs satellites : la ceinture de Kuiper contient plusieurs objets plus grands, comme Pluton, Quaoar ou Orcus. Le plus grand objet est l'objet épars Éris.
La masse de Cérès a été déterminée en analysant son influence sur de petits astéroïdes. Cette valeur diffère cependant suivant les auteurs. La valeur la plus souvent citée est d'environ . La masse de Cérès forme donc le tiers de la masse totale estimée de tous les astéroïdes de la ceinture principale ().
Cérès a une taille et une masse suffisantes pour être proche de l'équilibre hydrostatique et est donc de forme quasi-sphérique. Les autres grands astéroïdes tels que Pallas, Junon et Vesta sont nettement plus irréguliers.
La pesanteur à la surface de Cérès est estimée à 3 % de celle de la Terre, soit une accélération de la gravité de (un corps qui chute à la surface de Cérès accélère de chaque seconde).
La composition de la surface de Cérès est largement similaire, mais pas identique, à celle des astéroïdes de type C. Le spectre infrarouge de Cérès fait apparaître des matériaux hydratés qui indiquent la présence de quantités significatives d'eau à l'intérieur de l'objet. Parmi les autres possibles constituants de la surface, il y aurait de l'argile riche en fer (cronstedtite) et des composés carbonatés (dolomite et sidérite), minéraux courants dans les météorites chondrites carbonées. Les caractéristiques spectrales des carbonates et de l'argile sont généralement absentes du spectre des autres astéroïdes de type C. Cérès est parfois classifié comme un astéroïde de type G.
La surface de Cérès est relativement chaude. La température diurne maximale fut estimée à (environ -38 °C) le . En tenant compte de la distance de Cérès au Soleil lors de cette mesure, il fut possible d'estimer que la température maximale est d'environ (environ ) au périhélie. Quelques indices laissent à penser que Cérès possède une atmosphère ténue et du givre. Des observations dans l'ultraviolet effectuées par le télescope IUE ont détecté de la vapeur d'eau près du pôle nord.
Il existe divers points singuliers de nature incertaine à la surface de Cérès. Les photographies ultraviolettes en haute résolution prises par le télescope spatial Hubble en 1995 montrèrent un point sombre sur sa surface, qui fut surnommé « Piazzi » en l'honneur du découvreur de Cérès et dont on pensait qu'il s'agissait d'un cratère. Des images ultérieures, prises en plus haute résolution par le télescope Keck par optique adaptative sur une rotation complète, ne montrèrent aucun signe de « Piazzi ». Cependant, deux zones sombres semblaient se déplacer avec la rotation de la planète naine, l'une d'entre elles possédant une région centrale brillante. Les scientifiques ont émis l'hypothèse qu'il s'agit également de cratères. Les images les plus récentes, prises par Hubble en lumière visible en 2003 et 2004, mettent en évidence onze points singuliers de nature inconnue à la surface de Cérès. L'une de ces zones correspond à « Piazzi ». Les zones de faible albédo observées par Keck n'ont pas pu être identifiées sur ces images.
Autres curiosités découvertes par la sonde Dawn en 2015 : le "Mont Ahuna", une montagne de forme conique et d'environ d'altitude et surtout de mystérieuses taches claires au fond de différents cratères, dont les plus spectaculaires sont celles du cratère "Occator", large de et que l'on retrouve également sur le cratère "Kupalo" ( de diamètre), photographié le à d'altitude. Parmi les autres cratères particulièrement étudiés : ' ( de diamètre), ' ( de diamètre), "Dantu" ( de diamètre, typique pour son sol fracturé), "Ikapati" ( de diamètre) et "Haulani" ( de diamètre), dont les survols sont reconstitués dans un film réalisé par la NASA en images de synthèse.
Peter Thomas de l'Université Cornell a émis l'hypothèse selon laquelle l'intérieur de Cérès est différencié. Son aplatissement semble trop faible pour un corps indifférencié, ce qui indique qu'il est constitué d'un noyau rocheux entouré d'un manteau glacé. Ce manteau, d'une épaisseur de , pourrait contenir d'eau (16 à 26 % de la masse de Cérès), soit plus que la totalité de l'eau douce sur Terre.
Le , l'Agence spatiale européenne a annoncé la première détection de vapeur d'eau dans l'atmosphère de Cérès.
Lorsque Cérès est en opposition à proximité de son périhélie, il peut atteindre une magnitude apparente de . On considère généralement que cette valeur est trop faible pour que l'objet soit visible à l'œil nu, mais il est néanmoins possible pour une personne dotée d'une excellente vue et dans des conditions d'observation exceptionnelles de percevoir la planète naine. Les seuls astéroïdes pouvant atteindre une telle magnitude sont Vesta et, pendant de rares oppositions à leur périhélie, Pallas et Iris. Au maximum de sa luminosité, Cérès n'est pas l'astéroïde le plus brillant ; Vesta peut atteindre la magnitude , la dernière fois en mai et juin 2007. Aux conjonctions, Cérès atteint la magnitude de , ce qui correspond aux objets les moins lumineux qui puissent être visibles à l'aide de jumelles 10×50. La planète naine peut donc être vue aux jumelles dès qu'elle est au-dessus de l'horizon par une nuit noire. Pallas et Iris sont invisibles aux jumelles par de petites élongations.
Le tableau suivant résume les phases d'observabilité de Cérès entre 2006 et 2017.
Les événements suivants figurent parmi les principales observations de Cérès : 
Cérès constitue le deuxième objectif de la sonde "Dawn", après l'astéroïde Vesta. Lancée en septembre 2007, et après avoir tourné autour de Vesta de juillet 2011 à septembre 2012, la sonde a été dirigée vers Céres, autour de laquelle elle s'est mise en orbite le , située à une altitude de . Par la suite, son orbite a été rabaissée à trois reprises en 2015.
Le 9 mai, son système de propulsion ionique a été rallumé afin de rabaisser son orbite à , altitude qu'elle a atteint le 6 juin. Par la suite, la sonde a envoyé des photographies d'une importante élévation ( d'altitude) de forme conique (et non pyramidale comme il a souvent été écrit). Les images ont été diffusées par la NASA quelques jours plus tard.
Début août, l'altitude a été abaissée à et le 19, de nouvelles photographies ont été envoyées.
Début décembre, Dawn a encore réduit progressivement sa distance, jusqu'à atteindre l'altitude de le 8. Les images qu'elle envoie depuis sont d'une précision inégalée.
Parmi les instruments, la sonde compte une caméra, un spectromètre infrarouge et dans le visible, ainsi qu'un détecteur de rayons gamma et de neutrons. Ils servent à examiner la forme de la planète naine et ses différents éléments.
Détails de Céres
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