Emanuel Lasker

Emanuel Lasker ( à Berlinchen, Prusse (aujourd'hui en Pologne) - à New York) est un joueur d'échecs et un mathématicien allemand. Champion du monde d'échecs, il est vu comme un joueur qui préfère affronter psychologiquement l'adversaire. Depuis la création officielle du titre de champion du monde, en 1886, il est celui qui l'a conservé le plus longtemps, de 1894 à 1921, soit 27 ans.
Emanuel Lasker naquit en 1868 à Berlinchen. À l'âge de 11 ans, il vint à Berlin où il étudia les mathématiques avec son frère aîné Bertold Lasker (huit ans plus vieux). Son frère lui apprit à jouer aux échecs.
Après quelques succès en Allemagne en 1889, Lasker partit en Angleterre en 1890 et y remporta de nombreux matches, notamment contre Bird, Mieses et Blackburne. En 1894, il lança un défi au maître Siegbert Tarrasch qui venait de remporter plusieurs très forts tournois, mais Tarrasch refusa de l'affronter en match, qualifiant ses succès de .
Joueur professionnel d'échecs, Emanuel Lasker était docteur en mathématiques et fit des études en philosophie.
En 1895, Lasker avait publié deux articles de mathématiques en algèbre commutative où il étudiait la décomposition primaire des idéaux d'un anneau. Sur les conseils de David Hilbert, il reprit ses travaux et soutint sa thèse le 31 janvier 1900 à Erlangen. En 1905, il publia un article important qui fut développé par Emmy Noether.
En 1906, 1913 et 1918, Lasker publia un article et des livres où il exposait ses idées en philosophie. Il publia en 1940 un livre de sociologie : "La Communauté du futur" où il exprimait ses idées de réforme.
Emanuel Lasker était un ami d'Albert Einstein qui regrettait qu'un aussi grand esprit se soit abandonné aux échecs.
Lasker et Einstein eurent des discussions sur la théorie de la relativité. Einstein écrivit l'introduction de la biographie de Lasker "The Life of a Chess Master" par Jacques Hannak (1952).
Qu'importe pour Lasker, il partit en Amérique où résidait Wilhelm Steinitz. Il mit fin au règne du premier champion du monde avec le score 12–7 (+10 -5 =4).
La première sortie de Lasker en tant que champion du monde fut décevante : en 1895, il termina troisième du tournoi d'Hastings derrière Tchigorine et le surprenant vainqueur Pillsbury.
En 1895-1896, Lasker prit le dessus sur ses principaux adversaires en gagnant le tournoi de Saint-Pétersbourg devant Steinitz, Pillsbury et Tchigorine (Tarrasch n'avait pu participer au tournoi). Dans ce tournoi, les joueurs affrontaient six fois chacun de leurs adversaires. Lasker remporta ensuite le tournoi de Nuremberg en 1896.
En 1896-1897, Lasker gagna la revanche du championnat du monde contre Wilhelm Steinitz, disputée à Moscou, sur un score encore plus sévère que le premier match : 12,5–4,5 (+10 –2 =5).
Après une victoire au tournoi de Londres en 1899 où il s'imposa avec 4,5 points d'avance, Lasker remporta aisément le tournoi organisé à Paris pour l'exposition universelle de 1900.
Les apparitions de Lasker dans les tournois étaient rares car ses prétentions financières étaient élevées : Lasker voulait s'assurer de quoi vivre. C'est pourquoi il ne revint dans les tournois qu'en 1904. Il fut devancé au tournoi de Cambridge Springs par Frank James Marshall et perdit deux parties. En 1907, il accepta le défi du joueur américain pour un championnat du monde, le premier depuis 10 ans. Lasker s'imposa sans difficulté (+8 -0 =7). En 1908, le match tant attendu avec Tarrasch eut lieu : Lasker l'emporta aisément (+8 -3 =5) et affirma sa suprématie dans son pays.
L'année 1909 fut active pour Lasker : il dut s'employer pour remporter le tournoi de Saint-Pétersbourg, à égalité avec Akiba Rubinstein contre qui il s'inclina. Puis deux matches contre David Janowski : l'un s'achèva par la nulle (+2 -2), l'autre par une nette victoire (+7 -1 =2) qu'on qualifia à tort de championnat du monde.
En 1910, Lasker remit une nouvelle fois son titre en jeu, contre l'Autrichien Carl Schlechter. Il fut pourtant bien près de le perdre contre un joueur réputé pacifique : dans un match en 10 parties, Schlechter devait s'imposer avec 2 points d'écart (il n'y a cependant aucune preuve formelle de cette règle). Il remporta la et toutes les autres étaient nulles avant la . Lasker se trouva en difficulté mais lui tendit un piège et Schlechter trébucha. Lasker devint le premier champion du monde à conserver son titre par match nul (+1 -1 =8). Il proposa cependant de continuer le match mais Schlechter déclina l'offre. La même année, Lasker retrouva David Janowski qui fit encore moins le poids que l'année précédente : 8 victoires et 3 nulles pour le champion du monde.
La sortie suivante de Lasker fut à Saint-Pétersbourg en mai 1914. Son adversaire le plus redoutable fut José Raúl Capablanca, dont les succès et le style impressionnaient le monde des échecs par sa simplicité. Le Cubain prit l'avantage au début du tournoi mais dans la deuxième partie finale, Lasker revint très fort et le battit pour finalement le devancer. La Première Guerre mondiale éclata quelques semaines plus tard.
En 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale, Lasker remporta le tournoi à quatre de Berlin devant Rubinstein, Schlechter et Tarrasch.
Après la grande guerre, Capablanca lança un défi à Lasker. Son pays vaincu, il voulut abandonner son titre sans jouer, mais la bourse proposée à La Havane le convainquit de disputer ce match. Fatigué par le climat cubain, déprimé par la supériorité de Capablanca, Lasker abandonna le match après 14 parties (+0 –4 =10).
Après sa défaite contre Capablanca en 1921, Lasker continua à jouer. En 1923, il remporta le tournoi de Mährisch-Ostrau, et en 1924, il remporta encore le prestigieux Tournoi d'échecs de New York 1924 devant Capablanca et Alexandre Alekhine. L'année suivante, il finit deuxième au tournoi de Moscou 1925 derrière Efim Bogoljubov mais devant une fois encore Capablanca. Il s'ensuivit neuf années sans jouer : il ne fut pas invité au tournoi d'échecs de New York 1927.
L'accession d'Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne poussa Lasker à l'exil, lui qui était juif. 
En juillet 1934, à 65 ans, il accepta l'invitation pour disputer le tournoi anniversaire du club de Zurich avec la participation du champion du monde Alekhine, de Max Euwe, Salo Flohr, Efim Bogoljubov, Aaron Nimzowitsch et Stahlberg. Lasker termina cinquième avec 10 points sur 15 (neuf victoires, trois défaites et deux nulles).
La ferme que possédait Lasker à Thyrow en Allemagne fut confisquée par les nazis ainsi que l'argent sur son compte bancaire. En 1935, il accepta l'invitation de disputer le tournoi de Moscou en février-mars 1935. À la fin du tournoi, où il finit troisième (devant Capablanca), il décida de rester à Moscou. L'année suivante, il disputa le tournoi de Moscou organisé en mai-juin 1936 qui opposa cinq soviétiques (Botvinnik, Ragozine, Kan, Levenfish et Rioumine) à cinq maîtres étrangers (Capablanca, Lasker, Flohr, Lilienthal et Eliskases) ; Lasker termina sixième. 
Son dernier tournoi eut lieu à Nottingham en août 1936 : il termina septième à l'âge de 67 ans. À la fin du tournoi, Lasker retourna à Moscou.
Lasker, qui se considérait désormais comme citoyen de l'Union soviétique, quitta Moscou en octobre 1937 pour un voyage aux États-Unis, mais il ne revint pas. Il passa par les Pays-Bas et quitta l'Europe pour s'installer à Chicago puis à New York. En décembre 1940, il fut victime d'un malaise pendant un cours ; il mourut le 11 janvier 1941.
Doté d'un style éclectique, il savait s'adapter au style de jeu de son partenaire pour le battre, même s'il fallait prendre le risque de perdre la partie. Comme José Raúl Capablanca, qui l'a dépossédé du titre de Champion du monde, il était un très fort joueur de finales. Cela l'a amené à tenir grand compte de la structure de pions dans l'ouverture. On peut notamment le créditer d'un rôle de pionnier dans l'étude de la variante Svechnikov, anciennement dénommée variante Lasker-Pelikan.
. Michel Roos a affirmé que Lasker était l'initiateur de l'école psychologique ou berlinoise, soit .
Il arriva à Lasker, durant sa carrière, d'abandonner pendant quelque temps les échecs. Pour Lasker, jouer aux échecs était un métier comme un autre. Si la récompense pour l'effort fourni en valait la peine, il était prêt à jouer, sinon il vaquait à autre chose. Il fut ainsi membre de l'équipe d'Allemagne de bridge au championnat du monde et fut maître du jeu de go, tout comme il termina son doctorat en mathématiques pendant son règne sur les échecs. Il inventa un jeu baptisé le qui se disputait sur un quadrillage et où chacun des adversaires occupait un quart de la surface avec une pièce nommée la et plusieurs pièces appelées .
Les tables suivantes donnent les résultats et les scores de Emanuel Lasker dans les tournois et les matchs. La notation (+6 –4 =13) signifie : six victoires, quatre défaites et treize parties nulles.
En 1902, Lasker obtint le diplôme de docteur en mathématiques.
Les années 1911-1913 virent l'émergence d'une nouvelle génération de jeunes joueurs : Rubinstein, Capablanca, Alekhine.
De 1911 à 1920, Lasker ne disputa aucun match de championnat du monde.
En 1908, lors des discussions pour organiser le match avec Siegbert Tarrasch, il déclara qu'il n'avait aucun sentiment de haine envers son adversaire. Ce dernier répliqua : « Monsieur, je n'ai que deux mots à vous dire : échec et mat ».
Lors du tournoi de Londres en 1899, Lasker fut surpris par le coup joué par Joseph Henry Blackburne, un sacrifice de tour. Il laissa échapper le verre qu'il tenait, qui se brisa sur le sol et perdit plus tard la partie.
Lasker fonda deux magazines d'échecs :
1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5 d6 4. d4 Fd7 5. Cc3 Cge7 6. dxe5 dxe5 7. Fg5 h6 8. Fxc6 bxc6 9. Fe3 Cg6 10. Dd3 Fd6 11. Cd2 Ce7 12. Cc4 Cc8 13. 0-0-0 De7 14. f4 f6 15. fxe5 fxe5 16. Thf1 De6 17. Ca4 De7 18. Fc5 Fxc5 19. Cxc5 Fg4 20. Td2 Cb6 21. Ca6 Tf8 22. Ca5 Txf1+ 23. Dxf1 Td8 24. Cxc6 Txd2 25. Cxe7 Td1+ 26. Dxd1 Fxd1 27. Cc6 Fe2 28. Cc5 Ff1 29. g3 Cc4 30. Cxa7 Fg2 31. Cc6 Cd6 32. Cxe5 Cxe4 33. Cxe4 Fxe4 34. Cd3 Re7 35. Rd2 Rd6 36. Rc3 Fd5 37. Rd4 g5 38. c4 Fg2 39. b4 h5 40. b5 h4 41. gxh4 gxh4 42. c5+ Rd7 43. a4 Rc8 44. c6 Rb8 45. Ce5 Ra7 46. Rc5 Fh3 47. Cd7 1-0 (après 47...Ff1 48. a5, il peut suivre notamment: 48...Fxb5 49. Rxb5 suivi de 50. a6 et 51. Cb6(+) Rb8 52. Cd5).
1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5 a6 4. Fxc6 dxc6 5. d4 exd4 6. Dxd4 Dxd4 7. Cxd4 Fd6 8. Cc3 Ce7 9. O-O O-O 10. f4 Te8 11. Cb3 f6 12. f5 b6 13. Ff4 Fb7 14. Fxd6 cxd6 15. Cd4 Tad8 16. Ce6 Td7 17. Tad1 Cc8 18. Tf2 b5 19. Tfd2 Tde7 20. b4 Rf7 21. a3 Fa8 22. Rf2 Ta7 23. g4 h6 24. Td3 a5 25. h4 axb4 26. axb4 Tae7 27. Rf3 Tg8 28. Rf4 g6 29. Tg3 g5+ 30. Rf3 Cb6 31. hxg5 hxg5 32. Th3 Td7 33. Rg3 Re8 34. Tdh1 Fb7 35. e5!! dxe5 36. Ce4 Cd5 37. C6c5! Fc8 38. Cxd7 Fxd7 39. Th7 Tf8 40. Ta1 Rd8 41. Ta8+ Fc8 42. Cc5 1-0.
Richard Réti - Lasker, Vienne, simultanée à la pendule, 1908, défense des deux cavaliers.
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Cf6 4.d4 exd4 5.O-O Cxe4 6.Te1 d5 7.Fxd5 Dxd5 8.Cc3 Dd8 9.Cxe4 Fe6 10.c3 dxc3 11.Db3? (11. Dc2 est meilleur) Fb4 (évidemment pas 11. ... Fxb3. 12 Cf6 mat) 12.Ceg5 cxb2 (15. ... 0-0? 13. Cxe6 fxe6 14. Txe6 Rh8 15. bxc3) 13.Cxe6?? (13. Fxb2 est meilleur, si Fxe1 14. Txe1) bxa1=D 14.Cxd8+ Fxe1 15.Cxc6 Dxc1 0-1.