Pablo Picasso

Pablo Ruiz Picasso, né à Malaga (Espagne) le et mort le à Mougins (Alpes-Maritimes, France), est un peintre, dessinateur et sculpteur espagnol ayant passé l'essentiel de sa vie en France. 
Artiste utilisant tous les supports pour son travail, il est considéré comme le fondateur du cubisme avec Georges Braque et un compagnon d'art du surréalisme. Il est l'un des plus importants artistes du , tant par ses apports techniques et formels que par ses prises de positions politiques. Il a produit près de œuvres dont tableaux, sculptures, céramiques, dessins, tapisseries, carnets de croquis et estampes (gravures, lithographies, etc.).
Pablo Picasso naît à 23 h 15, au 36, place de la Merced (aujourd'hui ), à Malaga. Il est le premier enfant de José Ruiz y Blasco, alors professeur de peinture à l'école provinciale des Arts et métiers de la ville dite « San Telmo », et de María Picasso López, une fille de vignerons. Son nom complet est "Pablo Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Cipriano de la Santísima Trinidad Mártir Patricio Ruiz y Picasso".
Le nom de "Picasso", qui n'est pas espagnol, serait selon certains auteurs d'origine italienne. Un de ses arrière-grands-pères est né à Sori dans la région de Gênes. En revanche, selon Robert Maillard, la famille ne serait pas originaire d'Italie. Pablo avait deux sœurs (Maria de Los Dolorès, dite « Lola », née en 1884, et Maria de la Concepción, dite « Conchita », née en 1887), mais aucun frère.
En 1891, le musée provincial de Malaga dont José Ruiz Blasco était le conservateur, ferme ses portes, ce qui oblige le père à trouver d'autres moyens de subsistance. La famille déménage à La Corogne et José Ruiz Blasco occupe un poste de professeur au lycée Da Guarda. La mort de sa sœur Conchita d'une diphtérie en janvier 1895 traumatise Picasso et son vœu d'arrêter la peinture si sa sœur guérit n'étant pas exaucé, il se réfugie dans son art. Son père est alors nommé professeur à La Llotja de Barcelone, en 1895.
Picasso, encouragé par son père qui lui accorde toute confiance, peint ses tout premiers tableaux à l'âge de huit ans, son préféré étant "Le Petit Picador jaune" (1889), sa première peinture à l'huile, dont il refusera toujours de se séparer. Pendant l'été 1895, Pablo découvre Madrid et Barcelone et passe ses vacances à Malaga et revient par la mer à Barcelone. À cette occasion, il réalise des marines du voyage. C'est durant l'hiver 1895 qu'il peint sa première grande toile académique : "La Première Communion". L'année suivante, il entre à l'école des Beaux-Arts de Barcelone. Il signe ses premières œuvres "Ruiz-Picasso" avant d'opter pour "P.R.-Picasso" puis définitivement pour "Picasso" en 1901, à cause de l'étrangeté du nom et du digraphe "ss" inusité en espagnol.
À Barcelone en 1896, il est reçu à l'École de la Llotja, où enseigne son père, ayant exécuté en un jour le sujet de l'examen pour lequel on laisse généralement un mois aux candidats. C'est en 1896 qu'il peint "L'Enfant de chœur". Don José lui loue alors un atelier, rue de la Plata, qu'il partage avec son ami peintre Manuel Pallarès, et où il peint "Science et charité" (1896), l'une de ses plus importantes toiles d'enfance. Pour cette œuvre, son père a imaginé la composition qui représente une malade couchée sur un grabat, assistée d'un docteur (Picasso réalisera le portrait de son père) et d'une religieuse. Ce tableau reçoit à l'exposition des Beaux-Arts de Madrid une mention honorifique. Il est fortement influencé par le modernisme catalan à cette époque. Dès l'âge de quinze ans, Manuel Pallarès l'initie précocement aux bordels du barrio chino de Barcelone. C'est dans ces lieux qu'il réalise de nombreux feuillets, dessins et aquarelles érotiques dont le sujet subversif se retrouvera dans la sensualité de ses dessins ou tableaux ultérieurs.
En , Picasso part étudier à Madrid et réussit en octobre le concours d'entrée à l'académie royale de San Fernando. Cependant l'enseignement de l'institution ne lui plaît pas et il renonce à suivre les cours. En , il retourne à Barcelone, puis part pour Horta de Sant Joan, le village de son ami Pallarès, situé près de la ville de Gandesa où il partage la vie des paysans. Plus tard, il dira : En avril 1899, il est de nouveau de retour à Barcelone, où il s'installe au 1, rue des Escudillers. Picasso fréquente alors le cabaret Els Quatre Gats, phare de la bohème, créé en référence au Chat Noir de Paris. Là, il rencontre notamment Miguel Utrillo, et se lie d'amitié avec le poète Jaime Sabartés, Carlos Casagemas, le peintre Opisso, le sculpteur Julio Gonzalez. Une exposition de ses peintures se tient dans le cabaret le . 
Picasso voit sa toile, "Les Derniers Moments", représenter l'Espagne à l'Exposition universelle de 1900 à Paris . Il part, avec Casagemas dont il est très proche, pour la capitale française où il s'installe dans l'atelier du peintre Nonell à Montmartre. Picasso s'y imprègne de l'atmosphère du Moulin de la Galette et rencontre le marchand Pedro Mañach, ainsi que Berthe Weill qui lui achète trois scènes de tauromachie, les premières toiles qu'il vend à Paris. Réalisant des œuvres de commande, il vend également quelques pastels à des amateurs. Il rentre à Barcelone le 20 décembre, avec Casagemas que le peintre emmène avec lui jusqu'à Malaga pour le sortir de sa mélancolie. À la mi-, Picasso part pour Madrid. Le 17 février, Casagemas, après avoir tenté de tuer son amante Germaine, qui était une danseuse volage du Moulin rouge, se suicide à Paris. Picasso, bouleversé par la mort de son ami, peindra un tableau clé, "La Mort de Casegemas", dont il dira qu'il a conditionné grandement son passage à la période bleue, empreinte de douleur, de tristesse et faisant référence aux grands maîtres espagnols. En , il retourne à Barcelone puis, en mai, il repart à Paris et s'installe au 130 ter, boulevard de Clichy, chez Pedro Mañach qui le loge pendant quelques mois dans son appartement personnel et lui offre un salaire. Il livre quelques dessins à des périodiques humoristiques parisiens qu'il signe sous le nom de « Ruiz ».
La "période bleue" correspond aux années 1901-1904 : ce nom vient du fait que le bleu est la teinte dominante de ses tableaux de cette époque, qui a débuté avec le suicide de son ami catalan Carlos Casagemas, ce qui explique qu'elle soit marquée par les thèmes mélancoliques de la mort, de la vieillesse, et de la pauvreté, mais ne l'empêche pas d'être satirique. Durant ces années, Picasso peint des pauvres, des mendiants, et des aveugles, sous forme de personnages souvent étirés et faméliques inspirés des tableaux du Greco que Picasso étudie à cette époque et qui l'influencent fortement. Le premier tableau de cette période fut "La Mort de Casagemas", et les œuvres importantes sont : "Dama en Éden Concert" (1903), (1903), (1904), "La Celestina" (1904). Il vit pendant ces années dans le dénuement. Bien que son père lui envoie des toiles et des tubes de peinture, par souci d'économie, il réalise plusieurs peintures sur le même tableau ou doit brûler une liasse de ses dessins pour se chauffer.
Entre le 25 juin et le , Picasso et Iturrino font une exposition à la galerie d'Ambroise Vollard, à Paris. Picasso fait la connaissance du poète Max Jacob. Pendant l'hiver, il peint "Autoportrait bleu" (Paris, Musée Picasso). Fin , il se rend à Barcelone. La galerie Berthe Weill expose du au 15 avril des œuvres de Lemaire et de Picasso. Il revient à Paris en octobre avec Sébastien Junyer. Et il montre pour la première fois ses toiles bleues, du 15 novembre au 15 décembre, dans une exposition de groupe chez Berthe Weill. En , Picasso est de nouveau à Barcelone. Au printemps, il commence la toile "La Vie" ().
À partir de 1905, il s'installe à Paris, au Bateau-Lavoir, dans l'atelier laissé par Paco Durrio. Là, il rencontre sa première compagne : Fernande Olivier. C'est le début de la "période rose". Comme précédemment, c'est l'utilisation des teintes « rougées » qui explique cette dénomination. Les thèmes abordés sont la joie et l'inquiétude existentielle. Il reste mélancolique et dominé par l'amour ; on y trouve aussi de nombreuses références au monde du zoo et du cirque. Il peint des masques, arlequins, dompteurs et clowns. Picasso privilégia pendant cette période le travail sur le trait, le dessin, plutôt que sur la couleur… C'est aussi l'époque des maternités roses.
Picasso fait la connaissance de Guillaume Apollinaire, d'André Salmon et d'Amedeo Modigliani.
Du 25 février au , Picasso expose à la galerie Serrurier, ses premières toiles roses. Au printemps, il peint "Les Saltimbanques" (Washington, National Gallery). Pendant l'été, il fait un séjour à Schoorl en Hollande, et y peint "Les Trois Hollandaises" (Paris, Musée national d'art moderne, dépôt au Musée Picasso).
En automne, il rencontre Gertrude et Leo Stein. Ces deux mécènes lui achètent de très nombreuses toiles et apportent au peintre désargenté une plus grande aisance financière et une nouvelle stimulation intellectuelle. On commence à trouver dans ses toiles le thème de la mort. Notamment dans son tableau, "Arlequin", dont il fait cadeau en 1919 au Museo de Arte Moderna de Barcelone. Gertrude Stein le présente à Matisse, pendant l'hiver 1906. Le galeriste Ambroise Vollard achète la plupart des toiles roses en mars. En mai, il part avec Fernande Olivier pour Barcelone, puis durant l'été à Gósol, village isolé de Haute-Catalogne. Ce séjour aura un impact majeur dans l'œuvre de Picasso. C'est dans ce petit bourg de la province de Lérida qu'il conçoit "Les Demoiselles d'Avignon", un tableau qui constitue un évènement capital dans les débuts du cubisme.
Le portrait de Gertrude Stein (New York, Metropolitan Museum of Art), commencé en hiver, est enfin achevé grâce à une peinture de Cézanne, "Madame Cézanne à l'éventail", que Gertrude Stein avait acquise au salon d'automne en 1904.
De 1907 à 1909, Picasso est sous influence de l'art africain, notamment de l'art congolais. Cette période est marquée au début par les deux figures du côté droit des "Demoiselles d'Avignon" qui ont été en partie inspirées par les masques africains que Picasso possédait.
De 1907 à 1914, il réalise avec Georges Braque des peintures qui seront appelées « cubistes ». Elles sont caractérisées par une recherche sur la géométrie et les formes représentées : tous les objets se retrouvent divisés et réduits en formes géométriques simples, souvent des carrés. Cela signifie en fait qu'un objet n'est pas représenté tel qu'il apparaît visiblement, mais par des codes correspondant à sa réalité connue. Le cubisme consiste aussi à représenter sur une toile en deux dimensions un objet de l'espace. Picasso décompose l'image en multiples facettes (ou cubes, d'où le nom de cubisme) et détruit les formes du réel pour plonger dans des figures parfois étranges (comme une figure représentée sur une moitié de face, et sur l'autre de côté). Cette technique, initiée par Picasso et Braque, fit de nombreux émules tels que Juan Gris, Francis Picabia, Brancusi, les Delaunay, Albert Gleizes.
La réalisation des "Demoiselles d'Avignon", l'œuvre fondatrice du cubisme commencée pendant l'hiver 1906-1907 et achevée début , et surtout les portraits — notamment ceux d'Ambroise Vollard et de Daniel-Henry Kahnweiler — des années 1910 ont été influencés notamment par les travaux des mathématiciens Henri Poincaré et Esprit Jouffret dont les idées — et les schémas — furent vulgarisés à Picasso et à son entourage montmartrais, par leur ami Maurice Princet. Dès lors, peindre l'espace et le temps consiste à représenter sur une toile en deux dimensions un objet de l'espace.
Au début de l'été, Daniel-Henry Kahnweiler fait une première visite au Bateau-Lavoir. En octobre, a lieu une rétrospective Cézanne au Salon d'automne. Pendant l'hiver 1908, Picasso peint "L'Amitié" (Leningrad, Ermitage), "Nu debout" (). Il séjourne à La Rue-des-Bois, village à au nord de Paris, durant l'été et en octobre, il propose la version définitive des "Trois femmes" (Leningrad, Ermitage).
En , Picasso va à Barcelone, et à Horta de Ebro avec Fernande Olivier. Là, il peint les "Paysages" (New York, MoMA) . À Paris, en septembre, il déménage au 11, boulevard de Clichy, et réalise des sculptures : "Tête de Fernande" (Paris, Musée Picasso). En 1910, il fait les portraits d'Ambroise Vollard (Moscou, Musée Pouchkine), de Wilhem Uhde (Saint-Louis, collection Pulitzer) et de Daniel-Henry Kahnweiler (Chicago, Institut d'art). Picasso part pour Céret, village de Catalogne française, dans les Pyrénées-Orientales, en . Fernande Olivier et Braque le rejoignent en août. Le 5 septembre, il rentre à Paris. Picasso est absent de la salle cubiste au Salon d'automne qui commence le octobre.
À l'automne, Eva Gouel — qu'il appelle « Ma jolie » dans plusieurs de ses toiles — entre dans sa vie.
Les premiers collages et les premiers assemblages sont réalisés pendant l'hiver 1912, "Nature morte à la chaise cannée" (Paris, Musée Picasso), "Guitare(s) en carton" (Paris, Musée Picasso). Le 18 mai, il part de Céret pour Avignon et le 25 juin s'installe à Sorgues. Il déménage 242, boulevard Raspail. Picasso et Daniel-Henry Kahnweiler signent le 18 décembre une lettre-contrat. Vers le , il retourne avec Eva Gouel, souffrante, à Céret où ils séjournent tout l'été. Le "Verre d'absinthe" est peint au printemps 1914. Après le départ pour Avignon, en juin, il fait un retour au portrait, en juillet. Eva meurt le .
Trois formes de cubisme émergent : le précubisme, ou cubisme cézannien, le cubisme analytique et le cubisme synthétique.
Pendant la Première Guerre mondiale, Picasso échappe à la mobilisation du fait de sa nationalité, l'Espagne ne comptant pas parmi les belligérants. Il séjourne à Rome avec Jean Cocteau, à partir du . Il s'installe Via Margutta, d'où il voit la villa Médicis. Outre de nombreux portraits dessinés, il peint "L'Italienne", "L'Arlequin" et "Femme au collier".
En mai, Cocteau présente Diaghilev à Picasso. Il travaille comme décorateur pour le ballet "Parade" de Léonide Massine et les Ballets russes de Serge de Diaghilev, sur une musique d’Erik Satie. Il rencontre Stravinski et la danseuse Olga Khokhlova, qui devient sa femme. Dans une veine décorative, Picasso réalisa plusieurs portraits d’elle et de leur fils ("Paul en Pierrot" en 1925).
Fin , il voyage à Naples et à Pompéi et revient à Paris, fin avril. Le 18 mai, la première de "Parade" a lieu au Châtelet. Puis en juin, Picasso part pour Madrid avec la troupe de Diaghilev et Olga, et le 12 juillet, un banquet est offert en son honneur à Barcelone.
Du 23 janvier au , Picasso expose avec Matisse chez Paul Guillaume. Il se marie avec Olga à l'église russe de Paris, le 12 juillet. Cocteau, Max Jacob et Apollinaire sont les témoins. Pendant un séjour à Biarritz, il peint "Les Baigneuses" (Paris, musée Picasso).
En , Picasso part pour Londres travailler au ballet, "Le Tricorne", sur une musique de Manuel de Falla. Pendant l'été, il séjourne à Biarritz chez Errazuriz puis s'installe avec Olga à Saint-Raphaël (Côte d'Azur).
Son fils Paulo naît le . Durant l'été, il s'installe avec Olga et Paulo à Fontainebleau. Il y peint les "Femmes à la fontaine" (Paris, musée Picasso et New York, ) et "Les Trois Musiciens" (New York, et Philadelphie ).
En , lors d'un séjour à Dinard (Bretagne, côte de la Manche), il peint "Deux femmes courant sur la plage" ("La Course", Paris, Musée Picasso). Puis, en décembre, il réalise le décor pour L"'Antigone" de Cocteau, créée par Charles Dullin au théâtre de l'Atelier.
En 1923, il fait un nouveau séjour estival sur la Côte d'Azur (cap d'Antibes) et peint "La Flûte de Pan" (Paris, Musée Picasso). Et c'est en 1924, en été, alors qu'il se trouve à la villa La Vigie à Juan-les-Pins (Côte d'Azur), qu'il fait son "Carnet de dessins abstraits" et qu'il peint "Paul en arlequin" (Paris, musée Picasso).
Pendant cette période des années 1920, dans un climat de reconnaissance mondaine, il peignit des tableaux marqués par un retour à la figuration et au classicisme : "Trois femmes à la fontaine" (1921), et des œuvres inspirées par la mythologie comme les "Flûtes de Pan" (1923).
L’année 1925 fut celle d’une rupture radicale dans la production du peintre. Il peignit des tableaux très violents montrant des créatures difformes, convulsives, prises dans les rets d’une rage hystérique : "Femme dans un fauteuil" (1926) et "Baigneuse assise" (1930). L’influence des poètes surréalistes fut indéniable dans cette volonté de dépeindre de l’intérieur l’enfer personnel. Cependant il adoptait une approche plus pragmatique que celle du « rêve calqué sur la toile » des surréalistes.
En juin-juillet 1925, il achève "La Danse" et peint "Le Baiser". Le 14 novembre, il participe à la première exposition surréaliste de la Galerie Pierre. 
En 1926, il peint "Le Peintre et son modèle", qui marque sa rencontre avec Marie-Thérèse Walter à la fin de cette année, alors qu'elle est encore mineure. Il réalise les "Guitare(s) à clous".
Il exécute le grand collage du "Minotaure" en . Picasso a besoin alors d'une aide technique, notamment pour la réalisation des maquettes du "Monument pour Guillaume Apollinaire" dont il a reçu commande en 1922. Quelques années auparavant il avait renoué son amitié avec le ferronnier et sculpteur catalan, Julio González, rencontré à Barcelone du temps d'Els Quatre Gats, et vivant comme lui à Paris depuis 1900. Picasso s'adresse naturellement à lui, et ils entameront, de l'automne 1928 jusqu'en juillet 1932, une fructueuse collaboration technique autour des sculptures en fer forgé et soudé