Guerre d'indépendance des États-Unis

La guerre d'indépendance des États-Unis opposa les Treize colonies d'Amérique du Nord au Royaume de Grande-Bretagne, de 1775 à 1783.
Les colons américains révoltés étaient nommés par les Britanniques « "insurgents" » ou encore « "Patriots" ». La guerre d'indépendance américaine est un des processus de la révolution américaine qui permit aux États-Unis d'accéder à l'autonomie et de construire des institutions républicaines. Évènement fondateur de l'histoire du pays ainsi que, par ricochet, du Canada par l'expulsion de à la couronne britannique vers ce pays qui comprenait alors une population à grande majorité francophone (environ basés surtout au Québec). La guerre entraîna à partir de 1777 d'autres puissances européennes, parmi lesquelles la France, par l'intermédiaire de La Fayette, qui joua un rôle majeur dans ce conflit .
La France s'engagea d'abord dans la guerre d'indépendance américaine par la fourniture de matériel et d'aides en faveur des insurgés. Elle s'engagea ensuite officiellement en 1778. L'aide française navale et terrestre et le soutien de ses alliés contribuèrent à la victoire américaine, notamment à la bataille de Yorktown, et se conclut par le traité de Paris de 1783. Ce traité reconnaît l'indépendance des États-Unis d'Amérique, qui avait été déclarée le 4 juillet 1776 par le Congrès Continental. Plus de durent quitter le pays après la guerre : la plupart partirent au Canada, en Grande-Bretagne ou dans les colonies britanniques des Caraïbes.
La Guerre de Sept Ans (1756-1763), connue pour ses combats en Amérique du Nord sous le nom de "French and Indian War", opposa la Grande-Bretagne à la France et à l'Espagne. Ce conflit vida les caisses de la Couronne britannique. Londres décida alors de faire supporter une partie des frais de guerre aux colons américains. Le Parlement britannique imposa de nouvelles taxes en votant une série de lois qui provoquèrent le mécontentement de ceux-ci ("Sugar Act" en 1764, "Stamp Act" en 1765, "Townshend Acts" en 1767, "Tea Act" en 1773). Ils refusèrent de payer parce qu'ils n'étaient pas représentés politiquement à la Chambre des communes à Londres, en anglais "".
Avec la Proclamation royale de 1763, le gouvernement britannique empêcha également les colons des treize colonies d'étendre leurs territoires à l'ouest des monts Appalaches afin, entre autres, d'éviter les conflits avec les Amérindiens.
Les colons américains, en particulier les marchands des ports de la Nouvelle-Angleterre, reprochaient à la Grande-Bretagne sa politique commerciale : le trafic de certaines marchandises comme le thé était réservé aux navires britanniques, en vertu du monopole en vigueur. D'autre part, dans le but d'atrophier l'économie américaine, les Britanniques en vinrent à interdire à leurs colonies de vendre leurs produits à un autre pays que la Grande-Bretagne, car l'on estimait que si les colons avaient le droit de vendre leurs produits comme bon leur semblait et à qui bon leur semblait, les treize colonies américaines regorgeraient d'argent, argent qui ne profiterait pas à la couronne.
Dès que les États-Unis d'Amérique se furent proclamés indépendants (), les résidents eurent à décider ce qu'ils voulaient soutenir. Ceux qui étaient favorables à l'indépendance furent appelés « "Americans" » ou « patriotes » ou encore « Congressistes ». (Le terme d'avant guerre était « Whig » occasionnellement utilisé). Les personnes qui s'opposaient à l'indépendance furent appelées « Loyalistes » ou les « hommes du roi ». Le terme a été utilisé des deux côtés, sans ambiguïté. Le Congrès disposait de 40 ou 45 % d'opinions favorables dans la population. Près de 15 ou 20 % de la population, les loyalistes, étaient partisans du roi George III durant la guerre. Quelques-uns (particulièrement dans les Carolines) changèrent de camp, et d'autres restèrent neutres. Les loyalistes eurent jusqu'à durant les années de guerre pour soutenir l'Empire britannique. Certains historiens affirment que la révolution américaine fut une guerre civile entre loyalistes et patriotes.
Au départ, les insurgés n'avaient qu'une petite armée de et l'essentiel des forces reposait sur des milices : en 1775, le général Gage disposait d'une armée d'environ trois mille cinq cents hommes dans le Massachusetts, alors que l'armée britannique pouvait aligner au plus quarante-neuf mille hommes, en dehors des milices.
Tout le monde n'étant pas favorable à la guerre, créer une armée était difficile. Dans un premier temps, cette armée ne consista qu'en des milices des États américains ; mais ces dernières, composées de vétérans de la "French and Indian War" aussi bien que de fermiers et autres volontaires, s'entraînaient une à deux fois par semaine sous le commandement d'ex-officiers de l'armée britannique. Le refus du Congrès de l'aider frustrait Washington. Ses hommes avaient désespérément besoin de tentes, de chaussures, de nourriture, de fusils et de munitions.
Former une véritable armée était le premier objectif de George Washington. Les Britanniques pensaient que les forces américaines n'étaient que des rebelles désorganisés. Une victoire décisive et les Américains se rendraient. Au contraire, le seul but de Washington était de survivre, de remporter quelques petites victoires et d'éviter une lourde défaite.
Le congrès continental nomma George Washington commandant en chef de l'armée continentale (qui deviendra après guerre l'United States Army). Washington avait été, de longues années durant, officier de la milice de Virginie, opérant notamment lors de la Guerre de Sept Ans, contre les Français du Canada. Il avait été impliqué dans « l'incident » (selon les Anglais et Américains) de Fort Duquesne, que la Cour de France a considéré comme une traîtrise majeure. Ce qui expliquera, vingt ans plus tard, le peu d'empressement initial de Versailles pour aider les Insurgents. Bien que plus de servissent du côté américain, l'armée ne dépassa jamais hommes, et Washington n'en commanda directement pas plus de . De plus, cette armée américaine était moins bien organisée que l'armée britannique : moins disciplinée, elle subit de nombreuses désertions et la solde restait aléatoire.
L'armée britannique disposait en Amérique du Nord d'environ soldats, auxquels s'ajoutaient mercenaires allemands loués par leurs souverains (les "Hessiens") et des colons américains loyalistes.
Les Afro-américains, qu'ils fussent esclaves ou libres, participèrent à la guerre dans les deux camps, loyaliste et insurgé. Des Noirs s'engagèrent dans les milices américaines alors que cette pratique inquiétait les planteurs du sud qui refusaient que les esclaves fussent armés. On estime que combattirent aux côtés des insurgés. En novembre 1775, le gouverneur de Virginie Lord Dunmore promit l'affranchissement à tous les esclaves qui seraient soldats dans l'armée britannique. En 1779, Sir Henry Clinton édicta une loi similaire pour la région de New York. La plupart des esclaves servirent comme plantons, mécaniciens, ouvriers ou éclaireurs. Plus de la moitié moururent dans les épidémies de variole qui frappèrent les armées britanniques. En dépit des promesses de certains gouverneurs britanniques, la majorité des esclaves ne furent pas affranchis. Du côté des troupes insurgées, on recense de nombreux cas d'affranchissement.
La plupart des Amérindiens ("Native Americans") venant de l'est du Mississippi ont été touchés par la guerre, et plusieurs communautés ont été divisées sur le rôle qu'elles avaient à jouer dans ce conflit.
Bien que quelques tribus aient été en bons termes avec les Américains, la plupart des Amérindiens s'opposaient aux États-Unis, depuis que leurs propres terres étaient menacées par les accords d'expansion américaine.
On estime que ont combattu au côté des Britanniques; le groupe le plus important, la Confédération Iroquoise, en représentait .
Les débuts du conflit furent heureux pour les indépendantistes. Leurs milices battirent à Lexington () un détachement britannique. Le général Thomas Gage fut assiégé dans Boston. Le Congrès confia à Washington la tâche difficile d'organiser les bandes de miliciens et de les mettre en état de vaincre les troupes aguerries de la Grande-Bretagne.
Les indépendantistes américains firent une expédition dans les colonies du nord, la Province du Québec de l'époque, espérant convaincre les Canadiens de se joindre à eux. Les Américains occupèrent Montréal ; mais leur chef Montgomery ayant été tué devant Québec, Carleton mit fin aux opérations terrestres de la campagne américaine au Canada en décembre 1775. Carleton après la bataille navale de Valcourt ne poursuivit pas Arnold et fut remplacé par Burgoyne l'année suivante.
Cette incursion donna aux Américains le soutien de deux régiments de "Canadiens", le Congress Own Regiment de Moses Hazen et de Clément Gosselin et le 1er Régiment canadien de James Livingston, un Écossais vivant au Canada depuis 1744. Selon Baby, Tachereau et Jenkins, des pro-britanniques, sept cent quarante-sept Canadiens prirent les armes pour soutenir les Américains au tout début du conflit, soit deux ans avant l’arrivée de Lafayette en 1777. Les partisans pro-indépendantistes étaient disséminés dans toutes les paroisses du territoire de la province. Les régiments canadiens étaient avec Livingston à la Porte Saint-Jean pour aider Arnold et Montgomery. À l'Ouest, des habitants de Vincennes aidèrent à la prise de la ville par Clark. Le régiment de James Livingston participa à la bataille de Saratoga et protégea West Point de la traîtrise de Benedict Arnold en 1780 en tirant sur le vaisseau "Vulture".
Les Américains reprirent Boston le , à la suite de la fortification de Dorchester Heights.
Puis Washington dirigea son armée sur New York, où il avait prévu que se ferait la retraite britannique après la chute de Boston. Un des objectifs des Britanniques était de repousser les attaques des villes côtières pour que les renforts venus par la mer puissent arriver.
Le ministère britannique n'avait pas cru d'abord à une résistance si énergique. Les colonies, mises au ban des nations par la métropole, prirent alors une mesure à laquelle presque personne n'avait songé au commencement de la lutte.
Après que la Virginie se fut dotée d'une déclaration des droits, en juin 1776, Thomas Jefferson fut chargé de préparer l'ébauche d'une déclaration d'indépendance.
Le document, qui représente l’un des textes fondamentaux du pays, fut approuvé le par le Congrès après remaniement. La proclamation d'indépendance des treize colonies conduisit à une confédération où chaque État conserva sa liberté et sa souveraineté, et qui rompit irrévocablement avec la Grande-Bretagne.
Les volontaires américains, sans munitions, sans ressources, ne purent d'abord tenir tête aux régiments expérimentés qu'on envoyait contre eux. En juin 1776, le général Howe prit New York et Rhode Island avec rouges. Pendant plusieurs mois, Howe et Washington se battirent pour l'État de New York et finalement, Washington, obligé de battre en retraite par le New Jersey jusqu'au-delà du Delaware, eut la douleur de voir un grand nombre de ses soldats l'abandonner.
De là, il fit une tentative imprévue et d'une audace remarquable. À Noël 1776, l'armée continentale avait besoin d'une victoire. Il franchit le fleuve malgré la glace pendant la nuit du , surprit à Trenton un corps de mille Allemands commandés par Johann Rall, tua celui-ci et fit prisonniers ses soldats.
Ce succès, qui dégageait Philadelphie, releva le moral de la population. De nouveaux miliciens accoururent de la Pennsylvanie, et Washington, reprenant l'offensive, força Charles Cornwallis à se replier jusqu'à Brunswick.
L'armée de Washington eut une autre victoire lors de la bataille de Princeton le . Ces succès redonnèrent confiance aux insurgés et entraînèrent l'enrôlement de nouveaux volontaires dans l'armée continentale.
Le Congrès, rassuré sur le sort de Philadelphie, était rentré dans cette ville le . L'arrivée de volontaires européens apportait plutôt aux Américains un secours moral qu'une aide effective. Ils étaient de beaucoup inférieurs en nombre à leurs adversaires mais l'habileté des chefs et l'opiniâtreté des soldats suppléèrent à cette infériorité numérique.
La tactique de la Grande-Bretagne était d'isoler la Nouvelle-Angleterre des autres régions en s'emparant de la vallée de l'Hudson. Le général Burgoyne était censé envoyer des troupes vers le sud depuis le Canada, en passant par le Lac Champlain et en reprenant le Fort Ticonderoga. Le colonel St Leger devait se détacher de l'armée de Burgoyne avec ses troupes en suivant la rivière Mohawk afin de diviser les défenses américaines. Le Général Howe était censé rejoindre Burgoyne et St Leger à Albany en remontant la rivière Hudson vers le nord. Ce plan ne fut jamais concrétisé car le général Howe préféra envahir la Pennsylvanie et capturer Philadelphie, et la diversion de St Leger échoua.
Dès le mois de juin 1777, on apprit que sir William Howe, parti de New York, se dirigeait avec seize mille hommes sur les côtes de la Pennsylvanie. Il débarqua ses troupes dans le Maryland, et Washington s'avança au-devant de lui avec onze mille hommes.
Les deux armées ne tardèrent pas à se rencontrer sur les bords de la Brandywine, et le 11 septembre elles se livrèrent un combat que les généraux américains perdirent. Howe battit Washington mais ne put le capturer lors de la bataille de Brandywine.
Sir William Howe entra à Philadelphie et le Congrès se transporta à Lancaster.
D'un autre côté, le général Horatio Gates avait succédé à Arthur Saint Clair dans le commandement des troupes qui avaient abandonné le siège de Fort Ticonderoga au début de la campagne. Il rejoignit les généraux Arnold et Morgan, qui avaient dû abandonner le Canada, et résolut de s'opposer à la marche hardie du général Burgoyne.
Le général Burgoyne, qui avait remplacé Carleton, avait besoin de renforts. Il se rendit dans le Vermont pour voir ce qu'il y trouverait. Il attendit les Américains sur les hauteurs de Bemis Heights. Une bataille opiniâtre s'y livra le 19 septembre. Les Britanniques furent battus, sans perdre toutefois leur position. L'armée y subit une défaite par les troupes de la Nouvelle-Angleterre à la bataille de Bennington le 16 aout. Puis ses hommes, coupés de leur retraite, durent marcher vers Albany. En chemin ils rencontrèrent une force continentale le 7 octobre menée par Horatio Gates. Cette armée attendait sur la rive près de Saratoga.
Une succession de batailles conduisit à la reddition finale de Burgoyne. La victoire de Saratoga marqua un tournant dans la guerre d'Indépendance. Ce fut le plus beau succès des Américains depuis le commencement de la lutte : une artillerie nombreuse, des armes et dix mille prisonniers tombèrent en leur pouvoir.
Les ennemis européens de la Grande-Bretagne prirent conscience que la guerre pourrait finir à la faveur des continentaux. La France de Louis XVI, suivie de l'Espagne et des Provinces-Unies s'engagèrent alors du côté des Américains.
Cependant Washington reprenait l'offensive. Au moment où les Britanniques le croyaient en pleine retraite à la suite de sa défaite de Brandywine, il les rejoignit par une route détournée et les attaqua avec vigueur dans leurs lignes. Un brouillard mit le désordre dans ses corps d'armée et lui ravit une victoire qu'on eût pu penser certaine. Il fut forcé à la retraite après avoir infligé à l'ennemi des pertes bien supérieures aux siennes à la bataille de Germantown ().
C'est à cette époque que le capitaine de Mauduit du Plessis, volontaire, défendit le fort RedBank. Il était à la tête de quatre cents hommes et se battait contre le colonel , à la tête d'un régiment hessois qui ne comptait pas moins de seize cents soldats. Ce dernier perdit à l'occasion la vie et son régiment fut en partie détruit. Les Américains durent pourtant abandonner la place, ainsi que le fort Mifflin.
Fin 1777, le général Howe força Washington à quitter Philadelphie. Au cours de l'hiver 1777-1778, qui s'avéra le plus cruel de l'époque révolutionnaire, Washington et son armée campaient dans Valley Forge, dans le sud-est de la Pennsylvanie. Washington et ses hommes firent preuve d'une endurance surhumaine, mais le manque de vêtements appropriés, la malnutrition, la maladie, notamment la fièvre typhoïde, eurent raison du quart des soldats. S'ils restaient, c'était pour George Washington qu'ils adoraient et pour qui ils seraient et sont morts ; c'est ce que rapporte le colonel John Brocks.
Devant l'enlisement militaire, les insurgés américains cherchèrent des soutiens étrangers : ils firent appel aux Canadiens français. Ceux-ci, en raison de l'acte de Québec et du souvenir de la Conquête et des exactions britanniques ainsi que leur perception du fait que cette guerre était une querelle familiale entre Britanniques, refusèrent d'apporter leur aide et demeurèrent neutres dans cette guerre, car ils ne prirent pas plus les armes pour la Grande-Bretagne. La défaite britannique de Saratoga en 1777 encouragea la France à entrer en guerre contre la Grande-Bretagne. Dès le 6 février 1778, la France passa une alliance et un traité d'amitié avec les insurgés américains . En 1779, l'Espagne rejoignit l'alliance conformément au pacte de famille entre les Bourbons sans pour autant reconnaître l'indépendance des Treize Colonies. Puis, en 1780, les Pays-Bas s'allièrent à la France et à l'Espagne.
Clinton, menacé d'être encerclé dans Philadelphie par l'armée de Washington et par la flotte du comte d'Estaing, se replia sur New York, où il ne rentra toutefois qu'après avoir essuyé un échec à Monmouth ().
Pour diviser les forces qui le poursuivaient, il envoya le colonel en Géorgie, et la guerre s'étendit alors aux colonies du Sud.
C'est ensuite l'Espagne, puis les Provinces-Unies qui s'opposèrent à la puissance britannique, faisant basculer le rapport de force. En 1779, la France persuada l'Espagne et les Provinces Unies, deux autres ennemies de la Grande-Bretagne, à cause des colonies, d'aider les Américains. Le gouverneur de la Louisiane, le général Bernardo de Gálvez prit les forteresses de Natchez et de Bâton-Rouge, le long du Mississippi. De là, il attaqua Mobile et Pensacola dans l'ouest de la Floride. Ces victoires empêchèrent les Britanniques d'attaquer depuis le sud-ouest. Les Britanniques durent se battre sur plusieurs fronts et furent contraints ainsi d'éparpiller leurs ressources militaires. L'aide européenne arriva au moment où les Américains en avaient désespérément besoin.
Le général britannique vint rejoindre Campbell, et le chef des milices américaines, Benjamin Lincoln fut forcé de leur abandonner, avec la Géorgie, toute la Caroline du Sud. Les Britanniques faisaient de ce côté une guerre d'extermination qui soulevait contre eux les populations, aussi le général Lincoln put-il bientôt reprendre l'offensive et forcer l'ennemi à lever le siège de Charleston (mars 1779).
En même temps, sir H. Clinton envoyait des détachements sur les côtes de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre pour tout ravager. Ce général concentra ses troupes sur le bord de l'Hudson et vint attaquer les forts de et de . Cette dernière place fut prise, puis reprise par Wayne. Le lieutenant-colonel de Fleury se précipita le premier dans les retranchements qu'il avait fait construire et saisit le drapeau britannique. Les Américains accordèrent la vie sauve à la garnison britannique, bien qu'elle eût commis d'horribles massacres. Washington dut pourtant abandonner ce poste après en avoir enlevé les munitions et en avoir détruit les défenses.
Les Britanniques pensaient que les sudistes étaient plus loyaux. Ainsi, en 1778, ils décidèrent de déplacer la guerre au Sud en l'attaquant. Les Britanniques savaient qu'ils n'avaient connu que des petits succès au Nord pendant trois ans et que la victoire serait difficile. Ils espéraient ainsi davantage de succès. Ils promirent de plus à beaucoup d'esclaves noirs la liberté s'ils rejoignaient l'armée. En réalité, les officiers britanniques les vendirent comme esclaves en Inde.
Ils capturèrent alors la ville portuaire de Savannah, et de là, ils envahirent la plus grande partie de la Géorgie. En décembre 1778, une armée britannique sous les ordres du général Henry Clinton arriva de Caroline du Sud et encercla l'armée américaine à Charleston. Quand les défenseurs se rendirent, les Américains perdirent pratiquement toute leur armée au Sud. Ce fut la plus grande défaite américaine de la guerre.
Le pavillon français eut à partir de 1779 l'empire de la mer dans les Antilles et d'Estaing put se diriger vers les côtes de la Géorgie pour reconquérir cette province en soutenant le général Lincoln. Le siège de Savannah (septembre 1779), attaque infructueuse, fut immédiatement entrepris.
La diversion tentée par Clinton en Géorgie avait complètement réussi par l'échec de d'Estaing devant Savannah. Ce général profita du moment où Washington était réduit à l'inaction par la misère de son armée pour faire quitter New York à une partie de ses troupes et pour s'emparer de Charleston, dans la Caroline du Sud, où il fit prisonniers (mai 1780). Il laissa ensuite dans cette province Lord Cornwallis, qui battit tous ceux que le Congrès chargea de le chasser.
En juillet, le corps expéditionnaire aux ordres du vicomte de Rochambeau et fort de débarqua à Newport. Il était amené sur une escadre de dix vaisseaux aux ordres du chevalier de Ternay. C'est pendant que Washington s'était rapproché de New York pour mieux correspondre avec Rochambeau que le traître Benedict Arnold entama des négociations avec Clinton pour lui livrer West Point, dont Washington lui avait confié la garde.
Avant de commencer ses opérations, Rochambeau attendait des renforts que le comte de Guichen devait lui amener de France; mais celui-ci avait rencontré dans les Antilles l'amiral Rodney, qui obligea le convoi français à se réfugier en Guadeloupe. Washington ne put qu'envoyer quelques renforts, avec La Fayette, aux patriotes du Sud, et se résigna à remettre à la campagne prochaine l'expédition décisive qu'il concertait avec Rochambeau. De son côté, Cornwallis recevait des troupes qui portaient son armée à . La situation des Britanniques paraissait donc aussi prospère que par le passé.
Même les batailles dans le sud pouvaient être utiles aux Américains. Par exemple, la bataille de King's Mountain, à la frontière entre la Caroline du Sud et la Caroline du Nord, en octobre 1780. Le gros des forces britanniques et des furent tués. Les survivants furent presque tous fusillés ou pendus.
Une vaste coalition se formait pourtant contre le despotisme maritime de la Grande-Bretagne. Cette nation s'arrogeait le droit de visite sur les bâtiments neutres, sous prétexte qu'ils pouvaient porter des secours et des munitions à ses adversaires. Catherine II de Russie, la première, proclama, en août 1780, la franchise des pavillons, à la condition qu'ils ne couvriraient pas de contrebande de guerre.
Pour soutenir ce principe, appelé "droit des neutres", elle proposa un plan de neutralité armée qui fut successivement adopté par la Suède et le Danemark, la Prusse, le Portugal, les Deux-Siciles et les Provinces-Unies. Cette dernière nation, en donnant asile à des corsaires américains, avait excité au plus haut degré la fureur des Britanniques. Ils lui déclarèrent la guerre. C'est alors que l'amiral Rodney leur enleva Saint-Eustache. Les Espagnols prirent de leur côté Pensacola, en Floride, tandis que de Grasse ravageait les Antilles britanniques et que Bouillé reprenait Saint-Eustache.
Ces victoires permirent à Washington et à Rochambeau d'exécuter enfin une expédition qui fut aussi décisive qu'habilement menée. Pendant l'hiver, l'armée américaine, privée des choses les plus nécessaires, avait supporté les plus rudes épreuves. Quelques régiments de Pennsylvanie et du New-Jersey s'étaient même mutinés. Les partisans américains Marion et Sumter avaient trop peu de troupes pour entreprendre contre Cornwallis autre chose qu'une guerre d'escarmouches.
Le corps de Gates fut battu à Camden (août 1780) et de Kalb y fut tué. Pourtant Daniel Morgan, à la tête d'un corps de troupes légères, battit Tarleton au Cowpens (). Par une retraite habile, Green amena Cornwallis jusqu'au-delà du Dan, qui sépare la Virginie de la Caroline septentrionale. Il se renforça des milices de Virginie et tomba à l'improviste sur les corps récemment levés par Cornwallis, qu'il jeta dans un désordre tel qu'ils s'entretuèrent et que Cornwallis fit tirer des coups de canon contre ses propres troupes, mêlées aux milices.
Green livra un nouveau combat , le 15 mars, près de Guilford-House, et lui fit éprouver des pertes qui le forcèrent à se replier sur Wilmington. Par une marche habile, il coupa la retraite de la Caroline du Sud au général britannique, et il manœuvra si bien qu'après la sanglante bataille de Eutaw Springs il ne resta plus aux Britanniques en Géorgie et en Caroline que la ville de Savannah et le district de Charleston.
Pendant ce temps, La Fayette, chargé d'opérer en Virginie contre des forces quatre fois supérieures en nombre, sacrifia encore une partie de sa fortune pour maintenir ses soldats sous ses ordres, et, joignant la prudence au courage, il sut, par des marches forcées et des retours subits, tellement fatiguer Cornwallis et harceler ses troupes, que le général britannique, après avoir méprisé sa jeunesse, fut forcé de redouter son habileté.
Tout à coup, les troupes de Rochambeau quittent leur position de Newport et de Providence, où étaient établis leurs quartiers d'hiver, et s'avancent vers Hartford. Washington arrête quelque temps l'armée coalisée devant l'île de New York. Il fait des reconnaissances devant la place et entretient son adversaire dans cette idée qu'il va diriger tous ses efforts contre cette ville. Mais il n'attendait que la promesse du concours de la flotte pour changer ses dispositions.
Le comte de Barras arrive de France sur la "Concorde". Il venait remplacer dans son commandement le chevalier de Ternay, et était accompagné du comte de Rochambeau, qui avait été chargé de hâter l'envoi des renforts et des secours promis.
Ces renforts n'arrivent pas ; mais en revanche on apprend que la flotte de l'amiral de Grasse, après avoir pris Tobago et tenu Rodney en échec, s'avance avec tirés des colonies sous les ordres du marquis de Saint-Simon, pour forcer la baie de Chesapeake défendue par Graves, et bloquer dans Yorktown le marquis Cornwallis, que La Fayette poursuit dans sa marche rétrograde.
Les camps sont levés devant New York, et tandis que le comte de Barras, malgré son ancienneté de grade, va se mettre avec un noble désintéressement sous les ordres de Grasse, les généraux alliés se dirigent à marche forcée vers la Virginie. C'est vers Yorktown que, plein de confiance désormais dans le nombre et la bravoure de leurs troupes, ils font converger tous leurs efforts. L'armée est divisée en deux corps. L'un suit la voie de terre et, par Philadelphie et Baltimore, arrive bientôt à Williamsburg pour donner la main aux troupes de Saint-Simon et de La Fayette. Un autre corps, sous les ordres de Custine, s'embarque à Head-of-Elk, touche à Annapolis, et, sous la direction de Montchoisy et du duc de Lauzun, prend position devant Glocester. De son côté le comte de Grasse occupait la baie de Chesapeake et coupait aux Britanniques toute communication par eau.
Quelques jours suffirent pour tracer la première et la seconde parallèle. Deux redoutes arrêtaient les travaux des alliés. On décida de leur donner l'assaut. La Fayette avec une colonne de milices américaines fut chargé de s'emparer de celle de droite, tandis que Christian, comte de Forbach, marquis de Deux-Ponts, colonel commandant le régiment royal Deux-Ponts, montait à l'assaut de celle de gauche. Les troupes alliées rivalisèrent d'ardeur. En quelques minutes ces obstacles furent enlevés.
En vain Cornwallis, reconnaissant que la résistance était désormais impossible, essaya-t-il de forcer le passage du York River en abandonnant ses canons et ses bagages. Sa tentative ne réussit pas et il dut capituler. La garnison fut faite prisonnière de guerre. Les vaisseaux britanniques furent le partage de la flotte française, tandis que plus de 150 canons ou mortiers, la caisse militaire et des armes de toute sorte furent remis aux Américains ().
Les insurgés furent victorieux en 1781 à Yorktown, sous le commandement de Rochambeau et George Washington ce qui permit aux Français d'approvisionner les insurgés en armes et en argent. Les Européens fournirent aussi des corps expéditionnaires et des escadres. La France s'engagea car elle avait de la rancune à l'égard de la Grande-Bretagne.
La guerre d'indépendance américaine se présenta comme une occasion d'effacer l'affront de sa défaite dans les guerres indiennes et de la perte de ses colonies en Amérique du Nord.
Le coût de la guerre, pour la Grande-Bretagne, devenait également très lourd.
La dette de la Grande-Bretagne était considérablement accrue. Lord North dut quitter la direction des affaires pour céder la place à un ministère whig qui demanda la paix au cabinet de Versailles. La France, qui n'était pas moins épuisée, accepta ces propositions. Les préliminaires furent arrêtés à Paris, le , entre les plénipotentiaires des puissances belligérantes, au nombre desquels étaient pour les États-Unis Benjamin Franklin, John Adams, John Jay, et Henry Laurens. Le traité définitif fut signé le . Les Britanniques furent vaincus et durent reconnaître l'autonomie des États-Unis en 1783, en signant le traité de Paris, le 3 septembre 1783.
Cette nouvelle fut rapidement portée en Amérique. Le , Lauzun partit de Wilmington pour ramener dans leur patrie les derniers soldats français. Ainsi l'indépendance des États-Unis était fondée, et le monde comptait une nation de plus.
Les forces régulières des États-Unis ont estimé leurs pertes à et aux combats.
En France : Les dépenses directes de guerre sont évaluées à 1,8 / 2 millions de livres. La France prêta 12 millions de livres aux Américains, et en donna 12 autres millions. Elle consentit à une avance de 6 millions de livres pour la reconstruction du pays. Le déficit budgétaire en France dû à cette guerre d'indépendance américaine ne fut cependant pas aussi déterminant qu'on le pense dans la convocation des États généraux et la révolution française. Le coût de cette guerre pour le royaume de France reste en effet très faible par rapport au reste des déficits du pays.
La Révolution américaine a influencé les autres pays et fait partie des Révolutions atlantiques de la fin du et du début du . L'organisation du pouvoir américain a instauré la stabilité et l'équité des pouvoirs exécutif, législatif et juridique, lesquels étaient assignés de tâches particulières mais qui restaient régies par le chef d'État et son Premier ministre.
La révolte des « patriotes du Cap » (Afrique du Sud actuelle) contre l'administration coloniale s'inspira de la Révolution américaine. Les généraux français qui appuyaient les indépendantistes, et qui avaient vu le succès de cette révolution, ramenèrent eux aussi des idées qui ont pu avoir un impact sur la Révolution française.
La Révolution américaine fut d'abord vue par les contemporains comme la confrontation entre les colons et la couronne britannique.
Pendant la guerre froide, les historiens français exceptionnalistes considéraient que la Révolution américaine était imparfaite parce qu'elle n'était pas sociale. De leur côté, les exceptionnalistes américains soulignaient l'échec final de la Révolution française (établissement du Premier Empire, Restauration monarchique) et mettaient en avant l'antériorité du soulèvement américain. Dans les années 1970, l'historiographie de la Révolution américaine se renouvelle grâce aux études d'Edward Countryman, Alfred Young ou Gary Nash. Elle s'attache à élargir le sujet en s'intéressant à l'histoire sociale et non plus seulement aux événements. Elle met en valeur, au travers de nombreuses monographies, le rôle des Noirs, des femmes ou encore de la foule ; on peut comparer la démarche à celle de l'école des Annales en France. Dans les années 1980, les discussions historiographiques opposaient les historiens libéraux ou républicanistes. Depuis quelques années, les historiens et le grand public reviennent à l'étude des grands personnages de la Révolution américaine, en particulier des plus conservateurs.