Trinité (christianisme)

Dans le christianisme, la Trinité (ou Sainte-Trinité) est le Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, participant d'une même essence divine et pourtant fondamentalement distincts. La notion fut présentée pour la première fois par Tertullien.
L'énoncé du dogme de la Trinité se présente comme la conséquence de ce qui est dit du mystère de Dieu dans les Écritures : dans l'Ancien Testament, Dieu a révélé son existence et son unicité, ainsi que la venue du Verbe incarné ; dans le Nouveau Testament, ont été affirmés la divinité de Jésus-Christ et le caractère personnel de l'Esprit-Saint.
Le "Père" est (Eloah/Elohim) (אלהים) ou YHWH (souvent rendu en français par "Yahvé", le "Seigneur" ou l"'Éternel"), comme il ressort du passage du Livre de l'Exode où est révélé le Nom divin. Le Nouveau Testament souligne la paternité de Dieu, déjà reconnue dans l'Ancien Testament.
Le "Fils", le "Verbe" ou la "Parole" de Dieu (Jésus-Christ), identifié comme celui qui était avec Dieu (1), est celui par qui le Père a créé le ciel, la terre et toute chose (comparer 15-16 et 10 ; il ressort de 8 que c'est le Père qui parle à son Fils]), et s'est incarné en Jésus-Christ (14). En lui (9). En outre il est aussi l'alpha et oméga (13), ce qui signifie (l'expression se trouve déjà dans 12). Dans l'évangile de Jean, selon la TOB, Jésus se déclare lui-même (58s; 24; 28 (allusion à 14)), ce qu'il confirme en disant : 56s).
Le "Saint-Esprit" ou "Esprit", en grec / , est aussi appelé / , ce qui signifie (26). Il se distingue du Père et du Fils ( ; 26 ; 5s). Dans la doctrine chrétienne, il est l' ou le de l'Ancien Testament, hébreu רוח אלהים, "Rûah", celui qui a inspiré les prophètes, s'est manifesté à la Pentecôte, et continue d'assister l'Église chrétienne. Il est surtout représenté par des symboles : la colombe, la tempête, le feu. Le texte évangélique précise : (31 ; voir aussi 29).
La croyance en la Trinité est commune aux principales confessions chrétiennes : catholicisme, orthodoxie, protestantisme et évangélique, en dehors de certains mouvements minoritaires. Cependant, il existe différentes interprétations théologiques du concept de la trinité entre les différentes confessions.
Pour la théologie chrétienne, les trois personnes, ou hypostases, qui constituent le Dieu unique sous forme de Trinité sont divines. Cette essence qui leur est commune est désignée par le terme de
consubstantialité (en grec, ὁμοουσία, "homoousia").
Tertullien a employé les mots latins "substantia", équivalent du grec / (, , ), et "persona", qui signifie , , puis , et correspond au grec / . Le mot / , , c'est-à-dire , , d'où , , a été employé au concile de Nicée concurremment avec "ousia". À la suite de Basile de Césarée, s'imposera la formule : .
Le mot "Trinité" n’appartient pas au vocabulaire du Nouveau Testament ni, par conséquent, au kérygme originel de la première communauté chrétienne. C'est en quelque sorte un résumé du dogme central de la foi chrétienne. Les premières attestations du terme grec / (« Triade») pour désigner les trois Personnes divines se rencontrent vers 180 chez Théophile d'Antioche ("À Autolycus", II, 15), sans que cet auteur se présente comme l'inventeur du mot dans cette acception, puis chez Hippolyte de Rome ("Contre Noët", 14). C’est Tertullien (v. 155 – v. 222) qui a introduit "Trinitas" dans le lexique théologique latin ("Contre Praxeas"). "Trias" n'est pas employé aux conciles de Nicée, de Constantinople I et Chalcédoine ; il ne s'impose qu'avec Athanase d'Alexandrie.
Claude Tresmontant précise : 
La Bible, pour le théologien protestant Louis Berkhof (1873-1957), 
Le judaïsme vénère un Dieu unique sous la forme d'une seule et même personne, même si certaines de ses appellations sont au pluriel, comme Adonaï ou Elohim. Il s'agit de ce que les hébraïsants nomment un . Les verbes dont ou est le sujet sont toujours au masculin singulier.
Selon l' "Encyclopædia Britannica" : 
L'expression ne figure pas dans le Nouveau Testament ; mais les trois personnes y sont clairement nommées, y agissent et s’y manifestent, à la fois dans leur distinction et dans leur unité. Cependant le concept d"'un Dieu en trois personnes" n'est formulé qu'à la fin du .
La première révélation de la Trinité est une révélation implicite et privée, au seul profit de Marie. Elle se produit lors de l’Annonciation par la voix de l’ange Gabriel : (35). On a bien là le Père dans les cieux ; le Fils dans le sein de Marie ; et l’Esprit Saint descendant du ciel sur Marie pour la féconder.
La deuxième révélation de la Trinité, également implicite mais pour la première fois publique, a lieu au Jourdain, lors du baptême du Christ : (22). Elle eut Jean-Baptiste, le précurseur, comme principal témoin. (32).
Cette révélation de la divinité du Fils sera confirmée sur le sommet du mont Hermon, pour le compte des trois disciples privilégiés, déjà présents au Jourdain, Pierre, Jacques et Jean, au moment de la Transfiguration : (35).
Le Nouveau Testament est rempli de formules qui affirment, ou supposent, la parfaite divinité du Fils, d’une part, et qui d’autre part associent pleinement l’Esprit à la vie, à l’intimité et à l’action du Père et du Fils.
La mention la plus explicite des personnes divines est dans la finale de l’Évangile selon Matthieu (19). Cette doxologie trinitaire est la seule citation biblique des trois Personnes, ce qui fait dire à de nombreux théologiens que la doctrine trinitaire est la juste compréhension (= orthodoxie) de l'implicite biblique formulé par les conciles œcuméniques, conjuguant les autorités biblique et ecclésiale. Ainsi, la doctrine trinitaire marque l'identité du christianisme au sein des autres religions.
À ce titre, la doctrine trinitaire, proclamation conciliaire qui est de nos jours encore, avec la reconnaissance du baptême des autres Églises chrétienne, le critère d'appartenance aux Églises reconnues par le Conseil œcuménique des Églises, est, dans son rapport aux implications du texte biblique lues en ecclesia, le paradigme de ce que le christianisme nomme un dogme.
L’Évangile selon Marc s'ouvre par une injonction : (1).
Jean, en revanche, décrit explicitement l'unité du Père et du Fils : Il ne s'agit clairement pas de trois entités distinctes, mais d'un tout, ce que les chrétiens trinitaires interprètent généralement comme une preuve de la Trinité, mais qui pour ses opposants serait plutôt une preuve de l'unitarisme.
D'autres traducteurs de la Bible ont fait un choix différent au sujet de Jn 1:1 et le rendent ainsi:
Selon ces traductions, la Parole n’est pas Dieu lui-même mais en raison de sa position élevée.
À propos de Jn 10:30 (30), Jean Calvin (qui était trinitaire) a déclaré: 
L’Évangile et les Épîtres de Jean sont plus ou moins marqués par la pensée qui s’exprime dans les textes de Qumrân, notamment par le double dualisme lumière-ténèbre et vérité-mensonge : c’est le qui permet de séparer esprit de vérité et esprit d’erreur (note de la nouvelle édition de la "Bible de Jérusalem", 1998, , col. 2). C'est dans la Première Épître de Jean qu’on trouve l’affirmation tant de fois reprise : (1Jn 4 8, 16) ; c’est aussi dans ce même texte (5 7-8) que se trouve le fameux : Cette incise, absente des anciens manuscrits grecs, des versions et des meilleurs manuscrits de la Vulgate, est très probablement une glose marginale introduite tardivement dans le texte. Elle semble être la plus ancienne tentative d’affirmer le dogme de la Trinité.
Paul de Tarse, dans ses Épîtres, dit que Jésus est Seigneur, Κυριος, "Kurios", mot employé pour Dieu dans la Septante où il traduit le Tétragramme יהוה, YHWH, et dans le Nouveau Testament (par ex. 11, citation de 22 ; 37-38 qui reprend 1), et par conséquent qu'il est Dieu. Il le nomme expressément Dieu (Θεος, Théos) à plusieurs reprises (5 ; 13) et Fils de Dieu (3 ; 5,10 ; 20 ; 3 ; 13 ; etc). Le même Paul utilise souvent des formules trinitaires (Cf. 13 etc.) qui associent les trois personnes divines.
De même l’épître aux Hébreux développe une christologie déjà fort avancée. (8). L'Apocalypse donne à Jésus les titres divins de l'Ancien Testament : (8) ; ()13 ; cf. 14, 25, 6.
, mystère qui n'est connu que par révélation, et Concernant les propositions que comprend la doctrine trinitaire, Marie-Joseph Nicolas précise : 
Le "Catéchisme de l'Église catholique", publié en 1992, indique :
Selon Louis Berkhof, cette doctrine comprend les affirmations suivantes :
Deux erreurs sont à éviter : Le trithéisme (trois êtres totalement distincts), qui serait contraire au strict monothéisme hébreu dont se réclame le christianisme, et le modalisme (trois modalités apparentes d'un seul être), incompatible avec l'existence du Père, du Fils et de l'Esprit en tant que personnes distinctes.
L’Église des premiers siècles est multiple. On distingue généralement une christologie paulinienne, d'une christologie pétrinienne, à peu près sur les mêmes positions que Jacques le Juste. On ne connaît en revanche pas grand chose de celle qui était développée de l'autre côté de l'Euphrate par Thomas, avec Thaddée, Nathanaël (bar Tolmaï), Simon le Zélote. Les écrits des Pères de l'Église : Clément d'Alexandrie, Justin de Naplouse, Irénée de Lyon, Tertullien, Origène, Eusèbe de Césarée, Jérôme de Stridon, témoignent des débats qui traverse l'église des premiers siècles. Il en est de même de la dénonciation successive de différentes « hérésies ». Si le Père, le Fils et l'esprit saint sont bien présent dans le Nouveau Testament, on est encore bien loin de la doctrine de la Trinité telle qu'elle sera définie au .
Les débats se concentrent dans un premier temps sur la nature du Christ. Les luttes sont sévères entre les marcionistes, les Valentinien et les partisans de Justin de Naplouse. Irénée de Lyon regroupe sous le terme « gnostiques » un ensemble de groupes auxquels il oppose les conceptions de ce qui va devenir la « Grande Église ». Il affirme :
Dans la déclaration d'Irénée, il est bien difficile de percevoir une unité des trois personnes divines. De même Jésus n'est encore que , mais n'est pas encore assimilé à Dieu lui-même.
On note par la suite aussi des luttes contre le modalisme, théorie de Sabellius faisant des personnes divines de simples modalités, ou représentations (liées aux parcellaires points de vue humains), de l’unique essence divine, le subordinatianisme voyant dans le Fils et dans l’Esprit des personnes inférieures au Père et, dans une bien moindre mesure, le trithéisme et contre le manichéisme.
Un symbole baptismal du , en grec, indique :
Au début du , le prêtre alexandrin Arius, affirme que le Fils n'était qu'une simple créature, ayant eu un commencement dans le temps, ce qui provoque l'opposition de ses adversaires, pour qui le Christ existe de tout temps. Pourtant plus tard Thomas d'Aquin développera la même idée dans l'aevum.
Le concile œcuménique se réunit à Nicée en 325 pour statuer au sujet de l'arianisme. Les principales personnalités engagées dans ce débat étaient présentes, dont Arius, Eusèbe de Nicomédie qui lui était favorable, Eusèbe de Césarée, modéré, Alexandre d'Alexandrie (accompagné d'Athanase d'Alexandrie comme secrétaire) qui s'opposait à lui, de même que, de façon intransigeante, Eustathe d'Antioche et Marcel d'Ancyre. Une quasi unanimité s'est prononcée pour condamner les thèses ariennes et rédiger un symbole affirmant que le Fils est consubstantiel (homoousios) au Père, c’est-à-dire de même nature que lui.
Il en est issu le symbole connu sous le nom de Nicée-Constantinople, utilisé jusqu'à nos jours dans la liturgie tant grecque que latine.
Ce symbole a été attribué aux Pères qui ont participé au concile, mais ceux-ci ont utilisé un texte préexistant d'origine indéterminée (l'hypothèse qu'il était dû à Épiphane de Salamine n'est plus retenue).
Le troisième concile œcuménique, qui a été ouvert en 431 par Cyrille d'Alexandrie à Éphèse, s'est référé à en refusant d'en modifier le symbole, a condamné le nestorianisme et a reconnu à la Vierge Marie le titre de (Théotokos).
Ce fut seulement au concile de Chalcédoine, quatrième concile œcuménique, en 451, que le vocabulaire théologique acquit sa pleine stabilité, au sujet du mystère trinitaire. Ce concile, surtout christologique (consacré à la personne du Fils), a déclaré qu’il fallait assimiler les notions latines de substance et de personne (introduites par Tertullien) respectivement à celles (grecques et tirées des spéculations d’un Plotin) d’essence ("ousia") et d’hypostase ("hupostasis"), et que Jésus-Christ, Dieu fait homme, réunit en une seule personne les deux natures, , , , , cela par opposition au monophysisme proclamé par le moine Eutychès.
Cinquième concile œcuménique, tenu en 553, le deuxième concile de Constantinople précisa la doctrine du concile de Chalcédoine en déclarant non orthodoxes trois écrits représentatifs de l'École d'Antioche (ceux de Théodore de Mopsueste, de Théodoret de Cyr et la "Lettre à Maris le Perse" d'Ibas d'Édesse : condamnation dite des "Trois Chapitres").
"Articles détaillés : Arianisme, Subordinatianisme, Anoméisme, Homéisme ; Adoptianisme, Apollinarisme, Docétisme, Modalisme, Nestorianisme, Monophysisme, Miaphysisme, Monothélisme, Monoénergisme, Trithéisme".
À la suite de celles de Nicée puis de Constantinople, différents symboles (ou confessions de foi) sont venus apporter des précisions remarquables sur l’intelligence qu’on doit avoir du mystère trinitaire : le symbole des apôtres, celui dit d'Athanase, celui des conciles de Tolède.
Symbole de Nicée-Constantinople :
Extraits du XIe Concile de Tolède (675) :
Le mot "Filioque" (, en latin) a été ajouté au symbole de Nicée-Constantinople dans l'Église latine pour affirmer que l'Esprit Saint procède du Père "et du Fils".
Il a été introduit, sans doute en Espagne à la fin du mais la proposition se trouvait déjà chez Ambroise de Milan, de même que dans le symbole d'Athanase (dont l'attribution est incertaine) et a été explicitée par Augustin d'Hippone. Il a fait partie du Credo liturgique romain à la suite de Benoît VII.
Dans la chrétienté grecque, on estime que l'Esprit procède du Père seul, , ce qui est affirmé d'abord par Maxime le Confesseur, ensuite, nettement, par Jean Damascène puis par le deuxième concile de Nicée en 787.
Le concile de Francfort en 794, jugera qu'il n'y a pas équivalence entre les deux expressions. Ce fut une des causes du schisme en 1054 et continue d'être une difficulté entre les Églises d'Orient et d'Occident malgré les tentatives de compromis comme ce fut le cas au concile de Florence en 1439 pour qui le "Filioque" était justifié mais qui n'exigeait pas sa reconnaissance par les Grecs.
À l'époque actuelle, les papes professent le Credo indifféremment sous les deux formes : avec ou sans le "Filioque".
Durant le , la renaissance théologique, nourrie des nouvelles parties de Platon et d'Aristote traduites en arabe et ramenées en Occident, amenèrent à repenser des grandes parties du dogme chrétien. 
Dès le premier quart de ce siècle, avec Abélard, les débats trinitaires reprirent. L'articulation logique du trois et de l'Un en Dieu a mené à des querelles où ceux qui favorisaient l'Un divin simple (atomos : qu'on ne peut diviser) au détriment des trois Personnes étaient qualifiés de sabellianistes, tandis qu'à l'inverse ceux qui laissaient une place trop importante à la pluralité des Personnes étaient accusés de trithéisme. Plusieurs de ces débats ont mené à des procès chargés de trancher dans des questions parfois si subtiles que les cardinaux ou juges n'y comprenaient pas grand-chose.
La première partie du siècle est dominée par l'activité de Bernard de Clairvaux en ce domaine. C'est lui qui demanda et obtint la condamnation d'Abélard, à Soissons en 1131, accusé de penchant trithéiste, puis celle de Gilbert Porreta à Reims en 1154 dont la solution pour justifier l'unité des trois Personnes repose sur la distinction entre Dieu et la divinité.
En 1154, Pierre Lombard publie ses Sentences, où il propose de concevoir en Dieu une réalité supérieure ou suprême (Summa Res) distincte de la divinité et ne possédant aucune des qualités des Personnes et de laquelle provient l'unité des Personnes divines. Cette solution logique lui attire les foudres de l'abbé Joachim de Flore qui l'accuse de fonder une quaternité, 3 personnes plus une réalité suprême. Le débat sera tranché au Concile du Latran, par le décret Firmiter. Il fut demandé aux mille deux cents prélats siégeant au Concile de répondre « nous croyons » à la proclamation du canon proposant la solution de Pierre Lombard, et « nous les rejetons » au canon concernant « les erreurs de l’abbé Joachim ».
Le décret "Firmiter" du quatrième concile du Latran marque l’apogée de la théologie trinitaire dogmatique latine. En 1274, le deuxième concile de Lyon apportera une précision sur la spiration de l’Esprit-Saint. Mais il demeure que seul ce concile depuis la période patristique a proclamé une telle profession de foi. En donnant Pierre Lombard comme modèle, il a instauré le motif menant par la suite à commencer toute carrière théologique par une lecture commentée des "Sentences" de Pierre Lombard, faisant de sa solution le climax de la pensée trinitaire de la pensée occidentale. Thomas d'Aquin, Bonaventure : tous les théologiens scolastiques ont eu à commenter le bien-fondé de la solution du Lombard.
Ce texte est donc capital, malgré sa complexité et sa longueur. Il est l’exacte définition dogmatique encore reconnue comme telle dans l’Église catholique romaine. Tous les auteurs catholiques, tenus par le dogme à le professer ne firent que l’approfondir et le rendre plus compréhensible. Pour se référer à la Trinité, c'est à ce concile et à ce texte que se réfère encore de nos jours le Saint-Siège. De plus, il résume tous les autres débats antérieurs. Il est donc impératif d’en citer la partie dogmatique, qui demeure le dogme trinitaire occidental (une partie des théologiens venus des Réformes protestantes refuse d’entrer en ces subtilités et préfère parler de mystère insondable, d’autres s’alignent plus ou moins sur lui, parfois sans le savoir en utilisant des sources référées à ce canon) :
Dans les questions 27 à 43 de la "Somme théologique" (appelées, peut-être improprement, traité "De Deo trino" : du Dieu trine) Thomas d'Aquin a résumé ainsi la foi trinitaire en posant qu’on pouvait distinguer :
On peut considérer aussi qu'en Dieu il y a deux actes notionnels : l'acte de connaissance qui constitue le Fils et l'acte de volonté qui constitue l'Esprit.
En Dieu tout est un car il n'y a pas opposition des relations. Les trois personnes agissent de façon inséparable à l'extérieur d'elles-mêmes.
Quant à l'appropriation, elle consiste à attribuer à une seule Personne une propriété (par exemple la création attribuée au Père) qui est en réalité commune aux trois Personnes divines.
La Réforme ne remet pas en cause le dogme trinitaire, mais l'indépendance vis-à-vis de l'autorité de l'Église favorise les interprétations personnelles dans une perspective de théologie puis . Le protestant Karl Barth et le catholique Karl Rahner, en particulier, réagiront pour lui redonner sa prééminence, l'un centré sur les modes de la révélation, l'autre différenciant, pour constater qu'elles se confondent, la Trinité de Dieu (immanente) et celle qui apparaît à l'homme () ; il en est de même d'autres théologiens notamment orthodoxes, ces derniers insistant sur la transcendance divine. Pour Hans Urs von Balthasar, sj, toute la Trinité est impliquée en Jésus-Christ et la croix réalise analogiquement ce qui s'y vérifie dans l'amour et le don, pendant que le théologien luthérien Rudolf Bultmann apporte sa propre vision de la christologie.
Dans le catholicisme, comme dans les Églises des sept conciles, c'est l'un des dogmes centraux du christianisme : Césaire d'Arles († 542), un des Père de l'Église, écrit ainsi dans son "Expositio symboli" : .
Tous les baptisés chrétiens de ces Églises ainsi que de celles issues de la Réforme, le sont , d'après la formule qui termine l'Évangile selon Matthieu "
Pour montrer son importance dans la foi et souligner le caractère inconcevable par l'esprit humain de la réalité divine, les catholiques parlent souvent du "mystère de la Trinité", au sens de "vérité de foi" non accessible aux lumières de la seule raison humaine. C'est l'un des trois principaux mystères avec la Rédemption et l'Incarnation.
Dans l'Église orthodoxe Les chrétiens orthodoxes adorent le Père, le Fils et le Saint-Esprit - la Sainte Trinité, le Dieu unique. Suivant les Saintes Écritures et les Pères de l'Église, l'Église croit que la Trinité divine est de trois personnes (hypostases) qui partagent une même essence (ousia). C'est paradoxal de penser ainsi, mais c'est comme cela que Dieu s'est révélé lui-même. Les trois personnes sont consubstantiels les uns avec les autres, c'est qu'ils sont d'une même et coéternelle essence (homoousios). Il n'y a jamais eu de moment où l'une des personnes de la Trinité n'aurait pas exister. Dieu est au-delà et antérieur au temps bien qu'il agisse aussi dans le temps, agissant et parlant au sein du cours de l'histoire.
Dieu n'est pas une essence impersonnelle ou de la simple «puissance supérieure», mais plutôt chacune des Personnes divines est en relation personnelle avec l'humanité. Dieu n'est pas non plus le simple nom de trois dieux (ce qui serait du polythéisme). La foi orthodoxe est monothéiste bien que trinitaire. Le Dieu de l'Église chrétienne orthodoxe est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le "JE SUIS" qui s'est révélé à Moïse dans le buisson ardent.
La source et l'unité de la Sainte Trinité est le Père, de qui le Fils est engendré et dont l'Esprit procède. Ainsi, le Père est à la fois le fondement de l'unité de la Trinité et de la distinction. Essayer de comprendre l'engendrement ou la procession conduit à la folie, dit le saint Grégoire le Théologien ; c'est ainsi que l'Eglise approche Dieu dans le mystère divin, approchant de Dieu apophatiquement, se contentant de rencontrer Dieu personnellement tout en ayant conscience de l'incapacité de l'esprit humain à Le comprendre.
La première déclaration de ce que l'Église croit au sujet de Dieu se trouve dans le Symbole de Nicée-Constantinople.
Il existe un seul Dieu personnel, transcendant au monde qui renferme en lui toutes les perfections. Il est omniscient, omnipotent, et il est l’Amour.
Il y a en Dieu trois personnes, le Père, le Fils et le Saint Esprit, qui nous sont révélées par l’incarnation du Fils et par l’envoi du Saint Esprit. Elles possèdent l’unique nature divine et c’est la divinité entière et indivisible qui est en chacune des personnes, dans le Père, dans le Fils et dans l’Esprit. Entre les trois personnes divines il existe une distinction réelle, qui se fonde uniquement sur les relations mutuelles que ces personnes entretiennent entre elles. Le Père tient de lui-même la nature divine. Le Fils procède du Père par génération éternelle. Le Saint Esprit procède du Père et du Fils, ou encore du Père par le Fils, comme d’un seul et même principe, en tant qu’ils sont un seul Dieu.
Le Père, le Fils et le Saint Esprit se compénètrent mutuellement dans la plus parfaite "circumincession" d’Amour, en grec : "périchorèse", et agissent par une seule et même opération sur le monde, en dehors d’eux.
Le monde interne de Dieu (œuvres "ad intra") ne nous est connu que par leurs œuvres externes ("ad extra"), autrement dit par la création, l’incarnation, la rédemption et l’envoi de l’Esprit. Les œuvres "ad extra" de Dieu imitent les processions internes et nous parlent d’elles.
Le monde de Dieu, celui de la Trinité, est une parfaite vie d’Amour et d’unité, Amour et unité étant corrélatifs.
Les Églises protestantes sont trinitaires ainsi qu'en témoigne l'article premier de la confession d'Augsbourg (luthérienne), l'article 6 de la confession de La Rochelle (réformée) ou le premier des trente-neuf articles de l'Église anglicane.
Au , pour avoir nié cet article, Michel Servet a été envoyé au bûcher, dans la Genève de Jean Calvin.
De nos jours, la situation est différente selon qu'il s'agit des églises évangéliques ou des Églises des courants historiques, le plus souvent européennes. Dans ce dernier courant, le Libre examen prédomine en sorte que la problématique est moins de croire en la doctrine de la Trinité que d'avoir une position à son propos.
En ce qui concerne la Communion anglicane, les fidèles de cette église bénéficient de la "liberté de conscience" depuis un synode des années 1980 ; ce qui les met dans une situation identique à celle des fidèles des autres églises européennes.
Des auteurs protestants font observer que la Trinité n'est pas dans le Nouveau Testament (du moins si l'on exclut le , ci-dessus). Il en résulte que le débat théologique continue ouvrant des perspectives à des théologies chrétiennes non chalcédonniennes.
Quand ces églises ont une position contrastée sur les confessions de foi, on parle d'églises "non confessantes" pour manifester que, pour leurs fidèles, aucun dogme n'est un "point central de la vraie foi". La théologie de ces églises considère que tout discours réputé définitif sur les sentiments intérieurs à Dieu heurte la Transcendance que lui reconnaissent les trois monothéismes.
Bien entendu, ces courants comme ces églises ne se vivent pas moins orthodoxes que les églises confessantes ou professantes, où l'adhésion à une confession de foi est indispensable pour être membre de l'église.
Le Conseil œcuménique des Églises, qui regroupe comme membres pléniers tous les mouvements chrétiens issus des Réformes et de la Panorthodoxie reconnus comme « Église chrétienne » ainsi que l'Église catholique romaine comme membre observateur a publié un document de foi centré sur le Symbole de Nicée qui fait de la Trinité avec les autres croyances énoncées dans ce symbole (incarnation de Dieu en Jésus-Christ, mort et résurrection, reconnaissance sotériologique du baptême) ce qui distingue une église chrétienne d'une autre croyance, certes se réclamant du message biblique, mais ne pouvant être reconnue comme chrétienne.
Les participants au concile de Nicée ne furent pas sur une position unanime. Arius, un des trois opposants au credo du concile, est à l'origine de l'arianisme, qualifié d'hérésie par certaines églises chrétiennes occidentales, mais qui connut une grande diffusion parmi les Germains christianisés, en Afrique romaine ainsi que dans les églises orientales. Les donatistes, très présents en Afrique romaine, ne furent pas conviés au concile de Nicée et ne partagent donc pas la conception de la Trinité.
À partir de la Réforme, plusieurs courants de pensée antitrinitaires se formèrent. La première église unitarienne chrétienne vit le jour au , à Naples puis les unitariens pourchassés partirent vers le Nord (Suisse), puis vers l'Est de l'Europe (Pologne, puis Transylvanie), enfin ils ont fait des adeptes en Angleterre.
De nos jours, plusieurs courants chrétiens minoritaires réfutent le dogme de la Trinité : L'Église de Dieu (Septième Jour), l'Église Unitariste, la Science chrétienne, les Christadelphes, l'Église universelle de Dieu, certains groupes adventistes, l'Antoinisme, les mouvements issus de l'œuvre de Charles Taze Russell (Témoins de Jéhovah, l'Association des étudiants de la Bible et l'Association philanthropique des amis de l'Homme).
L'iconographie chrétienne utilise plusieurs modes de représentation de la Sainte Trinité. Ces représentations obéissent à des schémas et à des structures connues dont l'apparition, ou la disparition, épousent l'histoire du dogme.
Les trois faces sont représentées dans les cieux souvent accompagnés de figures saintes qu'ils surplombent (quelques exemples).