Augusto Pinochet

Augusto Pinochet (prononciation espagnole : ; prononciation française courante : ), de son nom complet Augusto José Ramón Pinochet Ugarte, né le à Valparaíso (Chili) et mort le à Santiago (Chili), est un militaire et homme d'État chilien, président du Chili du au .
Commandant en chef de l'armée chilienne, le général Pinochet prend la tête du coup d'État du 11 septembre 1973 contre le gouvernement du président socialiste Salvador Allende, élu démocratiquement en 1970, mais n'ayant jamais eu de majorité au parlement. À la suite de ce coup de force, le régime militaire d'Augusto Pinochet se met en place : Pinochet dirige le pays pendant 17 ans, d'abord comme président de la junte de gouvernement (1973-1974), ensuite comme président de la République désigné par la junte (1974-1981) puis comme président de la République dans le cadre d'un nouveau régime constitutionnel mis en place à partir du .
Son régime est marqué par de multiples violations des droits de l'homme (plus de et disparus, plus de , des dizaines de milliers d'arrestations de dissidents), lesquelles ont fait l'objet de trois rapports et de quatre procédures judiciaires dans les années 1990 et 2000, et ont entraîné l'exil de plusieurs centaines de milliers de Chiliens. La présidence de Pinochet est dénoncée dans son ensemble comme une période de dictature militaire, par de nombreux médias et ONG ainsi que par ses opposants. Elle est décrite comme telle par les historiens ; la qualification de dictature est également reprise par le rapport Valech, publié au Chili en 2004. Ses partisans chiliens considèrent au contraire qu'il a sauvé le pays du communisme.
Sur le plan économique, son régime est marqué par la libéralisation de l'économie, la liberté des échanges et l'ouverture du pays à la concurrence internationale, réformes inspirées par les , rompant avec les précédentes politiques économiques interventionnistes. La situation de « stabilité économique » qui aurait été atteinte par le Chili sous le régime de Pinochet est louée par les partisans de ses réformes ; Milton Friedman a lancé à ce sujet l'expression de . L'ampleur, voire la réalité, de cette réussite économique donne lieu à de nombreux débats.
Augusto Pinochet perd le référendum de 1988 qu'il a organisé pour se maintenir au pouvoir et doit participer à la préparation de la transition vers la démocratie. Après avoir cédé le pouvoir à Patricio Aylwin (nouveau président élu) le , il reste commandant en chef de l'armée chilienne jusqu'en 1998, puis devient sénateur à vie, en tant qu'ancien président. 
Le 18 octobre 1998, il est arrêté à Londres à la suite d'une plainte internationale déposée en Espagne pour « génocide, terrorisme et tortures ». Il est libéré pour raisons de santé en et peut alors retourner au Chili. Personnalité très controversée au Chili, où il suscite l'admiration des uns et la haine des autres, il meurt en , avant que les procédures judiciaires engagées contre lui n'aient abouti.
Fils d'un courtier en douane, Augusto Pinochet est né dans une famille de la classe moyenne, descendant d'une famille française arrivée au Chili au , originaire de la ville de Lamballe, en Bretagne. 
Le premier Pinochet à vivre au Chili est un marin, Guillaume Pinochet, né à Saint-Malo, en Bretagne et arrivé à Concepción en 1720 avec un bateau chargé de marchandises, ne pouvant rien débarquer car seuls les royalistes espagnols avaient le droit de commercer. Il se marie alors dans la noblesse locale avec Doña Úrsula de la Vega y Montero de Amaya pour pouvoir débarquer ses marchandises. Son fils, né de ce mariage, fut capitaine dans l'armée chilienne.
L'épouse d'Augusto Pinochet, Lucía Hiriart Rodríguez, fille d'un ancien ministre radical, est quant à elle descendante d'immigrés basques français (famille "Hiriart de Nilo"). Le couple a eu trois filles et deux garçons.
Il fait ses études primaires et secondaires au Seminario San Rafael à Valparaíso, à l'Institut Rafael Ariztía des frères maristes à Quillota et à l'école des pères français à Valparaíso (CMP).
En 1933, à 18 ans et après trois tentatives, il entre dans une école militaire. Quatre années plus tard, il obtient le grade d"'Alférez" (sous-lieutenant) dans l'infanterie. Il commence dès lors son service militaire et en , rejoint le régiment « Chacabuco » à Concepción avant d'obtenir le grade de lieutenant en 1939.
Lors des débuts de la guerre froide, en 1947, le capitaine Pinochet est responsable d'un camp de prisonniers à Iquique où sont détenus les dirigeants du Parti communiste chilien sur ordre du président Videla. 
Il devient commandant et officier d'état-major en 1953. Il termine ses études à l'Académie de guerre de Santiago. En 1955, il commence ses études de droit à l'université du Chili. 
En 1963, il dirige l'école militaire de Santiago, où il enseigne notamment la géographie politique.
Il est promu au rang de colonel en 1967. L'année suivante, le général Alfredo Mahn le nomme chef d'état-major dans la division Santiago. L'année suivante, en 1969, il est nommé chef de la Sixième division à Iquique (ville la plus importante du nord du Chili, c'est la capitale de la région de Tarapacá). En 1970, le président Eduardo Frei le nomme général de brigade.
Après l'élection du docteur Salvador Allende à la présidence de la République, la situation économique du Chili se dégrade, notamment en raison des grèves incessantes, celle des camionneurs en tête. L'inflation, d'abord en baisse, progresse ensuite et atteint 150 %. Les États-Unis, après avoir tenté brièvement d'empêcher l'accession au pouvoir d'Allende par des moyens légaux ou parfois plus discutables, soutiennent les journaux et partis d'opposition ; ils craignent d'une part qu'un pays d'Amérique latine passe sous « influence soviétique » et d'autre part que des nationalisations spolient leurs compagnies. Les actions du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), groupe révolutionnaire d'extrême gauche, et de Patria y Libertad, groupe paramilitaire d'extrême droite, contribuent à la déstabilisation politique.
En 1971, face aux manifestations d'opposition, le général Pinochet, chargé de l'ordre public à Santiago déclare espérer . Il fait saisir "Tribuna", un journal de l'opposition conservatrice pour « insulte à l'armée », et assure que , puis officie comme aide de camp du chef d'État cubain Fidel Castro pendant sa visite d'État au Chili.
Il est nommé chef d'état-major du général Carlos Prats, commandant de l'armée de terre, en 1972, et entretient de bons rapports avec José Tohá, le ministre de la Défense. En , de sa propre initiative, il met un terme à une rébellion du blindé, ce qui lui vaut d'être nommé général de division sur recommandation de Carlos Prats en . 
Le , Prats démissionne. Le président Salvador Allende, pour rétablir l'ordre, nomme commandant en chef de l'armée chilienne Augusto Pinochet selon le journaliste Bruno Patino.
D'abord loyal à Salvador Allende, le général Pinochet se joint "in extremis" au complot organisé par l'amiral José Toribio Merino, commandant en chef de la marine, et le commandant en chef de l'armée de l'air, le général Gustavo Leigh. Plus tard, Pinochet mentira dans ses Mémoires en affirmant avoir préparé l'opération un an à l'avance.
Le complot débouche sur le coup d'État du 11 septembre 1973, pendant lequel le palais présidentiel ("Palacio de la Moneda") est bombardé avec des avions de fabrication britannique Hawker Hunter. Pinochet veut tendre un piège à Allende pour le tuer : . Allende se suicide, suspectant un piège et arguant que .
La répression commence pour ses partisans ou suspectés tels : le stade national sert de prison à ciel ouvert pour . D'autres prisonniers sont détenus et torturés au stade Chili, et dans des camps de concentration organisés à la hâte. Selon le rapport Rettig publié en 1991, le nombre de victimes de la junte militaire est de 2279 dont pour des motifs non élucidés (crapuleux ou politiques), et de . La Commission chilienne sur la prison politique et la torture dans le rapport Valech en 2004 comptabilise arbitraires et cas de tortures entre 1973 et 1990, dont pour des raisons politiques.
Malgré la difficulté d'établir un recensement précis, on estime qu'entre cinq cent mille et un million de Chiliens auraient quitté le pays entre 1973 et 1989, ce qui représente 5 à 10 % de la population de l'époque.
Le , les officiers putschistes proclament, dans un acte solennel, le décret loi , l'établissement d'une junte militaire de gouvernement « assumant le mandat suprême de représenter la Nation ». Augusto Pinochet avait préalablement pris la présidence de cette junte gouvernementale, en sa qualité de commandant en chef de la branche la plus ancienne des Forces armées. Cette charge, qui à l'origine devait être tournante, devient finalement permanente. Le premier gouvernement mis en place se compose de 13 militaires sur un total de 15 membres. Le , Pinochet est nommé « chef suprême de la Nation », en vertu du décret-loi , charge qui est remplacée par celle de président de la République, le , en vertu du décret-loi de la junte, dont il sera membre jusqu'en 1981, et qui s'est arrogé les fonctions constituantes et législatives à la place du Congrès national, dissous depuis le . 
Dès le , Augusto Pinochet prend l'ascendant sur la junte et met fin aux espérances de la droite chilienne, des conservateurs et des démocrates chrétiens qui s'attendaient à récupérer le pouvoir exécutif. Au contraire, le Parlement est dissous. Le communisme est interdit, les partis politiques liés à l"'Unidad popular" et ceux d'extrême-gauche sont interdits, puis toute activité politique à l'intérieur du pays est suspendue. La liberté de la presse est supprimée, des livres sont interdits et brûlés. Les responsables politiques locaux et l'ensemble des maires sont destitués, et leurs remplaçants sont nommés par la junte. Des étudiants sont arbitrairement exclus des universités, des professeurs sont arrêtés, expulsés, torturés ou fusillés. Des militaires sont nommés à la tête de toutes les universités. Les syndicats libres sont réprimés.
Durant les mois de septembre et , le général Sergio Arellano Stark est chargé par la junte de traquer des militants de l"'Unidad Popular" et du MIR figurant sur une liste préétablie. Cette caravane de la mort parcourt le Chili du Nord au Sud. Stark ordonne l'exécution d'au moins 72 militants de l'UP et du MIR et la torture d'une dizaine d'autres.
En 1974, Pinochet charge Manuel Contreras de diriger la DINA, une police politique qui recourt aux « disparitions », aux assassinats, et à la torture. La DINA, placée directement sous contrôle de Pinochet, est décrite dans les rapports internes de la CIA comme une « Gestapo moderne ». La DINA « dépend directement du général Pinochet et fait régner la terreur sur la société chilienne ».
Dans le cadre du plan Condor, créé en 1975 à l'initiative du général Rivero, officier des services secrets argentins, les opposants aux différents régimes dictatoriaux d'Amérique du Sud sont traqués et assassinés, y compris à l'étranger. Rassemblant six dictatures militaires d'Amérique du Sud (Chili, Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay), c'est une entente qui permet de traquer et d'assassiner les dissidents, hors de leur territoire national. Les exilés chiliens visés par ces opérations sont souvent des partisans de l'Unidad Popular et du MIR mais aussi d'anciens ministres ou militaires opposés au coup d'État comme Orlando Letelier, assassiné aux États-Unis. 
Le général Pinochet devient à l'époque « le héros des milieux fascistes européens ». Ainsi, les néo-fascistes italiens sont-ils employés dans des opérations dans le cadre du plan Condor. Au Chili, la Colonie Dignidad, dirigée par le nazi Paul Schäfer, sert de centre de torture pour les militaires et se voit accorder l'immunité pour toutes les exactions commises entre ses murs.
En , les lois d'amnistie garantissent l'impunité contre les poursuites judiciaires aux auteurs de crimes et exactions liés au coup d'État, commis entre le et le à l'exception de l'assassinat de l'ancien ministre Orlando Letelier. Il écarte également de la direction de la junte militaire son rival, le général Gustavo Leigh, commandant en chef de l'armée de l'air, qui s'était déclaré en faveur d'un plan de normalisation démocratique sur cinq ans, et l'organisation d'élections.
Pour faire fonctionner l'administration civile, Pinochet recrute chez les universitaires du Mouvement grémialista pour lui fournir les nouveaux cadres de son administration, mais aussi le personnel municipal des gouvernements locaux ainsi que celui du corps universitaire, notamment ceux d'agronomie, de droit, d'économie et d'ingénierie. Il comptera également par ce biais de nombreux sympathisants dans les médias, chez les fonctionnaires du gouvernement et dans le patronat. À leur côté, une partie de l'ancien personnel politique conservateur se recycle dans les nouvelles institutions à l'instar des anciens présidents de la République, Jorge Alessandri et Gabriel González Videla, qui rejoignent le nouveau Conseil d'État.
Le régime des forces armées recourt également à des économistes, les "Chicago Boys", de jeunes économistes chiliens influencés par l'École de Chicago de Milton Friedman, pour redresser l'économie du pays. Pendant les huit premières années, puis de 1984 à 1989, le taux de croissance dépasse alors les 7 % par an alors que la classe moyenne se développe, que l'analphabétisme recule et que l'inflation chute de 500 % à 30 %. Pour la droite et les milieux d'affaires, Pinochet devient « l'homme qui a sauvé le Chili du communisme » et fait décoller le pays en privatisant les grandes entreprises d'État, à l'exception notable des mines de cuivre du Nord du pays qui avaient été nationalisées sous le régime de Salvador Allende. 
En 1977, le terme de « chilenité » est avancé comme idéologie justificatrice du régime, à savoir un ensemble de « valeurs morales indéfectibles » basées sur la foi chrétienne, la défense de la dignité et de la souveraineté de la nation. Des juristes du Mouvement international des juristes catholiques et de l'Association internationale des juristes démocrates déclarent que « la propagande xénophobe est devenue doctrine d'État ».
En 1980, un projet de Constitution, élaboré par les "grémios" au sein de la commission Ortúzar et amendé par le conseil d'État, est approuvé par la Junte gouvernementale qui décide de le soumettre à un plébiscite. L'opposition, menée par Eduardo Frei Montalva, participe alors à sa première manifestation politique autorisée et appelle à voter contre le projet lors de son unique meeting politique au théâtre Caupolicán de Santiago. Néanmoins, le , la nouvelle Constitution politique de la République du Chili est approuvée par 68,95 % des votes et entre en vigueur le . Toutefois, en l'absence de registres électoraux, il n'a pas été possible de contrôler la régularité du scrutin. Entrant en vigueur le , elle donne au général Pinochet un mandat de 8 ans en tant que président de la république laissant à la junte, dont il n'est plus membre, ses seules fonctions législatives.
En 1982 et 1983, l'économie stagne, l'inflation s'envole et le PIB chute de près de 14 % alors que la répression contre les opposants s'accentue. En 1984, la croissance repart (5 % de hausse par an).
Le , les ouvriers, les mineurs du cuivre, et les étudiants organisent leur première grande protestation contre le régime. 
L'état de siège est décrété le . En , le général Pinochet échappe à un attentat perpétré par le Front patriotique Manuel-Rodriguez, la branche militaire du Parti communiste.
Dès le coup d'État, « le bombardement du palais présidentiel de la Moneda, la justice d'exception et les exécutions sommaires suscitent l'horreur sur le plan international ».
En , le général Pinochet est, aux côtés du prince Rainier III de Monaco, du roi Hussein de Jordanie, du président bolivien Hugo Banzer, l'un des chefs d'État et de gouvernement qui viennent assister à l'enterrement du généralissime Francisco Franco, le Caudillo d'Espagne, pour lequel il n'avait jamais caché son admiration.
Sur le plan international, le général Pinochet s'assure le soutien discret des États-Unis et l'approbation tacite des pays d'Europe occidentale. Les relations diplomatiques sont rompues avec les régimes communistes à l'exception de la Roumanie et de la Chine. Les relations diplomatiques sont également rompues également avec Cuba et la Corée du Nord, mais par contre établies avec la Corée du Sud et le Sud-Vietnam.
L'ONU dénonce, en 1977, « les violations constantes et flagrantes des droits de l'Homme qui ont eu lieu et continuent d'avoir lieu au Chili, y compris la pratique institutionnalisée de la torture », dénonce également « la destruction des institutions démocratiques et des garanties constitutionnelles dont jouissait auparavant le peuple chilien », et demande le rétablissement des « libertés fondamentales ». En représailles, le gouvernement militaire interdit aux émissaires de l'ONU l'entrée sur le sol chilien. Pinochet répond aussi en organisant un plébiscite de soutien, mettant ainsi les autres membres de la junte devant le fait accompli. Deux membres de la junte ratifièrent la consultation, l'opposition soulignant de ce fait le caractère illégitime de celle-ci alors que les partis de gauche (interdits), la presse et l'épiscopat émettaient des réserves ou condamnaient le projet. La question soumise au plébiscite ne fut publiée que 24 heures à l'avance, en raison notamment de problèmes constitutionnels et juridiques soulevés par le contrôleur général (sur le départ), Héctor Humeres, mais vite ignorés par son successeur, Sergio Fernández. Si une seule réponse était possible, la question était composée de deux propositions que le peuple chilien devait accepter ou rejeter en bloc. La première proposition concernait le alors que la seconde voulait faire reconnaître une . Le gouvernement affirma avoir reçu 75 % des voix en sa faveur (« Personne ne croit à ce chiffre », selon l'historienne Verónica Valdivia Ortiz de Zárate), contre 20 % auxquels s'ajoutaient un peu plus de 4 % de bulletins nuls. L'abstention atteignit 8,5 % en dépit de l'absence de registre électoral pour la contrôler.
Avec les pays limitrophes, et en dépit des liens tissés par le plan Condor, les relations sont médiocres. En 1978, le conflit militaire avec l'Argentine pour le contrôle des îles du canal de Beagle (conflit du Beagle) est évité grâce à la médiation du pape Jean-Paul II. Mais durant la guerre des Malouines entre l'Argentine et le Royaume-Uni, quatre ans plus tard, Pinochet prend ouvertement parti pour ce dernier, lui apportant une aide logistique contre ses voisins immédiats. 
Le général Pinochet entretient de bonnes relations avec le nonce apostolique en Argentine, Angelo Sodano, qui deviendra cardinal de la curie romaine. 
En , le général Pinochet accueille au Chili le pape Jean-Paul II, qui lui rappelle que « le peuple a le droit de jouir de ses libertés fondamentales, même s'il commet des erreurs dans l'exercice de celles-ci ».
Les articles 27 à 29 de la constitution chilienne de 1980 prévoyaient une période transitoire qui devait se terminer à la fin du mandat présidentiel de Pinochet, soit le . Ils prévoyaient qu'au moins 90 jours avant la fin du mandat présidentiel en cours, les commandants en chef des forces armées, le directeur général des carabiniers ou, en l'absence d'unanimité, le conseil de sécurité nationale comprenant le contrôleur général de la République, devaient désigner celui qui occuperait la fonction du chef de l'État pour le mandat suivant de huit ans, dont la ratification devait être validée par un référendum plébiscitaire auprès de la population chilienne.
Si la désignation du candidat était validée au cours du référendum, celui-ci entrerait en fonction à la date prévue du , ainsi que les dispositions permanentes de la Constitution. Dans les neuf mois, des élections législatives devaient désigner des députés et des sénateurs auxquels serait transférée, trois mois plus tard, la totalité des pouvoirs législatifs détenus jusque-là par la junte de gouvernement.
Si la désignation du candidat n'était pas validée par référendum, le mandat présidentiel du titulaire devait être prorogé d'une année jusqu'au , tout comme les pouvoirs législatifs de la junte. Durant cette période, des élections législatives et présidentielles devaient être organisées, au moins 90 jours avant la fin du mandat prorogé.
En vertu des dispositions législatives prises par le gouvernement, comme la loi du , les principales libertés publiques (droit de réunion des partis politiques, à l'exception du Parti communiste, et des syndicats, semi-abrogation de la censure) sont alors rétablies et les registres électoraux sont rouverts pour tous les citoyens chiliens, hommes et femmes ainsi que pour les résidents étrangers, âgés de plus de 18 ans.
Estimant son bilan économique globalement positif, le général Pinochet est désigné comme candidat à sa succession, soutenu principalement par l'Union démocrate indépendante de Jaime Guzmán et, dans une moindre mesure, par des partisans de Rénovation nationale, tandis que ses opposants se regroupent dans la "Concertación de Partidos por el No" (qui devint par la suite « Concertation des partis pour la démocratie »), regroupant 16 partis politiques.
La campagne référendaire débute à . Pour la première fois, elle a également lieu à la télévision par le biais de spots de campagnes de 15 minutes chacune. La supériorité de la campagne du "No" apparaît alors non seulement au niveau des campagnes publicitaires, mais aussi au niveau des slogans, de l'affichage (un arc-en-ciel, symbole de pluralisme) et de l'argumentaire positif et rassurant, axé sur un avenir meilleur, et non sur le passé. Les partisans de Pinochet tentent de faire un repoussoir du souvenir des années de gouvernement de l"'Unidad Popular", alors que l'image de Pinochet est retravaillée par ses conseillers pour le présenter en grand-père paternaliste.
Le , sont attendus aux urnes. Les exilés sont aussi autorisés à rentrer au pays, ce que fait notamment la famille de Salvador Allende. Les élections se déroulent calmement. Ce n'est que vers 2 heures au matin du 6 octobre que les résultats sont officiellement publiés, accordant 44,01 % des voix aux partisans de Pinochet contre 55,99 % à ses adversaires, victorieux.
Pinochet nomme alors un nouveau gouvernement, composé de civils, comme le journaliste économiste Joaquín Lavín (à la fonction de secrétaire général du gouvernement). La Constitution est amendée en juillet par référendum pour lui permettre d'entrer pleinement en fonction, mettre un terme aux différentes dispositions transitoires et permettre une transition pacifique.
En novembre, le gouvernement nomme un nouveau conseil pour la Banque centrale, où il fait entrer deux hommes de gauche aux côtés de deux hommes de droite et d'un candidat indépendant, Andres Bianchi, pour la présider. L'armée de terre est remaniée, mais les postes les plus importants restent attribués à des proches du général Pinochet.
Le , les électeurs chiliens élisent un nouveau président de la République et un Parlement composé de 120 députés et de 83 sénateurs. Le démocrate-chrétien Patricio Aylwin, candidat de la Concertation pour la démocratie, est élu dès le premier tour avec 57 % des voix. Au Parlement, la coalition démocratique l'emporte également (36 % pour la démocratie-chrétienne et le centre-gauche, 24 % pour la gauche), et la démocratie-chrétienne devient la première formation politique du pays. 
Patricio Aylwin entre en fonction le , au cours d'une cérémonie de passation de pouvoirs avec le général Pinochet au parlement réuni à Valparaiso. Les députés de la Concertation des partis pour la démocratie portent des photos de « disparus » de la dictature. Lorsque Pinochet sort de la salle, il est suivi par des parlementaires socialistes qui, photos de disparus à la main, lui crient : « Assassin ! Assassin ! ».
En 1990, la Commission de la vérité et de la réconciliation publie le rapport Rettig sur le bilan humain du régime du général Pinochet, promis par le président Aylwin durant la campagne électorale de 1989, sur fond de consensus national.
En tant que commandant en chef de l'armée, le général Pinochet apparaît alors jouer un rôle de modérateur au sein de celle-ci, alors que plusieurs de ses anciens cadres sont mis en cause devant les tribunaux, à commencer par Manuel Contreras, l'ancien chef de la DINA. Tandis que certains généraux disent publiquement qu'ils ne toléreront pas d'autres procès contre ses membres pour les violations des droits de l'homme commis sous le régime militaire, les dirigeants démocrates-chrétiens admettent que le général Pinochet tient alors un rôle primordial pour calmer les ardeurs des plus belliqueux des militaires. Certains estiment que par tactique ou par ruse, il s'est résigné à ce que des châtiments modérés soient infligés à quelques « boucs émissaires ».
En 1995, il manifeste pour la première fois une exaspération publique contre un projet de loi du gouvernement visant à réduire le pouvoir de l'armée, en supprimant les neuf sièges de sénateurs désignés par les militaires et en donnant au président la faculté de déplacer des officiers supérieurs ou de les mettre d'office à la retraite. Le gouvernement offre en échange une loi dite de point final sur le modèle argentin.
Néanmoins, en 1995, pour beaucoup de Chiliens, le général Pinochet fait alors figure de « papi bonhomme », une sorte de « paysan roublard » et rusé qui apparaît ainsi dans une émission satirique « les Toppins », équivalents de l'émission des "Guignols de l'info", en France. Avec 40 % de bonnes opinions, il est alors la la plus populaire du Chili, après le président Eduardo Frei Ruiz-Tagle et le footballeur Iván Zamorano.
En 1998, atteint par la limite d'âge, Augusto Pinochet quitte son poste de commandant en chef de l'armée. Il devient désormais sénateur à vie en tant qu'ancien président de la République, bien que cinq députés démocrates-chrétiens aient tenté de l'empêcher de prendre ce poste par une accusation constitutionnelle, estimant que Pinochet était « fautif et responsable d'offenses à la mémoire des victimes des violations des droits de l'Homme compromettant ainsi l'honneur de la Nation ». Il abandonne son mandat de sénateur en 2002, pour raisons de santé.
Le , alors qu'il est à Londres pour des examens médicaux, le général Pinochet est placé en état d'arrestation puis assigné en résidence surveillée, à la suite d'un mandat d'arrêt international émis par le juge espagnol Baltasar Garzón. En Espagne, deux procédures sont en cours : le juge Manuel García Castellón enquête sur l'assassinat ou la disparition de ressortissants espagnols au Chili entre septembre 1973 et décembre 1983, tandis que Baltasar Garzón enquête sur « l'opération Condor ». Les deux juges accusent l'ancien président de « génocide, de tortures, de terrorisme international et d'enlèvements ».
L'arrestation d'Augusto Pinochet place les gouvernements chilien et britannique dans l'embarras : le premier, parce qu'au nom de la souveraineté nationale et pour satisfaire l'armée, il doit réclamer sa remise en liberté ; le second, parce qu'il s'interroge sur sa compétence juridique et parce que, comme le rappelle Pinochet dans une déclaration, le ministère des Affaires étrangères britannique était au courant de sa visite au Royaume-Uni.
En signe de protestation, le gouvernement chilien d'Eduardo Frei envoie son ministre des Affaires étrangères à Londres, suspend les échanges interministériels et oblige les députés socialistes Isabel Allende Bussi et Juan Pablo Letelier, partis à Londres pour dénoncer les crimes du régime militaire, à faire amende honorable le 3 décembre alors que Ricardo Lagos, le candidat de la Concertation, demande à son tour le retour de Pinochet au Chili