Paul Cézanne

Paul Cézanne, né le à Aix-en-Provence, mort le dans la même ville, est un peintre français, membre du mouvement impressionniste, considéré comme le précurseur du post-impressionnisme et du cubisme. Par sa volonté de faire "du Poussin sur nature", il apparait comme un continuateur de l'esprit classique français autant qu'un innovateur radical par l'utilisation de la géométrie dans les portraits, natures mortes et les nombreux paysages qu'il peint d'Ile-de-France et de Provence particulièrement de la campagne d'Aix-en-Provence. Il a notamment réalisé une série de toiles ayant pour motif la montagne Sainte-Victoire. Il est considéré comme le "Père de l'Art Moderne".
Ami d'enfance de l'écrivain Émile Zola qu'il rencontra à Aix-en-Provence, ils restèrent en contact toutes leurs viescontrairement à une légende littéraire qui les imaginent brouillés.
Paul Cézanne nait à Aix-en-Provence, le 19 janvier 1839. C'est un enfant né hors-mariage de Louis Auguste Cézanne, âgé de 40 ans qui le reconnaît et de Anne Élisabeth Honorine Aubert, ouvrière chapelière, 24 ans. Son père est chapelier, d'origine très pauvre et demeure 55, sur le Cours, aujourd'hui le Cours Mirabeau. où il travaille à la chapellerie Carbonel qu'il a fondé et que tient une parente de Anne Aubert. L'enfant est baptisé le 20 février à l'église Sainte-Madeleine. Le 4 Juillet 1841 nait une soeur Marie. Le 29 janvier 1844, Louis Auguste Cézanne épouse Anne Aubert qui a pour dot ses économies d'ouvrières.
Le 1er Juin 1848, Louis Auguste Cézanne ouvre la banque Cézanne et Cabassol, 24 rue des cordeliers de son nom et de celui de son associé.
L'enfant Paul Cézanne, suit les cours de l'école communale, puis de l'école catholique St Joseph. Il s'y lie avec Henri Gasquet.
Paul Cézanne fréquente le collège Bourbon (devenu le lycée Mignet aujourd'hui), où il se lie d'amitié avec Émile Zola, Jean-Baptiste Baille et Louis Marguery. Ils sont les inséparables.Le 1er juin 1854, naît sa seconde sœur Rose dont Paul est le parrain. À partir de 1857 Il suit des cours à l'École de dessin d'Aix-en-Provence, d'après le modèle vivant et les plâtres et sculptures conservés au musée sous la direction de Joseph Gibert, le directeur et conservateur du Musée et ce jusqu'en 1861. En 1858, il passe son baccalauréat avec succès et entreprend sans enthousiasme des études de droit à l'Université d'Aix à la demande de son père. La même année, Cézanne semble être tombé amoureux d'une inconnue qu'il croise quand il va au lycée.. Le 25 août 1859, Cézanne reçoit le second prix de peinture de l'école gratuite d'Aix-en-Provence pour "une étude de la tête d'après le modèle vivant à l'huile et de grandeur naturelle". En 1860 Cézanne abandonne ses études de droit pour monter à Paris. Il est exonéré de service militaire.
Cézanne mesure 1m75, il est d'un "tempérament doux comme un enfant", parle avec un fort accent provençal, nasillard et roulant les R si violemment qu'il en fait "littéralement vibrer la vaisselle". . "D'une timidité souffrante " selon le mot de Zola, pudique jusqu'au malaise, Cézanne pouvait être très narquois et ironique, mais aussi sujet à de brusques colères, de plus s'il était touché ou effleuré par inadvertance ses réactions pouvaient être violentes.
En 1861, il s'installe à Paris, malgré l'avis défavorable de son professeur de dessin. Ayant échoué au concours d'entrée de l'École des beaux-arts en raison d'un tempérament coloriste jugé excessif, il revient à Aix travailler dans la banque paternelle. En 1862, il revient à Paris aidé par le peintre Chautard un Aixois, qui lui corrige ses études à l'Académie de Charles Suisse et soutenu dans sa vocation par Zola. Il habite chez la mère de Zola. En 1863, il est inscrit comme copiste au Louvre et copie la "Barque de Dante" de Delacroix qu'il est incapable d'achever.En 1864, il copie les "Bergers d'Arcadie" de Nicolas Poussin. Il travaille à l'Académie de Charles Suisse et y rencontre Camille Pissarro, Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet, Alfred Sisley et un autre Aixois, Achille Emperaire, dont il fera plus tard un portrait, resté célèbre. 
En 1865, un article de Marius Roux mentionne Cézanne comme un des bons élèves de l'école aixoise admirateur de Ribera et Zurbaran.
En 1866,"Le portrait d'homme" qu'il présente au Salon est refusé, bien que Daubigny l'ait défendu, à cette occasion il rencontre Manet. Par l'intermédiaire du Père Tanguy, Cézanne expose à Madrid en Espagne. Il entreprend des œuvres de 4 à 5 mètres dans le village de Bennecourt, non loin d'Auvers-sur-Oise. Il y travaille à un tableau "l'Ouverture de Tannhaüser" d'après Wagner. Puis redescend en Aix où "sa tenue et son physique font sensation sur le Cours", un poème lui est même dédié dans "L'écho des Bouches-du-Rhône". En 1867, un journal de Francfort se moque de l'envoi -refusé- de Cézanne au Salon, Zola prend sa défense dans le Figaro le 12 Avril. Cézanne travaille sur le motif dans la campagne aixoise.
La peinture de Cézanne se caractérise durant cette première époque, par une fougue, un volontarisme et des empâtements au couteau donnant à ses peintures un aspect sombre et lourd qui peut choquer par des maladresses de dessin.
En 1869, Paul Cézanne rencontre Hortense Fiquet, modèle et ouvrière dont le surnom est "La Boule", elle devient sa compagne. Pendant la guerre de 1870, Cézanne s'installe à l'Estaque près de Marseille avec elle. Cézanne est dénoncé comme "réfractaire", la gendarmerie vient l'arrêter mais ne le trouve pas. Cézanne, seul, s'installe dans la bastide du Jas de Bouffan, résidence que son père a achetée en 1858. Le 4 janvier 1872, naissance de Paul, fils de Paul Cézanne et Hortense Fiquet à Paris. Le peintre prévient sa mère mais pas son père qui ignore tout de sa relation avec Hortense. En 1873, avec l'aide du Docteur Gachet, Cézanne installe à Auvers-sur-Oise où il travaille avec Pissaro et Guillaumin. Il aide Daumier. Le 27 décembre 1873, Cézanne participe à la fondation de la société anonyme coopérative des artistes-peintres avec Degas, Monet, Renoir...
Cézanne peindra 27 portraits de sa femme pendant sa vie.
En 1874, les impressionnistes organisent leur première exposition collective dans l'atelier du photographe Nadar et le public réserve un accueil peu encourageant, voire scandalisé, aux toiles de Cézanne, qui en présente trois ("Une moderne Olympia" qui appartient au docteur Gachet, "La Maison du pendu" qui est acheté par le Comte Doria et "Étude, paysage d'Auvers"). En 1875, le père Tanguy vend trois tableaux à Victor Choquet, un collectionneur de Renoir. Il rencontre Forain. 
En 1876, Cézanne travaille dans le midi, en particulier à L'Estaque où il peint des tableaux pour Choquet. et s'Il n'a présenté aucun tableau à la seconde exposition impressionniste, il montre seize œuvres en 1877 à la troisième manifestation. A Paris Il peint un de ses chefs d'œuvres :"madame Cézanne à la robe bleue"avec une étonnante harmonie de tons bleus, verts et bleus-verts. Cézanne s'habille en ouvrier, cotte bleue et veste de toile blanche couverte de taches de peinture et participe aux soirées de Nina de Villard, là il rencontre Mallarmé, Manet, Verlaine... En 1878, le manque d'argent se fait sentir, son fils est malade et la pension que verse son père ne suffit pas, aussi Zola envoie de l'argent. Son père découvre en lisant le courrier de son fils l'existence d'Hortense et de son petit-fils, il augmente son aide suivant les conseils du Docteur Gachet dont il est l'ami. En 1880, Zola publie un article sur le Naturalisme où il cite Cézanne. Hortense, elle modèle, pose pour les peintres dont Auguste Renoir, dont elle est très proche. En 1881, Paul Cézanne, Hortense et Paul s'installent à Pontoise et travaille en compagnie Pissaro. 
Cézanne développe et met au point sa méthode de travail, essentiellement sur le motif, dessiné par une succession de traits et de lignes disjointes qui décrivent géométriquement les objets ou le paysage en plans successifs suivant la perspective aérienne. La précision de la dégradation des couleurs par touches juxtaposées considérant l'ombre comme une couleur, généralement bleu, accentue le clair-obscur.
À partir de 1881, son père lui fait construire atelier au Jas de Bouffan. En 1882, Cézanne est admis au Salon, se déclarant élève de Guillaumet. 
En 1885, Cézanne demande à Zola de transmettre à une jeune femme une lettre d'amour dont il ne reste que le brouillon au dos d'un aquarelle.
En 1886, Cézanne et sa famille vit à Gardanne, là, il commence son cycle de peintures sur la montagne Sainte-Victoire, qu'il représente dans près de quatre-vingts œuvres (pour moitié à l'aquarelle). Le 28 avril il épouse Hortense à Aix-en-Provence. Le 23 octobre, son père décède. Cézanne et ses sœurs héritent, leur laissant un héritage confortable qui les met à l'abri financièrement.
En 1888, une série d'articles le mentionnent et il est admis à l'exposition de l'art Français pendant l'exposition universelle de Paris. Défendu par Durand-Ruel il expose à Bruxelles. En Novembre 1890, Paul Cézanne commence à souffrir de graves crises du à son diabète. Il installe Hortense et son fils dans un appartement à Aix, pour éviter les disputes avec sa mère et sa soeur au Jas de Bouffan. Vers 1891 Cézanne devient fervent catholique. L'oeuvre de Cézanne est reconnu par la critique, en particulier par Huysmans. On le considère comme "le précurseur d'un autre art" selon le mot de Gustave Geoffroy. 
En 1894, la collection Duret passe en salle des ventes, ses trois toiles font un prix honorable entre 600 et 800 francs. En juin 1894, à la vente de la collection Tanguy elles font entre 45 et 215 francs ! Pendant l'été Cézanne travaille à Barbizon et à l'automne séjourne à Giverny chez Monet où il dine avec Rodin et Clemenceau. En 1895, Ambroise Vollard devient le marchand de Cézanne. Cézanne devient de plus en plus irritable contre ses amis impressionnistes. Débute son amitié avec Joachim Gasquet, le fils de son ami d'enfance, qui devient son confident. Zola dans un article sur la salon parle de "son ami, son frère Paul Cézanne, dont on s'avise seulement de découvrir aujourd'hui les parties géniales de ce grand peintre avorté".
Cézanne part en cure à Vichy pour tenter de soigner son diabète qui a été diagnostiqué en 1891. Il vit à Paris l'hiver. L'été, Cézanne loue un cabanon aux Carrières de Bibémus, afin d'y entreposer son matériel de peinture et ses toiles et où il passe une bonne partie de son temps, voire de ses nuits, jusqu'en 1904..
En 1897 la Galerie Nationale de Berlin achète un paysage de Cézanne. En 1899 , Paul Signac publie "De Delacroix au néo-impressionnisme", texte dans lequel il analyse la technique de Cézanne dont se réclame les néo-impresionnistes, divisionnisme et théories de la couleur.
Cézanne s'agace des reventes de ses tableaux dont les prix montent et de leurs plus-values réalisées par Gauguin et quelques autres qui en profitent, autour de la galerie Vollard. En 1899, il participe à une vente caritative pour la veuve de Alfred Sisley, en offrant un tableau qui se vend pour 2300 francs. En 1899 Vollard achète tout l'atelier de Cézanne. En 1900, Maurice Denis peint son Hommage à Cézanne. La jeune génération des peintres se réclament de lui.
Cézanne vend le Jas-de-Bouffan après le décès de sa mère en 1897 et Il se fait construire en 1901-1902 un atelier dans la périphérie d'Aix, l'atelier des Lauves où il travaille tous les matins de 1902 à sa mort. Apprenant la mort de Zola le 29 septembre, le peintre éprouve un vif chagrin. La collection de Zola passe en vente, le critique Henri Rochefort se déchaîne contre l'artiste dans un article "L'amour du Laid".
À partir de 1903, commence la correspondance avec le peintre Camoin à qui il recommande de copier les maîtres au Louvre.
Dans une lettre du 15 avril 1904, Cézanne conseille à Émile Bernard de "traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d'un objet d'un plan, se dirige vers un point central.", c'est à dire suivant les principes de la géométrie descriptive. Cézanne souffre de violentes migraines qui l'empêche de travailler à son aise, il se sait gravement malade et doute d'atteindre enfin son but artistique avant sa mort. Une salle entière au Salon d'Automne dont il est un membre fondateur lui est consacré. Cézanne malgré le succès continue de travailler inlassablement, pensant cependant qu'il n'a pu, ni su, atteindre son rêve de peintre. . Il souffre à cause de son diabète et d'un traitement "atroce' alors que son fils s'occupe de vendre ses tableaux à Paris.
Le 15 octobre 1906, alors qu'il peint sur le motif, dans le massif de la Sainte-Victoire, un violent orage s'abat. Cézanne a un malaise et reste de longues heures sous la pluie. Il est ramené dans la charrette d'un blanchisseur chez lui, 23 rue Boulegon, à Aix. Le lendemain il va à son atelier travailler. Il meurt, le 23, emporté par une pneumonie. Sa tombe se trouve au cimetière Saint-Pierre d'Aix-en-Provence.
C'est sur la base d'une lettre de Cézanne à Émile Zola, et à partir du travail de John Rewald publié en 1937 que de nombreux biographes pensaient qu'à partir de 1886 le peintre avait rompu tout contact avec le romancier qu'il connaissait depuis son enfance et ses années d'études au lycée d'Aix-en-Provence. La cause de la brouille aurait été le roman "L'Œuvre" (racontant l'histoire d'un peintre maudit et pourchassé par le destin incapable d'achever sa « grande œuvre »), que le peintre aurait inspiré. Cette hypothèse est aujourd'hui remise en cause et infirmée par la découverte d'une lettre postérieure à celle sur laquelle se base cette supposition et par le travail de Henri Mitterand qui démontre en publiant les lettres croisées des deux artistes Cézanne et Zola en 2016 ; que Cézanne ne sait jamais senti visé par l'Œuvre et qu'il est resté au contraire un admirateur de Zola après 1887 « dans un dialogue ininterrompu d’artistes – le peintre et le conteur, unis par une même passion du réel et de sa représentation – sur leur raison d’être et sur les modes de leur faire »). Pour Henri Mitterand l'origine de ce mythe (la brouille) est dans les Souvenirs d'Emile Bernard qui veut séparer Zola et Cézanne pour des raisons autant esthétiques, sociales et politiques alors que Joachim Gasquet affirme et témoigne au contraire que Cézanne lui avait fait un vibrant hommage de l'Œuvre de Zola où il y lisait une "seule beauté vraie, éternelle et changeante » la vie. Aussi Henri Mitterand rappelle qu'il convient de pratiquer « une analyse scrupuleuse et détaillée non seulement des textes mais aussi de leur contexte social et politique et des conduites qui les ont accompagnés » avant de juger ou d'affirmer une quelconque brouille.
Après la mort de Cézanne, le salon d'automne consacre une rétrospective de 56 œuvres, cette exposition a une influence considérable sur les peintres du temps et devient prépondérante pour le cubisme, cubisme analytique et le post-cubisme, qui voit dans les recherches du peintres, les sources des recherches de la géométrisation, mais aussi de l'impact des affects dans l'expressionnisme. En 1907, le jeune poète Rainer Maria Rilke est subjugué par" le portrait de Madame Cézanne la jupe rayée" dont il dit : "Pour atteindre à son plus grand pouvoir expressif, il est peint avec force autour du visage (...)tout n'est plus qu'une affaire de couleurs entre elles." Il ajoute: C'est comme si chaque point du tableau avait connaissance des autres."
Pour Picasso, "En 1906, l'influence de Cézanne, ce Harpignies de génie, pénétra partout. L'art de la composition, de l'opposition des formes et du rythmes des couleurs se vulgarisa rapidement." 
En 1920, Cézanne représente la France à la Biennale de Venise.
Paul Cézanne, le fils né le 4 janvier 1872 et mort le 6 octobre 1947, est le grand ami de Jean Renoir de 22 ans son benjamin, et était considéré par Pierre-Auguste Renoir et sa femme Aline comme leur fils.. Figure des années 1920, il épouse Renée Rivière, la fille de Georges Rivière, il participe et aide à la production des films de Jean Renoir, avec lequel il partage un appartement 30, rue de Miromesnil dans le 8e arrondissement à Paris.
Hortense Fiquet s'y éteint le 3 mai 1922.
Parmi ceux des peintres du rangés sous l’étiquette « impressionnistes », Cézanne, dont l’œuvre est au-delà de l'impressionnisme — et donc probablement la plus difficile, est celui qui fut, et reste encore aujourd'hui, le plus mal compris, voire le plus controversé. Ce sont ses amis peintres, notamment Pissarro, Renoir et Degas qui surent, les premiers, déceler ses intentions et reconnaître ses qualités. Pissarro écrivait : 
Cézanne a peint environ trois cents tableaux.
La période de 1862 à 1870 est ce que Cézanne appelait, dans sa verve méridionale et, avec un peu d'exagération, sa « période couillarde », et que les historiens nomment sa période romantique ou sa phase baroque, influencée par les baroques italiens ou espagnols (Ribera, Zurbaran), les caravagesques des églises aixoises ou les collections du musée Granet, ou encore par Eugène Delacroix, Courbet et Manet. Cézanne s’exprime alors généralement dans une pâte épaisse, avec une palette sombre et des fonds noirs : "Pains et Œufs" (1866), "Portrait de Louis-Auguste Cézanne" (1866), "Tête de vieillard" (1866), "Antony Vallabrègue" (1866), "La Madeleine" (1868-1869), "Achille Emperaire" (1868-1869), "Une moderne Olympia" (1869-1870), "Nature morte à la bouilloire" (1869), "Nature morte à la pendule noire".
Vient ensuite la période « impressionniste », sous l’influence de Pissarro, auprès duquel il s’installe à Auvers-sur-Oise, vers 1872-1873. Il y fréquente Armand Guillaumin et le docteur Gachet. Dans ses œuvres d’alors, le ton, par touches toujours épaisses mais plus subtiles que dans la période romantique, se substitue au modelé classique : "La Maison du pendu" (1873), "La Route du village à Auvers" (1872-1873), "La Maison du docteur Gachet" (1873).
Déjà s’annoncent, dans cette période impressionniste, d’autres préoccupations qui l’éloigneront des recherches propres aux impressionnistes, sans qu’il renie jamais la leçon de fraîcheur, de vibrations colorées et lumineuses que celles-ci apportèrent à la peinture de leur époque. Chez lui, la modulation de la couleur recherche désormais davantage à exprimer les volumes que les effets atmosphériques et la luminosité. Renoir disait, en parlant du critique d’art Castagnary : « J’enrage à l’idée qu’il n’a pas compris qu’"Une moderne Olympia" de Cézanne (dans sa version de 1873) était un chef-d’œuvre classique plus près de Giorgione que d'Édouard Manet et qu’il avait devant les yeux l’exemple parfait d’un peintre déjà sorti de l’impressionnisme. » C’est encore Renoir qui rapporte l’incompréhension d’Émile Zola quand Cézanne lui confiait sa préoccupation de « trouver les volumes » : Zola essayait de lui démontrer la vanité d’une telle recherche. « Tu es doué. Si tu voulais seulement soigner l’expression. Tes personnages n’expriment rien ! » Un jour, Cézanne se fâcha : « Et mes fesses, est-ce qu’elles expriment quelque chose ? »
« Trouver les volumes », voilà quelle était la véritable obsession de Cézanne, « faire du Poussin sur nature », « quelque chose de solide comme l'art des musées" ».
Ce grand dessein, c’est avec une technique qui lui est personnelle que Cézanne veut le réaliser. Cette technique, écrit Léon Gard, peintre et écrivain d'art du , « veut résoudre le problème de la peinture sans recourir au moyen du dessin-ligne, ni à celui du clair-obscur. Comme il l’a dit lui-même, il a voulu, par les diaprures, conjuguer les problèmes du dessin et du modelé, rejoignant ainsi le vieux peintre du "Chef-d'œuvre inconnu", de Balzac qui s’écriait : “Le dessin n’existe pas !”, voulant dire par là que dans une œuvre de peinture tout doit être exprimé, dessin et valeurs, par la seule modulation de la couleur. »
Jon Kear a d'ailleurs fait le rapprochement entre la représentation du nu chez Cézanne et la nouvelle de Balzac, en soulignant la ressemblance entre l'attitude de Cézanne et celle du vieux peintre Frenhofer, tandis que le jeune Poussin et Pourbus assistent à ses démêlés avec l'expression totale.
On voit s’affirmer cette tendance vers 1880. Citons "Le Pont à Maincy" (1879), "L’Estaque", les "autoportraits" ou "les natures mortes" du musée d’Orsay, celles du musée de l'Ermitage ou de Philadelphie, "La Montagne Sainte-Victoire vue de Bellevue" (Metropolitan Museum), "La Plaine au pied de la montagne Sainte-Victoire" et "Les Bords de la Marne" (musée Pouchkine).
Cézanne s’engage toujours plus loin dans cette voie qui s'achève en 1906 sur « le motif », ne cessant de se recommander de la nature : « L’étude réelle et précieuse à entreprendre c’est la diversité du tableau de la nature » ; « j’en reviens toujours à ceci : le peintre doit se consacrer entièrement à l’étude de la nature, et tâcher de produire des tableaux qui soient un enseignement. » Mais il avait conscience du défi qu’il s’imposait à lui-même et le doute l’étreignait souvent : « On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature ; mais on est plus ou moins maître de son modèle et surtout de ses moyens d’expression. » 
De fait, il se plaint que « les sensations colorées qui donnent la lumière sont chez lui cause d’abstractions qui ne lui permettent pas de couvrir sa toile, ni de poursuivre la délimitation des objets quand les points de contacts sont ténus, délicats ». Par discipline, Cézanne ne « fondait » jamais : d’où l’aspect d’incomplétude que présentent certaines études de la montagne Sainte-Victoire, ou le caractère abrupt, rébarbatif pour le profane de ses personnages, voire informe des "Baigneurs" ou des "Baigneuses", pour lesquels s'ajoute le manque de modèles dans l'endroit voulu. « D’un autre côté, les plans tombent les uns sur les autres », avoue-t-il. C’est que la formule cezannienne est d’une ambition démesurée.
« Pratiquement, dit Léon Gard, c’est presque une chimère que de vouloir appliquer à la lettre cette formule, car on se heurte toujours à l’imperfection et à la limite du matériau, avec lequel il faut toujours ruser. Néanmoins, s’il est scabreux de suivre cette grandiose théorie lorsqu’on n’a pas des dons exceptionnels, il est évident qu'un Cézanne, dont l’œil était capable de peser les tons, les valeurs comme au milligramme, peut créer des chefs-d’œuvre, et même aboutir à des échecs qui restent supérieurs aux réussites de la plupart des autres peintres. »
Dans une interview donnée à Denise Glaser, Salvador Dalí dit de Cézanne : « Le peintre le plus mauvais de la France s'appelle Paul Cézanne, c'est le plus maladroit, le plus catastrophique, celui qui a plongé l'art moderne dans la m… qui est en train de nous engloutir… »
Parmi ses premières « obsessions picturales » qui participent à la quête de l'être, ce sont les natures mortes et notamment les pommes pour signifier sa nouvelle conquête picturale.Pour Cézanne, la nature morte est un motif comme un autre, équivalent à un corps humain ou à une montagne, mais qui se prête particulièrement bien à des recherches sur l'espace, la géométrie des volumes, le rapport entre couleurs et formes : « Quand la couleur est à sa puissance, la forme est à sa plénitude », disait-il.
Incomprises en leur temps, elles sont ensuite devenues l'un des traits caractéristiques de son génie.
À la mort de Cézanne, certains peintres voulant créer de nouveaux mouvements se réclamèrent de lui. Le cas le plus notoire est celui des cubistes. Malgré tout ce qu’on a pu dire et écrire, il reste douteux que Cézanne eût reconnu cette paternité. Il n’est plus là pour répondre, mais sa correspondance conserve quelques phrases que l’on peut méditer ; par exemple, celle-ci : « Il faut se méfier de l’esprit littérateur qui fait si souvent le peintre s’écarter de sa vraie voie — l’étude concrète de la nature — pour se perdre trop longtemps dans des spéculations intangibles. »
Au début de 1950, à quelques semaines de l'ouverture de l'exposition « Le Cubisme 1907-1914 », la revue "Les Lettres françaises" demande aux artistes de réagir à l'attaque portée contre Cézanne, qualifié de « père de l'abstraction ». Paul Aïzpiri, Paul Rebeyrolle, Michel Thompson et Pierre Garcia-Fons y affirment : « Nous le trouvons réaliste, nous ! »
Le 31 décembre 1999, pendant le feu d'artifice qui a accompagné la célébration du millénaire, des voleurs ont utilisé l'échafaudage se trouvant devant un bâtiment attenant, pour monter sur le toit de lʼ"Ashmolean Museum" afin de dérober un tableau de Cézanne : "Paysage d'Auvers-sur-Oise". Estimée à 3 millions de livres sterling, la peinture a été décrite comme un travail important, illustrant la transition vers la maturité de la peinture de Cézanne. Comme les voleurs ont ignoré d'autres œuvres importantes dans la même salle d'exposition et que, depuis, le tableau n'a pas été mis en vente, le musée estime que vol a été organisé pour honorer une commande.
"La Maison du pendu" est une œuvre qui a été présentée par Paul Cézanne, parmi trois autres de ces œuvres, à la première exposition impressionniste d'avril, boulevard des Capucines, dans un appartement prêté par le photographe Nadar.