Benoît XVI

Joseph Aloisius Ratzinger (), né le à Marktl, dans l'État libre de Bavière, en Allemagne, est un prélat et théologien catholique allemand. Il exerce la charge d'évêque de Rome et est, selon la Tradition catholique, le 265 souverain pontife de l'Église catholique, du au , sous le nom de Benoît (en latin : "Benedictus Decimus Sextus" ; en italien : "Benedetto Sedicesimo" ; en allemand : "Benedikt der Sechzehnte").
Fils de parents opposés au nazisme, il est, à l'âge de quatorze ans, enrôlé de force dans les jeunesses hitlériennes. En 1944, il refuse d'intégrer la Waffen-SS en faisant valoir son intention d'entrer au séminaire. Après sa libération, en 1945, du camp de prisonniers de guerre de Bad Aibling où il fut interné après avoir déserté la Wehrmacht lors de son service militaire, il commence sa formation de prêtre puis est ordonné le par le cardinal Michael von Faulhaber.
Le , le père Ratzinger est nommé archevêque de Munich et Freising par le pape Paul VI puis est consacré le 28 mai suivant par le cardinal Alfred Bengsch. Peu de temps après, le 27 juin de la même année, Ratzinger est nommé, de nouveau par Paul VI, cardinal-prêtre de Santa Maria Consolatrice al Tiburtino. 
Étant également un théologien reconnu, le cardinal Ratzinger est nommé par le pape Jean-Paul II, en 1981, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et président de la Commission biblique pontificale ainsi que de la Commission théologique internationale.
Réputé conservateur, le cardinal Ratzinger est élu le pour succéder à Jean-Paul II et devient alors le premier pape allemand depuis Victor II, ayant régné de 1055 à 1057. Le pontificat du pape Benoît XVI fait l'objet de critiques concernant notamment ses prises de position sur le préservatif, l'homosexualité, l'Islam, les Amérindiens ou encore la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. Cependant, il est aussi reconnu pour ses prises de position en faveur de l'écologie ou encore pour son combat contre la pédophilie dans l'Église et l'antisémitisme.
Le , après un pontificat de près de huit ans, il annonce qu'il renonce à ses fonctions, cette décision prenant effet le 28 février suivant. Il devient dès lors, et de façon inédite, « Sa Sainteté Benoît XVI, pontife romain émérite ». Le pape émérite vit ainsi retiré dans le Monastère Mater Ecclesiae d'où il ne sort que pour assister à quelques événements importants, sur invitation du pape François, qui lui a succédé le .
Joseph Ratzinger nait le à quatre heures et quart du matin, la veille de la fête de Pâques, au numéro 11 de la Schulstraße à Marktl (ou Marktl am Inn), village de Haute-Bavière, non loin de la frontière autrichienne. Il est le troisième et dernier enfant de Joseph Ratzinger (1877-1959) et de Maria Peintner (1884-1963), après Maria (1921-1991) et Georg (1924). Il est également le petit-neveu de l'homme politique et prêtre catholique Georg Ratzinger (1844-1899). Son baptême, où il reçoit le nom de , a lieu quelques heures après sa naissance, à huit heures du matin du Samedi saint : comme sa marraine Anna Ratzinger, n'a pas pu être avertie assez vite, une religieuse nommée Adelma Rohrhirsch la remplace.
L'enfance de Joseph Ratzinger est marquée par son père officier de gendarmerie et fervent pratiquant catholique, viscéralement hostile aux nazis qu'il considérait comme des . En 1929, la famille déménage à Tittmoning et en 1932, à Aschau am Inn. En mars 1937, son père prend sa retraite et la famille s'installe dans une maison aux abords de Traunstein. Joseph Ratzinger entre au Gymnasium (collège et lycée) de cette ville, et y apprend le latin, le grec, l'histoire et la littérature. Cette éducation a pour effet selon Joseph Ratzinger de . Il entre ensuite au petit séminaire de Traunstein en 1939, où étudiait déjà son frère Georg.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est enrôlé contre sa volonté dès son quatorzième anniversaire dans les jeunesses hitlériennes, passage devenu obligatoire depuis décembre 1936 pour tous les jeunes Allemands non juifs. À l'âge de 16 ans, en août 1943, il est incorporé, avec tous ses confrères du séminaire de Traunstein, dans la lutte antiaérienne (DCA) allemande. Joseph Ratzinger se retrouve dans la section des télécommunications et participe à la défense d'une usine BMW des environs de Munich. En septembre 1944, il est affecté au service du travail obligatoire. Il refuse d'entrer dans la Waffen-SS, malgré les pressions, en faisant valoir son intention de devenir prêtre. En septembre 1944, il atteint l'âge du service militaire, et en décembre 1944, il est affecté à la Wehrmacht, dans une unité chargée de creuser des fossés antichars à la frontière austro-hongroise. Placé sous les ordres de la légion autrichienne, il qualifie dans ses écrits ses instructeurs de et d'. Apprenant le suicide d'Hitler, il déserte quelques jours avant la reddition allemande. Il est ensuite interné jusqu'au dans un camp de prisonniers de guerre à Bad Aibling, où Günter Grass indique avoir été son ami et avoir joué aux dés avec lui. Il est libéré après six semaines d'internement et rentre à pied chez lui.
Après sa libération, il commence sa formation de prêtre. Des théologiens comme Romano Guardini et Josef Pieper, mais aussi des écrivains comme Gertrud von Le Fort acquirent une grande audience. C'est à cette époque que Joseph Ratzinger commence à lire les écrivains catholiques français, Paul Claudel, Georges Bernanos, François Mauriac, dont il est resté un fervent admirateur. Il poursuit des études de philosophie et de théologie à l'université de Munich, puis à l'École supérieure de Freising. Il étudie les ouvrages d'Heidegger, Karl Jaspers, Nietzsche, Buber, Bergson, ainsi que la pensée de saint Augustin qui l'avait . Entre autres professeurs, Gottlieb Söhngen et Joseph Pascher exercent sur lui une influence notable. Au cours de sa formation, il découvre de nombreux penseurs chrétiens, comme Thomas d'Aquin, qui lui fut présenté, durant son enseignement, d'une manière qu'il qualifiera de , dont il décrira qu'elle était . Au cours de ses études, il se spécialisera dans deux aspects théologiques qui auront un impact sur sa théologie. Le premier est l'étude de la Bible. Il considère que le . Cette théorie n'est pas nouvelle. Blaise Pascal, par exemple, défend dans les "Pensées" que l'Ancien Testament est la « figure » du Nouveau Testament. Tout évènement vétéro-testamentaire prépare, préfigure un évènement néo-testamentaire correspondant. Cette conception de l'unité de la Bible sera, selon son affirmation, . Le deuxième aspect est l'étude de la liturgie, qu'il considère comme l'élément vivant du Nouveau Testament, le Nouveau Testament étant selon Joseph Ratzinger . Cette conception de la Liturgie aura un impact pendant le Concile Vatican II au cours duquel il soutiendra la réforme de la Liturgie.
Le , il est ordonné prêtre, en même temps que son frère Georg, dans la cathédrale de Freising, par le cardinal Michael von Faulhaber. Il célèbre sa première messe solennelle le 8 juillet 1951 en l'église Saint-Oswald de Traunstein. Après une année de ministère paroissial en la paroisse du Précieux Sang, à Munich, il est nommé professeur au séminaire de Freising, avec des missions annexes d'aumônier auprès des jeunes et du service liturgique à la cathédrale.
Il termine sa thèse de doctorat en juillet 1953. Elle porte sur "Le Peuple et la maison de Dieu dans la doctrine ecclésiale de saint Augustin". Joseph Ratzinger devient alors docteur en théologie et prépare sa thèse d'habilitation afin de devenir professeur d'université. Sous l'influence de Gottlieb Söhngen, il fait une thèse sur les Pères de l'Église au Moyen Âge, et particulièrement sur saint Augustin et saint Bonaventure. Dans ce travail, il développe l'idée que la révélation est , mais cette révélation ne peut se réduire aux propositions qui découlent des penseurs néo scolastiques. En effet, pour Joseph Ratzinger, la révélation a une dimension subjective ou personnelle parce qu'elle n'existe que s'il y a quelqu'un pour la recevoir : . Une partie de sa conception de la révélation est alors vivement critiquée par Michael Schmaus, théologien de l'Université qui codirigeait la thèse de Joseph Ratzinger. Cette attitude est sans doute due aux rumeurs avançant que cette thèse aspirait à la modernisation de l'enseignement. Joseph Ratzinger doit revoir son travail, en réduisant la partie sur la révélation et en recentrant sa thèse sur la théologie de l'histoire dans l'œuvre de saint Bonaventure. Le , il soutient sa thèse d'habilitation, en partie révisée, intitulée : "La Théologie de l'histoire chez saint Bonaventure" ('). Celle-ci est acceptée et Joseph Ratzinger est nommé maître de conférence à l'université de Munich.
En 1958, après une année de travail paroissial, durant laquelle il sillonne Munich à bicyclette, il est nommé professeur en dogmatique et théologie fondamentale à l'École supérieure de Freising. Il est l'un des plus jeunes théologiens d'Allemagne. De 1959 à 1963 il est professeur titulaire de théologie fondamentale à l'université de Bonn. Sa leçon inaugurale a pour titre "Le Dieu de la foi et le Dieu des philosophes". De 1963 à 1966 il enseigne la théologie dogmatique et l'histoire des dogmes à l'université de Münster (leçon inaugurale : "Révélation et tradition").
Il participe au concile œcuménique Vatican II (quatre sessions de 1962 à 1965) en tant que consulteur théologique "(peritus)" auprès du cardinal-archevêque de Cologne Joseph Frings, qu'il aide à préparer ses interventions. L'un de ses travaux concerne la nécessité d'entreprendre une réforme du Saint-Office qui deviendra la congrégation pour la doctrine de la foi. Le cardinal Joseph Frings fit un discours, à l'élaboration duquel Joseph Ratzinger a participé, remarqué pendant le concile Vatican II, dénonçant avec vigueur le Saint-Office en novembre 1963 affirmant que les méthodes du Saint-Office . Joseph Ratzinger était considéré pendant le concile comme étant réformateur. Pour Joseph Ratzinger, l'Église devait revenir aux sources de la théologie catholique en remontant à la Bible et aux Pères de l'Église afin de pouvoir revivifier l'enseignement de la théologie et permettant de revitaliser la vie catholique. Cette revitalisation peut alors pour Joseph Ratzinger permettre d'effectuer l'aggiornamento, la mise à jour des pratiques, méthodes et structures de l'Église. Selon Joseph Ratzinger ce retour aux sources est la seule possibilité d'un dialogue authentique avec le monde moderne, l'Église étant alors . La place du ressourcement ou retour aux sources vis-à-vis de l' est au cœur de la conception que se font les réformateurs du Concile Vatican II, certains ne considérant pas comme essentiel ce retour aux sources du christianisme dans la recherche de la modernité. Il soutient au cours du Concile la réforme de la Liturgie. Il voit la Liturgie comme pour l'Église. La liturgie, et principalement l'Eucharistie est la raison de l'existence de l'Église, car elle permet aux fidèles l'adoration de Dieu. L'importance qu'il accorde à la liturgie est pour lui essentielle à la vie de l'Église. C'est ainsi que Joseph Ratzinger a développé une véritable théologie de la liturgie, s'interrogeant notamment longuement sur la place de l'art et l'importance des notions de temps et d'espace dans la liturgie. Plus tard, il considérera que la réforme mise en place ne correspondait pas à celle que les pères réunis en concile avaient voulue. La thèse presque avortée de Ratzinger sur Bonaventure et la place de la révélation de Dieu fut en grande partie reprise par le concile Vatican II, dans la constitution Dei Verbum, qui considère que la révélation de Dieu, n'est pas une simple affirmation de Dieu, mais doit être comprise comme une rencontre de Dieu avec l'homme.
Après le concile, de 1966 à 1969, il enseigne la théologie dogmatique et l'histoire des dogmes à la faculté de théologie de l’université Eberhard Karl de Tübingen, à la demande du directeur de l'université le théologien Hans Küng. Joseph Ratzinger enseigna des cours de dogmes et entreprit un projet de cours à l'intention de tous les étudiants de la faculté intitulé , qui deviendra un ouvrage de référence dans l'enseignement introductif de la théologie dans le monde catholique.
Au cours de ces années, un débat important prit part au sein des théologiens de l'université sur la place à donner aux théories marxistes. Le théologien Joseph Ratzinger considérait le marxisme comme une déviation de la foi biblique qui .
Participant au comité de rédaction de la revue catholique libérale "Concilium" qui entend prolonger les travaux de Vatican II, il a fait partie des mille trois cent soixante théologiens qui, en 1968, signent une pétition demandant une réforme du Saint-Office de façon à donner plus de droits aux théologiens suspectés d'erreur doctrinale.
Face à l'augmentation des tensions, comme la pétition de l'été 1969 demandant , conduisent Joseph Ratzinger à considérer que , il décida donc d'enseigner dans la nouvelle université de Ratisbonne.
En 1969, il devint titulaire de la chaire de dogmatique et d'histoire des dogmes à l'université de Ratisbonne et vice-président de celle-ci. Il aura comme étudiant en doctorat plusieurs théologiens, le futur cardinal Christoph Schönborn et le jésuite Joseph Fessio.
Un mémorandum signé de neuf théologiens allemands, dont fait partie Ratzinger, et daté du signale une . Adressée aux évêques d'Allemagne cette pétition affirme que au sujet du célibat des prêtres. On peut y lire : . Mettant en avant le criant manque de vocations et la difficulté pour l'Église de recruter de jeunes prêtres, les signataires demandent que soit étudiée la réelle nécessité de cette règle de discipline.
En 1972, il participe à la fondation de la revue théologique "Communio", créée par plusieurs théologiens dont Urs von Balthasar, Henri de Lubac, Jean Daniélou. Si cette revue présente comme vocation le dépassement du clivage traditionnel des théologiens entre modernistes et traditionalistes, en permettant l'émergence d'un nouveau courant qui se veut « plus ouvert » que la revue "Concilium", la revue est volontiers décrite comme la publication rivale de cette dernière. Le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel explique que "Communio" a été créée pour défendre fermement, voire « inconditionnellement » un point de vue "romain". À l'instar de son aînée libérale, cette revue donne la parole aux théologiens laïcs, et s'intéresse au domaine culturel. Il développe alors des relations avec Henri de Lubac, Jorge Medina, Louis Bouyer et Hans Urs Von Balthasar.
Cette même année, il est également nommé à la commission théologique internationale par le Pape Paul VI.
Le , le pape Paul VI le nomme archevêque de Munich et Freising. Le , il est consacré archevêque par le cardinal Alfred Bengsch. Il choisit alors comme devise la citation de la Troisième épître de Jean : "cooperatores veritatis" (coartisans de vérité). Cette devise montre l'importance qu'il place dans la recherche de la vérité mais aussi la façon dont il envisage sa pastorale d'évêque.
Le 27 juin de la même année, lors du dernier consistoire de Paul VI, Ratzinger est nommé cardinal-prêtre avec le titre cardinalice de Santa Maria Consolatrice al Tiburtino.
Lors de l'assemblée synodale sur la catéchèse de 1977, il rencontre brièvement le cardinal Karol Wojtyła avec lequel il échange, depuis 1974, une correspondance et des livres, dont l'Introduction au christianisme que Karol Wojtyla utilisera pour préparer sa retraite de carême. Le conclave d'août 1978 leur donne, pour la première fois, l'occasion de dialoguer un peu plus longuement. Il y eut, comme le rappelle par la suite Ratzinger, « cette sympathie spontanée entre nous, et nous avons parlé (…) de ce que nous devrions faire, de la situation de l'Église ». Après l'élection de Jean-Paul, celui-ci le nomme envoyé spécial au Congrès mariologique international, célébré à Guayaquil (Équateur), du 16 au 24 septembre.
En 1980, il est rapporteur du synode des évêques, sur le thème : « Les missions de la famille chrétienne dans le monde d'aujourd'hui ».
Nommé par Jean-Paul II, le , préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi et président de la Commission biblique pontificale ainsi que de la Commission théologique internationale, il renonce au gouvernement pastoral de l’archidiocèse de Munich et Freising, le 15 février 1982.
En 1983, Joseph Ratzinger est nommé président délégué de la Assemblée générale ordinaire sur le thème de « La réconciliation et la pénitence dans la mission de l’Église ».
Le 5 avril 1993, le pape le promut au rang de cardinal-évêque en lui confiant le siège suburbicaire de Velletri-Segni.
Le 6 novembre 1998, le Saint-Père approuve l’élection du cardinal Ratzinger comme vice-doyen du Collège des cardinaux, élection pendant laquelle seuls les cardinaux-évêques sont présents. En 1999, Ratzinger est nommé envoyé spécial du pape aux célébrations qui, le 3 janvier, marquent le centenaire de la création du diocèse de Paderborn, en Allemagne.
Enfin, le , le pape approuve son élection par le Collège des cardinaux, cette fois-ci, en tant que doyen ; lui conférant, en plus de cette charge, le titre d'évêque suburbicaire d’Ostie.
Le , quatre ans et demi après leur première rencontre, Jean-Paul II nomme le cardinal Ratzinger préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, l'un des dicastères de la curie romaine, ce qui l'amène, le , à renoncer à la charge pastorale de l'archidiocèse de Munich et de Freising.
Jean-Paul II a précisé la fonction de la congrégation pour la doctrine de la foi en 1988 par la constitution apostolique "Pastor Bonus" : « La tâche propre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence ». D'après la constitution apostolique "Pastor Bonus" la congrégation a ainsi pour mission d'aider les évêques de l'Église catholique à remplir leurs ministères d'enseignants et de docteurs de la foi. La congrégation suit les différents courants théologiques, consulte des évêques et des experts, et publie des déclarations sur des problèmes doctrinaux qui sont d'actualité dans l'Église. Elle se prononce sur les doctrines qui peuvent, selon elle, être opposées aux principes de la foi et de la morale définis par le magistère de l'Église catholique. La Congrégation est composée d'une vingtaine de membres, qui sont cardinaux et évêques.
Le poste dont Joseph Ratzinger a la charge est un des postes capitaux de la curie, mais est aussi considéré par certains comme l'un des plus impopulaires, car son titulaire passe pour un défenseur des conservateurs, un héritier de la Sainte Inquisition, un ennemi de la créativité et de l'ouverture.
Durant 23 ans, il rencontre Jean-Paul II chaque vendredi soir, pour faire le point sur le travail de la congrégation pour la doctrine de la foi. Ils se voient aussi au déjeuner du mardi, et parfois avant, pour discuter, souvent avec d'autres, des questions théologiques relatives aux documents et interventions que prépare le pape (encycliques, audience du mercredi, discours…). Des sujets comme la bioéthique, les théologies de la libération, le dialogue œcuménique sont aussi abordés. Les deux hommes ont, par ailleurs, partagé de nombreux déjeuners de travail pour préparer des documents d'enseignements. L'encyclique "Veritatis Splendor", que Joseph Ratzinger considère comme le texte théologiquement le plus élaboré du pontificat de Jean Paul II, doit beaucoup à leur collaboration.
Ses détracteurs l'accusent d'avoir exercé sa charge d'une façon excessivement répressive au lieu de faire de la Congrégation un outil de réflexion sur la doctrine et la théologie, ou un espace de dialogue où mettre les idées nouvelles à l’épreuve et aplanir les divergences, considérant au contraire beaucoup de théologiens comme un (Joseph A. Komonchak).
De nombreux théologiens catholiques de grand renom ont ainsi été condamnés, comme Hans Küng, Edward Schillebeeckx o.p., Charles Curran, Roger Haight s.j., Andrew Fox, Eugen Drewermann, Tissa Balasuriya o.m.i., Josef Imbach, et une grande partie des théologiens de la libération comme Leonardo Boff o.f.m. et Jon Sobrino s.j. La condamnation de Jon Sobrino par la Congrégation en 2007 a causé un vif émoi et la consternation chez nombre de théologiens catholiques. « Le grand public, encouragé par les fantasmes de l'antique Inquisition volontiers réveillés par les médias, a surtout retenu les innombrables condamnations ou réprobations », note à ce sujet le journaliste Michel Kubler dans le quotidien catholique "La Croix" lors de l'élection de Benoît XVI.
Le cardinal Ratzinger a également pour opposant le théologien suisse Hans Küng, autre participant au concile Vatican II. Celui-ci remet en question le concile Vatican I dans ses écrits, et remet en cause le dogme de l'infaillibilité pontificale proclamé en 1870 par Pie IX. Hans Küng s'était vu retirer le titre de théologien catholique, perdant sa "missio canonica" en 1979, 3 ans avant l'arrivée de Joseph Ratzinger à la tête de la congrégation pour la doctrine de la foi, son enseignement étant alors décrété non conforme à celui de l'Église. Hans Küng continuait d'enseigner à Tübingen, mais plus en tant que professeur de théologie catholique.
L'opposition de Joseph Ratzinger à la théologie de la libération repose sur le fait que, pour lui, elle est « fondamentalement une herméneutique » et « semble procéder d’une fin foncière de non-recevoir opposée à la modernité » dans une attitude qui, selon Juan Luis Segundo, lui-même figure importante de la théologie de la libération, met en cause . Le Cardinal Ratzinger convoqua le 4 septembre 1984 le théologien de la libération Leonardo Boff, à la suite de la parution de son livre qui critique l'Église, la considérant comme trop hiérarchisée et comme ayant . L'année suivante le cardinal publie un mandement sévère critiquant les graves déviations théologiques d'une partie de la théologie de la libération. Celle-ci est accusée de trahir la cause des pauvres et de situer le mal exclusivement dans les structures économiques, sociales et politiques, de confondre la pauvreté évangélique avec le prolétariat de Marx. Il critique la conception d'une Église du peuple qui entre dans une logique de classe, et qui porte le danger de mener à une société totalitaire. En 1986 il publie une note affirmant les aspects positifs de la théologie de la libération. Une de ses dernières décisions à cette fonction sera de congédier Thomas J. Reese s.j., le rédacteur en chef de la revue jésuite américaine "America", considérée comme progressiste, en délicatesse avec la Congrégation depuis plusieurs années.
Dans "Le Ministère dans l'Église" (1980, trad. Cerf, 1981), le théologien belge Edward Schillebeeckx défend l’idée que des communautés chrétiennes privées de prêtres pourraient, par exception, choisir en leur sein un président qui serait habilité à présider à la vie de ces communautés et donc à y consacrer l'Eucharistie, sans avoir pour autant reçu l'ordination sacramentelle sur un mode classique. Cette position est condamnée par le cardinal Ratzinger dans une lettre du 13 juin 1984.
Dans "Plaidoyer pour le peuple de Dieu : histoire et théologie des ministères dans l'Église" (1985, trad. Cerf, 1987), Schillebeekcx aborde la question de la succession apostolique (c’est-à-dire le fait que l’autorité des évêques repose sur la transmission de cette autorité, par consécration, de proche en proche depuis les apôtres). Schillebeeckx affirme qu’il y a là une donnée non essentielle pour l'exercice du ministère. Cette position est condamnée par le cardinal Ratzinger dans une notification du 15 septembre 1986.
L'historien Jan Grootaers, spécialiste de l'histoire de l'Église catholique, du concile Vatican II et de l'œcuménisme, note que Joseph Ratzinger « ne supporte pas le pluralisme religieux, certainement pas à l’intérieur de l’Église (catholique), ni avec d’autres Églises chrétiennes, ni finalement avec les autres religions… », s'opposant aux théologiens qui incarnent ce courant, à l'instar du jésuite Jacques Dupuis.
La fin du pontificat Jean-Paul II est marquée par l’émergence de scandales concernant des abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs. Plusieurs observateurs ont relevé que le Saint-Siège avait tardé à réaliser l’étendue de ces abus. L'habitude de traiter ces affaires en interne, et une certaine mansuétude envers des prêtres coupables, n'ont pas favorisé la reconnaissance publique des souffrances subies par les victimes. Dans ce contexte, le cardinal Ratzinger semble avoir participé, dans les années 1980, comme la plupart des évêques, à la culture de la discrétion sur ces affaires. Il n’a pas immédiatement pris conscience de la gravité et de l’ampleur des faits. Toutefois, il semble aussi avoir été un des premiers, au sein de la curie romaine, à avoir voulu faire preuve de plus de rigueur. Il a proposé, d'enquêter, en 1995, sur le cardinal Hans Hermann Groër, et en 1998 sur le père Marcial Maciel, fondateur des légionnaires du Christ, tous deux soupçonnés d'abus sexuels sur des mineurs. Ces propositions n’ont pas été retenues par une partie de la curie. Fin 2004, peu avant la mort de Jean-Paul II, Joseph Ratzinger obtient toutefois que l’enquête sur Marcial Maciel soit rouverte.
Au , les dossiers sur les abus commis par des prêtres étaient essentiellement traités dans les diocèses. Pour plusieurs vaticanistes, un tournant est pris en 2001, avec le motu proprio "Sacramentorum sanctitatis tutela" de Jean-Paul II, décrétant que les délits les plus graves contre les mœurs, doivent nécessairement être signalés par les évêques, après enquête préliminaire, à la Congrégation pour la doctrine de la foi. En tant que préfet de celle-ci, Joseph Ratzinger envoie alors aux évêques la lettre "De delictis gravioribus" ("Les délits les plus graves"), leur imposant de faire remonter les dossiers d'abus sexuels à Rome.
Une plus grande transparence et des condamnations plus fermes sont ainsi préconisées.
En janvier 1983, lors d'un voyage à Lyon et à Paris, il déclare que « ce fut une première et grave faute de supprimer le catéchisme », dénonce « la grande misère de la catéchèse nouvelle », qui oublie « de distinguer le texte de son commentaire » et ajoute qu'« il faut oser présenter le catéchisme comme un catéchisme », phrase qui semble alors s'appliquer directement au catéchisme français "Pierres vivantes". Les évêques expliquent que le cardinal n'entend nullement « s'ingérer dans les affaires françaises mais traiter globalement de la situation de la catéchèse ». En 1983, il fut le président du synode sur le thème : « réconciliation et pénitence dans la mission de l'Église ».
Son ouvrage "Entretien sur la foi" (1985) expose sa vision du catholicisme après Vatican II et notamment de ce qu'il considère comme les dérives politiques de certains courants, notamment la théologie de la libération, qui justifient les mouvements révolutionnaires par des arguments religieux, ce qu'il réprouve sans appel : « Certains sont tentés devant l'urgence du partage du pain, de mettre entre parenthèses et de remettre à demain l'évangélisation : d'abord le pain, la parole plus tard. » Cette théologie, qui fait du message évangélique le fondement d'une lutte aux côtés des plus pauvres en vue de l'amélioration de leurs conditions de vie matérielle, a souvent été perçue par le Vatican comme le résultat d'une infiltration des thèses marxistes au sein de l'Église catholique. Il défend aussi les positions de l'Église sur le refus de la contraception, sur le célibat des prêtres et sur le non-accès des femmes au sacerdoce. Il a aussi développé l'idée qu'aucun œcuménisme ne saurait se construire sur la base du plus petit dénominateur commun.
En octobre 1986, le pape Jean-Paul II décide de constituer une commission de cardinaux et d'évêques pour préparer un projet de "catéchisme universel romain" et en confie la présidence au cardinal Ratzinger. Le 22 février 1987, en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, il signe l'Instruction romaine "Donum Vitae" qui affirme la position de l'Église sur les méthodes de procréation artificielles : insémination et fécondation "in vitro" et donne des critères éthiques de réflexion en la matière.
Le , le cardinal Ratzinger participe au colloque "2000 ans après quoi ?" organisé par la Sorbonne à l'occasion des festivités du passage au . Les larges extraits de son discours "Vérité du christianisme" reproduits dans le journal "La Croix" suscitent une vive réaction dans les colonnes du même journal de la part du cardinal archevêque de Bordeaux Pierre Eyt, président de la Commission doctrinale de la conférence des évêques de France, qui lui reproche de ne pas assez tenir compte des problèmes structurels de l'Église.
Le , il signe un document donnant l'interprétation officielle du message de Fatima.
Le , il publie la déclaration "Dominus Iesus" dans laquelle est affirmée la supériorité du catholicisme sur les autres confessions chrétiennes et non chrétiennes, semblant prendre ainsi le contre-pied des efforts d'œcuménisme mis en acte avec la "Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification" cosignée l'année précédente par le conseil (du Saint-Siège) pour l'unité des chrétiens et la Fédération luthérienne mondiale. Cinquante-trois théologiens catholiques belges protestent contre cette déclaration envisagée comme un véritable retour pré-conciliaire. Une lettre envoyée en juin de la même année aux présidents des conférences épiscopales présentant l'Église catholique comme l'« Église mère de toutes les Églises particulières » plutôt que comme « Église sœur », remettant en cause la déclaration de Balamand avait déjà troublé le dialogue œcuménique.
Le la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, décide de rédiger une notification, qu'il signe, « dans le but de sauvegarder la doctrine de la foi catholique d'erreurs, d'ambiguïtés ou d'interprétations dangereuses » qu'elle a relevées dans le livre "Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux".
Lors d'une interview donnée à l'agence Zenit le , il réaffirme l'opposition du Vatican à la guerre d'Irak menée par les États-Unis, impossible d'après lui à justifier selon la doctrine de la guerre juste.
En , à l'occasion d'un débat avec le philosophe Jürgen Habermas à l'Académie catholique de Bavière, il reconnaît, à l'heure de la mondialisation, la « non-universalité de fait des deux grandes cultures de l'Occident, celle de la foi chrétienne et celle de la rationalité séculière ».
Après avoir été perçu comme un théologien progressiste durant sa participation au concile, le cardinal Ratzinger est au moment de son élection réputé pour ses vues conservatrices sur la foi et les mœurs, sur des sujets comme l'interruption volontaire de grossesse ou l'œcuménisme. Il est parfois surnommé par les médias, de manière en réalité insultante pour lui-même et pour l'Allemagne moderne, « le Panzerkardinal », allusion à son intransigeance supposée et à sa nationalité allemande.
Il est connu pour avoir une position traditionnelle vis-à-vis des pratiques homosexuelles et de l'avortement direct. Il soutient le pape Jean-Paul II contre l'avis d'une majorité d'évêques allemands, dans sa décision à la fin des années 1990 de faire fermer quelque 260 centres de « conseil pour les grossesses conflictuelles » administrés par l'Église catholique allemande. Ces centres doivent se réorganiser sous une forme associative non reconnue par l'Église.
Selon le spécialiste de l'histoire de l'Église Philippe Levillain — Membre du Comité pontifical des sciences historiques et enseignant à l'université de Nanterre —, Benoît XVI est un « pape de restauration »