État islamique (organisation)

LÉtat islamique, abrégé en EI (arabe : , « ad-dawla al-islāmiyya »), est une organisation terroriste, militaire et politique, d'idéologie salafiste djihadiste, qui a proclamé le l'instauration d'un califat sur les territoires qu'il contrôle. Depuis 2014, il est considéré comme un proto-État de type totalitaire. Son essor est notamment lié aux déstabilisations géopolitiques causées par les guerres en Irak puis en Syrie. 
Sa création remonte à 2006, lorsqu'Al-Qaïda en Irak forme avec cinq autres groupes djihadistes le Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Le , le Conseil consultatif proclame lÉtat islamique d'Irak (en abrégé EII ; en arabe , "), lequel se considère à partir de cette date comme le véritable État irakien.
En 2012, l'EII commence à s'étendre en Syrie et le , il devient lÉtat islamique en Irak et au Levant (EIIL) (en arabe , ', littéralement « État islamique en Irak et dans le Cham »), en anglais ' ('), parfois désigné par l'acronyme arabe (en arabe , ' , en anglais ") utilisé par ses opposants.
Le , l'EIIL annonce le rétablissement du califat sous le nom d'État islamique dans les territoires sous son contrôle et Abou Bakr al-Baghdadi se proclame calife, successeur de Mahomet, sous le nom d'Ibrahim. Désormais rival d'Al-Qaïda, avec qui il est en conflit depuis janvier 2014, l'État islamique voit son influence s'étendre à plusieurs pays du monde musulman avec l'allégeance de nombreux groupes djihadistes ; les plus importants étant Boko Haram au Nigeria, Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï égyptien et le Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye. Il apparait également en Afghanistan où il tente de supplanter les talibans. À partir de 2015, l'État islamique mène des attentats jusqu'en Europe et en Amérique du Nord.
En Irak et en Syrie, l'État islamique atteint son expansion territoriale maximale en 2014 avec la prise de nombreuses villes comme Falloujah, Raqqa, Manbij, Boukamal, Mossoul, Tall Afar, Al-Qaim, Tikrit, Hit et Ramadi. À partir de 2015, avec une première défaite symbolique à Kobané, l'EI commence à perdre une partie de ses conquêtes sous la pression de ses nombreux adversaires : les forces armées des gouvernements de l'Irak et de la Syrie, les rebelles syriens, les milices chiites parrainées par l'Iran, les peshmergas du GRK, les groupes kurdes des YPG et du PKK et diverses autres milices. Depuis , une coalition internationale de vingt-deux pays menée par les États-Unis a entamé une campagne de frappes aériennes contre l'EI. La Russie est intervenue à son tour en Syrie en .
L'État islamique est classé comme organisation terroriste par de nombreux États et est accusé par les Nations unies, la Ligue arabe, les États-Unis et l'Union européenne d'être responsable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de nettoyage ethnique et de génocide. Il pratique également la destruction de vestiges archéologiques millénaires dans les territoires qu'il contrôle.
Selon le quotidien britannique "The Guardian", citant une source anonyme, c'est derrière les murs de la prison américaine de Camp Bucca située dans la ville de Garma, perdue dans le désert irakien, que les futurs leaders de l'organisation ont ébauché leur réseau à partir de 2004, en inscrivant les coordonnées de leurs codétenus sur l'élastique de leurs boxers aux fins de reprise de contact à leur sortie de prison en 2009. Richard Barret, spécialiste du contre-terrorisme, analyse que l'enfermement favorisant la radicalisation, de hauts gradés baasistes de l’armée de Saddam Hussein se sont retrouvés aux côtés de terroristes chevronnés d’Al-Qaïda et les deux groupes, s’ils ont des méthodes différentes, se sont découvert une communauté d’intérêt et se sont échangé leurs compétences. 
L'État islamique d'Irak est créé le par le Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak (une alliance de groupes armés djihadistes dont fait partie Al-Qaïda en Irak) et cinq autres groupes djihadistes irakiens, avec une trentaine de tribus sunnites représentant environ 70 % de la population de la province d'al-Anbar (ouest de l'Irak).
Progressivement, la branche irakienne d'Al-Qaïda est absorbée dans l'État islamique ; son chef, Abou Hamza al-Mouhajer, prête d'ailleurs serment d'allégeance à Abou Omar al-Baghdadi, émir de l'État islamique d'Irak. En 2007, Ayman al-Zaouahiri annonce qu'. Les combattants de ce mouvement ont rejoint pour la plupart l'État islamique d'Irak.
Le , l'EII devient l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou État islamique en Irak et al-Sham (EIIS) (arabe : , « ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām »), parfois désigné par l'acronyme anglais ISIS ou par l'acronyme arabe Daech / Daesh (), principalement par les opposants à l'EI.
Le , l'EIIL annonce le rétablissement du califat dans les territoires sous son contrôle et Abou Bakr al-Baghdadi se proclame calife, successeur de Mahomet, sous le nom d'Ibrahim. L'organisation prend, dans ses communiqués, le nom d'État islamique.
L'EI est un mouvement salafiste djihadiste, particulièrement hostile aux chiites. Son objectif est le rétablissement du califat des Abbassides, c'est-à-dire un État musulman s'étendant de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale. Pour Alain Marsaud, ancien chef central de la lutte antiterroriste, « Daesh est en train de créer un "sunnite land" ».
Cette idéologie s'inscrit dans une mutation des États arabes, d'un modèle laïque vers des modèles confessionnels et communautaristes : le régime baasiste de Saddam Hussein, initialement laïc, a commencé à se présenter comme le défenseur de l'islam sunnite contre l'« hérésie » chiite à partir de la guerre Iran-Irak. Cette idéologie s'est radicalisée au cours des décisions politiques des gouvernements suivants.
Les salafistes djihadistes de l'État islamique sont également qualifiés de « takfiri » ou de « kharidjites » par leurs adversaires musulmans, en particulier par les chiites et les salafistes quiétistes. Des termes que les membres de l'État islamique rejettent.
L'historien spécialiste de l’antisémitisme Georges Bensoussan pense que le terme islamo-fasciste n'est pas adapté pour qualifier l'État islamique, car le fascisme est un concept européen qui ne rend pas compte de l'aspect complètement étranger de Daech ; mais reconnait que l'idéologie totalitaire est un trait commun à la Gestapo et à l'État islamique.
La stratégie de l’État islamique n'est pas uniquement le résultat de concours de circonstances, ni de pulsions destructrices de ses combattants, elle découle d'une réflexion sur le long terme, inscrite dans l'histoire des mouvements djihadistes. Et c'est en appuyant sur ce point que, progressivement, l'EI chercherait à se construire une autorité, et démontrer qu'il fonctionne en 2016, non pas comme un groupe, une jamâ'a, mais bien comme un État