Croissance économique

La croissance économique désigne la variation positive de la production de biens et de services dans une économie sur une période donnée, généralement une période longue. En pratique, l'indicateur le plus utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut ou PIB. Il est mesuré « en volume » ou « à prix constants » pour corriger les effets de l'inflation. Le taux de croissance, lui, est le taux de variation du PIB. On utilise souvent la croissance du PIB par habitant comme indication de l'amélioration de la richesse individuelle, assimilée au "niveau de vie".
La croissance est un processus fondamental des économies contemporaines, reposant sur le développement des facteurs de production, lié notamment à la révolution industrielle, à l'accès à de nouvelles ressources minérales (mines profondes) et énergétiques (charbon, pétrole, gaz, énergie nucléaire...) ainsi qu'au progrès technique. Elle transforme la vie des populations dans la mesure où elle crée davantage de biens et de services. À long terme, la croissance a un impact important sur la démographie et le niveau de vie (à distinguer de la qualité de vie) des sociétés qui en sont le cadre. De même, l'enrichissement qui résulte de la croissance économique peut permettre de faire reculer la pauvreté de cette même société.
Certaines conséquences de la croissance économique comme la pollution et les atteintes à l'environnement, l'accentuation des inégalités sociales ou l'épuisement des ressources (voir pic pétrolier notamment) sont souvent considérées comme des effets pervers qui obligent à distinguer croissance et progrès.
Les économistes utilisent le terme de croissance conventionnellement pour décrire une augmentation de la production sur le long terme. Selon la définition de François Perroux, la croissance économique correspond à . La définition de Simon Kuznets va au-delà et affirme qu'il y a croissance lorsque la croissance du PIB est supérieure à la croissance de la population.
À court terme, les économistes utilisent plutôt le terme d'« expansion », qui s'oppose à « récession », et qui indique une phase de croissance dans un cycle économique. La croissance potentielle estime l'écart entre la croissance mesurée et celle qui serait obtenue avec une pleine utilisation de tous les facteurs de production ; cet écart est minimal au plus fort d'une expansion.
Au sens strict, la croissance décrit un processus d'accroissement de la seule production économique. Elle ne renvoie donc pas directement à l'ensemble des mutations économiques et sociales propres à une économie en développement. Ces transformations au sens large sont, conventionnellement, désignées par le terme de développement économique. Selon François Perroux, Le terme de « croissance » s'applique alors plus particulièrement aux économies déjà développées.
La du gouvernement britannique souligne qu'il est important de distinguer trois notions qui :
Le croissantisme économique est considéré comme étant l'idéologie de la croissance par opposition à la philosophie décroissantiste.
La croissance économique est généralement mesurée par l'utilisation d'indicateurs économiques dont le plus courant est le produit intérieur brut (PIB). Il offre une certaine mesure quantitative du "volume" de la production. Afin d'effectuer des comparaisons internationales, on utilise également la parité de pouvoir d'achat, qui permet d'exprimer le pouvoir d'achat dans une monnaie de référence. Pour comparer la situation d'un pays à des époques différentes on peut également raisonner à monnaie constante.
L'indicateur du PIB reste cependant imparfait comme mesure de la croissance économique. Il est pour cela l'objet de plusieurs critiques :
Cette contradiction apparente provient probablement du fait que le PIB ne mesure pas réellement le développement, le progrès en lui-même ; il ne mesure pas non plus l'activité économique, pourvoyeuse d'emploi, car l'activité peut fort bien croître sans augmentation de valeur ajoutée, si l'on remplace du capital ou des matières premières par du travail. La croissance ne mesure en fait que l'augmentation de la consommation de facteurs de production : travail, capital et ressources naturelles (matières premières, potentiel productif des terres agricoles, etc). La société peut progresser sans croissance, en modifiant la répartition des facteurs.
Dans son acception classique, le développement économique ne se résume pas à la seule croissance économique et des indicateurs ont été proposés pour mesurer plus finement celui-ci, comme l'indice de développement humain.
Dans un certain nombre de cas, les données de la comptabilité nationale ne sont pas disponibles ou sont de mauvaise qualité. C'est notamment un problème lorsqu'on s'intéresse à des périodes anciennes, à des pays en voie de développement avec une mauvaise comptabilité nationale ou encore lorsqu'on s'intéresse au développement économique à un niveau infra-national, par exemple au niveau d'une ville ou d'une région. Dans ce cas, plusieurs indicateurs ont été proposés.
Grâce au développement des statistiques nationales, les économistes, les historiens et les démographes ont constaté qu'avant la Révolution industrielle, la croissance économique est essentiellement liée à celle de la population : on produit plus parce qu’il y a plus d'individus pour produire, mais le niveau de vie reste le même. À partir du , la croissance économique se déconnecte de celle de la population et l’augmentation du niveau de vie devient exponentielle, mais très irrégulière. Après les très forte croissance mondiale des années 1830 et croissance mondiale des années 1850, la Grande Dépression (1873-1896) donne un sérieux coup de frein. De même, la grande dépression des années 1930 fait suite à la croissance économique de la Belle Époque et à la puissante expansion des années 1920. Plus généralement, les périodes de reconstruction suivant une guerre sont favorables, comme lors de la très forte croissance des années 1950, socle des Trente Glorieuses.
Les historiens s’accordent sur le fait que le niveau de vie sur l’ensemble du globe a peu évolué de l’Antiquité jusqu’au (entre l'an 1 et l'an 1000 l'économie mondiale aurait même décliné), mis à part une embellie en Europe occidentale entre les s, annulée par les épidémies et les famines des s. Ils s'accordent aussi à constater qu'il y a de grandes disparités selon les peuples et selon les époques. Sachant qu'on a affaire à des sociétés où presque toute la population est rurale, il est de toutes façon presque impossible d'obtenir la statistique de leur production, puisque celle-ci est presque complètement locale, voire familiale (bâtiment, mobilier, confection, alimentation, services…), et très marginalement commerciale, de telle sorte qu'il est impossible de reconstituer un standard moyen de consommation et de l'évaluer en monnaie.
La croissance économique, aussi bien comme phénomène que comme donnée objectivable, est donc quelque chose de récent, lié à l'urbanisation des sociétés et à l'apparition de statistiques nationales. Jusqu'aux années 1970, c'était aussi un phénomène géographiquement limité, qui concernait surtout les pays occidentaux et le Japon.
Les Pays-Bas sont la première société à connaître un phénomène de croissance, au . Comme le note Henri Lepage en reprenant les analyses de Douglass North, 
Le phénomène s'est ensuite progressivement étendu. La phase de développement économique depuis la Révolution industrielle n'a aucun précédent historique. Après le , lorsque différentes parties du monde développent des relations commerciales, on constate des périodes de croissance économique, mais éphémères et marginales. Les écarts entre conditions de au étaient réduits, pour certains auteurs comme Paul Bairoch : l'Inde possédait même un niveau de vie supérieur à l'Europe. On estime que la croissance globale de l'économie entre 1500 et 1820 n'est que d'un trentième de ce qu'elle a été depuis (de 247 milliards de dollars internationaux en 1500 à 695 en 1820, puis en 1998). Les revenus en Europe ont été multipliés par 20 depuis 1820. L'Asie accélère aussi son rythme de croissance depuis un demi-siècle : le niveau de vie en Chine a été multiplié par six et celui du Japon par huit.
Cependant, au le développement économique entraîne des bouleversements sociaux comme l'exode rural. Le niveau de vie et le développement n'ayant commencé à être étudiés rigoureusement qu'au , il est cependant difficile, faute de données, de faire une comparaison entre le .
En 1913, le PIB/hab français était de dollars internationaux (base 1990). En 1998, il était de . Le taux de croissance moyen du PIB/hab était donc de 2,0 % sur cette période. S'il avait été de 1,0 %, le niveau de vie aurait été de en 1998, soit un peu moins que le niveau de vie réel de l'Uruguay ().
On peut distinguer plusieurs types de déterminants à la croissance : richesses naturelles, environnement extérieur, population, innovation (concept qui ne concerne pas seulement le progrès technique), investissement, connaissance, cohérence du développement. Les principales conclusions des travaux de Xavier Sala-i-Martin, économiste espagnol spécialiste de la croissance, confirment qu'il n'y a pas qu'un seul déterminant simple de la croissance économique.
Xavier Sala-i-Martin avance par ailleurs que le niveau initial est la variable la plus importante et la plus robuste. C'est-à-dire que, dans la plupart des cas, plus un pays est riche, moins il croît vite. Cette hypothèse est connue sous le nom de convergence conditionnelle. Il considère également que la taille du gouvernement (administration, secteur public) n'a que peu d'importance. Par contre la qualité du gouvernement a beaucoup d'importance : les gouvernements qui causent l'hyperinflation, la distorsion des taux de change, des déficits excessifs ou une bureaucratie inefficace ont de très mauvais résultats. Il ajoute également que les économies plus ouvertes tendent à croître plus vite. Enfin, l'efficience des institutions est très importante : des marchés efficients, la reconnaissance de la propriété privée et l'état de droit sont essentiels à la croissance économique. Il rejoint en cela les conclusions d'Hernando de Soto.
Sur une plus longue période, l'expérience historique, notamment celle du , suggère que l'extension des libertés économiques (liberté d'entreprendre, liberté de circulation des idées, des personnes et des biens) est une condition de la croissance. Au , il existe plusieurs cas où une population partageant les mêmes antécédents historiques, la même langue et les mêmes normes culturelles a été divisée entre deux systèmes, l'un étant une économie de marché et l'autre une économie planifiée : les deux Allemagne, les deux Corée, la République populaire de Chine et Taïwan. Dans chaque cas, les zones ayant pratiqué l'économie de marché ont obtenu une croissance nettement supérieure sur le long terme. Cependant, l'enrichissement de l'Allemagne de l'Ouest s'explique par l'aide des États-Unis, l'enrichissement de la Corée du Sud et de Taïwan par l'aide des États-Unis et du Japon et que Taïwan a attiré les Chinois les plus qualifiés. Les États-Unis et l'Europe de l'Ouest étant beaucoup plus développés que l'URSS, leurs pays alliés ont été beaucoup plus aidés. La très forte croissance de l'URSS avant les années 1960 et la très forte croissance de la Chine depuis les années 1980 sont des exemples de pays dont l'économie planifiée a augmenté la croissance. Aucun pays n'a eu une croissance telle que celle de la Chine et l'URSS sans bénéficier d'aide extérieure ou d'une exploitation massive de ressources naturelles très lucratives, telles le pétrole, par rapport au nombre d'habitants. L'effondrement de l'URSS témoigne également des meilleurs résultats des économies de marché par rapport aux économies de type collectiviste.
Sur le très long terme, Angus Maddison identifie trois processus interdépendants qui ont permis l'augmentation conjointe de la population et du revenu : la conquête ou la colonisation d'espaces fertiles et relativement peu peuplés, le commerce international et les mouvements de capitaux, l'innovation technologique et institutionnelle.
Quant à Daron Acemoglu, dans "An Introduction to Modern Economic Growth" (2008), il distingue quatre causes fondamentales de la croissance : l'environnement naturel, la culture, les institutions et la chance.
Les théories explicatives de la croissance sont relativement récentes dans l'histoire de la pensée économique. Ces théories, sans négliger le rôle de l'ensemble des facteurs de production tendent à mettre en avant parmi ceux-ci le rôle primordial du progrès technique dans la croissance. Sur le long terme, seul le progrès technique est capable de rendre plus productive une économie (et donc de lui permettre de produire plus, c'est-à-dire d'avoir de la croissance). Toutefois, ces théories expliquent encore mal d'où provient ce progrès, et en particulier en quoi il est lié au fonctionnement de l'économie.
La plupart des économistes de l'école classique, écrivant pourtant au commencement de la révolution industrielle, pensaient qu'aucune croissance ne pouvait être durable, car toute production devait, selon eux, inexorablement converger vers un état stationnaire. C'est ainsi le cas de David Ricardo pour qui l'état stationnaire était le produit des rendements décroissants des terres cultivables, ou encore pour Thomas Malthus qui le liait à son « principe de population », mais aussi pour John Stuart Mill.
Toutefois, Adam Smith, à travers son étude des effets de productivité induits par le développement de la division du travail, laissait entrevoir la possibilité d'une croissance ininterrompue. Et Jean-Baptiste Say écrivait (Traité d'économie politique, Livre I, chapitre XII)
Nikolai Kondratiev est un des premiers économistes à montrer l'existence de cycles longs de 50 ans, et Joseph Schumpeter développe la première théorie de la croissance sur une longue période. Il considère que l'innovation portée par les entrepreneurs constitue la force motrice de la croissance. Il étudie en particulier le rôle de l'entrepreneur dans "Théorie de l'évolution économique" en 1913.
Pour Schumpeter, les innovations apparaissent par « grappes », ce qui explique la cyclicité de la croissance économique. Par exemple, Schumpeter retient les transformations du textile et l'introduction de la machine à vapeur pour expliquer le développement des années 1798-1815, ou le chemin de fer et la métallurgie pour l'expansion de la période 1848-1873. De façon générale il retient trois types de cycles économiques pour expliquer les variations de la croissance :
Schumpeter introduit enfin le concept de « destruction créatrice » pour décrire le processus par lequel une économie voit se substituer à un modèle productif ancien un nouveau modèle fondé sur des innovations. Il écrit ainsi :
Après la Seconde Guerre mondiale, les économistes Harrod et Domar, influencés par Keynes, vont chercher à comprendre les conditions dans lesquelles une phase d'expansion peut être durable. Ainsi, s'il ne propose pas à proprement parler une théorie de la croissance (expliquant son origine sur une longue période), le modèle de Harrod-Domar permet, néanmoins, de faire ressortir le caractère fortement instable de tout processus d'expansion. En particulier, il montre que pour qu'une croissance soit équilibrée , il faut qu'elle respecte un taux précis, fonction de l'épargne et du coefficient de capital (quantité de capital utilisée pour produire une unité) de l'économie. Or, il n'y a aucune raison que la croissance, qui dépend de décisions individuelles (en particulier des projets d'investissement des entrepreneurs), respecte ce taux. De plus, si la croissance est inférieure à ce taux, elle va avoir tendance non pas à le rejoindre, mais à s'en éloigner davantage, diminuant progressivement (en raison du multiplicateur d'investissement). La croissance est donc, selon une expression d'Harrod, toujours « sur le fil du rasoir ».
Ce modèle, construit après guerre et marqué par le pessimisme engendré par la crise de 1929, a toutefois été fortement critiqué. Il suppose, en effet, que ni le taux d'épargne, ni le coefficient de capital ne sont variables à court terme, ce qui n'est pas prouvé.
Robert Solow propose un modèle néoclassique de croissance. Ce modèle repose essentiellement sur l'hypothèse d'une productivité marginale décroissante du capital dans la fonction de production. Le modèle est dit néoclassique au sens où les facteurs de production sont utilisés de manière efficace et rémunérés à leur productivité marginale. Solow montre que cette économie tend vers un "état stationnaire". Dans ce modèle, la croissance de long terme ne peut provenir que du progrès technique (et non plus de l'accumulation du capital).
Si on pense que tous les pays convergent vers le même état stationnaire, alors le modèle de Solow prédit un phénomène de convergence : les pays pauvres devraient croître plus vite que les pays riches.
L'une des faiblesses théoriques du modèle de Solow vient du fait qu'il considère le progrès technique comme exogène. Autrement dit, il ne dit rien sur la façon dont le progrès technique apparaît.
Les théories récentes cherchent précisément à rendre ce facteur endogène – c'est-à-dire à construire des modèles qui expliquent son apparition. Ces modèles ont été développés à partir de la fin des années 1970 notamment par Paul Romer, Robert E. Lucas et Robert Barro. Ils se fondent sur l'hypothèse que la croissance génère par elle-même le progrès technique. Ainsi, il n'y a plus de fatalité des rendements décroissants : la croissance engendre un progrès technique qui permet que ces rendements demeurent constants. Si tel est le cas, la croissance n'a donc plus de limite. À travers le progrès technique, la croissance constitue un processus qui s'auto-entretient.
Ces modèles expliquent que la croissance engendre du progrès technique par trois grands mécanismes. Premièrement, le "learning by doing" : plus on produit, plus on apprend à produire de manière efficace. En produisant, on acquiert en particulier de l'expérience, qui accroît la productivité. Deuxièmement, la croissance favorise l'accumulation du capital humain, c'est-à-dire les compétences possédées par la main d'œuvre et dont dépend sa productivité. En effet, plus la croissance est forte, plus il est possible d'accroître le niveau d'instruction de la main-d'œuvre, en investissant notamment dans le système éducatif. D’une manière générale, la hausse du niveau d'éducation de la population – par des moyens publics ou privés – est bénéfique. Troisièmement, la croissance permet de financer des infrastructures (publiques ou privées) qui la stimulent. La création de réseaux de communication efficaces favorisent, par exemple, l'activité productive.
En particulier ce « retour de l'État » se traduit par le fait qu'il est investi d'un triple rôle : encourager les innovations en créant un cadre apte à coordonner les externalités qui découlent de toute innovation (par exemple grâce à la protection qu'offre aux innovateurs les brevets) ; susciter celles-ci en investissant dans la recherche (notamment fondamentale) et les infrastructures dont les externalités dépassent le profit que peuvent en attendre les acteurs privés ; améliorer le capital humain en investissant dans le système éducatif. D'une manière générale, c'est le rôle des politiques structurelles de l'État, en particulier les investissements dans le capital public, qui est ainsi souligné.
Ces modèles sont toutefois très frustes en ce qu'ils n'expliquent pas les mécanismes précis qui font que la croissance économique stimule le progrès technique. En particulier, chacun des modèles de ces théories ne s'attache qu'à un seul mécanisme liant progrès technique et croissance. Comme le notent Dominique Guellec et Pierre Ralle, 
L'un des principaux critiques du modèle de croissance économique est l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen en introduisant dans l'analyse économique la notion d'entropie mise en évidence par Sadi Carnot en 1824 et Rudolf Clausius en 1865. C'est cette analogie qui remettrait fondamentalement en cause la notion de croissance économique pour prôner une bio-économie que la nature nous imposera, en raison de la finitude de certaines ressources (pétrole, gaz, charbon, métaux précieux...) et de l' de tous processus productifs. toutefois que les théories propres aux systèmes complexes initiées par le prix Nobel Ilya Prigogine analysent d' les évolutions, même dans le domaine physique (, , …).
Les études empiriques modernes indiquent que le niveau de l'investissement des entreprises est très dépendant de leurs anticipation sur le niveau de croissance économique attendu pour les dix prochaines années. À la fin du , puis dans les années 1960 et dans la deuxième partie des années 1990, la régularité des statistiques de création d'emploi positives ont donné aux entreprises le sentiment que leurs produits et services pourraient compter à moyen terme sur un grand marché durablement solvable, justifiant l'investissement. Cette constatation milite pour la recherche d'une croissance avant tout prévisible, sans interruption ni cycle économique trop marqué, même si son intensité est moins forte. La théorie de la « fin du cycle économique », à la fin des années 1990 a même généré des taux d'investissement record dans les nouvelles technologies, et une des plus grandes bulles de l'histoire des bourses de valeurs, suivie d'un krach dans ce même secteur des nouvelles technologies lorsqu'il est apparu que la vague d'investissement avait généré des surcapacités.
Les tenants de la décroissance considèrent la croissance infinie comme une impossibilité physique et expriment a minima de sévères réserves sur la possibilité de poursuivre le modèle actuel de croissance, en raison de la nature finie des ressources naturelles. Rien n'indique selon eux que l'on puisse y substituer d'autres ressources, ni que les ressources renouvelables puissent rendre les mêmes services. De même, ils soulignent les éventuelles dégradations de l'environnement qui pourraient remettre en cause la croissance future. Pour les critiques de la croissance, la promesse de « développement économique pour tous » n'est donc qu'une promesse qui ne repose sur rien de tangible.
Les premières critiques de la notion de croissance datent du début du .
Au , le rapport commandé en 1970 par le Club de Rome à une équipe du Massachusetts Institute of Technology, intitulé "The Limits To Growth". Ce rapport est encore connu sous le nom de « rapport Meadows », du nom de deux de ses auteurs. Il a fait l'objet de deux mises à jour en 1993 et en 2004, qui ne remettent pas fondamentalement en cause les conclusions du premier rapport. L'étude souligne les dangers, sur les plans écologique, économique, et humain, de différentes hypothèses de croissance économique et démographique. Elle a inspiré de multiples réflexions sur le concept de développement durable, qui s'est progressivement imposé depuis les années 1980 et 1990 dans la communauté internationale.
Une partie de la croissance économique est permise par l'exploitation des ressources naturelles : il convient donc de les gérer au mieux (par exemple par le recyclage), d'optimiser le potentiel d'extractions et de ressources. L'efficacité du système capitaliste est alors parfois remise en cause. Néanmoins, Karl Marx soulignait déjà dans "Le Capital" , faisant tout pour que « rien ne se perde ni ne soit gaspillé ». Les économistes libéraux soutiennent que le libre marché permet la meilleure affectation des ressources et leur gestion la plus efficace.
L'économiste Pascal Salin va jusqu'à soutenir que les problèmes d'efficacité et de gestion liés à l'exploitation des ressources pourraient être résolus par la privatisation de ces ressources. En effet, un propriétaire, responsable d'une ressource naturelle, va l'évaluer et la gérer de façon à maximiser sa richesse et va donc l'entretenir. Pascal Salin prend comme exemple le problème de déforestation des forêts amazoniennes et écrit que . Pascal Salin insiste également sur le progrès technique et sur les .
Contestant la vision optimiste d'un progrès technique capable de répondre aux problèmes et questions qu'il a lui-même engendrés, des penseurs et économistes voient une autre logique à l'œuvre dans l'idéal de croissance, qui obère la saine gestion des ressources de la planète. Ainsi pour Jacques Ellul, contempteur moderne de ce qu'il a appelé le "système technicien", pour une entreprise capitaliste, seul compte le profit indépendamment des effets positifs ou négatifs de son activité.
La croissance mondiale depuis la fin du a été possible grâce au charbon puis au pétrole, qui sont des ressources naturelles non renouvelables. D’autres sources d’énergie sont venues compléter les besoins croissants en énergie électrique comme l'énergie nucléaire qui elle aussi repose sur une ressource, abondante selon l'AIEA, mais non renouvelable, l'uranium, encore que des recherches s'orientent notamment vers le thorium et à plus long terme la fusion nucléaire.
La production économique engendre dans certains cas des perturbations dans les équilibres écologiques, du fait de la surexploitation des ressources naturelles : émissions de gaz à effet de serre (énergies fossiles), surpompage (eau), surlabourage (terres arables), surpâturage (ressources végétales), surpêche (ressources halieutiques). Augmenter la production de biens matériels ou le transport (pour répondre à l’accroissement démographique par exemple) peut aggraver ces perturbations. Ces effets sont particulièrement visibles depuis les années 2000 dans la plaine du Nord de la Chine par exemple, qui manque cruellement d'eau par suite d'une activité économique en très forte croissance depuis les années 1980.
Le réchauffement climatique amène l'ensemble des économies du monde à prendre en compte leurs émissions de gaz à effet de serre et à rechercher au maximum une « croissance propre ». La communauté internationale envisage la mise en place de contraintes collectives, comme le protocole de Kyoto.
Certaines études montrent les conséquences de la croissance économique mesurée par le produit intérieur brut sur l'évolution du capital naturel.
Les critiques de la croissance insistent enfin sur les déséquilibres qui peuvent naître de la croissance : bouleversements sociologiques, politiques et écologiques.
Ainsi, les exodes ruraux ou les nouveaux moyens de transport ont entrainé un exode rural et des transformations urbanistiques majeures, qui changent durablement les rapports sociaux. De plus, 
Pour ses partisans, la croissance économique permet la diminution des inégalités de revenu des individus à l'échelle supranationale. Quand c'est le cas, des enquêtes d'opinion sur la qualité de vie montrent que celle-ci augmente de concert avec le revenu par habitant, du moins jusqu'à un seuil de par an.
La diminution rapide de la pauvreté dans le monde dans la seconde moitié du est établie. Elle est largement due à la croissance économique, selon la Banque mondiale. C'est dans les régions où la croissance a été la plus faible, en particulier en Afrique subsaharienne, que la pauvreté a le moins diminué et qu'elle risque d'augmenter à l'avenir.
Toutes les prédictions de bornes absolues au développement depuis Malthus se sont révélées fausses, en raison de la capacité de l'homme à trouver de nouveaux usages aux ressources : le travail humain a été remplacé par le travail animal, puis mécanique, avec le développement progressif d'énergies nouvelles : bois, charbon, électricité, pétrole. Ainsi, l'économiste Julian Simon affirme dans "The Improving State of the World" que les conditions matérielles de l'humanité s'améliorent rapidement.
En 1974, Richard Easterlin publie une étude empirique montrant que le PIB par habitant, au-delà d'un certain seuil de richesse, n'a pas d'effet sur le niveau de satisfaction des individus. Ce paradoxe est connu dans la littérature économique sous le nom de « paradoxe d'Easterlin ».
Il a été remis en cause en 2008 par l'étude de Justin Wolfers et Betsey Stevenson, montrant à l'aide de données individuelles collectées dans un grand nombre de pays qu'il existe bien un lien entre le PIB par habitant et le degré de satisfaction des individus.
Une étude plus approfondie, publiée en 2013 par la revue PLOS ONE, confirme les conclusions d'Easterlin : la satisfaction de vivre s’accroît fortement avec le PIB dans les pays à faible revenu, mais la relation devient beaucoup moins pentue au-delà d’un PIB de , puis elle s’aplatit avec un PIB au-delà de , et tend même à décliner avec le PIB dans les pays les plus riches, suggérant l’existence d’un « point de béatitude » qui se situe dans l’intervalle entre et en parité de pouvoir d’achat.
Dans les années 1950, Simon Kuznets avait supposé l'existence d'une relation générale entre croissance et inégalités (courbe de Kuznets), celles-ci augmentant d'abord, puis diminuant lorsque les revenus sont assez élevés. Les études empiriques successives ont largement invalidé cette hypothèse et, en première approximation, la croissance est neutre par rapport aux inégalités.
Dans une étude empirique publiée pour la Banque mondiale, David Dollar et Art Kraay ont conclu que les revenus des populations pauvres (le quintile inférieur) augmentaient proportionnellement avec le revenu moyen, de manière presque systématique quelles que soient les périodes et les pays concernés. Toutefois, la même année, la Banque mondiale relève dans un ouvrage intitulé "Qualité de la croissance", qu'une croissance instable a des répercussions très négatives sur les pauvres, et que leurs actifs humains et naturels peuvent être tellement affectés en cas de crise, que cela peut les empêcher de profiter de la reprise lorsque celle-ci apparaît. Il en est de même des politiques d'encouragement envers les pauvres, dont l'interruption peut être liée aux à-coups de croissance, et dont la cyclicité a les mêmes effets. D'autre part, la dégradation du capital naturel (environnement, terres, sources, pêcheries), dont l'impact sur la croissance économique est sujet à débats, risque selon elle d'avoir des Enfin, l'inégalité des revenus, résultant d'une répartition inégale des actifs tels que capital physique, ressources éducatives et terres, affecte le bien-être social via deux mécanismes, dont un mécanisme indirect qui réduit le potentiel de croissance et les chances de faire reculer la pauvreté.
La croissance dépend de l'augmentation des facteurs de production, de ressources, naturelles, foncières et humaines pas, peu, difficilement, couteusement ou lentement renouvelables... souvent déjà surexploitée (surpêche, déforestation, érosion des sols, etc.).
Le progrès technique peut limiter ou aggraver l'appropriation des ressources naturelles par l'homme au détriment des autres espèces. Certains auteurs soulignent que la croissance économique mesurée par le PIB tend à détruire le capital naturel. Certains économistes contemporains, comme Paul Romer, intègrent dans leurs réflexions la limitation des ressources naturelles, et le fait que le progrès technologique et la « connaissance » peuvent générer une nouvelle croissance.
Au plan micro-économique, des études ont montré que les stratégies visant à renforcer les capitaux propres des entreprises, ce qui permet d’absorber les pertes en cas d’accident de parcours contribuent à une croissance durable et mieux prévisible.
Une des critiques de l'économie de marché est que l'environnement est mal pris en compte dans les modèles économiques actuels, sauf peut-être à travers le progrès technique dans le modèle de Solow (d'inspiration néoclassique avec deux facteurs de production capital et travail), dans la mesure où celui-ci tient compte des contraintes environnementales. Quand le progrès technique ignore les contraintes environnementales, la croissance et une meilleure productivité peut avoir des effets négatifs sur l'environnement, ce que dénonçait le philosophe Hans Jonas dans "Le Principe responsabilité" dès 1979.
L'un des secteurs où ces déséquilibres apparaissent le mieux est celui de l'agriculture, où le modèle productiviste de l'agriculture intensive pratiquée depuis la Seconde Guerre mondiale a généré des impacts environnementaux négatifs (Cf. pollution diffuse et générale par les pesticides et engrais, perte de biodiversité, dégradation des sols).
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) la définit comme : elle consiste à . Elle nécessite de “découpler” davantage les impacts environnementaux et la croissance économique et d’adopter des modes de consommation et de production plus respectueux de l’environnement tout en réduisant la pauvreté et en améliorant les perspectives des populations en matière de santé et d’emploi. Elle implique de 
En France, un « Observatoire national des emplois et métiers liés à la croissance verte » a été créé en 2010, qui vise à fournir , qui a défini plusieurs périmètres (). Au sens large, pour un , selon l’observatoire (publication 2010), environ emplois (en équivalent temps plein) étaient concernés en 2008. Des métiers et des emplois verts sont maintenant identifiés dans le répertoire de Pôle emploi et dans la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles de l'Insee ; et 9 professions « vertes » ont été identifiées fournissant emplois en 2007.
Notions
Théoriciens