Bible

La Bible est un ensemble de textes considérés comme sacrés selon les juifs et les chrétiens. Les différents groupes religieux peuvent inclure différents livres dans leurs canons, dans un ordre différent. Les textes des livres eux-mêmes ne sont pas toujours identiques d'un groupe religieux à l'autre.
La Bible hébraïque est dite en hébreu TaNaKh, acronyme formé à partir des titres de ses trois parties constitutives : la Torah (la Loi), les Nevi'im (les Prophètes) et les Ketouvim (les autres écrits). Elle fut traduite en grec ancien à Alexandrie. Cette version, dite de la Septante, fut utilisée plus tard par Jérôme de Stridon pour compléter sa traduction latine de la Bible à partir de l'hébreu (la Vulgate) et par les « apôtres des Slaves » Cyrille et Méthode pour traduire la Bible en vieux-slave.
Les chrétiens nomment Ancien Testament la partie qui reprend le Tanakh ainsi que d'autres textes antiques non repris par la tradition juive. La Bible chrétienne contient en outre le Nouveau Testament qui regroupe les écrits relatifs à Jésus-Christ et à ses disciples. Il s'agit des quatre Évangiles, des Actes des Apôtres, des Épîtres et de l'Apocalypse.
La Bible rassemble une collection d’écrits très variés (récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres) dont la rédaction s’est échelonnée entre le et le pour l'Ancien Testament, et la deuxième moitié du , voire le début du pour le Nouveau Testament. Les versions compilées connues aujourd'hui, comme le Codex Sinaiticus pour le Nouveau Testament, sont notablement plus tardives que la période supposée de leur rédaction. Cela laisse un immense champ d'exploration aux exégètes et aux historiens et pose en termes aigus la question de l'inerrance biblique.
Le mot « bible » vient du grec ancien , un substantif au pluriel qui signifie « les livres », soulignant son caractère multiple. Ce mot est passé dans la langue française par l’intermédiaire du latin "", et est devenu ainsi un mot au singulier.
Le corpus biblique réunit plusieurs livres d'origines diverses, d'où le pluriel originel du mot « Bible ». Dès le début de sa formation, il existe plusieurs collections canoniques concurrentes de la Bible, chacune étant défendue par une communauté religieuse différente. Le mot canon (en grec ancien, signifie "règle") est utilisé dès le pour désigner la liste des livres reconnus par une communauté (ou Église).
Les « canons » primitifs les plus importants sont sans doute ceux de la Bible hébraïque (canon massorétique) qui est reconnu par le judaïsme rabbinique, et celui de la Bible grecque (Septante) qui est, quant à lui, reconnu par la plupart des Églises d'Orient et d'Occident. La Bible hébraïque, appelée Tanakh, se compose de trois parties : la Loi (Torah), les Prophètes (Nevi'im) et les Écrits (Ketouvim). La Bible grecque se compose quant à elle de quatre parties : le "Pentateuque", les "Livres historiques", les "Hagiographes" et les "Prophètes". À partir du milieu du , les chrétiens ont nommé cette dernière liste de livres l'Ancien Testament pour la distinguer de leur propre collection : le Nouveau Testament. La Septante diffère de la Bible hébraïque non seulement par la langue utilisée, mais aussi par le fait qu'elle incorpore des livres supplémentaires, dits « deutérocanoniques », et que le texte des livres « canoniques » diverge parfois. De plus, l'ordre et l'importance des livres ne sont pas les mêmes dans les deux canons.
Les trois différentes parties de la Bible hébraïque sont canonisées et leur texte est relativement stabilisé en plusieurs étapes : d'abord la Torah (), puis les Nevi'im (), et enfin les Ketouvim (). Le texte « protomassorétique » (précurseur du texte massorétique) est définitivement stabilisé à la fin du . Les textes du Nouveau Testament, quant à eux, sont rédigés entre le milieu du , mais leur canonisation n'a lieu qu'au cours des .
La Bible hébraïque est écrite en hébreu avec quelques passages en araméen. Le canon massorétique, c'est-à-dire celui de la Bible hébraïque, se compose des parties suivantes (entre parenthèses, l'appellation chrétienne dans l'Ancien Testament d'après le regroupement adopté par la TOB) :
Le "Pentateuque" (ou le recueil des cinq livres de la "Torah") fut traduit en grec à Alexandrie au . Selon une légende rapportée par la "Lettre d'Aristée" et amplifiée depuis, la traduction en grec de la Torah, dite « des Septante » ou « alexandrine », serait l'œuvre de soixante-douze savants juifs, six par tribu, qui, à la demande des autorités grecques d'Égypte (et isolés pendant soixante-douze jours, selon certaines versions), aboutirent à un texte commun.
Cette traduction devait être reçue comme ayant autant de valeur que l'œuvre originale, malgré certaines critiques. Cette version fut conservée à la bibliothèque d'Alexandrie avec les « Lois » : elle ne relève pas alors de la religion, mais du code coutumier du peuple juif. Toujours est-il que le nom de « Septante » est resté à cette traduction commencée au , et à toute la Bible grecque par extrapolation. Les autres livres de la "Bible hébraïque" ont été traduits en grec au fil des siècles suivants. Certains livres ou passages ont été écrits directement en grec.
Ce corpus, largement répandu dans la diaspora juive hellénophone du , sera adopté tel quel par les apôtres et par les premiers chrétiens, et constitue l'Ancien Testament de l'époque.
Lors de l’instauration du judaïsme rabbinique, pour se démarquer du christianisme naissant, le texte grec est abandonné dans le monde juif au profit du texte hébreu, pour des raisons à la fois linguistiques et religieuses. Après avoir été la version la plus répandue dans le monde juif hellénistique, la "Septante" devient l"Ancien Testament" des chrétiens. Dès lors, le judaïsme la rejette de plus en plus à partir de la fin du . Dans le monde chrétien d'occident, en revanche, la "Septante" continue d'être la référence et connaît plusieurs traductions en latin. Elle ne sera remplacée par la Vulgate que tardivement, au . Dans l'église d'Orient pour laquelle la langue sacerdotale est le grec, la "Septante" est restée le texte de référence pour les traductions.
Le canon de la "Septante", tel qu'accepté par les chrétiens, se compose de quatre parties :
Les livres présents dans le canon de la Septante et absents du canon Massorétique sont appelés deutérocanoniques, et sont marqués ici par *. Les livres dont le texte est très différent par rapport au texte massorétique sont marqués ici par #.
Les Livres deutérocanoniques sont des textes écrits avant l'ère chrétienne qui ont été incorporés dans le canon de la Septante. Toutes les confessions chrétiennes dites « traditionnelles », c'est-à-dire existant avant la Réforme - comme les catholiques, les orthodoxes, les coptes, les chaldéens et les maronites - les ont toujours considérés comme faisant partie de la Bible. Cependant, ils n'ont pas été acceptés dans le canon par Luther, puisque lui-même se fonde sur le texte massorétique de la Bible hébraïque. Luther juge néanmoins ces livres utiles. Il suggère aussi de retirer l'épître de Jacques et la troisième lettre de Jean, qui pourtant font partie du Nouveau Testament.
Ces livres de l'Ancien Testament rédigés en grec sont nommés « apocryphes » (du grec αποκρυφος, caché) par les protestants. Les catholiques les nomment « deutérocanoniques », c’est-à-dire « livres secondaires » dans le canon (du grec δευτερος, deuxième), ce qui est définitivement confirmé au concile de Trente en 1546.
Certains des livres de la Septante n'ont pas été admis comme deutérocanoniques. Ils ne sont reconnus par aucune Église et sont appelés « apocryphes » ou « pseudépigraphes » (écrits sous une fausse signature). Ils forment avec d'autres de la même époque ce que l'on nomme aujourd'hui les « écrits intertestamentaires ». Il s'agit par exemple du livre du Pasteur d'Hermas, présent dans le Nouveau Testament, puis retiré du canon biblique au . L'Épître de Barnabé fut elle aussi présente un temps dans le Nouveau Testament, avant d'être retirée par décision conciliaire.
Le "Nouveau Testament" se divise en plusieurs groupes de livres :
Ces livres sont généralement présentés selon l'ordre du canon occidental :
À l'origine, la Bible chrétienne est disponible en grec, la Septante et le Nouveau Testament étant tous deux rédigés dans cette langue. Les chrétiens du monde latin ont cependant très tôt utilisés des traductions latines de ces livres. Ces traductions sont appelées Vetus Latina.
Au , ces Bibles sont considérée comme imparfaites. Jérôme entreprend donc de faire une nouvelle traduction en latin : la Vulgate. Pour ce faire, il choisit tout d'abord de se baser sur les Hexaples d'Origène, puis entreprend une nouvelle traduction à partir du texte hébreu, le seul inspiré d'après lui.
Jérôme entreprend la traduction du Nouveau Testament en 382, trois ans avant celle de l'Ancien Testament. Pour les Évangiles, la Vulgate utilise les manuscrits grecs. Les autres livres du Nouveau Testament ne doivent rien à Jérôme : leur traduction latine est attribuée à ses contemporains, dont Rufin le Syrien.
Il achève son œuvre en 405.
Les Samaritains (autoethnonyme : "Shamerim", qui signifie « les observants » ou « ceux qui gardent » ; en hébreu moderne : "Shomronim" - שומרונים, c'est-à-dire « de Shomron », la Samarie ; ou « Israélites-Samaritains ») sont un peuple peu nombreux se définissant comme descendant des anciens Israélites, et vivant en Israël et en Cisjordanie. On appelle parfois leur religion le « samaritanisme ». À l'inverse, les Juifs orthodoxes les considèrent comme des descendants de populations étrangères (des colons assyriens de l'Antiquité) ayant adopté une version illégitime de la religion hébraïque.
Leur religion repose sur une version particulière du Pentateuque, la Bible samaritaine. Ils n'adoptent pas les autres livres de la Bible hébraïque, et sont donc des « observants » de la seule Torah.
Leur Pentateuque est très proche de celui des Juifs, mais il s'écrit en hébreu samaritain avec l'alphabet samaritain, une variante de l'ancien alphabet paléo-hébraïque abandonné par les Juifs. Il diffère de la Torah hébraïque par des différences de fond. Les plus importantes portent sur le statut du mont Garizim comme principal lieu saint en lieu et place de Jérusalem. Les Dix Commandements de la Torah samaritaine intègrent ainsi en dixième commandement le respect du mont Garizim comme centre du culte. Les deux versions des dix commandements existants dans le Tanakh juif (celle du Livre de l'Exode et celle du Deutéronome) ont été également uniformisées. Afin de conserver le nombre des commandements (dix), le juif (« Je suis l'Éternel (YHWH), ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude ») est considéré comme une simple présentation, le premier commandement samaritain étant donc le deuxième commandement juif : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. » Pour les Samaritains, « les sages juifs ont fait de la présentation un commandement pour maintenir le nombre de ceux-ci à dix (le nombre de commandements est mentionné dans l'Exode, 34.28), après qu'ils ont corrigé leur version en en retirant le dixième » relatif au mont Garizim.
Outre ces différences fondamentales, il existe d'assez nombreuses variantes sur des détails de rédaction entre la Torah samaritaine et la Torah juive. Exception faite des divergences portant sur le mont Garizim, ces différences rendent le Pentateuque samaritain plus proche de la version des Septante que du texte massorétique.
La Bible est une compilation de plusieurs textes rédigés à différentes époques de l'histoire. Les premiers textes, comme le Proto-Isaïe et Osée, sont couchés par écrit dès le . Ces premiers écrits, auxquels s'ajoutent bien d'autres, subissent ensuite retouches et ajouts au cours des siècles, et ce parfois même au-delà de leur canonisation.
Souvent citée, l'hypothèse documentaire défend l'idée que la Bible hébraïque est le résultat de trois ou quatre sources indépendantes. Dans les années 1960, ces sources sont considérées comme ayant été rédigées entre le et le et compilée ensuite. Cette hypothèse n'est aujourd'hui plus dominante.
La recherche actuelle penche aujourd'hui en faveur d'une datation plutôt « basse » de la rédaction de la Bible. On identifie en général deux phases importantes d'écriture, entrecoupées de phases moins prolifiques. Ces phases s'articulent autour de l'exil à Babylone. La première débute juste après l'alphabétisation de Juda, c'est-à-dire entre la fin du et le début du . La seconde, qui fait suite à une situation difficile pour la Palestine, se situe durant la période hellénistique, c'est-à-dire autour du .
L'hypothèse d'une édition du Pentateuque à l'époque du rétablissement du judaïsme en Judée sous la domination perse (538 av EC - 332 av EC) est largement répandue dans l'exégèse germanophone, en cohérence avec la documentation de l'attitude de l'Empire perse (pratique perse dite de l'« autorisation impériale », qui incitait les peuples soumis à rassembler leurs traditions légales dans un seul document qui formait alors la source du droit pour la province en question). Cela expliquerait pourquoi l'Ancien Testament semble être une sorte de « document de compromis », où se trouvent rassemblés les grands courants théologiques du judaïsme post-exilique.
La théorie dominante aujourd'hui sur la composition des Évangiles est celle dite « des deux sources » : "Matthieu" et "Luc" auraient été écrits à partir de "Marc" et d'une source de paroles ("logia") de Jésus (dite « Q », de l'allemand "Quelle", source) ; "Jean" viendrait d'une tradition indépendante, qui aurait aussi produit les épîtres et l"Apocalypse" placées sous le même patronage. Les "Actes" sont incontestablement la suite de "Luc". Les épîtres reconnues par tous comme étant de Paul sont celles "aux Romains", "aux Corinthiens", "aux Galates", et la "première aux Thessaloniciens" (peut-être le plus ancien écrit du Nouveau Testament). La période de rédaction est donc très brève : trois générations au maximum, au plus tard au début du .
Pour ce qui concerne les premiers livres de la Bible, de Genèse à Juges, les fouilles des lieux qui sont cités dans la Bible ne corroborent pas les faits qu'elle décrit. Par exemple, l'exode, le séjour au désert pendant quarante ans et la conquête du pays de Canaan ne sont corroborés ni par l'archéologie ni par l'histoire.
Plus on s’approche de la période de l’exil (), et plus le texte biblique s’accorde avec l’histoire bien attestée de la région du Levant. Ainsi, la Bible fait référence à la destruction du royaume d’Israël en -722, à la mort du roi Josias en -609, à la destruction du premier temple de Jérusalem en -587, puis à sa reconstruction vers -515.
Les découvertes scientifiques en géologie au sur l'âge de la Terre, puis en biologie aux sur le transformisme et la théorie de l'évolution sont entrées en contradiction avec l'interprétation littérale du livre de la Genèse qui était la règle à cette époque.
La Septante est souvent plus proche de la version samaritaine que du texte massorétique actuel, et, de même, les textes juifs des manuscrits de la mer Morte retrouvés à Qumrân et écrits entre le et le divergent parfois (dans les textes en hébreu) du texte massorétique, ou reprennent (dans les quelques textes en grec) le texte de la Septante. Plus encore, certaines traductions grecques de la Septante correspondent étroitement à des textes hébreux des manuscrits de la mer Morte. Ces ressemblances entre ces textes juifs et la version samaritaine du Pentateuque peuvent être interprétées de quatre façons :
En toute hypothèse, si les divergences concernant la place du mont Garizim et de Jérusalem s'expliquent aisément, tant elles sont fondatrices pour l'existence même des Juifs et des Samaritains, les autres divergences entre la Bible samaritaine et les différentes versions juives connues (Septante, texte massorétique et manuscrits de la mer Morte) ont des origines plus obscures.
La Bible est découpée en chapitres et en versets. Le découpage en chapitres date du , tandis que celui en versets, établi par les massorètes au , ne fut répandu qu'au .
La version King James (en anglais) comprend et . En 1227 Stephen Langton, professeur à l'université de Paris, puis archevêque de Cantorbéry, divise la Bible en chapitres ; auparavant, la taille du parchemin commandait la division. En 1250, le cardinal Hugues de Saint-Cher reprend cette division. Les versets furent créés par Robert Estienne en 1539 à l'occasion de l'impression de la Bible d'Olivétan, . En 1555 fut publiée l'édition de la Vulgate latine par Robert Estienne; Ce système permet de faire correspondre les versions hébraïque, grecque, latine et autres (pour autant qu'elles aient le même texte).
Dans les éditions récentes de la Bible, un petit nombre de versets de la division établie par Robert Estienne ont disparu, ou ont été remplacés par un point d'interrogation. (c'est également vrai pour certains mots), ils ont été écartés des textes admis comme fiables par les spécialistes. Cela montre que la Bible, bien qu'elle s'appuie sur un texte ancien, continue d'évoluer encore aujourd'hui, au fil des recherches.
Les lectures de la Bible peuvent être différentes entre le judaïsme et le christianisme, et entre les différentes branches du christianisme. C'est la raison pour laquelle, outre l'exégèse biblique, les études bibliques comportent une branche, l'herméneutique, qui s'attache à l'interprétation des Écritures.
Suivant Jean-Christophe Attias, « tout juif croyant d'aujourd'hui comme d'hier tient en principe que le texte biblique actuellement entre nos mains est d'une intégrité sans faille ». Marc-Alain Ouaknin explique que pour ces croyants « la plupart des livres bibliques ont d'abord été transcrits oralement, de génération en génération, jusqu'à ce qu'ils soient mis par écrit à une époque bien plus tardive (…) Ce sont les hommes de la Grande Assemblée créée par Ezra qui, au mirent en forme le texte définitif de la Bible hébraïque. Ils recueillirent les textes existants et écrivirent aussi de nombreux livres (…) »
Les confessions chrétiennes se réfèrent à la Bible, qui est composée de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament.
L'Écriture parvient aux catholiques par deux canaux qui se rattachent au témoignage apostolique : les Écritures et les Traditions non écrites, transmises et conservées dans la continuité de la vie de l'Église. Le rôle du magistère de l'Église est de conserver cette tradition. Le concile de Trente insiste sur cette double source de la foi. Les protestants s'en tiennent à la sola scriptura, l'Écriture seule.
Pour le philosophe et théologien catholique Xavier Tilliette, « la Bible est un ouvrage complexe et même scellé. Le Livre des livres est un livre de livres. Il est donc susceptible d'interprétation, il ne va pas sans une herméneutique. La Parole de Dieu […] s'est faite parole humaine, astreinte à la compréhension. Il n'y a pas d'acheminement direct à la Bible, il faut toujours une médiation au moins implicite : traduction, exégèse, histoire, genres littéraires, étude des styles, typologie, connaissance de la Tradition, "lectio divina" »…
Le document de référence du magistère romain sur l'exégèse biblique est "L'interprétation de la Bible dans l'Église". Ce texte publié en 1993 par la commission biblique pontificale est préfacé par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il présente diverses méthodes d'exégèse biblique. La première est l'approche historico-critique jugée indispensable à tout travail scientifique d'exégèse biblique. S'ensuit une présentation de douze types d'approches exégétiques recommandées avec une évaluation de l'intérêt et des limites de chacune. Cette présentation se conclut par une section consacrée à la lecture fondamentaliste de la Bible estimée contraire à toute approche scientifique, enracinée dans une idéologie non-biblique, et dangereuse.
L'acceptation puis la recommandation des méthodes d'exégèse scientifique et historico-critique ne s'est pas faite sans difficultés chez les catholiques. Au les avancées de la critique historique sur la Bible avaient été froidement accueillies. Conscient du retard que les catholiques étaient en train de prendre en ce domaine, le dominicain Marie-Joseph Lagrange a réagi en fondant à Jérusalem dès 1890 une École biblique. Parallèlement, l'encyclique "Providentissimus Deus" Léon XIII encourageait les catholiques à prendre part aux recherches et aux débats sur l'exégèse soulignant l'importance de son rôle dans l’Église : Toutefois, il en limitait de beaucoup la portée en réaffirmant la doctrine de l'inerrance biblique y compris pour les vérités de fait, et en refusant aux rédacteurs bibliques le statut d'auteurs à part entière. L'exégèse catholique commence cependant à sortir de sa torpeur grâce à des initiatives motivées par la volonté de rattraper le retard des catholiques mais aussi le sentiment qu'il faut répondre à ce qui est perçu comme des attaques contre la foi et contre l’Église. C'est en ce sens qu'est créé en 1902 l'Institut biblique pontifical dirigé ensuite par le jésuite qui ne tarde pas à entrer en conflit avec Lagrange et l'École biblique de Jérusalem jugée trop moderniste.
Avec le décret du Saint-Office "Lamentabile sane exitu" et l'encyclique "Pascendi Dominici gregis" qui condamnent le modernisme, le pontificat de Pie X fige durablement la situation de l’exégèse catholique. Dès lors plongés dans ce qu'il est convenu d'appeler la crise moderniste, les débats se concentrent sur les thèses et les déclarations d'Alfred Loisy qui est excommunié en 1908 et qui devient chez nombre de catholiques la personnification de ce que Rome condamne. Rome interdit aussi de publication les travaux du père Lagrange. Après une période d'intense conflits et de discussions, entre catholiques, avec le magistère romain et sous l'influence de tous ceux qui chrétiens ont eu part à ces débats, le monde catholique prend à nouveau conscience de son retard dans l'exégèse biblique au sortir de la Seconde Guerre mondiale tandis qu'en 1943, le pape Pie XII avait réaffirmé l'intérêt et l'importance de l'exégèse avec l'encyclique "Divino Afflante Spiritu".
Jusqu'au concile Vatican II, la grande masse des fidèles connaissait la Bible surtout par des citations dans des livres de piété tels que L'Imitation de Jésus-Christ, comme ce fut par exemple le cas de Thérèse de Lisieux. La connaissance de la Bible s'est accrue chez les fidèles après la Seconde Guerre mondiale grâce à la diffusion de traductions annotées et commentées de la Bible et l'encouragement fait aux fidèles de lire et d'étudier la Bible en tenant compte des connaissances historiques sur ce texte et sur le milieu biblique. En français la première initiative de ce genre est celle réalisée sous le patronage du cardinal Achille Liénart, avec la publication en 1951 de la Bible dite « du cardinal Liénart ». Cette traduction est rapidement éclipsée par celle réalisée par l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, appelée Bible de Jérusalem, dont la première édition en un volume paraît en 1956. La constitution dogmatique "Dei Verbum" du concile Vatican II met fin aux conflits sur l'exégèse biblique dans le monde catholique, tandis que les méthodes historico-critiques sont progressivement encouragées, jusqu'à être déclarées indispensables par le magistère romain.
Tous les protestants se reconnaissent dans, voire se définissent par l'affirmation «  », expression latine signifiant « par l'Écriture seule ») affirmant que la Bible est l'autorité ultime et unique à laquelle les chrétiens et l'Église doivent se soumettre, pour la foi et la vie chrétiennes. 
À l'époque de Luther, il s'agissait surtout de s'opposer aux décrets parfois abusifs provenant des prélats, des conciles ou du pape. Aujourd'hui, la lecture de la Bible éclairée par le Saint Esprit, reste, pour les protestants, la seule source de la révélation, position qui s'oppose donc à la croyance catholique d'une révélation continue de Dieu à son Église guidée par l'Esprit Saint, comme à la croyance orthodoxe d'une vérité issue du consensus des fidèles guidés par le même Esprit.
Même s'il figure en tête des professions de foi de plusieurs dénominations chrétiennes issues de la Réforme, le "" n'empêche pas que des divergences importantes se soient faites jour parmi les protestants quant à la lecture plus ou moins littérale ou interprétative de la Bible.
De par l'importance qu'il confère au texte biblique, le protestantisme est à l'origine de nombreuses nouvelles traductions de la Bible en langue vulgaire, pour rendre accessible le message évangélique, à commencer par la Bible d'Olivétan et par la Bible de Luther, mais il est aussi, dès le , à l'origine de nouvelles méthodes d’exégèse biblique et d'analyse de la Bible (historico-critique, structuraliste, etc.) et de nombreuses études des textes originaux et des langues anciennes dans lesquels ils ont été écrits. Depuis la Réforme, chaque pasteur protestant étudie le grec et l'hébreu. Le protestantisme a de ce fait aussi constitué une importante incitation à l'apprentissage de la lecture.
La diffusion et la mise à disposition de la Bible passent obligatoirement par des étapes de traductions.
La Bible n'a pas toujours été traduite aussi abondamment qu'elle l'est aujourd'hui. La première traduction connue est la Septante. Il s'agit d'une traduction en grec de la Bible hébraïque, qui commence à partir du milieu du et continue ensuite pendant des siècles. Une autre traduction marquante, en latin, a été celle effectuée par Jérôme de Stridon (saint Jérôme), la Vulgate, entre la fin du et le début du Cependant, le latin devenait de moins en moins parlé et compris par les populations pendant le Moyen Âge, et seuls les lettrés comprenaient cette langue. On continuait de lire la Bible en latin lors des messes. Des traductions partielles en langues vulgaires furent donc réalisées vers le , mais elles furent le fait de courants chrétiens dissidents (Vaudois, Cathares…) et, de manière inattendue, le pape Innocent III, à la fin du et au début du , s'est opposé à ces traductions. Plusieurs conciles ultérieurs confirmèrent cette décision (voir notamment l'article « concile de Toulouse (1229) »). Néanmoins, les rois de France disposaient souvent à partir du de bibles en français. L'une des premières traductions en prose et en français fut la Bible historiale de Guyart des Moulins en 1297.
Il fallut attendre la Renaissance aux pour que les traductions se multiplient. Le premier livre qui soit sorti des presses de Gutenberg a été la Bible dans la version latine de saint Jérôme, la Vulgate. La traduction allemande de la Bible réalisée par le réformateur Martin Luther à partir des textes grecs et hébreux parut en 1522 pour le Nouveau Testament et en 1534 pour l'Ancien Testament. En raison de son caractère novateur sur le plan linguistique et de sa forte diffusion, elle est considérée comme fondatrice de la langue allemande moderne actuelle. La Bible de Dietenberger fut la première bible catholique en langue allemande traduite par Jean Dietenberger et imprimée à l'imprimerie Jordan à Mayence en 1534. La première traduction complète de la Bible en français à partir du latin fut celle de Lefèvre d'Étaples en 1528. La première traduction de la Bible en français à partir de l'hébreu et du grec, la Bible dite d'Olivétan, a été réalisée en 1535. La première traduction complète en anglais à partir de l'hébreu et du grec a été publiée en 1537 (essentiellement à partir des travaux de William Tyndale), celle en espagnol en 1569, et celle en italien en 1607 (par Giovanni Diodati). Tant les catholiques que les protestants réalisèrent ensuite de nombreuses traductions en langues vernaculaires.
Selon des estimations, environ 25 millions d'exemplaires de la Bible seraient vendues chaque année. On estime en outre que plus de de Bibles ont été imprimées. Aucun ouvrage à travers le monde n'a jamais eu un tirage aussi important et constant au fil des siècles.
En 2014, le canon protestant complet de la Bible est disponible en 531 langues et dialectes, et le Nouveau Testament en 1329, 1023 langues disposent d'un ou plusieurs livres de La Bible et un grand nombre de langues disposent uniquement de passages de La Bible. La Bible est par ailleurs en cours de traduction dans plus de langues et dialectes. Cela doit être mis en relation avec le nombre de langues et dialectes parlé dans le monde, qui est estimé à plus de 6900.
D’après une étude de 2008, 75 % des Américains, 38 % des Polonais et 21 % des Français déclarent avoir lu au moins un passage de la Bible au cours de l’année passée. Plus de la moitié des Français ne possèdent pas de Bible chez eux, contre 15 % des Polonais et 7 % des Américains.