Suaire de Turin

Le suaire de Turin, ou linceul de Turin, est un drap de lin jauni de de long sur de large montrant l'image floue (de face et de dos) d'un homme présentant les traces de blessures correspondant à un crucifiement. La représentation figurant certains détails de la Crucifixion de Jésus de Nazareth décrite dans les évangiles canoniques est l'objet de piété populaire et est considérée par l'Église catholique comme une icône. Certains croyants la vénèrent comme une relique insigne, le « Saint-Suaire ». Le linceul est conservé depuis 1578 dans la "chapelle de Guarini" de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin.
La première mention documentée et non contestée de ce drap provient de Lirey, en Champagne, en 1357. L'autorité ecclésiastique du lieu, c'est-à-dire l'évêque de Troyes, y interdit l'ostension de l'objet. Cet évêque a mené son enquête sur le linceul et en a conclu qu'il s'agissait d'un faux. Trente ans plus tard, son successeur en arrive à la même conclusion. Cependant, en 1390, l'antipape Clément VII, qui est un parent de la propriétaire du linceul Jeanne de Vergy, publie une bulle autorisant l'ostension, mais à condition
que l'on avertisse les fidèles « à haute et intelligible voix » que « ce n'est pas le vrai suaire qui a recouvert le corps de Jésus-Christ », mais seulement « une figure ou représentation de ce suaire ».
En 1898, Secondo Pia publie une photographie du linceul dont le négatif offre toutes les qualités d'un « positif ». La datation et l'authenticité du linceul suscitent dès lors d'âpres débats : le suaire de Turin devient l'« artefact le plus étudié de l'histoire » pendant près d'un siècle.
À partir de 1978, une équipe de scientifiques du Shroud of Turin Research Project soumet le linceul à de multiples analyses. Elle publie ses conclusions le 1981. Aucune de ces analyses n'exclut la possibilité que le suaire soit celui décrit dans les évangiles.
En 1988, la datation par le carbone 14 démontre finalement sans ambiguïté l'origine médiévale du suaire (), qui ne peut donc pas être considéré comme une relique authentique. Dès leur publication, ces résultats sont acceptés par le pape Jean-Paul II. En 1998, celui-ci qualifie le linceul de « provocation à l'intelligence » et invite les scientifiques à poursuivre leurs recherches. L'Église catholique, propriétaire du linceul depuis 1983, ne s'est jamais prononcée officiellement sur l'authenticité.
Toutefois, certains partisans de l'authenticité contestent encore la validité de l'échantillon ou la datation au carbone 14, pendant que d'autres fondent leur argumentation sur des hypothèses, notamment une supposée existence du linceul avant 1357, par exemple son illustration au sein du Codex Pray du , des pièces de monnaie qui auraient été placées dans les orbites ou l'existence d'inscriptions qui figureraient sur le linceul.
Dans l'Antiquité, le suaire (du latin "sudarium", du grec "soudarion", mouchoir pour essuyer la "sueur" du visage), désigne une serviette enveloppée autour de la tête du défunt, servant de mentonnière pour lui tenir la bouche fermée (), et non le linceul (tissu de lin, du latin "līnteolum" « petite pièce de toile de lin », en grec "sindôn"), tissu en matière diverse (et pas uniquement en lin) recouvrant le corps entier. Ainsi parle-t-on de « suaire d'Oviedo » (ou « soudarion d'Oviedo ») pour évoquer le petit linge présenté comme relique dans cette ville. Selon certains tenants de l'authenticité, à l'instar du théologien catholique André-Marie Dubarle, le mot grec de "soudarion" utilisé dans l'Évangile selon Jean pourrait venir de l'araméen ou du syriaque « soudara ».
Les coutumes funéraires juives au sont, selon Hérodote et Tacite, d'origine égyptienne, le corps étant lié par des bandelettes comme une momie mais il ne s'agit probablement pas de bandelettes à l'égyptienne mais d'un linceul lié avec trois bandelettes (une aux pieds, une à hauteur des mains et une au cou). Ces coutumes sont selon l'Évangile de Nicodème d'origine inconnue, consistant à recouvrir le visage d'un suaire et envelopper le corps d'un linceul.
Les Évangiles synoptiques évoquent à plusieurs reprises l'usage du linceul (en grec "sindôn", voir , ) mais ne mentionnent jamais le suaire. précise "autô sindoni katharà", traduit par erreur en « d'un linceul de lin » (traduction certainement influencée par le texte d'Hérodote qui parle de « bandelettes de lin fin ») alors que l'expression signifie « d'un linceul casher ». L'Évangile de Jean fait référence quant à lui pour le corps de Lazare (), à des bandelettes ("keiriais") liant le corps et un suaire ("soudàrion") sur son visage, servant de mentonnière pour lui tenir la bouche fermé. Pour , le corps de Jésus est entouré ou lié par des "othonia", ce terme de grec biblique ayant le sens très large de « linges » et peut comprendre aussi bien le linceul que les bandelettes.
La confusion entre « suaire » et « linceul », probablement issue d'une mauvaise interprétation du terme "soudarion" de l'Évangile de Jean, n'est pas nouvelle. Elle se retrouve par exemple au dans le récit d'Arculfe où les mots "sudarium" et "linteolum" désignent le même linge. En latin ecclésiastique, le terme "sudarium" désignait une petite pièce de lin servant de mouchoir pour l'officiant, puis il ne servit plus qu'à désigner un insigne de la dignité ecclésiastique. Toutefois, dans l'ancien français, l'usage a produit une certaine confusion entre les termes « linceul » et « suaire ». Au , le mot « suaire » est employé pour parler du linge ayant enveloppé le corps du Christ.
Le suaire est une toile de forme rectangulaire, et mesure désormais sur 1,13. Ce linceul, de couleur ivoire (jaunissement due à l'oxydation du lin au cours du temps) est souple et fin avec une épaisseur de 3 à . Tissé en chevron (communément appelé « en arête de poissons ») dit « trois en un », il est composé de fibres de lin. Le suaire présente des marques de brûlures dues à l'incendie de la chapelle du château des ducs de Savoie à Chambéry dans la nuit du 3 au ainsi que des traces laissées par l'eau utilisée pour éteindre le feu. Lors de cet incendie, le linceul était plié en , ce qui explique la symétrie de ces marques. Il fut traversé en différents endroits par les gouttes de métal fondu de la châsse en argent qui le protégeait. Là où le tissu était troué, les Clarisses, en 1534, cousirent des pièces de tissu de lin de forme plus ou moins triangulaire (Bryan Walsh, directeur du "Shroud of Turin Center" en Virginie désigne ce rapiècement sous le nom de "patch des Clarisses", ces dernières renforçant à cette occasion le linceul en cousant sur sa face postérieure un textile de soutien appelé « toile de Hollande ») qui apparaissent en blanc sur les photos positives et en noir sur les photos négatives. De part et d'autre de ces rapiècements sont bien visibles les marques de carbonisation qui s'étirent sur deux lignes parallèles. Des taches d'eau latérales et centrales en forme de losange (notamment celle au niveau des genoux) sont également bien visibles. Des « trous de tisonnier » ("") de part et d'autre du bassin forment quatre groupes de trous disposés en L, ces perforations existant avant l'incendie de 1532. Une bande latérale cousue de de large présente des parties manquantes (elles aussi rapiécées sur la « toile de Hollande ») dont on ne sait pas quand elles ont été retirées. 
Le suaire figure l'image de couleur jaune sépia en vue frontale et dorsale d'un homme nu, avec ses mains croisées sur le pubis. Les deux vues sont alignées tête-bêche. L'avant et l'arrière de la tête se joignent presque au milieu de l'étoffe ; les vues correspondent à la projection orthogonale d'un corps humain. La silhouette estompée qui lui donne un aspect spectral n'est visible que si l'on se tient à plus de du linge, en deçà ses contours flous et son manque de contraste avec la couleur du tissu la rendent non perceptible. L'attitude de rigor mortis du corps et la disposition de ces images peut correspondre au mode de sépulture en usage chez les Juifs qui consistait à déposer le corps sur un linceul puis replier ce dernier au niveau de la tête pour recouvrir entièrement la partie ventrale, le mort étant inhumé dans un kokh ou arcosolium.
L'homme du suaire porte une barbe bifide (qui se divise en deux parties) et des cheveux jusqu'à mi-épaule. Des examens approfondis en ultra-violet révèlent des tuméfactions ou des hématomes au visage : une au milieu de l'arête du nez (avec en-dessous une fracture du cartilage nasal et une légère déviation de la cloison nasale), une de la joue droite et une aux arcades sourcilières. la partie droite de la moustache et de la barbe sont arrachées, la paupière droite semble déchirée et des coulées qui évoquent du sang parcourent le front (notamment un caillot dont les sinuosités en forme de 3 sont peut-être constituées par le sillon des rides) et le cuir chevelu. Il semble assez musclé. Sa taille est difficile à évaluer en raison des déformations du tissu (le linceul a subi au cours des siècles pliages et repliages, enroulements et ostensions) qui présente sur sa face antérieure un corps de taille de et sur sa face antérieure un corps de taille de , cette différence montrant pour les partisans de l'authenticité que le tissu n'était pas complètement à plat sous le corps et pour les sceptiques, pouvant s'expliquer par les déformations du linceul. Les mesures effectuées sont compatibles avec l'enveloppement d'un homme dont la taille varie entre 162 à . Le traitement numérique de l'image donne une valeur moyenne de 175±. Le poids de l'homme représenté est estimé entre 75 et , son âge est évalué entre 30 et .
La main droite est posée sur le poignet gauche qui comporte une marque rosée, en forme de tache étoilée. Les deuxième et troisième phalanges de la main gauche sont repliées tandis que les phalanges de la main droite sont trop longues (il s'agit probablement d'une distorsion et non d'un symptôme du syndrome de Marfan ou d'un élément décisif prouvant la forgerie). Aucun pouce n'est apparent, suggérant à tort qu'ils sont complètement rétractés à l'intérieur de la paume ou plus probablement qu'ils soient dans leur position naturelle (en face et légèrement sur le côté de l’index) typique pour un cadavre.
Des taches rouge foncé à brunâtres apparaissent sur le tissu, signes de diverses blessures : un poignet (ou le haut de la paume) au moins présente une grande tache circulaire (le deuxième poignet est caché par le pliage des mains) ; sur le côté, une autre tache est présente ; des petites taches sur les cheveux et autour du front ont l'aspect de blessures, ainsi qu'une masse de traces linéaires sur le torse et les jambes. Sous les traces hématiques, on ne retrouve pas la coloration qui caractérise l'image du corps. Les taches peuvent être interprétées de la manière suivante : celles autour du cuir chevelu suggèrent des taches de sang provoquées par une couronne d'épines (ou plutôt un casque d'épines dures, enfoncées violemment), celles sur les pieds, poignet et avant-bras évoquent un crucifiement par des clous, celle à droite en dessous de la poitrine pourrait provenir d'un coup de lance percé sur le côté, enfin les dorsales depuis les épaules jusqu'aux mollets évoquent une flagellation avec le flagrum .
Si l'historicité de la crucifixion ne fait plus aucun doute pour la majorité des chercheurs, les détails de l'exécution et l'ensevelissement de Jésus sont plus sujets à caution, les évangélistes ayant enrichi ces épisodes bibliques de symboles théologiques. 
En ce qui concerne les détails de la crucifixion, aucun des évangélistes ne mentionne le cloutage des pieds et des mains. La tradition du cloutage est probablement un embellissement théologique des évangélistes Jean, Luc et d'un apocryphe, l'Évangile de Pierre pour répondre à la prophétie du Livre des Psaumes, tradition développée par Justin Martyr vers 160.
De même, le coup de lance présente un caractère théologique plutôt qu'historique, l'auteur de l'Évangile selon Jean, qui est le seul des quatre à mentionner ce fait, pourrait avoir voulu répondre à la prophétie du Livre d'Ézéchiel.
Les évangélistes, à part Luc, rapportent l'épisode de la couronne d'épines dont l'historicité fait consensus. En revanche, leur intention théologique est manifeste lorsqu'ils introduisent le récit de la mise au tombeau dans le sépulcre du riche Joseph d'Arimathie. Elle vise probablement à rappeler la prophétie du Serviteur souffrant du Livre d'Isaïe.
La sobriété et la symbolique du récit laissent place à de nombreuses interprétations picturales : le Christ crucifié dès le début de l'iconographie chrétienne est une illustration du docétisme avec la représentation du "Christus triumphans", puis cette iconographie évolue et il est probable que les représentations sur les différents suaires apparus au cours de l'histoire reflètent cette évolution. 
L'encyclique "Fides et ratio" (numéro 94) en 1998, de même que les théologiens et les exégètes actuels, voient dans les évangiles des œuvres théologiques dont les auteurs ont plus une visée doctrinale qu'un souci historique, aussi est-il vain de vouloir trouver des coïncidences troublantes entre les suaires, et notamment celui de Turin, avec les récits bibliques sur la Passion afin d'affirmer l'historicité du suaire. Même si le clivage se fait entre la recherche sur l'origine de l'objet et sa signification religieuse, admettre que le linceul de Turin est authentique n'en ferait pas une preuve de la résurrection de Jésus mais le débat est constamment relancé par l'intensité passionnelle et la nature idéologique de cette recherche.
Le Mandylion d'Edesse est depuis le la plus ancienne mention de relique sur laquelle la Sainte Face du Christ se serait imprimée miraculeusement de son vivant. Il ne s'agit pas d'un suaire, ni d'un linceul, mais d'une toile où selon les versions, le scribe Ananias du roi Abgar d'Edesse aurait peint vers 32-33, le portrait de Jésus pour le rapporter à son roi, ou selon d'autres versions plus légendées le visage de Jésus se serait miraculeusement imprimé par la simple application de celui-ci sur la toile. Transporté à Constantinople au d’où il disparaît en 1204 au cours du sac de Constantinople lors de la Quatrième croisade on le retrouve dans l'inventaire des reliques conservées par saint Louis à la Sainte Chapelle. Il semble dispaître définitivement lors de la Révolution française mais certains auteurs émettent l’hypothèse qu’il pourrait être l’actuel suaire de Turin.
À partir du , les fidèles commencent à réaliser des représentions réalistes du Christ mort, le "Christus patiens". Ils scénarisent également dans les églises des reconstitutions théâtrales de scènes bibliques (drame liturgique tel que le "Quem quaeritis"), celles-ci incluant des linceuls factices avec ou sans image du Christ et dans lesquelles maint acteur manque périr d'un jeu trop réaliste. Au moins dès le , les églises orientales exposent des "epitaphioi", voiles liturgiques symboliques utilisés lors de la célébration de la Passion le vendredi saint et dont l'iconographie est proche de celle observée sur le suaire de Turin. Ces pratiques ostentatoires deviennent très fréquentes au . Le Christ du suaire présente des ressemblances avec toutes ces représentations (position des jambes et des pieds, couronne d’épines, saignements sur les bras et le flanc, longueur des doigts, parfois même l'enclouage dans les poignets) liées à l'iconographie chrétienne de l'époque (Giotto en particulier). C'est dans ce contexte qu'apparaissent des inventions de suaires tardives : plus d'une quarantaine de suaires, entiers ou des fragments, ont été recensés en Europe et Proche Orient, les plus célèbres étant le Saint-Suaire de Compiègne, de Cadouin, de Cahors, de Carcassonne, de Besançon, de Reims, de Clairvaux, de Tolède, de Zante, d'Halberstadt. Rome en avait trois, Aix-la-Chapelle deux, Constantinople revendiquait posséder les "othonia" du Christ au mais jusqu'au Moyen Âge central, il existe peu de mentions d'image du crucifié sur ces reliques. Les suaires avec l'image du crucifié n'utilisent pas la technique de la peinture au pinceau pour représenter le Christ, privilégiant celles du transfert, de la projection ou de l'empreinte pour rendre plus authentique le contact du tissu avec le corps de Jésus. 
Ces inventions de reliques sont dues aussi bien au petit peuple, qu'à de hauts personnages, souvent à des moments cruciaux pour des communautés religieuses, pour la construction ou l'agrandissement d'églises ou de cathédrales, leur permettant de « sortir de difficultés financières, de réaffirmer le pouvoir d'un évêque, de défendre le bien-fondé d'une réforme, etc ». Cela explique que les reliques font l'objet à cette époque d'un trafic national et international très structuré, même pour les reliques fausses qui peuvent devenir authentiques si elles sont reconnues par les autorités publiques, le pouvoir miraculeux qu'on leur prête attirant les dons et gonflant le prestige du seigneur local. 
Enfin l'empreinte de sang très réaliste portée par la relique du suaire coïncide avec le marqué par le développement des représentations de la Passion du Christ, la naissance de la dévotion aux Cinq plaies, l'apogée du mouvement des Flagellants. Les attentes les plus mystiques de ce siècle où les images de piété sont toutes dévouées à l'Homme des douleurs et sur lesquelles les dévots et les saints ou mystiques (comme Henri Suso, Brigitte de Suède ou Julienne de Norwich) peuvent dénombrer les plaies, les gouttes de sang versé, se voient récompensées par l'apparition de la relique du linceul qui .
En 1342, Geoffroy de Charny est capturé par les Anglais lors de la bataille de Morlaix. D'après le récit des chanoines de Lirey, durant sa captivité, il prie la vierge Marie pour être délivré et fait le vœu de construire une chapelle à Lirey sous l'invocation de Notre-Dame. Un ange lui apparaît et l'aide à recouvrer la liberté. Les historiens réfutent le récit de cette évasion miraculeuse et savent, d'après une lettre patente que Geoffroy de Charny est libéré sur parole de sa geôle anglaise, , pour se procurer en France la forte rançon exigée. En juin 1343, le chevalier de Charny signe une charte avec le roi Philippe de Valois indiquant son intention de construire une chapelle desservie par cinq chanoines. Geoffroy consacre de grandes ressources, pour un seigneur aux revenus modestes, à la construction d'un édifice qu'il destine désormais à être l'église collégiale de Lirey, petit village de cinquante habitations. L'acquisition de reliques favorisant les pèlerinages et les dons pourrait l'aider dans son entreprise mais le canon 62 du concile de Latran en 1215 réglemente la vénération des reliques, interdisant d'en vendre et d'en proposer de nouvelles sans autorisation du pape. Geoffroy de Charny participe à plusieurs batailles et, toujours d'après le récit romanesque des chanoines de Lirey, le roi lui donne en récompense des reliques. Une hypothèse est que le souverain ait pu prélever le suaire parmi celles de la Sainte-Chapelle. Il est également spéculatif de mentionner le don d'un linceul par sa femme Jeanne (petite-fille au cinquième degré d'Othon de La Roche) lors de leur mariage en 1340 : celle-ci l'aurait reçu en héritage d'Othon qui l'aurait volé en avril 1204 au cours du sac de Constantinople où le croisé Robert de Clari raconte dans "La Conquête de Constantinople" qu'il l'a vue exposé dans l'église Sainte-Marie des Blachernes. Enfin, il est aussi hypothétique de penser que Geoffroy ait ramené la relique de Terre sainte où il participe au côté d'Humbert II de Viennois à une croisade vers 1345.
Toujours est-il qu'en avril 1349, Geoffroy adresse au pape Clément VI des demande d'indulgence de pour les pèlerins qui visiteraient son église, demande qu'il renouvelle en janvier 1354 pour obtenir d'autres indulgences et un plus grand nombre de chanoines. L'église collégiale est finalement fondée le pour six chanoines, sous le vocable de l'Annonciation de Marie, par dotation de Geoffroy et par bulles pontificales de janvier et février 1354 du pape Innocent VI qui consent quarante jours d'indulgence à tous ceux qui la visitent. Geoffroy de Charny meurt à la bataille de Poitiers le 16 septembre 1356. Le , à Avignon, douze évêques de la cour pontificale lui accordent une bulle d'indulgences dans laquelle ils remettent également quarante jours de pénitence aux fidèles qui « visiteront l'église ou ses reliques ». Dans ce document qui énumère les reliques, il n'est pas question du linceul qui devait bientôt valoir à la jeune collégiale une certaine célébrité. Pourtant une lettre de l'antipape Clément VII et le mémoire de l'évêque de Troyes Pierre d'Arcis suggèrent que l'église de Lirey conserve le linceul « vers 1355 ». Quoi qu'il en soit, Jeanne de Vergy, la veuve de Geoffroy qui éprouve peut-être des difficultés financières, fait procéder à une ostension publique du linceul dans l'église en 1357, première ostension vraiment attestée car cette année marque le début de l'enquête de l'évêque de Troyes, Henri de Poitiers, qui interdit alors les ostensions, considérant que le linceul doit être faux, puisque les Évangiles n'en font pas mention. Jeanne de Vergy prend probablement peur que l'évêque ne cherche à se débarrasser du linceul et met alors la relique en sécurité dans son château fortifié de Montigny-Montfort. Jeanne se remarie avec Aymon de Genève, oncle du pape Clément VII, et marie son jeune fils Geoffroi II avec Marguerite de Poitiers, nièce de l'évêque réfractaire aux ostensions, cherchant probablement à infléchir sa position par cette alliance. Le linceul reste dans le château jusqu'en 1389, date à laquelle Jeanne de Vergy décide de faire revivre le culte, obtenant, après de nombreux affrontements diplomatiques, un indult du Saint-Siège () qui l'autorise à reprendre les ostensions à Lirey. Cet indult est favorisé par le lien de parenté qui unit Jeanne de Vergy à l'antipape Clément VII. L'antipape donne cette autorisation à sa tante par alliance mais à la condition que le linceul soit présenté comme une figure du linge mortuaire et non comme une relique. De plus, Clément VII impose au nouvel évêque de Troyes, Pierre d'Arcis, qui se plaint de ne pas avoir été consulté, un silence éternel sur ce sujet sous peine d'excommunication. 
Pierre d'Arcis n'obéit pas et en appelle au roi Charles VI, qui ordonne la confiscation de la relique. L'évêque écrit ensuite à Clément VII et lui adresse, entre août 1389 et mai 1390, un mémoire qui affirme lui faire part des découvertes de son prédécesseur, Henri de Poitiers. Selon Pierre d'Arcis, Henri de Poitiers a affirmé que le linge avait été peint afin d'attirer les foules et d'en tirer bénéfice. Pierre d'Arcis déclare qu'Henri de Poitiers a retrouvé le faussaire qui a fabriqué le linceul à l'instigation du doyen de la collégiale Robert de Caillac, bénéficiaire des ostensions à but lucratif, faussaire qui de surcroît a reconnu sa supercherie. Il ne nomme pas le nom de ce faussaire mais précise la cupidité du doyen qui a payé des individus pour simuler des guérisons miraculeuses grâce au linceul.
L'authenticité du mémoire de Pierre d'Arcis est remise en cause par Emmanuel Poulle, partisan de l'authenticité du suaire, parce que ce document n'est connu que par des copies. De plus, les archives ne conservent aucune trace de l'enquête diligentée par Henri de Poitiers : le premier document qui évoque le linceul date seulement de 1389, Henri de Poitiers étant mort en 1370.
Le clergé de Lirey refuse d'obéir à Pierre d'Arcis et en appelle à Clément VII, qui confirme le droit d'exposer le linceul. Toutefois, dans un projet de bulle du 6 janvier 1390, Clément VII indique que l'on doit prévenir les pèlerins, « toute fraude cessant, que ladite figure ou représentation n'est pas le vrai suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais […] une peinture ou tableau du suaire ».
Or cette mention disparaît dans la rédaction définitive, en mai de la même année : Clément VII ne dit plus que le linceul est un faux. Interdiction est faite par Clément VII à Pierre d'Arcis de s'opposer à l'exposition du drap si celle-ci respecte les restrictions prescrites par le décret.
Quelques jours après l'enregistrement de cette bulle, le , Clément VII publie une nouvelle bulle qui accorde des indulgences aux pèlerins qui visiteront l'église collégiale de Lirey, où est conservé l'objet. Cette bulle ne mentionne pas les restrictions concernant les conditions d'ostension du drap, ce qui peut être perçu comme un « désaveu » du texte du .
Au début du , des bandes de brigands, les Grandes compagnies, ravagent la France. Craignant pour la conservation du linceul, les chanoines de Lirey, qui ont hérité de la relique, la confient le 6 juin 1418 à Marguerite de Charny, petite-fille de Geoffroy de Charny et épouse de Humbert de Villersexel, comte de La Roche. Le couple le conserve à nouveau au château de Montfort.
Le Comte de La Roche le déplace ensuite à Saint-Hippolyte (Doubs), un autre de ses fiefs, où il est conservé dans l'église pendant plusieurs dizaines d'années. À sa mort, en 1438, les chanoines de Lirey se pourvoient en justice pour forcer son épouse à restituer la relique, mais le parlement de Dole en et la cour de Besançon en donnent raison à Marguerite de Villersexel, qui voyage dans différents endroits avec le linceul, notamment à Liège, Genève, Annecy, Paris, Bourg-en-Bresse et Nice. La chapelle du château de Chimay l'a accueillie en 1449. Les chanoines demandent l'excommunication de Marguerite mais y renoncent finalement, moyennant compensation financière qu'ils obtiennent en 1459.
Le 13 septembre 1452, Marguerite cède la relique à Anne de Lusignan, épouse du duc Louis Ier de Savoie, et reçoit du duc en échange le , « pour services rendus », la propriété du château de Varambon et les revenus du village de Miribel. Le linceul est dès lors conservé dans l'église des franciscains de Chambéry (future cathédrale Saint-François-de-Sales) mais aussi dans la chapelle ducale, la Sainte-Chapelle de Chambéry élevée à la dignité de collégiale par le pape Paul II en 1467. En 1464, le duc de Savoie accepte de verser une rente annuelle aux chanoines de Lirey contre l'abandon du linceul à la famille de Savoie. Après 1471, le linceul est fréquemment déplacé, à Verceil, Turin, Ivrée, Suse, Avigliano, Rivoli et Pignerol. À cette époque, les suaires de Compiègne et de Cadouin concurrencent encore celui de Turin dans la dévotion populaire.
Sa présence est attestée par le chantre et le chapelain de la chapelle ducale de Chambéry, en leur qualité de gardiens et administrateurs du mobilier en dépendant, dans l'inventaire du 1483 dressé sur l'ordre de Charles Ier de Savoie. La châsse qui le contient . Elle est fermée par une serrure en argent avec sa clé de même métal. Le linceul est enveloppé dans un drap de soie rouge.
Le projet de transférer définitivement le linceul dans la chapelle ducale de Chambéry est réalisé par Philibert II de Savoie. La cérémonie de translation a lieu le . La famille de Savoie y installe les « Pauvres Clarisses » qui s'occupent du linceul qui est exposé au gré des déplacements de la famille.
La Saint-Siège officialise sa position sur l'authenticité du linceul en instituant, par la bulle du pape Jules II du , la chapelle ducale de Chambéry en Sainte-Chapelle du Saint Suaire et en définissant un office pour la fête du Saint Suaire dont la date est fixée au .
Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1532, le suaire est pris dans un incendie, à Chambéry, dans la chapelle où il est déposé. On le retire du feu au moment où sa châsse d'argent commence à fondre. L'étoffe, alors pliée en 48 épaisseurs, est brûlée à certains endroits. Là où le tissu est troué, les Clarisses cousent en 1534 des pièces d'un aspect plus ou moins triangulaires, qui apparaîtront en blanc sur les photos positives et en noir sur les négatives.
Depuis le 14 septembre 1578, le linceul se trouve à Turin, où les ducs de Savoie ont transféré leur capitale en 1562. 
Conservé dans la cathédrale de Turin, il fait l'objet d'ostensions quasi annuelles pour devenir plus exceptionnelles à partir du : exposé en public seize fois au cours de ce siècle (généralement pour célébrer un mariage royal, la venue du pape ou pour sa valeur propitiatoire contre les épidémies), neuf fois au (le siècle des Lumières voyant un déclin du culte des reliques), cinq fois au .
Le linceul connaît alors un certain désintérêt même au niveau local, en raison des difficultés de la maison de Savoie et du déclin du culte des reliques, jusqu'à l'ostension du au à l'occasion du cinquantenaire de la constitution italienne et au cours de laquelle Secondo Pia prend la célèbre photographie. S'opère dès lors un changement de statut de la relique du linceul : .
Le 28 mai 1898, le photographe amateur Secondo Pia prend la première photographie du suaire. Lors du développement, il constate que le résultat du négatif donne l'aspect d'une image positive, ce qui implique que l'image du suaire est elle-même, en quelque sorte, un négatif (le négatif d'un négatif est un positif).
L'image sur le linceul serait un « relief » négatif dans lequel les secteurs du corps touchant le tissu seraient plus foncés, et non pas un négatif « photographique » sur lequel les secteurs du corps avec une pigmentation plus légère sembleraient plus foncés sur le tissu. Un exemple de cette distinction peut être vu dans la barbe, qui semble plus foncée sur le suaire au bout du menton, là où elle touche le tissu. Les observateurs ont remarqué que les détails et les reliefs de l'homme du suaire sont considérablement augmentés sur le négatif photographique. Les résultats de Secondo Pia ont accru l'intérêt pour le suaire et suscité de nouveaux efforts pour déterminer son origine.
Parmi d'autres érudits, le chanoine Ulysse Chevalier estime démontrer par le raisonnement historique, en 1902, que ce linceul est un faux. Au même moment, le , le scientifique Yves Delage, professeur d'anatomie comparée à la Sorbonne, membre de l'Académie des sciences et agnostique notoire, fait une communication retentissante à l'Académie des sciences. en concluant à l'authenticité de la pièce archéologique et en disant de l'homme du Linceul : « Si ce n'est pas le Christ, c'est donc quelque criminel de droit commun. » (...) « Une question religieuse s'est inutilement greffée sur un problème qui, en soi, est purement scientifique » (...). « Si, au lieu du Christ, il était question d’une personne comme Sargon, un Achille ou l'un des Pharaons, personne n'aurait songé à émettre une objection. Le secrétaire de l'Académie, le très anticlérical Marcellin Berthelot, censure sa recension écrite.
Il faut attendre l'ostension de 1931 pour que les clichés pris par le photographe professionnel Giuseppe Enrie viennent confirmer les travaux réalisés par Secondo Pia.
Le , est fondé en 1936 par la . Cette guilde catholique, fondée en 1598, crée en 1937 l'association "Cultores Sanctae Sindonis". Suivant la proposition de la confrérie, l'archevêque de Turin, le cardinal Maurilio Fossati, remplace l'association le par le et le dote d'un siège aménagé dans la crypte de l'. Ce centre est chargé d’'encourager et de coordonner les études, les recherches (dont les résultats paraissent notamment dans sa revue "") en faveur de l'authenticité et les initiatives concernant le Suaire. 
D'autres clichés sont pris en 1969 par une commission d'experts lancée dans le secret par l'archevêque métropolitain de Turin Michele Pellegrino, du Saint Suaire. Ils analysent le tissu aux rayons ultraviolets et infrarouges mais leurs résultats ne sont pas rendus publics. En 1973, cette commission Pellegrino est étoffée. Les experts sont autorisés à prélever . Le rapport de la commission en 1976 et ses résultats ouvrent l'ère des controverses scientifiques : le professeur Gilbert Raës, de l'Institut de technologie textile de Gand, met en évidence sur son échantillon la présence de fibres de coton de type "Gossypium herbaceum", variété originaire du Moyen-Orient tandis que identifie des pollens de Palestine, ce qui fait penser à Raës que le linceul a été contaminé par des résidus d'un tissage précédent sur le métier à tisser. Un autre résultat étonnant est que l'image du suaire est issue d'une coloration très superficielle des 2 ou fibresdes fils de lin.
En 1976, on mobilise l'analyseur VP-8, développé à l'origine par la NASA pour la reconnaissance planétaire, pour examiner l'image du linceul et produire une image de nature tridimensionnelle. Ces premiers expérimentations conduisent à une étude scientifique menée entre 1978 et 1981, le Shroud of Turin Research Project (STURP).
Le linceul reste la propriété de la maison de Savoie jusqu'au 1983, lorsque le dernier roi d'Italie, Humbert II, lègue le suaire au pape Jean-Paul II. Le linceul est depuis la propriété du Saint-Siège et son est l'archevêque métropolitain de Turin.
Dans la nuit du 11 au 12 avril 1997, le linceul subit un nouvel incendie qui ravage la cathédrale de Turin, sa coupole dessinée par Camillo-Guarino Guarini et une aile du Palais-Royal. Il est sauvé par les pompiers.
Durant l'hiver 2002, le linceul de Turin est soumis à une restauration controversée. En 2003, la restauratrice principale, Mechthild Flury-Lemberg, experte en textiles, publie un livre où elle décrit les raisons (notamment la crainte que le tissu carbonisé autour des trous provoqués par les brûlures ne cause une oxydation progressive du linceul) et le déroulement de l'opération. En 2005, William Meacham, un archéologue, répond dans un livre dénonçant le « viol » subi par le linceul. Il y rejette les raisons fournies par Mechthild Flury-Lemberg et parle de « désastre pour l'étude scientifique de la relique ».
Les plus récentes ostensions du suaire ont lieu pour le jubilé de l'an 2000, puis en 2010 (du au pour donner l'occasion aux pèlerins de voir les résultats de la restauration de 2002), le 30 mars 2013 (ostension télévisée) et en 2015 ( au ) à l'occasion du bi-centenaire de la naissance de Don Bosco.
Ces ostensions sont l'occasion de raviver le débat toujours vif entre les partisans d'un linceul créé de toute pièce au Moyen Âge et les partisans d'un linceul authentique. Les uns comme les autres utilisent , de l'autre côté des partisans de l'authenticité à la position très ambivalente vis-à-vis de la science : .
En 1978, un groupe d’une vingtaine de scientifiques et chercheurs américains du STURP, le "Shroud of Turin Research Project", assistés de deux Italiens, Giovanni Rigi (micro-analyste) et Luigi Gonella (conseiller scientifique du Cardinal de Turin), mènent des analyses de l’objet et prélèvent des échantillons de surface.
Il s'agit de la première étude scientifique internationale reconnue par le Vatican. Ses résultats ont cependant pu être biaisés car le STURP est une émanation de la , guilde catholique dont l'objectif est de défendre l'authenticité du linceul. Le STURP est constitué d'une trentaine de scientifiques pour la plupart croyants et fermement convaincus de cette authenticité. 
Diverses techniques sont employées pour analyser le tissu ancien : rayons X, fluorescence, microchimie, spectres infra-rouge et ultra-violet, microscopie optique. Des milliers de photographies furent également prises. Plus de de travail en laboratoire furent nécessaires pour exploiter les données récoltées, donnant lieu à une vingtaine d’articles dans des revues scientifiques à comité de lecture.
Les conclusions de l’étude sont données à l’occasion de la présentation du rapport final en 1981 :
La datation par le radiocarbone a été mise au point à partir des années 1950. Les résultats obtenus sont exprimés en termes de probabilité, à savoir une date et un écart-type. Cet écart-type correspond à l'intervalle au sein duquel l'âge réel est présent avec une probabilité de 68 %. Si l'on double l'écart-type, l'intervalle contient l'âge réel avec une probabilité de 95 %.
En 1984, le STURP proposa un protocole pluridisciplinaire pour effectuer la datation par le radiocarbone du tissu : il comprenait la prise de six échantillons, leurs analyses physico-chimiques et leur datation par le carbone 14. Les méthodes SMA (spectrométrie de masse avec accélérateur) et celle des compteurs seraient utilisées suivant la technologie adoptée par les six laboratoires retenus.
En octobre 1986, après quelques jours de consultation avec les intéressés, l'archevêque de Turin, Ballestrero, proposa le programme suivant : sept laboratoires étaient retenus (cinq par SMA, deux par méthode des compteurs). Une spécialiste en textiles anciens allait superviser les prélèvements. Des analyses physico-chimiques des échantillons se succéderaient avant destruction. Chaque laboratoire allait recevoir un échantillon du suaire, deux échantillons de référence et un faux échantillon. Trois organismes officiels, l'Académie pontificale des sciences, l'institut de Métrologie Colonnetti de Turin et le British Museum, allaient se porter garants du bon déroulement de l'étude ainsi que du traitement et de la communication des résultats.
Un an plus tard, un protocole plus réduit fut annoncé par le secrétaire d'État de Jean-Paul II, comportant trois laboratoires et utilisant la méthode SMA, le tout supervisé par le British Museum.
Le , les opérations de prélèvement d'échantillons commencèrent sous la direction de Giovanni Riggi di Numana. Quatre heures furent nécessaires pour décider de l'emplacement du prélèvement de l'échantillon. Le choix se porta sur une zone en bordure du suaire de Turin, adjacente à l'emplacement du prélèvement effectué en 1973.
L’échantillon prélevé fut scindé en deux parties ; la seconde partie fut coupée en trois morceaux, un pour chaque laboratoire. Étant donné qu'un de ces morceaux présentait un poids inférieur à (poids minimum pour les analyses), on lui adjoignit un morceau de la première partie. On plaça enfin les échantillons dans de petits récipients en acier. On procéda de même avec les trois échantillons de contrôle. L'opération de datation par les laboratoires de l'Université d'Oxford, de l'Université d'Arizona et de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich pouvait commencer.
Le , le cardinal Ballestrero annonce dans une conférence de presse les résultats de la datation transmis par le professeur Tite du British Museum. La concentration moyenne en C du lin donne une date médiévale située entre 1260 et 1390 avec une probabilité de 95 %. Le statut du Saint Suaire n'était dorénavant plus celui d'une relique insigne mais celui « d'une merveilleuse icône » selon les mots du cardinal, et une création médiévale pour la majeure partie de l’opinion publique.
À Londres, le lendemain, le Tite, assisté du Hedges (Oxford) et du professeur Hall (Oxford et membre du conseil de direction du British Museum) annoncèrent leur résultat, corroborant l'annonce de la veille.
Quatre mois plus tard parut dans la revue scientifique "Nature" un compte-rendu de l'étude.
Le tableau ci-dessous résume les résultats tels que publiés dans le tableau 2 de l'article. Les valeurs sont exprimées en années avant 1950, année de référence pour les datations radiocarbone.
En 1464, le théologien Francesco della Rovere, futur pape Sixte IV, parlait dans un texte du « suaire dans lequel le corps du Christ a été enveloppé quand on l'a descendu de la croix. Il est maintenant gardé avec une grande dévotion par les ducs de Savoie, et il est coloré par le sang du Christ. » Ce livre fut imprimé à Rome en 1473, la deuxième année du pontificat de ce pape.
Un peu moins de trois semaines après la découverte de Secondo Pia, l"'Osservatore Romano", journal officiel du Vatican, publie le 15 juin 1898 un article relatant l'événement mais sans prendre position. Durant plus de quarante ans, l'Église s'abstient de toute déclaration.
Le premier lien officiel entre l'Église catholique et le suaire date de 1940. À cette date, sœur Maria Pierina de Micheli demande à la l'autorisation de frapper une médaille s'inspirant de l'image. L'autorisation lui est accordée et la première médaille est offerte à Pie XII. L'image est ensuite utilisée dans ce qui va devenir la « médaille de la Sainte-Face du suaire de Turin ». Au départ, il s'agit pour les catholiques qui la portaient d'une protection au cours de la Seconde Guerre mondiale. Puis, en 1958, Pie XII approuve l'image en association avec la dévotion rendue à la Sainte Face de Jésus, dont la fête est célébrée chaque Mardi gras.
En 1983, le Saint-Siège devient propriétaire de l'objet. Cependant, comme toujours avec ce qui peut s'apparenter à une relique, et conformément à la doctrine définie en détail lors du concile de Trente, l'Église catholique se montre prudente. Elle n'a jamais pris de décret qui fasse officiellement du suaire une relique et elle a acté les résultats de la datation par le carbone 14 effectuée en 1988 concluant à un objet du , sans demander de contre-expertise.
Comme pour d'autres dévotions catholiques, ceci est laissé à la décision de chaque fidèle tant que l'Église ne délivre pas un avis contraire. Selon le Vatican, que ce tissu ait ou non enveloppé le corps du Christ n'a aucune incidence, ni sur la foi, ni sur le contenu de la Bible chrétienne.
Selon le théologien et scientifique Jean-Michel Maldamé, dominicain, une « authenticité » du suaire de Turin poserait plus de questions qu'elle n'en résoudrait, sur les plans dogmatique et épistémologique.
En 1998, au cours d'un déplacement à Turin, Jean-Paul II qualifie le suaire de « provocation à l'intelligence » tout en invitant les scientifiques à continuer leurs travaux. Il indique que ce qui compte avant tout pour le croyant est que le linceul est « miroir de l'Évangile ».
Pour Benoît XVI comme pour son prédécesseur, le suaire apparaît plutôt comme une icône.
L’Église catholique refuse l'éventualité d'une nouvelle datation par le carbone 14. Jacques Évin l'explique dans "Le Monde" du : « La pièce se dégrade. Ce qui est fondamental c'est désormais sa préservation. Il s'agit d'une œuvre d'art ». De plus, d'après lui, il est probable que, malgré les nécessaires précautions à prendre, il resterait toujours des personnes pour douter. Par ailleurs, Jacques Évin ajoute que, dès le premier programme de datation en 1988, les précautions opératoires avaient dépassé très largement les habitudes scientifiques en la matière, ce qui n’a pas empêché les nombreuses critiques.
L'étoffe conservée de nos jours à Turin constitue l'une des multiples pièces de tissu présentées comme relique à travers le monde dans lesquelles certains veulent voir le Saint-Suaire « authentique ». Cette revendication d'authenticité n'est corroborée par aucune trace historique ou archéologique et, concernant le linceul de Turin, son histoire documentée remonte à 1357, le suaire de Turin est considéré comme l'« artefact le plus étudié de l'histoire ».
Les linges funéraires de Jésus sont mentionnés dans les Évangiles canoniques. Les trois Évangiles synoptiques (Matthieu et Luc, reprenant Marc, composé vers 65-70), parlent d'un linceul (en grec "sindon") au moment de l'ensevelissement du corps de Jésus. L'Évangile selon Jean (écrit vers 90-100), qui présente le récit le plus détaillé de la passion du Christ (avec notamment l'épisode de la lance perçant le flanc de Jésus) parle de « bandes de tissu » ("othonia") au moment de l'ensevelissement, et de la découverte de ces « bandes » et du « linge ayant recouvert la tête de Jésus » (en grec « "soudarion" ») qui, vides, apparaissent alors comme des preuves (des « témoins ») de la Résurrection. Rien n'y est dit sur la conservation ou la vénération ultérieure de ces linges, non plus que dans les Actes des Apôtres, écrits vers 80-85 par le même auteur que l'Évangile selon Luc, et qui raconte notamment l'histoire de la première communauté de disciples de Jésus à Jérusalem.
Selon l’historien juif Yosef Klausner, après le crucifiement, méthode d'exécution romaine, les cadavres restaient en place pour devenir la proie des oiseaux puis mis en fosse commune. Tel était le cas pour les étrangers non libres de l'Empire romain et coupables de crimes. Mais en Palestine, les Romains respectaient la Loi juive (Dt 21:22-23) qui défendait de laisser un cadavre suspendu au gibet au-delà de la soirée du jour de l'exécution. D'où l'hypothèse de Klausner que Jésus fut déposé temporairement dans la tombe de Joseph d'Arimathie puis que ce dernier l'aurait transféré dans une sépulture anonyme afin de ne pas laisser le corps d'un supplicié souiller le tombeau des ses ancêtres. L'historien des religions Charles Guignebert pense que le corps de Jésus, comme tout supplicié, a été jeté dans la fosse commune tandis que John Dominic Crossan considère que l'histoire des linges funéraires et de Joseph d'Arimathie qui offre son propre sépulcre pour l'inhumation de Jésus est une invention des évangélistes.
Le linceul est tissé en chevron dit « trois en un » avec des fils à torsion en Z, technique inhabituelle traduisant probablement l'utilisation de . Il est formé de par cm pour la chaîne et de par cm pour la trame, chaque fil étant composé de 10 à entrelacées. Cette densité est forte par rapport aux textiles en lin manufacturés dans la Palestine antique avec 10–15 fils pour la chaîne et 15–20 par cm pour la trame. De plus, tous les textiles de lin de Palestine de l'Antiquité jusqu'à la période médiévale sont à torsion en S (seuls quelques textiles en laine de l'époque romaine sont à torsion en Z, comme à Massada), ce qui suggère que le linceul n'a pu être fabriqué ou importé en Palestine au temps de Jésus.
Il n'existe aucun texte durant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne qui évoque une éventuelle conservation. En revanche, certains textes exploitent le thème littéraire des linges mortuaires vides comme « témoins » (preuves) de la résurrection, comme la catéchèse de Cyrille de Jérusalem, au . Un décret du pape Silvestre dès l'an 314 demande que les nappes recouvrant les autels des églises soient en lin, comme le linceul du Christ.
Certains textes apocryphes évoquent le sort du linceul juste après la résurrection. L'un d'entre eux, aujourd'hui perdu, est cité à la fin du siècle par Jérôme de Stridon dans son "De viris illustribus" (393) : « Quant à l'évangile qui est appelé selon les Hébreux, et que j'ai récemment traduit en langue grecque et latine et qu'Origène utilise souvent, il raconte les faits suivants qui se placent après la Résurrection du Sauveur : Mais quand le Seigneur eut donné le linceul au serviteur du prêtre, il alla vers Jacques et lui apparut. Jacques en effet avait juré de ne plus manger de pain à partir de l'heure où il avait bu la coupe du Seigneur jusqu'à ce qu'il le voie ressuscité d'entre ceux qui dorment ». » On ne sait pas si cet "Évangile selon les Hébreux" est distinct ou non de l"'évangile des Nazaréens", dont parle aussi Jérôme. Le fait que Jérôme dise qu'Origène (~185- ~253) l'utilise, conduit à le dater au , et l'exaltation qui est faite de Jacques, frère du Seigneur, le chef de la première communauté de Jérusalem, et qui semble être ici le premier témoin de la Résurrection, conduit à le situer dans le milieu judéo-chrétien. Malgré l'absence du contexte du passage, le « serviteur du prêtre » cité serait peut-être le serviteur du Grand-Prêtre qui se serait fait couper l'oreille lors de l'arrestation de Jésus ( et ).
Dans les Actes de Pilate (aussi appelés Évangile de Nicodème), texte apocryphe du qui a fortement influencé la culture occidentale, Joseph d'Arimathie qui aurait enveloppé le corps de Jésus dans le linceul, et qui aurait été emprisonné par les juifs, est libéré et emporté au ciel par Jésus, qui lui prouve son identité en lui montrant le tombeau vide avec le linceul et le suaire qui lui recouvrait le visage (paraphrasant là le passage de l'évangile de Jean), ce qui suppose implicitement que ces linges soient restés là quelque temps après la Résurrection.
L'évangile de Gamaliel (en fait d'un pseudo-Gamaliel), qui daterait de la seconde moitié du et serait d'origine copte, développe le thème littéraire du linceul en relation avec la personne de Ponce Pilate, vénéré par les chrétiens coptes. Dans une lettre à Hérode, Pilate raconte qu'il est entré avec un centurion dans le tombeau vide de Jésus, et y a trouvé le linceul, dont le contact guérit le centurion d'une blessure à l'œil. Hérode demande à ce qu'on lui envoie le linceul, mais ce dernier est enlevé au ciel. Dans un autre fragment copte, Pilate prend le linceul, le serre contre lui, et pleure en l'embrassant.
Tous ces passages « paraphrasent plus ou moins l'évangile selon Jean. Parfois, l'idée du passage du linceul à quelqu'un d'autre est impliquée dans la logique de la narration. Pourtant, le fait même de ce passage n'est pas volontairement mis en exergue par l'Évangile selon les Hébreux et les Actes de Pilate, comme s'ils voulaient insinuer qu'il y a là l'origine de la transmission interrompue d'une précieuse relique. C'est simplement dans l'intention d'honorer d'une manière spéciale tel personnage par un contact ou la réception du linceul que les textes mentionnent ce passage ».
La première attestation connue d'une croyance en la conservation des vêtements mortuaires de Jésus en tant que relique se trouve dans les "Consultationes Zacchaei christiani et Apollonii philosophi", traité apologétique daté probablement de 408-410, dans lequel les doctrines du christianisme sont expliquées à un païen. Les vêtements mortuaires sont mentionnés en liaison avec une autre relique, les traces de pas de Jésus imprimés dans le sol au moment de son ascension : « Voici que les vêtements de son bienheureux sépulcre contiennent encore les indices de la croix et de la mort du Seigneur, et qu'un endroit marqué par la multitude qui y est présente témoigne de son Ascension au ciel qui se produisit après qu'on eut constaté sa Résurrection. Les traces de ses pas demeurent presque encore imprimée dans le sol, et les régions purifiées par ses œuvres fournissent des exemples de ses puissances ». Si la tradition des empreintes de pas est bien attestée à l'époque (elles se trouveraient dans l'église de l'Ascension, bâtie dans la dernière décennie du ), celle des vêtements mortuaires ne trouva pas d'écho au , en dépit de la présence de pèlerins réceptifs à de telles croyances, et alors qu'à la même époque Jérôme de Stridon cite le passage de l'Évangile des Hébreux Pour Jean-Louis Feiertag, cela pourrait s'expliquer soit par « l'absence de tout objet qu'on aurait pu faire passer pour des vêtements mortuaires » soit « faute d'avoir été favorablement accueillie par le pouvoir politique et religieux. Plutôt qu'une relique, c'est une simple rumeur qui se trouve vraisemblablement à son origine ».
C'est avec les récits de pèlerinage que le thème va se développer. Le pseudo Antonin de Plaisance vers 560-570, rapporte une tradition selon laquelle le suaire ayant recouvert le visage de Jésus serait gardé par sept vierges dans une grotte à l'embouchure du Jourdain». Et au et Adamnus rapporte dans son "De locis sanctis" qu'Arculfe, un pèlerin gaulois dit avoir vu à Jérusalem, outre une relique de la Sainte Lance et un tissu tissée par la Vierge Marie représentant le Christ et ses douze apôtres, le suaire ayant recouvert la tête de Jésus. Selon Arculfe, le linge, retrouvé trois ans auparavant, aurait été enlevé du tombeau de Jésus par un juif chrétien. À sa mort on aurait partagé son héritage entre ses deux fils : d'une part le suaire seul et de l'autre tous ses autres biens. Celui qui avait choisi les biens fut finalement ruiné alors que celui qui s'était contenté du suaire y gagna, avec sa descendance jusqu'à la cinquième génération, richesses sur terre et salut dans les cieux. Au cours des générations, des juifs non-chrétiens héritèrent du Suaire, ce qui déclencha une dispute avec les chrétiens. Le calife Muawiya Ier aurait appelé les deux parties et jeté le tissu aux flammes pour les départager : celui-ci serait resté suspendu et aurait volé vers le parti des chrétiens. Le linceul aurait été gardé dans un écrin et vénéré par la population. Arculfe l'aurait embrassé. Pour J.-L. Feiertag, il est vraisemblable que la lecture des textes apocryphes envisageant le sort du linceul après la Résurrection ("Évangile selon les Hébreux", "Actes de Pilate"), les pèlerins de Palestine de l'époque, sensibles à la littérature hagiographique a renforcé la crédulité en la conservation du linceul en un lieu précis.
L'idée d'une impression miraculeuse de l'image du cadavre de Jésus sur les linges funéraires est totalement absente de tous ces textes.
Les datations obtenues pour le linceul de Turin font l'objet de critiques portant sur la qualité et la quantité de l'échantillonnage (un seul échantillon prélevé puis subdivisé) ainsi que sur le traitement des résultats. Depuis 2005, au moins cinq articles publiés dans des revues techniques ou scientifiques ont tenté de remettre en question la pertinence de la datation de 1988.
Diverses publications critiquent cette étude :
Dans son essai "Sindone Mistero dell'impronta duemila annifa" publié en 1997 aux Éditions "Piemme Spa" et publié en français en 1998 sous le titre "Contre-enquête sur le Saint Suaire" aux Éditions Plon/Desclée de Brouwer, Maria Grazia Siliato, historienne et archéologue suisse, indique que le poids moyen du suaire est différent de celui des échantillons.
La position de Raymond Rogers, professeur de chimie à l'université de Los Alamos et directeur de recherche du STURP, a fait l'objet d'une publication dans la revue "Thermochimica Acta". Il propose un âge du tissu compris entre 1300 et 3000 ans suivant une méthode qu'il a mise au point, par mesure de la concentration de vanilline. En parallèle, il conduit une analyse sur la présence de différents colorants, à l'issue de laquelle il avance que les échantillons utilisés pour la datation au carbone 14 ne sont pas représentatifs du linceul originel (non-homogénéité de l'échantillon prélevé). Patrick Berger, diplômé de l'ENS de Lyon et professeur à l'IUFM de Créteil, dernier président du cercle zététique, a fortement critiqué les méthodes utilisées par Rogers, expliquant qu'elles avaient été mal calibrées et qu'elles ne portaient que sur les fibres superficielles de la relique, celles qui ont été affectées par l'incendie de 1532. D’autres scientifiques, dont Jacques Evin, spécialiste du carbone 14, ont dénoncé les faiblesses de l’article de Rogers tout en expliquant que les prélèvements et analyses avaient été effectuées selon toutes les procédures habituelles et que l'attribution d'une origine moyenâgeuse au tissu est dès lors incontestable. Rogers répond en retour qu'il avait accepté les résultats de la radiodatation sur l'échantillon, mais doute que Nickell, un de ses détracteurs, ait eu la compétence nécessaire pour interpréter correctement sa méthode d'analyse par spectrométrie et donc la remettre en cause. Philip Ball relève pour sa part que Rogers n'explique pas comment il aurait été possible que les fils « réparés » utilisés pour la datation au carbone 14 aient pu être insérés dans le tissu ancien avec une telle dextérité que les experts en textile qui ont sélectionné la surface destinée à faire l'objet de l'analyse n'ont pas remarqué la substitution. En 2015 une étude publiée dans la revue Thermochimica Acta réfute les conclusions de Rogers et explique les différences de masse spectrale du tissu relevées par Rogers sont dues à la présence d'un contaminant et qu'une fois ce contaminant écarté, les masses spectrales sont similaires. L'étude rejette également la théorie d'une "réparation invisible" qu'elle qualifie de théorie pseudoscientifique.
En 1973 et en 1978, Max Frei-Sulzer, criminologue suisse, effectua une étude des pollens pour déterminer les régions où le linceul aurait séjourné. Ces conclusions tendaient à montrer que sur les 58 espèces végétales trouvées, une majorité de pollens (45) étaient originaires de Palestine ou d'Anatolie. Ces résultats ont été critiqués à plusieurs reprises, car considérés comme trop précis, difficilement interprétables et jamais publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture. En effet, selon la remarque de Guy Jalut, professeur de palynologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse, comment expliquer l'absence du chêne, de l'olivier et de graminées (à l'exception du riz), espèces abondantes dans les régions méditerranéennes où le suaire a séjourné depuis le ? De plus, la présence de pollens orientaux peut s'expliquer par la vente d'onguents et de parfums orientaux contenant ces pollens vendus aux foires de Champagne, ces substances ayant pu servir à l'embaumement et être utilisées pour fabriquer le suaire au Moyen Âge. Ils peuvent également s'expliquer par la contamination du suaire par un autre tissu confectionné sur le même métier à tisser.
Enfin, les palynologues (spécialistes des pollens) précisent qu’il est parfois impossible de déterminer une espèce végétale à partir de son pollen. Souvent, l'étude ne permet que la détermination du genre, voire de la famille. Dans tous les cas, la détermination de l'origine géographique est exclue.
Les prélèvements de pollen examinés par deux autres équipes montraient que tous les grains étaient couverts de calcite, minéral déposé lors du lavage à la suite de l'incendie de Chambéry. Or, tel n'était pas le cas pour ceux présentés par Max Frei-Sulzer. Le micropaléontologue Steven Shafersman qualifie même ce dernier de « fraudeur », après s'être aperçu que les illustrations que Frei présentait au public comme des photos de pollens provenant du suaire n'étaient en réalité que des photos de pollens de référence. Frei venait d'effectuer un voyage à Istanbul, Urfa et Jérusalem en compagnie de Ian Wilson pour « récolter une série de plantes caractéristiques du Moyen-Orient ». Joe Nickell rappelle que précédemment Frei avait examiné les « carnets d'Hitler » et les avait déclarés authentiques.
Le professeur Avinoam Danin, de l'Université hébraïque de Jérusalem, affirme dans des publications scientifiques avoir reconnu l'image de plantes originaires de la région de Jérusalem sur le suaire. Il déclare notamment que « l'aire dans laquelle les trois plantes fraîches choisies comme indicateurs auraient pu être recueillies et posées sur le linceul à côté du corps de l'homme crucifié est l'aire comprise entre Jérusalem et Hébron ». les mêmes réserves que pour Frei peuvent être émises sur cette étude de paléobotanique.
Philip Ball, dans un article paru sur le site internet de "Nature" en 2005 déclare : « On ne sait tout simplement pas comment l'image fantomatique du corps d'un homme paisible et barbu a été réalisée ; Bien que de bons résultats expérimentaux aient été obtenus par nombre de chercheurs, dans le sens où, à première vue, l'image, généralement limitée au visage, est similaire à celle de l'homme du suaire de Turin, à ce jour, aucun essai n'a été capable de reproduire toutes les caractéristiques de l'image imprimée sur le suaire de Turin.».
En raison de l'accumulation de caractéristiques spécifiques, l'explication du mécanisme de formation reste difficile, donnant lieu à de nombreuses conjectures pseudo-scientifiques mais aussi à des hypothèses testables et non testables. Les causes peuvent être rangées en quatre groupes : 
Les phénomènes naturels envisagés dans l'histoire sont les suivants :
La superficialité de la coloration, qui est présentée comme une caractéristique extraordinaire du linceul par les partisans de son authenticité, s'explique pourtant par une oxydation acide déshydratante, processus chimique dont les étapes se rapprochent de la réaction de Maillard mais qui n'ont pas besoin de haute température, ce processus chimique étant l'hypothèse actuelle la plus plausible : après tissage sur un métier à tisser à main, le linceul fut lavé dans une solution à base de saponaire, rincé et mis à sécher au soleil, ce qui entraîna la solution à la surface du tissu et concentra ses impuretés organiques (résidus plus ou moins hydrolysés de saponine, amidon, résidus provenant du lin lui-même). L'oxydation acide déshydratante sur ces impuretés entraîna le jaunissement du linceul. Cependant, la coloration plus prononcée sur l'image de l'homme (jaunissement sépia) reste débattue et soumise à plusieurs hypothèses : transfert volontaire de poudre d'un artiste, apport du substances carbonées issues de la décomposition d'un cadavre et entraînant une oxydation supplémentaire.
La peinture fut la première hypothèse de faux envisagée. Elle a été avancée dès le dans le "Mémoire" de Pierre d'Arcis qui parle de « "pannus […] artificiose depictus" » (« un morceau de tissu ingénieusement peint »). En 1978, le STURP exclut l'œuvre d'un peintre. L'un des membres du STURP, Walter Mac Crone, arriva à une conclusion en opposition avec le reste de l'équipe, affirmant qu'il s'agit selon lui d'une peinture constituée de pigments d'ocre rouge et de vermillon et que les « taches de sang » sont composées des mêmes substances enrobées dans un composé à base de collagène. Cependant, ces quelques traces de peintures peuvent provenir de la pratique médiévale de créer des répliques afin de développer le commerce des reliques. Des artistes sont en effet autorisés depuis le à voir le suaire, à en faire une copie et à poser leurs peintures sur le linceul afin de les « sanctifier », pouvant à cette occasion transférer les pigments de peinture de leurs répliques sur le suaire. Selon le membre du STURP Barrie Schwortz, il y a des documents qui attestent de cette pratique à cinquante-deux reprises.
Poursuivant l'hypothèse d'une œuvre réalisée par un artisan du Moyen Âge, Joe Nickell, Paul-Éric Blanrue et Henri Broch avancent qu'il est techniquement possible pour un artiste de réaliser une empreinte négative sur toile sans laisser apparaître de traces de pinceaux, à l'aide d'un bas-relief enduit d'un produit colorant. Un simple recouvrement du modèle par un linge humide suivi d'un tamponnement permet alors de constituer une empreinte en négatif sur le tissu. Lors d'une expérience organisée en 2005 par les journalistes de la revue "Science  Vie", Paul-Éric Blanrue a réalisé une réplique du visage du suaire en utilisant un mélange de produits et avec des moyens qui existaient au Moyen Âge.
La technique du transfert de poudre a été développée par Emily Craig et Randall Bresee. Ceux-ci proposent un mode opératoire qui aurait pu être utilisé au Moyen Âge. Le résultat obtenu s'approche de celui du linceul. Selon Marcel Alonso, « Mrs Emily Craig, disciple (sérieuse) de Joe Nickell et de Mac Crone a réussi des portraits à l'hématite et au collagène, non seulement très ressemblants à l'image du Linceul, mais dont l’inversion chromatique est surprenante de beauté et de fidélité au Linceul, y compris pour l'aspect tridimensionnel. ».
La protophotographie : il s'agit d'une hypothèse émise en 1995 par le Sud-Africain Nicholas Allen. L'hypothèse d'une photographie négative d'Allen nécessite l'usage d'une chambre noire de grande dimension avec un objectif en quartz naturel taillé en loupe ou lentille et dans laquelle il faut tendre un drap de lin imprégné de nitrate ou de sulfate d'argent sur lequel il aurait projeté l'image d'un corps ou d'une statue. L'image se fixerait par trempage du tissu dans une solution diluée d'ammoniac (l'urine dont les déchets azotés produisant de l'ammoniac au contact de l'air peut servir à cet effet), ce qui donne une couleur jaune paille. Cette hypothèse comporte de nombreux obstacles concernant la lumière nécessaire pour créer une image similaire à celle présente sur le linceul, et le résultat de l'expérience a été testé et n'offre pas la finesse tridimensionnelle du suaire de Turin. De plus, la photosensibilité du sulfate d'argent est inconnue au Moyen Âge.
Un faux de Léonard de Vinci : depuis 1994, une hypothèse, largement diffusée, a été soutenue par Lynn Picknett et Clive Price : le suaire de Turin serait l'œuvre de Léonard de Vinci. Cette hypothèse a connu une médiatisation importante grâce au documentaire réalisé par Susan Gray "Leonardo da Vinci the man behind the Shroud of Turin ?" ("Léonard et le mystère du suaire de Turin") produit la National Geographic Society et diffusé à partir de 2003. Vinci aurait combiné les techniques du bas-relief et de la photographie, utilisant « son propre visage ». Les auteurs de cette théorie soutiennent en effet qu'il existe une ressemblance suffisante entre les autoportraits de Vinci et la figure du linceul. Selon Baima Bollone, l’hypothèse d’un faux réalisé par Léonard de Vinci est une hypothèse « absolument non fondée, qui ne va pas au-delà de la boutade journalistique et des publications populaires, et aucun scientifique ne la prend en considération ».
En 2009, une équipe de scientifiques italiens déclare avoir réussi à reproduire le linceul de Turin en utilisant des techniques du , confirmant la datation au carbone 14 déjà connue depuis 1988. Mais ce résultat est contesté.
D'autres hypothèses ont été formulées :
Dans les années 1930, le docteur Pierre Barbet, chirurgien catholique à l'hôpital Saint-Joseph de Paris, fit pendant treize ans des expériences sur des cadavres pour prouver l'authenticité du Suaire de Turin par la médecine et l'anatomie, tel un médecin légiste. Il synthétisa ses résultats, diffusés sous le nom de la "Passion de Jésus-Christ selon le chirurgien".
Sa thèse principale en faveur de l'authenticité était que le suaire ne représente pas le crucifié comme le faisait l'iconographie médiévale, avec des clous enfoncés dans les mains mais dans les poignets. 
Or d'après les expériences de Barbet sur des cadavres, les paumes se déchiraient lorsqu'il plantait les clous dans les mains mais le cadavre restait en place quand ils étaient, comme sur le suaire, plantés dans les poignets.
Le suaire présente aux yeux du médecin légiste, des analogies frappantes avec le récit de la Passion, une similitude parfaite : traces de sang à la tête, comme la couronne d'épines, traces de sang aux poignets, traces de sang de flagellation sur toutes les parties du corps, marque de fouets romains à trois pointes de plomb.
Le "Codex Pray" est un codex de la fin du (1192-1195) conservé à Budapest. Il a été découvert au par un jésuite, Georgius Pray, qui lui donna son nom. Il contient la forme la plus ancienne connue de la langue hongroise à ce jour. On peut y voir deux miniatures de Jésus. Sur quelques points, ces dessins peuvent rejoindre les caractéristiques présentes sur le suaire de Turin. La miniature supérieure est la "miniature de l'onction". Dans cette partie, le corps de Jésus est nu. Celui-ci semble reposer sur un tissu lui-même posé sur une surface rigide. Jésus a les mains croisées sur le ventre, la droite sur la gauche. On ne voit pas les pouces tandis que les autres doigts sont étendus. L'interprétation de la partie inférieure, "la visite des saintes femmes au tombeau", n'est pas univoque.
Emmanuel Poulle écrit : « Je puis seulement dire que, en tant qu'historien, je constate que les conclusions tirées du carbone 14 quant à la datation du Linceul s'avèrent incompatibles avec la filiation qui peut être établie entre la relique aujourd'hui conservée à Turin et sa représentation dans un manuscrit ordinairement désigné comme le "Codex Pray" » .
En 1978, le pharmacien Piero Ugolotti et le Père Aldo Marastoni, latiniste de l'Université catholique de Milan pensent apercevoir sur le négatif de certaines photos du suaire de Turin des traces d'écriture près du visage, invisibles à l'œil nu, à la manière antique : Ugolotti y lit « Nazarenu » (Nazaréen) et Marastoni « Innece » (Conduit à la mort) ; au milieu des années 1990, deux scientifiques français, André Marion et son étudiante Anne-Laure Courage de l'École supérieure d'optique, ont continué à étudier ces écritures. Aidés de paléographes, archéologues et historiens, ils déclarent découvrir d'autres lettres grecques et latines. À la fin des années 1990, Thierry Castex, ingénieur géophysicien spécialiste en traitement du signal, obtient des images des « lettres fantômes » plus précises et pense mettre en évidence des caractères hébraïques. Barbara Frale, historienne et archéologue, chercheuse aux Archives secrètes du Vatican, prétend avoir reconstitué le certificat de décès d'un homme appelé « Yeshua ben Yoseph, Jésus, fils de Joseph » : il s'agirait d'après elle d'un certificat de décès écrit sur un papyrus et posé sur le linceul, pour que la famille puisse reconnaître le corps du supplicié au moment de sa restitution, certificat écrit dans les trois langues que l'on utilisait à Jérusalem, latin, grec et hébreu ; et elle aurait déchiffré ceci : « Dans la du règne de Tibère (soit l'an 30), Jésus de Nazareth, mort à la neuvième heure, après avoir été condamné à mort par un tribunal romain et après avoir été reconnu coupable par les autorités juives, a été enterré avec l'obligation de rendre son corps à sa famille après une année. ».
La science peut cependant expliquer ces « inscriptions fantômes » par le phénomène neuro-cognitif de paréidolie, sorte d'illusion d'optique qui consiste pour le cerveau humain à être programmé pour croire reconnaître des formes claires et identifiables dans un stimulus visuel pourtant informe et ambigu. L'historien Andrea Nicolotti relève également pour sa part l'invraisemblance de la superposition d'inscriptions « écrites avec des encres différentes en mêlant de manière illogique trois langues différentes : le grec, le latin et l'hébreu » ainsi que celle de la thèse de leur reproduction depuis le papyrus sur le linceul par un procédé de transfert des ions du fer, qui oublie que les encres métalliques n'étaient pas encore répandues au .
Aldo Guerreschi et Michele Salcito, en étudiant les brûlures et auréoles sur le linceul, émettent l'hypothèse que les brûlures des « Pray poker holes » (trous de tisonnier du codex Pray) se sont produites lors d'un incident avant l'écriture du codex au début du . La disposition des auréoles, antérieures à l'incendie de 1532, résulterait d'un pliage du linceul deux fois de suite dans le sens de la longueur puis en accordéon en 52 couches, le tissu aurait été conservé en position verticale dans une jarre comme celles fréquemment utilisées dans l'antiquité.
Selon certains auteurs, le linceul de Lirey aurait été la pièce de tissu vénérée sous le nom de Mandylion et présente à Constantinople. Dans la littérature chrétienne ancienne, le "Mandylion" est un portrait de Jésus, qu'Ananias aurait peint lors de sa rencontre avec Jésus en Palestine. Jean de Damas évoque le Mandylion dans son pamphlet anti-iconoclaste "Sur les Saintes Images". Son récit suggère qu'il a pu être plié comme l'évoque les "Actes de Thaddée" qui désignent l'image sous le terme de "tétradiplon" (« quatre fois double »). Cette source est cependant douteuse car la majorité de la littérature chrétienne fait une référence systématique au seul visage et n'aurait pas manqué de parler du corps entier. L'historien des religions Antonio Lombatti fait remarquer toutefois que l'ostension d'un linge mortuaire était choquante pour les fidèles, ce qui pourrait expliquer que le linge ait été tout le temps plié, formant une sorte de voile qui ne montrait que le visage
Certains auteurs identifient le linceul de Turin à certaines reliques conservées à Constantinople avant 1204 et considèrent qu'il a pu ainsi être rapporté en France après le sac de la ville lors de la quatrième croisade. Avançant divers documents (généralement inédits, d'authenticité douteuse ou d'interprétation discutable), ils considèrent qu'en 1205 le linceul se serait ainsi trouvé à Athènes. En 1208, il aurait pu soit être envoyé au père d'Othon : Pons II de la Roche, qui avait un château près de Besançon, et ainsi 150 ans plus tard devenir la propriété de Geoffroy de Charny, qui épousa Jeanne de Vergy arrière-petite-fille d'Isabelle de Ray, elle-même petite-fille d'Othon de la Roche, soit être acquis par Geoffroy de Charny au cours d'un de ses voyages alors que l'objet se trouvait toujours en Grèce.
Aucune trace dans les archives ne permet de valider une autre hypothèse, selon laquelle le suaire, resté ou revenu à Constantinople, aurait été cédé à saint Louis, qui en aurait fait don lui-même à un de ses vassaux.
En 1978, l'auteur New Âge Ian Wilson estime que l'idole vénérée par les Templiers, le Baphomet, est en fait le futur suaire de Turin. En 2009, l'historienne Barbara Frale soutient cette hypothèse dans un livre consacré spécifiquement aux relations entre le suaire et les Templiers. Elle pense que le caractère secret de cette image est la raison de sa disparition des archives durant un siècle et demi. Frale met notamment en avant le témoignage d'un Templier, Arnaut Sabbatier, qui raconte qu'il a vu et adoré l'image entière du corps d'un homme. Les conclusions de Barbara Frale ont été qualifiées de suspectes et de peu scientifiques dans plusieurs études critiques. Elles sont toutefois approuvées par l'historienne Simonetta Cerrini, spécialiste de l'Ordre du Temple.
De nombreuses autres hypothèses sont apparues, surtout depuis la publication des résultats de la datation au carbone 14. Parmi celles-ci, on peut citer celle qui résulte d'une prétendue « crucifixion » de Jacques de Molay, le dernier grand-maître de l'ordre du Temple, arrêté en 1307. Jacques de Molay, en réalité, fut brûlé vif. Dans un livre à succès, Christopher Knight et Robert Lomas émettent l'hypothèse que Jacques de Molay aurait subi un simulacre du supplice de la Passion, cloué sur un portail puis détaché alors qu'il était encore en vie. Cette hypothèse n'entre pas dans le cadre des connaissances historiques sur la fin de vie de Jacques de Molay.
Cette théorie de la représentation du corps de Jacques de Molay sur le suaire a été reprise en 2007 dans un roman de Steve Berry, "L'héritage des templiers".
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