Trouble obsessionnel compulsif

Le trouble obsessionnel compulsif (abrégé TOC) est un trouble mental caractérisé par l'apparition répétée de pensées intrusives — les obsessions — produisant de l'inconfort, de l'inquiétude, de l'appréhension et/ou de la peur ; et/ou de comportements répétés et ritualisés — les compulsions — pouvant avoir l'effet de diminuer l'anxiété ou de soulager une tension. Les obsessions et les compulsions sont souvent associées (mais pas toujours) et sont généralement reconnues comme irrationnelles par les personnes sujettes au TOC mais sont néanmoins irrépressibles et envahissantes, diminuant le temps disponible pour d'autres activités et menant parfois jusqu'à la mise en danger. Elles ne se fondent généralement pas sur des interprétations délirantes.
Les symptômes peuvent s'exprimer de façon très variable d'un patient à l'autre (incluant phobie de la saleté, lavage des mains, vérifications répétées, obsessions sexuelles).
Approximativement, entre un tiers et la moitié des adultes présentant un TOC rapportent que les premiers symptômes sont apparus dans l'enfance.
Malgré ces comportements irrationnels, le TOC est parfois associé à une intelligence supérieure à la moyenne.
D'après les critères du manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) et de la CIM-10, le TOC est considéré comme une entité psychopathologique qui remplace la névrose obsessionnelle. Le TOC est à distinguer du trouble de la personnalité obsessionnelle, aussi caractérisé par des obsessions, notamment de perfectionnisme et de désir de contrôle, et des compulsions mais dont le malade ne se plaint pas et qui n'est pas un handicap pour le sujet.
Dans le DSM-V, le TOC ne fait plus partie des troubles anxieux.
L'origine neurophysiologique du TOC reste mal comprise. Néanmoins, des altérations des ganglions de la base, du cortex orbitofrontal ainsi que du cortex cingulaire antérieur semblent être impliquées dans la physiopathologie de cette maladie. On sait aussi que la boucle neuronale de détection des erreurs est en suractivité. Le circuit cérébral de la prise de décisions est également défaillant.
Pouvant apparaître durant l'enfance ou à l'âge adulte avec une prévalence entre 1,5 et 2,5 %, le TOC est considéré comme le trouble mental le plus fréquent. Il atteint aussi bien les hommes que les femmes.
Il existe des formes familiales, et une prévalence plus grande chez les jumeaux homozygotes ("vrais jumeaux") par rapport aux jumeaux dizygotes, faisant supposer une participation génétique.
Une cause infectieuse, impliquant un mécanisme immunologique, est également évoquée (infection à streptocoques) bien qu'elle jouerait un faible rôle statistiquement.
Les troubles obsessionnels compulsifs se manifestent sous plusieurs formes. Les symptômes peuvent être proches de ceux du syndrome dépressif avec trouble de la personnalité, anxiété et expression d'une phobie. Ils y sont par ailleurs fréquemment associés. Une dépendance à l'alcool est retrouvée dans un cinquième des cas. Les troubles débuteraient le plus souvent dans l'enfance entre huit et douze ans et entre la fin de l'adolescence et le début de l'âge adulte. Les manifestations sont très variées, et s'expriment typiquement dans la mise en œuvre d'actions rituelles mais peuvent également se limiter à des obsessions et/ou des compulsions mentales.
Les symptômes du trouble obsessionnel-compulsif incluent le lavage, trouble d'origine phobique qui pousse une personne à devoir nettoyer et à se laver en permanence, par peur de contamination, de souillure ou de salissure en tout genre. Il peut dans certains cas provenir d'hypocondrie ; la vérification, trouble qui consiste à vérifier plusieurs fois de suite un fait ou une action qui pourrait avoir un effet négatif. Par exemple, vérifier les robinets de gaz, les portes, la lumière plusieurs fois. Cependant, cela peut aussi concerner des choses sans conséquences immédiates telles que l'orthographe d'un texte ou le résultat d'une opération arithmétique. Il faut ajouter la phobie d'impulsion, trouble phobique des personnes ayant peur de passer à l'acte, de perdre le contrôle de soi ou de faire quelque chose contre leur gré sans s'en rendre compte. La personne lutte en permanence contre ses idées et doit s'assurer en permanence de ce qu'elle vient de faire (peur de tuer quelqu'un, d'être violent avec une personne de son entourage, du suicide et autres erreurs dommageables pour la personne ainsi que pour son entourage).
Également, certains syndromes et autres types de troubles peuvent être perçus. Ils incluent le syndrome de lenteur primaire, syndrome rare qui entraîne une lenteur excessive dans la réalisation de certaines actions de la vie quotidienne. Essentiellement, car le patient s'assure par son extrême application qu'il ne peut entraîner de catastrophe, qu'il n'oublie rien ou qu'il agit parfaitement, selon l'obsession contre laquelle il tente de lutter ; la syllogomanie, durant laquelle un individu collecte plusieurs types d'objets et ayant de la difficulté à s'en débarrasser. Elles peuvent concerner une seule catégorie d'objet ou tous les objets sans différenciation. Cela s'appelle aussi le TOC des « amasseurs » ou des « collecteurs », ainsi que le « trouble d'accumulation compulsive ». Les TOC d’ordre, obsession de la symétrie, l'ordre et le rangement. Parfois, le lavage compulsif ne provient pas d'une phobie et fait donc partie de cette catégorie. Les personnes se sentent obligées de tout ranger ; les compulsions cachées (ou compulsions cognitives), ces compulsions mentales caractérisent tous les TOC n'entraînant aucun rituel se manifestant par une action physique, « tout se passe dans la tête » (se répéter sans cesse des phrases (parfois sous forme de prières répétitives), se répéter sans cesse un ou plusieurs mots / nombres, calculer incessamment, additionner, retrancher... (voir Arithmomanie), pensées blasphématoires, images ou pensées perverses à propos de la sexualité et insultes mentales à l'égard de personne que l'on aime ou avec lesquelles on est en train de discuter).
La rumination peut également être perçue chez le patient. Elle se caractérise par un ressassement permanent d'idées dans la tête. Elle se différencie de la compulsion cachée pure car elle concerne des idées plutôt que des choses abstraites, et peut être accompagnée de rituels. La personne sait au fond d'elle-même qu'elle n'adhère pas à ces idées, mais se contraint tout de même à s'interroger dessus. Ruminations les plus courantes : peur d'aller en prison, d'être homosexuel, d'être pédophile, d'être polygame ou polyandre, de ne plus aimer quelqu'un, d'agresser physiquement quelqu'un. Elle se caractérise également par des questionnements méta-physiques permanents (par exemple sur la mort, la mémoire, la paternité, etc.). Dans tous les cas, si une peur de passer à l'acte intervient, un cas de phobies d'impulsion peut être diagnostiqué.
Les troubles obsessionnels compulsifs consistent en des idées obsédantes (obsessions) et/ou des actes répétitifs (compulsions).
Les troubles obsessionnels compulsifs étaient anciennement appelés névrose obsessionnelle, mais le terme de névrose n'est plus utilisé comme entité psychopathologique, ni par l'OMS ni par l'Association américaine de psychiatrie (AAP) qui édite le DSM. L'occurrence d'un TOC est favorisée chez les personnalités obsessionnelles. Les premiers symptômes apparaissent en général à la fin de l'enfance ou pendant l'adolescence, parfois chez le jeune adulte. Le TOC peut entrainer une désocialisation avec risque de marginalisation et donc de déscolarisation chez les enfants et les adolescents ou de graves répercussions socio-professionnelles chez les adultes. Il est donc recommandé de consulter dès que les obsessions et rituels deviennent invalidants dans la réalisation des activités de la vie quotidienne.
Les mécanismes physiopathologiques responsables du TOC font l'objet de nombreuses recherches de par le monde mais restent encore hypothétiques. Sur la base de l'efficacité des traitements médicamenteux, la sérotonine intra-cérébrale est supposée contribuer au mécanisme de la maladie. Parmi les hypothèses proposées, certaines évoquent une hypersensibilité des neurorécepteurs sérotoninergiques chez ces patients. 
Diverses études cliniques ont montré une déficience des sujets atteints de TOC dans les tests neuropsychologiques standards, ou certains de leurs sous-items, suivants : ', ', ', ', ' et ' alors que ' et ' évaluant la mémoire à court terme donnent des résultats normaux.
Des préventions et aides peuvent être associées aux TOC. Elles incluent une prise de conscience de la maladie. Cette prise de conscience inclut une rationalisation des faits du patient, de mettre en avant le côté rationnel par rapport au côté sens/sentimental/non rationnel, une différenciation rationnelle par le patient entre ses comportements normaux/modérés et la manifestation des troubles. Le patient doit différencier les pensées obsessionnelles et les pensées normales dont il a plus de contrôle pour pouvoir court-circuiter les schémas de raisonnement obsessionnel et diminuer par là l'emprise des TOC. (ex : différenciation entre la culpabilité normale et le sentiment de culpabilité exagéré qui handicape le patient dans ses moindres actes).
Certaines autres aides incluent le sport et/ou les relations sexuelles qui peuvent apporter un effet apaisant sur le patient; de même les occupations constructives telles que la concentration sur le travail ou des loisirs motivants, laissent moins de temps pour les comportements obsessionnels.
Deux types de traitements ont fait la preuve de leur efficacité dans le TOC : les médicaments tel que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et clomipramine et les thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Seuls ou en association, ces traitements permettent d'obtenir une amélioration chez une majorité de patients.
Néanmoins, 30 à 60% des patients atteints de TOC ne répondent pas aux traitements ou n'y répondent que partiellement. On considère que ces patients sont résistants. Des traitements dit alternatifs sont alors proposés aux TOC ne répondant pas aux traitements.
Lacan a étudié le Caractère des Portraits de Théophraste, qualifiant cet original à idées fixes d'« Obsessionnel de Théophraste ». Au-delà de la superstition, le "deisidaimon" (δεισιδαίμων en grec ancien) est un terme grec qui désigne un personnage atteint de trouble obsessionnel compulsif. Plutarque, dans l'opuscule "De la superstition" figurant parmi ses "Œuvres morales", commente et critique le comportement d'un sujet atteint de deisidaimonia. Théophraste lui-même décrit la superstition ("deisidaimonia") comme une sorte de lâcheté vis-à-vis de la divinité.
Historiquement, les symptômes obsessionnels ont été repérés en psychiatrie depuis Philippe Pinel (les folies raisonnantes), Bénédict Augustin Morel () à Pierre Janet (« obsession et psychasthénie ») sous des appellations différentes. C'est le psychanalyste Sigmund Freud qui en a établi le profil le plus complet notamment à travers son histoire de la cure de « l'homme aux rats » atteint d'une névrose obsessionnelle (devenue « névrose de contrainte » dans les nouvelles traductions). Les auteurs successifs des DSMs et, notamment, Spitzer pour la troisième révision ont évacué la notion de névrose trop marquée pour eux par la psychanalyse. C'est ainsi qu'ils ont proposé de classer les symptômes obsessionnels dans des « troubles » qui s'intègrent dans une vision descriptive et comportementale, fortement marquée par la médecine somatique (organiciste).