Bataille de France

Le nom de bataille de France désigne l'invasion allemande des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. L'offensive débute le , mettant fin à la « drôle de guerre », et se termine le par la défaite des forces armées françaises et la signature de l'armistice par le gouvernement Pétain.
Le territoire des quatre pays est alors occupé militairement selon différentes modalités : en France, une zone occupée par l'Allemagne au Nord et à l'Ouest, une zone très réduite occupée par l'Italie dans le Sud-Est et une zone libre sous l'autorité du gouvernement de Vichy. Dans la zone nord de la France occupée, une zone dite « zone interdite » se compose des départements du Nord rattachés au gouvernement militaire de la Belgique occupée, sous les ordres du général von Falkenhausen qui a tous les pouvoirs. La partie germanophone de la Belgique, à l'est du pays, est annexée à l'Allemagne ; il en est de même pour l'Alsace et le département de la Moselle ainsi que pour le Grand-Duché de Luxembourg. Les Pays-Bas sont sous l'autorité d'un gouverneur issu du parti nazi, un gauleiter, qui dispose de tous les pouvoirs par délégation spéciale de Hitler. L‘ensemble de ces territoires n'est libéré par les offensives alliées qu'à partir de ; les derniers ne le seront qu'en .
Lors de son retour à Londres, Chamberlain déclare : ().
De son côté, Édouard Daladier, président du Conseil français, amer et lucide, confiera dans l'avion du retour à Alexis Léger, alias Saint-John Perse, secrétaire général du Quai d'Orsay : 
Après l'invasion de la Pologne en , les Alliés déclarent la guerre à l'Allemagne. La rapidité de l'invasion de la Pologne surprend les commandements français et britannique sans pour autant les inquiéter. De substantielles erreurs, ou supposées telles, du commandement polonais sont identifiées. L'opinion générale est que la partie sera difficile, mais la certitude de la victoire l'emporte, l’Armée française étant réputée la meilleure au monde depuis 1918.
Adoptant alors une stratégie défensive, les deux alliés, laissent donc l'Allemagne envahir la Pologne. L’Armée française attaque mollement le , avec deux corps d’armée (neuf de ses ), sur la Sarre. L’offensive de la Sarre dure dix jours, et n’avance que de dix kilomètres en territoire allemand. La conception des grandes unités françaises ne permet pas l'offensive à outrance, essentiellement par manque d'outil logistique adéquat. Le gouvernement polonais exprime son désappointement, alors même que la France avait signé un traité d'assistance mutuelle avec lui. Le général Gamelin n'envisage aucune attaque supplémentaire sur l'Allemagne.
L'Allemagne écrase par sa puissance mécanique et numérique l'Armée polonaise, courageuse, mais prise sur deux fronts car, à partir du , elle est attaquée par les Soviétiques à l'Est du pays, en application d'un protocole secret du pacte germano-soviétique. La propagande nazie n'insiste pas sur ce détail et trouve une certaine complaisance ou naïveté chez ses ennemis où le prétendu « effondrement » de la Pologne renforce à point nommé le mythe d'une Armée allemande invincible, la France rappelle ses troupes qui quittent l'Allemagne le .
À part cela, la France ne fait rien de concret. Elle avait pourtant peu à craindre des Allemands car à peu près toutes leurs troupes étaient engagées dans la campagne de Pologne. Les états-majors britannique et français étaient persuadés qu'ils pouvaient bloquer les Allemands comme lors de la Première Guerre mondiale, et ce, malgré la démonstration de force des stratégies allemandes. Après la défaite polonaise, les troupes françaises quittent les avant-postes de la Sarre et se replient derrière la ligne Maginot. Les forces du Royaume-Uni, qui avait envoyé sur le continent un corps expéditionnaire britannique (en anglais "" ou BEF en abrégé), s'installent dans l'attente du prochain mouvement allemand, en maintenant un blocus maritime afin de provoquer l’effondrement allemand comme en 14-18. Au , la RAF avait engagé dont et sur le sol français. Cette force aérienne, la BAFF (British Air Forces in France) était sous le commandement de l'Air Marshal Barratt et se subdivisait à son tour en Advanced Air Striking Force (AASF) dont la mission était de renforcer l'Armée de l'air française et l'Air Component of the British Expeditionary Force (BEF) chargée de soutenir le Corps expéditionnaire britannique.
Au 30 mai, (sur par le Royaume-Uni) et (sur 286) étaient en France.
Cette période de trêve tacite, que l'on surnomma la « drôle de guerre », dure jusqu'au , date de l'opération "Weserübung" lancée par l'Allemagne sur le Danemark et la Norvège, pour devancer les Alliés qui prévoyaient d'envoyer un corps expéditionnaire à Narvik pour des raisons stratégiques.
Hitler, qui voulait une attaque sur l'Europe occidentale le juste après l'invasion de la Pologne, est convaincu par son État-Major de la reporter à l'année suivante. La Wehrmacht prépare pendant ce temps les plans d'invasion.
À l'origine, l’Oberkommando der Wehrmacht (grand état-major de la Wehrmacht) ou OKW envisageait une attaque du front ouest en préconisant une stratégie d'enveloppement des armées alliées par le nord ; en quelque sorte une reprise du plan Schlieffen de 1914 qui aurait amené un puissant groupe d'armées B, du général von Bock, stationné au nord du front allemand, à déborder les unités franco-britanno-belges sur leur aile gauche, par une offensive blindée à travers la Belgique et les Pays-Bas, et d'en rabattre les éléments défaits sur la région lorraine. Dans un deuxième temps, il était envisagé de prendre en tenaille les troupes alliées restantes ; le groupe d'armées B venant de l'ouest les repoussant sur le groupe d'armées A du général von Rundstedt, placé entre le groupe d'armées B et le groupe d'armées C, lui-même au sud du front vers l'Alsace, et qui aurait joué le rôle d'une enclume sur laquelle auraient été définitivement écrasées les meilleures divisions alliées. Les Alliés eurent connaissance de ce plan initial par les Belges, à la suite de l'atterrissage forcé d'un avion de la "Luftwaffe", à Mechelen-aan-de-Maas (en français : Malines-sur-Meuse), en Belgique, le et à la saisie de documents dont était porteur un officier allemand.
À la suite de l'attaque de la Pologne, Hitler, dont les plans d'expansion à l'Est, élaborés de longue date (1922), étaient de soumettre la Russie afin de permettre la conquête d'un pour le peuple allemand (le "Lebensraum"), ainsi que la dont elle était censée être le berceau, et qui espérait pour cela le concours du Royaume-Uni, fut surpris de sa réaction et de celle de la France car il avait fait l'erreur de croire à la passivité des puissances occidentales, comme lors de ses précédentes agressions, en particulier contre la Tchécoslovaquie (le (Bohême et Moravie) et il instaure le Protectorat de Bohême-Moravie) et pensait qu'il en serait de même pour sa revendication sur le corridor de Dantzig.
Bien que la déclaration de guerre des Alliés occidentaux contrariait ses plans initiaux — la guerre contre l'Union soviétique attendrait —, il souhaitait profiter de l'effet de sa victoire éclair sur la Pologne pour . Une fois la guerre gagnée à l'Ouest, il pourrait se retourner contre le « judéo-bolchevisme » de l'Est et conquérir la Russie afin d'assurer l'avenir à long terme du Reich, par les ressources immenses de ces territoires. Cependant ses généraux ne mettaient pas la guerre à l'Ouest sur le même plan que la bataille de Pologne, laquelle fut tout de même coûteuse en matériel détruit (la moitié des chars et véhicules à moteurs avaient été mis hors d'état). Ils craignaient la puissance défensive de la France (son immense armée et sa ligne Maginot) ainsi que le bloc que constituait l'alliance avec la Grande-Bretagne et son Empire. Ils considéraient que les forces armées allemandes n'étaient pas prêtes pour un conflit, qui, à leurs yeux, ne pouvait que durer. Hitler, dans un premier temps, enragea devant leurs hésitations mais finit par s'incliner devant leurs arguments sur les mauvaises conditions climatiques annoncées (à l'automne 1939) et les problèmes de transport. Il accepta donc de nombreux reports pour le début de l'offensive (un total de 29). L'intervention en Scandinavie fut ensuite une priorité. Toute la période de la « drôle de guerre » permit, en fin de compte, un renforcement très important des moyens militaires allemands et la mise au point d'un plan d'attaque audacieux. Ce plan, issu d'une idée du général von Manstein, consistait à attaquer à l'endroit le plus inattendu. Hitler le fit sien.
Le plan de Manstein, baptisé par Winston Churchill « "Sichelschnittplan" » (coup de faucille), prenait le contre-pied de la théorie précédente et préconisait une attaque en force venue, non plus du nord, mais du centre. Il partait de l'hypothèse qu'il fallait surprendre l'adversaire au défaut de la cuirasse puis, la surprise passée, le prendre de vitesse dans une avance rapide vers la Manche : le pivot de l'offensive ne pouvait se trouver qu'à travers le massif boisé de l'Ardenne, région défendue, dans la partie belge, par des unités d'avant-garde, les chasseurs Ardennais, et, du côté français, dans la région de Sedan, par des unités françaises de réservistes mal armés et sous-équipés. Or, Sedan est le lieu précis où l'on avait arrêté la construction de la ligne Maginot. Ce nouveau plan, par sa hardiesse même et sa logique tant tactique que stratégique, enthousiasma Hitler qui l'imposa à un OKW réticent.
Dès lors, le "Fall Gelb" (plan jaune) vit le jour ; désormais le poids du succès reposait sur le groupe d'armées du centre, le groupe d'armées A, de Rundstedt, dont on s'empressa de renforcer les capacités opérationnelles en mettant à sa disposition les deux tiers des forces blindées de toute l'Armée (sept divisions blindées et trois divisions mécanisées). Pendant que le groupe d'armées B, du général von Bock envahissait la Belgique et les Pays-Bas, entrainant l'intervention des armées alliées dans ce secteur du front, le groupe d'armées de Rundstedt, constitué de trois armées et des blindés de Kleist, devait attaquer plein ouest depuis les frontières belge et luxembourgeoise, percer sur la Meuse, entre Sedan et Namur, en franchissant les Ardennes. Tandis que le groupe d'armées C, de Leeb, fixait les unités françaises de la ligne Maginot et du Rhin.
(a) En ce qui concerne la France, si nous connaissons exactement le chiffre des matériels en date du , il en va différemment pour celui du . Ainsi l'Armée française disposait, dès , de , dont et , auxquels il fallait adjoindre démodés (Renault FT-17 et Char 2C) et de transport et ravitaillement. En outre de à , blindés (dont ; ) avaient été produits, dont à la Turquie et la Roumanie, et une autre partie inachevés et restés au parc du matériel de Gien (environ 700). Quoi qu'il en fût, au , la France possédait un minimum de modernes, sans compter plusieurs milliers d'autres véhicules blindés légers, automitrailleuses, chars obsolètes ou chenillettes d'infanterie.
(b) Ne sont pris en compte que l'armement et effectifs du BEF (British Expeditionary Force) en France au .
(c) Ce chiffre ne prend en compte que le nombre d'avions réellement opérationnels.
Les armées françaises, britanniques, belges et néerlandaises réunies forment un ensemble de quelque soit environ . La Wehrmacht comporte soit .
État des forces blindées allemandes au et au :
Le , la Wehrmacht attaque en envahissant les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. La Luftwaffe procède au bombardement systématique des aérodromes. Le commandement français s'y était préparé du fait des contacts secrets existant avec le roi des Belges et son état-major depuis 1938 et aussi à la suite des avertissements des attachés militaires français, belges et hollandais en Allemagne (et encore par la révélation des plans allemands tombés dans les mains belges à la suite d'un incident aérien à Mechelen-aan-de-Maas (en français : Malines-sur-Meuse), le ), comme le relate, dans ses mémoires, le général en chef français Gamelin. Aussi, le général français Chambon arrive-t-il au Quartier Général de l'Armée belge pour coordonner la stratégie des armées désormais alliées. En même temps, l'Armée française entre en Belgique, comme il était prévu de longue date par le plan Dyle. La première escadrille française envoyée au-devant des colonnes blindées allemandes pénétrant en Belgique ne les a pas bombardées "in extremis". Les pilotes avaient cru discerner dans leur environnement immédiat des colonnes de réfugiés et ont voulu à tout prix éviter de causer des pertes parmi ces derniers.
Mais toutes les prévisions alliées sont déjouées, les Allemands utilisant à plein les concepts de choc et de vitesse (Blitzkrieg). Le couple char-avion communiquant par radio et la concentration des moyens sur des points sensibles du front allié surprennent par leur rapidité d'action les états-majors français et belges. Le fer de lance de l'Armée allemande (une dizaine de divisions blindées) traverse le massif des Ardennes jugé impénétrable par les généraux français ralliés à l'opinion du maréchal Pétain. Le généralissime Gamelin a, de plus, sur une décision personnelle, fait déplacer la française chargée de défendre cette zone non couverte par la ligne Maginot. L'Armée belge y retarde les Allemands les 10 et 11 par la résistance des chasseurs ardennais, notamment à Bodange, Chabrehez et Martelange et parviennent même à disperser des soldats allemands déposés par des avions légers sur leurs arrières à Léglise, Nimy et Witry. En plus, le caractère du massif ardennais aux routes étroites et sinueuses parsemées d'obstacles et de blockhaus contribue à compliquer la tâche de la Wehrmacht retardée par les nombreux murs de moëllons, entonnoirs géants et ponts détruits dressés par le génie belge, ainsi que par des champs de mines dans les prairies et les bois interdisant le contournement des obstacles. Aussi, les avant-gardes allemandes ne peuvent-elles se grouper pour attaquer le front français de la Meuse, région de Sedan et de la Semois, que les 11 et 12. La résistance des Belges a donné un court délai aux Français, deux jours comme prévu dans les plans de l'état-major français. Mais, mal préparées, les troupes de réserve du secteur de Sedan ne peuvent espérer offrir une résistance efficace sur un front mal équipé dont les fortins sont en cours d'achèvement. Néanmoins, leur commandant, le général Huntziger, envoie des chars légers dans le sud de l'Ardenne belge, à la rencontre des Allemands dont une partie des blindés foncent par le sud du Grand-Duché de Luxembourg. Mais les chars français sont défaits face à des chars plus puissants et mieux cuirassés et refluent. Et quand, le , la Wehrmacht attaque à l'ouest de Sedan, négligeant la ligne Maginot, il se produit ce qu'avait redouté le député français Pierre Taittinger dans un rapport du . L'Armée allemande perce, entraînant chez les soldats français ce que l'on a appelé « la panique de Bulson », et remonte du Sud vers le Nord dans le but d'encercler les forces françaises, britanniques et belges. Dès le début de l'attaque du sont particulièrement visés par les bombardements allemands les terrains d'aviation de Calais, de Dunkerque, de Metz, de Essey-lès-Nancy, de Bron et de Châteauroux. Des centaines d’appareils sont détruits au sol. En Belgique, la moitié des avions de la Force aérienne sont détruits. Les attaques aériennes allemandes portent aussi sur le réseau ferré français, ainsi que sur les gares et les nœuds de communication de Belgique, jusqu'à Bruxelles où des carrefours sont bombardés.
La partie nord de l'offensive, en Hollande, vise les ponts de Rotterdam, Dordecht, Moerdjik, qui sont pris par l’Armée allemande. En Belgique, les troupes allemandes percent le front à la jonction du canal Albert et de la Meuse grâce, en partie, à l'emploi de troupes aéroportées au fort d'Ében-Émael qui est annihilé en par l'emploi d'un explosif inconnu des alliés, les charges creuses. L'Armée néerlandaise, refoulée du Limbourg néerlandais, abandonne toute liaison avec l'Armée belge dès le deuxième jour de l'attaque. Dès lors, l'Armée belge est tournée sur sa gauche en même temps qu'elle est tournée sur sa droite par la basse Ardenne et par le Grand Duché de Luxembourg que les troupes allemandes traversent comme à la promenade, car ce petit pays n'a pas de véritable armée pour le défendre, mis à part le corps des volontaires dont les effectifs ne dépassent pas à ce moment-là. L'Armée belge, percée en son centre à Ében-Émael et menacée sur sa gauche et sa droite doit refluer pour ne pas être encerclée et pour pouvoir reformer un front continu avec l'Armée française elle-même en retraite. Quant aux Hollandais, ils sont en plein recul jusqu'aux îles du delta maritime qui sont censées constituer un réduit national. Mais ils capitulent au bout de cinq jours, ce qui menace les arrières de l'Armée belge alors qu'elle s'aligne en vue de la bataille d'arrêt que les Alliés (comprenant les Britanniques) croient pouvoir livrer sur la Dyle (Ligne de défense d'Anvers). Mais la tactique allemande de percées en profondeur empêche de reconstituer un front allié solide et Bruxelles est occupée par l'Armée allemande le et Anvers le 18.
Les forces belges tenteront en vain de contenir l'ennemi à la bataille de la Lys qui commence le 23 et durera cinq jours, seule véritable bataille d'arrêt de toute la campagne. C'est que l'Armée belge avait pu garder sa cohésion, étant « restée sur elle-même », selon le mot du général Van Overstraeten, conseiller militaire du roi Léopold III. Le commandement français, par contre, confiant dans l'importance de ses effectifs, avait divisé ses forces en étirant son centre et sa gauche vers le nord, laissant sa droite, en Ardenne, à des troupes de réserve peu mobiles qui ne purent être secourues lors de la percée allemande de Sedan. Le but de l'état-major français était de livrer bataille en Belgique et aux Pays-Bas en application d'un plan "Dyle-Breda". La doctrine militaire française était que l'on allait assister à la répétition du plan allemand de 1914, mais en plus étendu, englobant les Pays-Bas. On n'imaginait pas que les Ardennes et la Meuse puissent être franchies par un groupement motorisé et encore moins que l'Armée des Pays-Bas allait capituler en cinq jours. L'état major français a donc engagé les meilleures et les plus mobiles des divisions franco-britanniques en Belgique pour secourir les Pays-Bas. Mais ceux-ci ayant capitulé en cinq jours sans attendre les Français, il ne restait à ceux-ci qu'à refluer vers le sud pour tenter d'y arrêter les meilleures forces allemandes.
Se reportant au , on comprend donc que les Panzerdivisions du général von Kleist créent une surprise stratégique en attaquant tout au sud de la Belgique, débordant par leur flanc droit les meilleures troupes françaises qui montent vers le nord. Après avoir traversé les Ardennes belges, elles attaquent le front français sur la Meuse, près de Sedan dès le . Cette attaque avait été grandement favorisée par le fait que le Grand Duché du Luxembourg, petit pays sans armée, avait été traversé en un jour, ce qui avait amené les éléments avancés allemands sur la frontière française dès le 11. L'attaque proprement dite commença le 12. Mais cette partie du dispositif français était tenue par des unités de second ordre, souvent incomplètement équipées (voir le rapport de la commission d'enquête dirigée par le député Pierre Taittinger). Et le , les fantassins allemands, sous le couvert d'un bombardement aérien intensif, réussissent à enfoncer le dispositif défensif de la d’infanterie (général Henri Lafontaine) de la du général Huntziger. Guderian exploite ces gains par une "Blitzkrieg" efficace.
Le haut commandement allemand croyait devoir s'attendre à une contre-attaque française qu'il considérait comme inévitable selon les principes classiques de l'art militaire. Aussi, tente-il, à maintes reprises, de ralentir la progression de ses chars et de leur infanterie d'accompagnement vers l'ouest à travers les positions tenues par les troupes françaises. Et d'ailleurs, comme pour leur donner raison, en Belgique, le général Mellier attaque les Allemands avec des troupes majoritairement marocaines et parvient à les contenir localement, ainsi que, sur la Dyle, le général Prioux à la tête de ses chars, lors des batailles de Hannut et Gembloux, et le général Bruneau à la bataille de Flavion. Mais ces actions ne sont que d'éphémères succès tactiques, n'étant pas soutenues par des renforts et les commandants des Panzerdivisions, ne se laissant pas impressionner, poussent toujours plus à l'ouest en désobéissant à leurs supérieurs. Le , ils atteignent la mer.
Malgré ses succès, le haut commandement allemand n'est pas rassuré et vit des journées d'angoisse à l'idée d'une vaste contre-offensive stratégique sur les flancs de la percée, pensant que le recul des Alliés est un piège. Mais le général français Weygand, succédant à Gamelin, a reporté de trois jours la contre-offensive prévue. C'est qu'il sait que les troupes françaises commencent à se disloquer et qu'il veut en rallier les éléments. Il donne pour commencer l'ordre de ne plus s'occuper de colmater des brèches dans l'espoir toujours déçu de reformer le front allié, ce qui a conduit, de réajustement en réajustement, à abandonner aux Allemands des milliers de kilomètres carrés qu'il n'est plus possible de reconquérir. La consigne est de tenir sur place, en créant une série de nœuds de résistance (appelés des « hérissons ») qui vont insécuriser les pointes avancées allemandes si elles ne peuvent plus s'appuyer mutuellement, comme elles avaient pu le faire jusque là. Il faudrait donc que l'ensemble des troupes encore en état de combattre adoptent résolument cette tactique. Une entrevue, la conférence d'Ypres, avait eu lieu les 20 et entre Weygand, le roi des Belges et le général français Billotte, sans lord Gort, le général en chef britannique, qui était introuvable. Mais Billotte était mort dans un accident au retour de la conférence. En fait, dès le 23, les Britanniques préparent leur rembarquement en abandonnant la droite de l'Armée belge, comme le relate l'amiral britannique sir Roger Keyes qui était officier de liaison britannique auprès du roi des Belges. Or, les Belges ont pu contenir les Allemands pendant les cinq jours de la bataille de la Lys. Se sentant abandonné, le roi Léopold III pose clairement la question d'une reddition au cours d'une entrevue orageuse avec les ministres Pierlot et Spaak, l'Armée belge étant au bord de l'effondrement et de la rupture de ses stocks de munitions. Il en prévient Britanniques et Français, ces derniers recevant en quelques jours plusieurs communications radio adressées au général français Blanchard et captés par les services d'écoute français du colonel Thiery. Mais les Français n'ont plus de capacité offensive. La capacité offensive, c'est ce qui, depuis le début de la campagne, a manqué aux armées alliées confrontées à une Armée allemande essentiellement fondée sur cela même : l'offensive.
Le pouvoir du maréchal Pétain entamera une collaboration avec l'Allemagne, ayant refusé, avec le soutien de Weygand, une capitulation uniquement militaire (comme ce qui a été fait en Belgique. La reddition purement militaire des troupes de Belgique excluant un armistice, le gouvernement belge a continué la guerre avec la flotte, des aviateurs et le Congo belge contre les Italiens alliés de l'Allemagne). En effet, ils considéraient que capituler militairement en France métropolitaine rendrait l'Armée française responsable de la défaite, qu'ils jugeaient due aux politiques. Il est le seul parmi les gouvernements légaux des pays vaincus à adopter cette politique qui découle de l'armistice. Elle entraînera l'alliance de certaines forces de droite et de gauche avec l'Allemagne sous l'égide du régime de Vichy, ce dernier poussant la collaboration jusqu'à organiser l'envoi de travailleurs dans l'industrie de guerre allemande et de combattants sur le front de Russie. Une réaction française viendra du général De Gaulle réfugié à Londres qui, par son appel du, commence à reconstituer une force combattante qui s'affirmera dans les années suivantes.
Toutefois, le Maréchal Pétain étant de jure chef du gouvernement, il se mettait délibérément lui-même dans un rôle politique, ceci à son corps défendant, afin d'éviter aux populations des conditions trop dures et de pouvoir conserver la flotte intacte.
Le Gouvernement polonais en exil, représentant officiel et légitime de la Pologne, est transféré de France au Royaume-Uni dès la demande d'armistice. Il rassemble rapidement les militaires polonais désireux de poursuivre la lutte et constitue l'Armée polonaise de l'Ouest, jusqu'en 1944 première force alliée aux côtés des Britanniques. Les escadrilles polonaises (303e escadrille de chasse polonaise et 302e escadrille de chasse polonaise) constituées au sein de la RAF auront un rôle déterminant pendant la Bataille d'Angleterre.
Le gouvernement hollandais continuera la guerre dans la Royal Air Force et avec une partie de la marine dont la marine de guerre qui combattra jusqu'à l'engloutissement contre les forces japonaises conquérant l'Indonésie.
Le gouvernement belge en exil continuera la guerre, notamment en Afrique, avec la victoire contre les Italiens d'Abyssinie, et sur mer et dans les airs avec trois escadrilles dans la Royal Air Force, ainsi qu'en Europe continentale en soutenant la Résistance armée et, plus tard, par l'envoi de troupes qui vont contribuer à la libération de l'Éthiopie, du nord de la côte française et de la Belgique.
Dans l'Europe occupée par les armées allemandes, une résistance clandestine s'organise constituée de divers groupements nés spontanément avant d'être prise en mains depuis Londres par les gouvernements en exil aidés par les Britanniques. Messages radio en langage codé, parachutages d'armes et envois de personnel formé au sabotage et à la guérilla vont démontrer, durant toute la guerre, que les gouvernements de Belgique et des Pays-Bas régentés par les nazis entendent affirmer leur légitimité comme seules autorités légales de leurs pays. En France, ce sont d'abord les Anglais de l'Intelligence service qui entament des contacts avec la résistance intérieure qui s'organise avant la prise en mains progressive des Français gaullistes qui avaient refusé l'armistice de Pétain.
L'Armée britannique n'a pas été anéantie en , car la résistance franco-britannique a protégé le rembarquement de Dunkerque, ainsi que la bataille d'arrêt menée par l'armée belge sur la Lys du 23 au 28 mai 1940. Il en résultera, pour les Français, d'être enfermés dans la poche de Lille. Avant de capituler, les Français qui y combattent retardent les Allemands assez longtemps pour permettre le rembarquement en protégeant les arrières britanniques. Rapatriée, l'Armée britannique refera ses forces à l'abri de la mer. D'autre part, la commandée par le général de brigade à titre provisoire de Gaulle, parvient à s'enfoncer quelques jours dans le flanc de la progression allemande à Abbeville. Mais ce succès n'est pas exploité, faute de soutien logistique, d'appui aérien et de renforts. C'est que le commandement français, abasourdi par la rapidité manœuvrière de l'Armée allemande, reste sans trouver de solution devant les progrès quotidiens de l'ennemi. Les unités françaises qui ne se sont pas effondrées sont envoyées en ordre dispersé, dans des contre-attaques locales, du fait de la nature extrêmement mouvante de la situation.
De plus, l'ordre de Hitler de laisser à la Luftwaffe la tache d'interdire la retraite par la mer et d'arrêter l'avancée des troupes blindées quelques kilomètres avant la mer a bien facilité la réussite de la défense.
Pourtant, les troupes alliées n'avaient pas toujours reculé devant le combat : on peut citer le sacrifice, chez les Belges, des chasseurs ardennais à Martelange et Bodange et Chabrehez, ainsi qu'à Vinkt, pendant la bataille de la Lys. Il faut citer la victoire française de la bataille de Hannut, première bataille de chars de l’histoire ; la bataille de Stonne surnommée le « Verdun de 1940 » ; la contre-attaque du RI appuyé de chars FCM 36. À Saumur, les jeunes Elèves officiers de réserve résistent héroïquement face à une division allemande, qui leur rendra des honneurs militaires appuyés après leur reddition.
Finalement, les troupes françaises déplorent soixante mille morts en six semaines de combats (on trouve également fréquemment le chiffre de français tués en ). La Belgique termine sa campagne des dix-huit jours avec .
Obstiné, dès avant la guerre, dans sa conception du front continu, l'État-Major français est rejoint par les chefs militaires belges qui, comme les Français, en étaient restés aux conceptions héritées de 1914-1918. Les Britanniques n'ont pas non plus compris à temps que les Allemands ne se souciaient pas d'avancer sur un front continu, mais procédaient par percées profondes de chars rapides appuyés par des attaques aériennes incessantes, désarticulant le front de leurs adversaires
Les forces de l'aile gauche française et le corps expéditionnaire britannique ayant été enfermés, dès le , dans une vaste poche autour de Dunkerque (nord de la France), le rembarquement est rendu possible par le sacrifice d’une division d’infanterie française qui se fait littéralement tuer sur place, luttant à un contre quatre durant plusieurs jours jusqu'à épuisement des munitions, appuyée par l'infanterie britannique et la RAF qui a autant souffert que l'Armée de l'air française dans cette bataille, qui permet l’évacuation de , en grande majorité Britanniques, dans des conditions épouvantables. L'Armée britannique parvient ainsi à sauver ses hommes, mais perd tout son matériel. La plus grande partie des Français seront renvoyés en France pour reprendre le combat et seront finalement faits prisonniers après l'armistice signé par le gouvernement Pétain. Les militaires belges, orphelins de leur pays vaincu, resteront en Angleterre où ils reconstitueront de nouvelles forces en vue de la reconquête future du continent sous l'autorité du gouvernement belge en exil.
Le , l'offensive reprend alors vers le sud avec une supériorité numérique désormais écrasante. Le général Weygand, nommé commandant en chef des armées françaises en cours de bataille, a constitué une ligne de défense sur la Somme, le canal Crozat, l'Ailette et l'Aisne dite Ligne Weygand ou position Somme-Aisne. L'attaque allemande est déclenchée tout d'abord () sur la Somme et l’Ailette, puis () sur l’Aisne. Malgré une résistance héroïque des unités françaises deux jours durant, le , le front français est percé sur la Somme, le sur l'Aisne.
Devant la déroute des restes des armées françaises, le gouvernement quitte Paris le pour Tours et ses environs. Les réfugiés qui fuient la Belgique et le Nord de la France sont alors rejoints par de réfugiés de la région parisienne. Pour Jean-Pierre Azéma, entre le et le , au moins six millions de Français abandonnent leur domicile et participent à l'exode de 1940, se retrouvant sur les routes sous les attaques des Stukas de la Luftwaffe, ruinant la logistique militaire française. La bataille de France est perdue, en dépit de la résistance farouche et héroïque de nombreuses unités, comme pendant la bataille d'Amiens du au (les 16 et 24 divisions d'infanterie françaises stoppent plus de trois "Panzerkorps" pendant neuf jours et causent la perte de ).
Les troupes allemandes atteignent la Seine à Rouen le . Paris, déclarée ville ouverte tombe sans combat le . Entre les 13 et , les Allemands franchissent le Rhin entre Schœnau et Neuf-Brisach. Guderian s'engouffre alors jusqu'à Pontarlier, atteint le , et Belfort, le , prenant à revers les unités restées dans la ligne Maginot et les capturant en masse après quelques jours de combat.
Dans le même temps, Weygand concentre les troupes qui lui restent sur la Loire pour en faire un dernier obstacle à l'avancée ennemie. Les Allemands arrivent à Orléans le , passent le même jour le fleuve en plusieurs points entre Gien et Nantes. Tandis que Pétain, nouveau chef du gouvernement, appelle à cesser le combat le , les Allemands poursuivent vers le Sud. Cherbourg en Normandie est prise le en même temps que les Allemands arrivent au bord du Cher (« frontière » de la future ligne de démarcation) et sont devant Lyon le , puis ce sont Clermont-Ferrand, Angoulême et Bordeaux qui sont atteints le , veille de l'armistice, alors que, le , Rommel s'est emparé du port breton de Brest.
Le , Mussolini, allié de Hitler, déclare la guerre à la France, alors en pleine déroute militaire : l'attaque italienne est qualifiée à l'époque de . Les troupes italiennes, commandées par le prince héritier Humbert de Savoie, ne parviennent cependant pas à avancer à travers les Alpes : sur le front du nord-est, la ligne Maginot a joué son rôle, et l’armée des Alpes, commandée par le général Olry, résiste victorieusement face aux armées italiennes à l’est, et allemande au nord.
Le dictateur espagnol Franco, sollicité d'entrer en guerre contre la France, refuse, même lorsque l'effondrement français est patent.
Le 14 juin, les armées allemandes atteignent Paris déclarée ville ouverte.
C'est la panique en France dans le monde politique et militaire. Les uns se résignent à la défaite et réclament l'armistice, les autres veulent poursuivre la lutte comme promis aux Britanniques, en s'appuyant sur l’Empire et notamment l'Afrique du Nord. La création d'un réduit breton, destiné à accueillir le gouvernement pour poursuivre le combat, était envisagé.
C'est le premier camp, soutenu par le général Weygand, le maréchal Pétain, Pierre Laval et l'amiral Darlan, qui l'emporte. Le président du Conseil Paul Reynaud, qui voulait continuer la lutte, choisit finalement de démissionner le . Son ministre de l'Intérieur Georges Mandel est arrêté une première fois dès le lendemain le . Le général de Gaulle, secrétaire d’État à la Défense, partisan aussi de la poursuite de la guerre, rejoint Londres le , d'où il prononce son appel devenu célèbre sous le nom d'appel du , mais passé relativement inaperçu dans le chaos ambiant. Le noyau de la France libre se constitue alors, avec d'autres volontaires français. D'autres personnalités se sont aussi réfugiées en Amérique (Jean Monnet). Pour couronner la totale désorganisation française, le , les troupes allemandes découvrent, à la Charité-sur-Loire, un train abandonné transportant les archives secrètes du Grand quartier général Français.
Le président de la République Albert Lebrun nomme le Pétain président du Conseil. Le lendemain, ce dernier annonce à la radio que la France doit cesser le combat et demander l’armistice. Signé seulement le , avec une entrée en vigueur le à , le long intervalle permet à l’Armée allemande de faire prisonniers de soldats français.
Le gouvernement Philippe Pétain, constitué à Bordeaux le , et le Parlement s'installent en juillet à Vichy, ville disposant de grandes capacités hôtelières et d'un standard téléphonique récemment modernisé.
Le , vingt-sept députés, dont Mendès France, Daladier et Mandel accompagnés de quelques personnalités ou familiers, s'embarquent sur le . Ils sont tous arrêtés à leur arrivée le à Casablanca.
Le , la délégation française signe l’armistice dans la clairière de Rethondes, dans le wagon de l'Armistice, celui-là même qui avait servi de cadre à l'armistice de la Première Guerre mondiale et devant le monument qui parlait de l'« orgueil criminel de l'Empire allemand vaincu par les peuples qu'il voulait asservir ». Hitler fait ensuite filmer l'explosion du monument. Quant au wagon il est envoyé à Berlin et exposé avant d'être détruit en 1945. Hitler entendait ainsi effacer la défaite de la Première Guerre mondiale et humilier la France.
Le , la France doit aussi signer un armistice avec l'Italie qui avait tenté d’envahir les Alpes de son côté, sans réussir à dépasser les zones frontalières en Savoie et à Menton. La mise en application de l'armistice franco-allemand était conditionnée (selon de cette convention d’armistice) par la signature de l'armistice franco-italien. Les deux armistices entrèrent en application six heures après la signature du deuxième armistice, soit le à .
Les Allemands poursuivent leur avancée militaire jusqu'au minuit ce qui fait que les deux tiers de la France sont envahis ainsi que les îles Anglo-Normandes britanniques.
Après la catastrophe, et malgré la signature des armistices, les soldats de la ligne Maginot poursuivirent la lutte, estimant n'avoir pas été vaincus, et pour certains jusqu'à la mi-juillet. L'armée des Alpes n'a de son côté pas failli, en repoussant assez facilement tous les assauts de l’Armée italienne jusqu'aux derniers jours de combat.
La plus grande partie de la France est occupée par les troupes allemandes, le pays est divisé en une zone occupée et administrée militairement par l'Allemagne (Nord, Ouest et Sud-Ouest), et en une zone libre (Centre et Sud). Le gouvernement de Vichy du maréchal Pétain administre l’ensemble du territoire français et l’Empire.
Le Gouvernement polonais en exil du général Sikorski s'estimant non concerné par cette décision de son allié, aucune unité polonaise n'appliqua les consignes de l'armistice du . Environ polonais ont été tués ou blessés pendant la Campagne de France. Environ (soit l'équivalent d'une division) parvinrent à s'enfuir en Suisse (où ils restèrent internés). Enfin, de à polonais (selon les sources) parvinrent à être évacués vers la Grande-Bretagne, où ils reformèrent sous le commandement du général Sikorski une nouvelle Armée polonaise, qui allait devenir le polonais. La brigade du général Kopanski rejoint les troupes britanniques de la au Moyen-Orient après l’armistice du maréchal Pétain.
Dès que la décision de demander l’armistice fut prise par le nouveau gouvernement Pétain, le , chacun s'attendit au pire. Il suffisait de se rappeler les conditions drastiques qui avaient accompagné l'accord allié fait aux plénipotentiaires allemands de , pour envisager une terrible réaction des autorités du Troisième Reich.
Il en allait tout autrement pour la France de : non seulement les armées alliées avaient été détruites ou capturées, mais encore, près des deux-tiers du territoire national était occupé par la Wehrmacht. La convention d’armistice précise que la souveraineté française s'exerce sur l'ensemble du territoire et sur son Empire colonial, laisse de côté la flotte française mais son armée est réduite à (comme l'armée du traité de Versailles). Les Allemands obligent leur allié italien à retirer certaines de leurs exigences, particulièrement celles concernant la flotte et la Tunisie.
Paradoxalement, et avant qu'un tel état de chose n'empire, c'est l'opération Catapult, menée en , en vue de neutraliser définitivement le risque que représentait la flotte française, et qui aboutit au bombardement d'une escadre à Mers-el-Kébir, qui devait amener les autorités allemandes à plus de souplesse dans leur relation avec le gouvernement Pétain, allant jusqu'à envisager à la demande de celui-ci une politique de collaboration.
Les conditions de l'armistice sont motivées par les préoccupations d'Hitler à cette époque : il faut bien sûr, empêcher de façon durable que la France ne redevienne une grande puissance militaire, mais à court terme, il faut veiller à ce que sa flotte ne rejoigne pas le Royaume-Uni qui reste le dernier pays à vaincre ou à séduire, car un accord de paix avec le Royaume-Uni reste souhaité en cette fin du mois de juin. Enfin, il ne faut froisser ni l'allié italien, ni le potentiel allié espagnol. Hitler a rencontré Mussolini le à Munich pour le convaincre d'accepter les instructions de Weygand, qu'il avait devinées : le Duce voulait occuper la France jusqu'au Rhône, s'emparer de la flotte et annexer Nice, la Corse et la Savoie.
Ce sont toutes ces considérations complexes qui déterminent le contenu de la convention d'armistice, un texte bref de vingt-quatre articles, qui contient notamment les clauses suivantes :
En outre, l'Italie bien que revendiquant l'ancien comté de Nice et la Savoie, dont elle n'est pas parvenue à s'emparer, doit se contenter de Menton (selon les conditions de l‘armistice du 24 juin 1940 signée avec elle). Les autres territoires revendiqués ne sont occupés par l'Armée italienne que le , à la suite de l'invasion de la zone libre par les troupes allemandes puis italiennes.
Pour la plupart des pays participant aux combats, les pertes militaires sont bien connues :
À ces morts aux combats, s’ajoutent les pertes civiles, victimes de bombardements, d’exécutions sommaires et de massacres :
Pour la France, jusqu'à la fin des années 2000, le chiffre des pertes militaires du au n'était pas connu avec précision, les estimations faites par les historiens variant entre et , et entre et . Ces chiffres comprenant parfois également environ en captivité, et ; mais aussi et les morts de l’Armée de Vichy jusqu’au (combats du Levant et d’Afrique du Nord). Jean-Jacques Arzalier évalue ces pertes à non moins de et au plus à morts au combat et à , le chiffre le plus probable se situant entre et tués.
La période équivalente de 1914, les six premières semaines de combat, qui est souvent comparée sous cet aspect-là à la bataille de France, avait fait perdre à l’Armée française (tués, blessés, prisonniers), dont . En outre, de l'Armée française sont capturés par les troupes allemandes avant d'être internés dans différents types de camps. Un grand nombre de prisonniers tente de s'évader, réussissant sur l'ensemble de la période, sans compter ceux évadés dès les premiers mois avant leur transfert vers l'Allemagne.
En 2010, le fichier de l'état civil militaire de la Seconde Guerre mondiale, mis en ligne sur le site "Mémoire des hommes", a permis d'établir une statistique précise du nombre de morts de la campagne de qui s'élève à . Selon le Ministère de la Défense, « Le chiffre de , longtemps avancé et repris jusque par les meilleurs spécialistes de la période, révèle ainsi son caractère symbolique. Les pertes au combat s'établissent en réalité à , exception faite cependant des marins, dont les décès étaient enregistrés selon des procédures différentes ». Treize officiers généraux sont morts pour la France.
Outre les pertes humaines, les pertes en moyens militaires sont énormes :
L'Armée française était loin d'être aussi surclassée en quantité et en qualité qu'on a bien voulu le dire. D'un point de vue strictement matériel, elle faisait globalement jeu égal avec la Wehrmacht : son taux de motorisation était égal à celui de l'Armée allemande (autour des 20 %), et même supérieur dans le domaine de l'artillerie.
Les blindés français étaient plus puissants, mais moins rapides que les panzers ; les meilleurs chars français, les chars B1, étaient les mieux armés de la bataille ; et leur blindage était si épais que seul le allemand pouvait espérer le percer. Ils avaient toutefois des défauts de conception technique : le pointage du canon de 75 en casemate nécessite d'avoir le moteur constamment allumé, ce qui réduit l'autonomie déjà limitée. Surtout, ils ont été mal employés par l'état-major : sur les quatre divisions cuirassées françaises (contre dix "Panzerdivisionen" allemandes), deux seulement ont été utilisées pour attaquer en masse, les deux autres ont été dispersées dans des actions défensives, et sacrifiées vainement.
Des deux côtés on trouve de bons canons antichars : les canons de « » allemand, détournés de leur emploi primaire, seul capable de percer le blindage du char B1 ; le 25 et le français (le plus puissant jusqu'à l'armistice) – mais la défense antichar française était souvent clairsemée.
Le seul domaine où les Allemands disposent d'une supériorité technique très nette est l'aviation, mais cette supériorité est décisive. Le Reich applique à fond la doctrine de la « maîtrise de l'air ». Privilégiée par le régime nazi, la Luftwaffe est dotée d'avions très supérieurs à tout ce qui équipe les escadrilles alliées. Le chasseur surclasse nettement les Morane-Saulnier MS.406 français et Hurricane anglais qui constituent l'essentiel des chasses alliées, sur le plan de la vitesse (plus de chacun en vitesse maximale) et de l'armement. Ce déséquilibre ne peut être compensé par l'arrivée d'une centaine d'avions Curtiss américains à l'Armée de l'air française, ni par les premières livraisons de chasseurs modernes Dewoitine (, versés au GCI/3 principalement) ou Spitfire, qui n'équipent encore que de rares unités en . Du côté du bombardement, la Luftwaffe attaque avec des appareils très modernes, parfois plus rapides que les chasseurs alliés, et avec les bombardiers en piqué Stuka, qui détruisent méthodiquement les centres de résistance, les batteries d'artillerie, les chars alliés, et dont l'efficacité produit un effet psychologique très démoralisant sur les troupes au sol. Celles-ci n'ont qu'une défense antiaérienne faible (elle est principalement massée près des grandes villes). Enfin la Luftwaffe lance des raids massifs de bombardiers (souvent une centaine d'appareils à la fois), puissamment escortés, qui surprennent la chasse alliée non préparée à des combats de cette ampleur.
Une cause essentielle englobe un certain nombre de manquements dans le haut-commandement. Depuis 1918, l'Armée française disposait d'une structure de commandement complexe, extrêmement efficace sur le papier ; mais la disparition des compétences et le vieillissement des cadres avaient contribué à « ossifier » le commandement, qui se montra trop peu réactif et commit des erreurs majeures. Mais ces défauts n'étaient pas spécifiques à la France, on les retrouve dans toutes les démocraties, qui ne cherchaient pas à préparer une guerre. Seule l'Allemagne nazie a forgé un outil militaire offensif, avec les équipements, la motivation et la sélection des chefs adéquats. De fait elle vaincra tous ses adversaires jusqu'en 1942.
L'aviation est le domaine où l’Armée allemande domine dès le début de la campagne.
Le ciel n’est pas vide d’avions français, comme il a souvent été dit, même si les chasseurs français vraiment capables de rivaliser avec leurs homologues allemands sont encore trop peu nombreux au sein des unités, comme le Dewoitine D520, avec seulement une escadrille dotée de ces appareils le . D'autre part, au-delà des considérations statistiques, les avions français souffrent de défauts techniques qui réduisent encore leur efficacité : mauvais fonctionnement à haute altitude (armes enrayées par le froid, manque de dégivrage…), moteurs peu fiables. On a aussi noté des sabotages effectués dans les usines françaises sur des moteurs d'avion.
Signalons que l'Armée disposait à l'époque de nombreux avions modernes américains mais qui n'étaient pas équipés pour les combats et qu'elle avait aussi dans le midi de nombreux avions français neufs qui devaient recevoir des équipements complémentaires pour être prêts à l'usage militaire ou qui, même prêts pour le combat, ne pouvaient pas être amenés au front faute de pilotes pour les y amener.
Les aviateurs et la défense anti-aérienne parviennent tout de même à des résultats : 20 % des Messerschmitt-109 alignés en ont été abattus. Les pertes en mai-juin de la Luftwaffe (, en incluant les appareils perdus lors d'accidents) sont comparables à celles de la bataille d'Angleterre.
La chasse française, et marginalement la DCA, ont comptabilisé un nombre de victoires compris entre 400 et 500, malgré un système d'homologation « généreux » (tous les appareils ayant pris part à la destruction d'une cible se voient crédités d'une victoire) – chiffre qui peut être doublé si l'on tient compte des avions allemands gravement endommagés. Au moment de l'armistice, la France détenait allemands prisonniers. Cette usure de la Luftwaffe comptera de façon décisive dans la bataille d'Angleterre.
La dotation en DCA dans l'Armée française est globalement insuffisante, l'effort industriel en vue de la production de canons anti-aériens ayant été trop tardif dans les années précédant l'entrée en guerre. Beaucoup d'unités en seront réduites à utiliser leurs mitrailleuses comme défense anti-aérienne. L'un des principaux problèmes de l'aviation de chasse française vient aussi du fait que ses unités sont éparpillées sur l'ensemble du territoire, et de ce fait souvent indisponibles dans la zone des combats. Cela avait par contre l'avantage théorique non négligeable de réduire la probabilité de pertes massives d'avions en cas d'attaques surprises. C'est aussi et surtout l'absence de coordination avec les autres armes qui a déterminé le manque d'efficacité de l'aviation, alors que la tactique allemande implique une collaboration très étroite entre les troupes au sol et les unités aériennes, ces dernières se tenant à disposition des unités au sol dans des délais le plus souvent très brefs. Il est cependant à signaler que l'usage de cette tactique d'attaque combinée était connue et enseignée en France et qu'elle a même été appliquée au niveau de la première armée, dont le corps de cavalerie a pu bénéficier de l'appui de forces aériennes de reconnaissance et de bombardement en plus de l'appui classique de l'artillerie tractée. Cela explique en partie le succès qu'elle a eu lors des premiers combats en Belgique face à des unités allemandes blindées modernes aguerries. Cette doctrine d'emploi était connue dans certains état majors français, mais le problème c'était surtout que l'armée souffrait d'un manque de matériel moderne de télécommunication et de techniciens radio formés pour l'appliquer.
Le Haut Commandement français ne semble pas avoir réussi à préciser de doctrine d'emploi claire pour l'aviation dans les années 1930. Il n'a pas non plus réussi à compenser les grandes pertes en avions (environ 1000) et subvenir aux gros besoins en matériel de réparation et de maintenance de ses unités, malgré un effort industriel colossal pendant la campagne ; la France aura fin plus d'avions disponibles qu'au , mais une majorité sera capturée dans les dépôts et usines par les Allemands sans avoir pu servir. Beaucoup d'avions français, ainsi que la plupart des avions belges et hollandais, sont détruits au sol le par des attaques surprises d'avions allemands en piqué (principalement des Stukas conçus dans ce but). C'est encore l'aviation d'assaut allemande qui fait vaciller la résistance des réservistes tenant le front à Sedan.
Le 10 mai, l'artillerie antiaérienne belge, pourtant constituée d'excellents canons de marque Bofors de conception suédoise, est surprise à plusieurs endroits puis se reprend en se révélant une des armes les plus efficaces de la campagne de Belgique. Parvenant à soustraire la majeure partie de leurs batteries à la capture, les artilleurs les laissent aux Britanniques qui les récupèrent le . L'aviation belge rescapée des attaques du peut intervenir pour des bombardements de ponts, mais avec de grosses pertes, parfois pour des attaques en rase motte contre des pointes avancées d'infanterie allemande et pour l'observation et le réglage de tirs de l'artillerie terrestre. Les derniers appareils rescapés sont sabotés le .
Au sol, l'artillerie française, contrairement au début du premier conflit mondial et à la guerre de 1870-1871, n'a rien à envier à son homologue allemande. Les archives allemandes témoignent largement de l'efficacité et de la précision des artilleurs français. La guerre de mouvement rapide imposée par les Allemands réduit cependant le rôle de l'artillerie lourde française. Les batteries françaises seront souvent confrontées à des attaques directes de chars allemands et devront utiliser leurs comme antichar en tir tendu !
L'intervention de l'aviation britannique doit aussi être relevée, par exemple face à la percée du front à Sedan. Elle remporte une part honorable de victoires jusqu'au début de . Ensuite, ce qui en subsiste se replie en Angleterre qu'elle est chargée de défendre en priorité pour ne plus guère intervenir efficacement dans le ciel français.
En y regardant de près, on pourrait conclure que c'est la supériorité tactique et technique de la Luftwaffe qui a rendu la victoire allemande possible en .
On peut aussi fortement regretter l'absence décisive d'exploitation par le généralissime Gamelin des repérages multiples et répétés par l'aviation de reconnaissance des troupes allemandes fortement concentrées sur les routes ardennaises avant leur percée à Sedan et la non-application des plans de destructions de ponts et de routes qui étaient pourtant prévues en cas de mouvements allemands trop rapides.
Toutefois, les pertes allemandes (20 % des effectifs engagés de la Luftwaffe) ont été importantes et seront une des raisons de l'échec allemand de la bataille d'Angleterre.
La France dispose des SOMUA S35 et les B1/B1 bis qui sont "a priori" les plus puissants chars au monde de l'époque. Leur blindage résiste à tous les canons antichars allemands de l'époque, ainsi qu'aux canons des panzer II, III et dans certains cas des panzers IV, et leur armement surpasse celui de tous les panzers, y compris le PzIV (ce dernier étant efficace seulement à moins de ).
S'il est vrai que la majorité des chars en service sont des blindés légers (Renault R35, R39, Hotchkiss H35, H39, sans compter un grand nombre de FT17/18 datant de la Première Guerre mondiale totalement dépassés), c'est également le cas dans les divisions blindées allemandes, où le char le plus puissant, le panzer IV, seul capable de rivaliser avec les chars Somua S-35 et B1 "bis" français, ne représente qu'environ 10 % des blindés en service.
Les blindés légers français, bien qu'ayant un armement inefficace en combat anti-char contre les PzIII et PzIV, disposent cependant d'un bien meilleur blindage que les PzI et PzII allemands.
Lors de la première bataille de chars de l’histoire (la bataille de Hannut), les chars français font jeu égal avec les panzers, ces derniers conservant l'avantage uniquement grâce à leur couverture aérienne efficace et parfaitement coordonnée, et aux terribles canons antichar/antiaériens de .
Un des plus gros défauts des chars français était leur tourelle à un seul homme. Le chef de char, seul dans sa tourelle, était comme l'homme-orchestre: à la fois viseur, tireur et devant recharger son canon, il était submergé par les tâches à accomplir alors que la conception des chars allemands (cinq hommes dans les chars lourds) permettait une meilleure répartition des tâches et donc une meilleure efficacité du char en combat.
La plupart des chars français n'étaient pas équipés de radio. Ceux qui l'étaient ne pouvaient en tirer grand avantage du fait de leur faible portée et de leur mauvaise fiabilité. On doit s'imaginer des chefs de bataillon de char obligés de communiquer leurs ordres par fanion depuis leur tourelle, certains ayant été surpris la tête hors de leur char par une attaque allemande. La radio étant généralisée dans l'Armée allemande, il était extrêmement facile pour elle de guider ses unités, de faire passer des ordres rapidement et ainsi d'obtenir un mouvement coordonné et immédiat des unités engagées.
Un autre aspect essentiel des chars français vient de leur conception en tant que soutien d'infanterie, conformément à la doctrine en vigueur dans l'Armée française (et britannique) de l'époque. Ils étaient insuffisamment endivisionnés alors que les Panzerdivisions étaient capables d'actions autonomes « en profondeur », c'est-à-dire derrière le front ennemi après sa rupture.
Leur vitesse moyenne et leur autonomie inférieure à celle des chars allemands (à l'exception du S35), en particulier celles des B1bis, feront qu'un grand nombre de ces excellents chars finiront en panne de carburant au milieu des champs de bataille, sabordés par leurs équipages, détruits par les Stukas ou récupérés par les Allemands. À noter que l'utilisation des jerrycans (invention allemande, d'où leur nom : "bidon fritz" en anglais) permettait aux équipages allemands d'être ravitaillés par avion, et de remplir leur réservoir autrement plus facilement qu'avec les pompes à main utilisées par les Français, ces derniers devant passer à la pompe l'un après l'autre dans un processus interminable.
C’est principalement aux niveaux opérationnel et tactique, soit la doctrine d'emploi des armes, en particulier des blindés, et de la liaison chars-avions, que l’Armée française se révèle inférieure.
Alors que les allemands sont regroupés au sein de dix divisions très autonomes et cohérentes d'environ soutenus par de l’infanterie, du génie, de l’artillerie motorisée, un système logistique performant et surtout par l'aviation d'assaut, plus des deux tiers des français sont éparpillés en « groupements de bataillons de chars » d'une centaine d'engins aux diverses armées, sans aucune autonomie opérationnelle ni appui suffisant d'infanterie ou d'artillerie et surtout, ce qui sera le plus grave défaut de la tactique française, sans soutien aérien ou logistique adapté. Pour l’état-major français de l'époque, le blindé restait principalement un élément d'accompagnement et de soutien de l'infanterie, tout comme en 1918.
Les chars français sont donc conçus en conséquence et, en dépit de leur blindage et de leur armement supérieur, souffrent de nombreuses lacunes par rapport à leurs rivaux allemands dont notamment l'absence quasi totale de système de communications radio qui, lorsque présents, ont souvent des problèmes de fiabilité. En comparaison, tous les chars allemands disposent de radios modernes et fiables.
Leur autonomie est réduite également du fait de leur conception en tant que soutien d'infanterie, qui se combine avec la lenteur et la lourdeur du système de ravitaillement en carburant par camion citerne, alors que les Allemands utilisent des "jerrycans" qui permettent un approvisionnement bien plus rapide. On note aussi la prédominance de tourelles monoplaces où le chef de véhicule est surchargé par les tâches à accomplir. D'une certaine façon, le pire côtoie le meilleur. On voit néanmoins des succès francs, comme à Stonne, , ou encore à Hannut et à Montcornet (offensive de De Gaulle). Mais les chars français ont peu d'opportunités pour profiter de leurs avantages et ne peuvent influer sur le cours des événements, car la guerre menée par les Allemands va plus vite qu'eux.
À signaler également la première attaque de nuit de l'histoire par des chars lors de la bataille d'Abbeville, un succès français
Si l'emploi combiné de l'aviation et des blindés explique en partie la défaite française, elle est insuffisante à elle seule. Élaborée et mise en pratique sur le plan tactique par les Allemands lors de la campagne en Pologne en 1939, son efficacité contre l’Armée française était encore sujette à caution au sein du commandement allemand avant le déclenchement des opérations. Même si elle y reçoit un écho peu favorable, en raison du conservatisme de l’état-major, elle est prônée aussi en France et aurait pu être appliquée par certains de ses théoriciens comme le colonel Charles de Gaulle. Mais il se heurta au conservatisme de certains des chefs de l'Armée française des années 1930.
La France dispose en mai de sept divisions blindées : les , et légères mécaniques (nettement inférieures aux divisions Panzer) et , , et cuirassées. Certes, les deux dernières ont été constituées à la hâte après le début du conflit, mais la plupart sont plus puissantes que leurs équivalentes allemandes même si elles sont moins bien organisées.
En 1934, alors qu'il est ministre de la guerre, Pétain limite les travaux de la ligne Maginot, pensant que les Ardennes étaient une barrière naturelle infranchissable pour les Allemands.
Avant la guerre, l'état-major français prévoyait que les Allemands tenteraient une répétition du plan Schlieffen de 1914. Ce postulat était très rationnel et cohérent avec la sclérose de la bataille d'encerclement qui sévissait au sein de l'état major allemand (toutes les batailles livrées par la Wehrmacht pendant le conflit seront des batailles d'encerclement, tentatives de répétition à échelle stratégique de la bataille de Cannes). Une trahison vénale avait de plus livré aux alliés le plan de bataille allemand original, qui prévoyait en effet de passer par la Belgique. Les allemands apprirent cette trahison et changèrent leurs plans en conséquence. Le plan français envoya donc aux Pays-Bas la plus mobile des armées françaises afin de couper l'herbe sous les chenilles allemandes, ce qui laissa le champ libre dans les Ardennes. Quant à l'exécution du plan Allemand, Rommel mena sa division à bride abattue sur plusieurs centaines de kilomètres vers l'ouest malgré les tentatives désespérées de son propre État-major pour le faire freiner et au mépris de toutes les règles les plus élémentaires de la guerre : une telle manœuvre en territoire ennemi, sans support de l'arrière avec le menace constante du sectionnement du « cordon ombilical » le reliant à la base, était considérée comme un suicide. De fait, il passa plusieurs fois bien près du désastre, mais il réussit.
Dès le début, les erreurs et les effets de la rigidité de la structure de commandement s'accumulèrent.
Les déficiences du système de communication se font cruellement sentir : ordres reçus trop tard, contre-ordres envoyés trop tard, lenteur générale de la circulation des informations ; les messages sont toujours codés, même là où ce n'est pas nécessaire.
Les meilleures unités blindées furent baladées et souvent éparpillées inutilement entre les différents points du front, puis utilisées en missions-suicide de retardement. Certains généraux d'armée virent arriver des unités sans même être au courant qu'elles étaient placées sous leurs ordres.
L'état-major fut rapidement débordé par l'avance fulgurante des armées allemandes, et sera presque toujours incapable de réagir à temps, ne sachant parfois même pas où se trouvaient leurs propres unités, et encore moins où se trouvait l'ennemi.
Avant la guerre, des parlementaires et militaires avaient tout de même alerté le gouvernement et l'état major sur l'insuffisance des défenses de la région de Sedan, mais sans succès face à l'aveuglement idéologique des responsables militaires qui étaient persuadés que les Allemands agiraient conformément à leurs prévisions. Ils croyaient toujours que les Ardennes étaient impénétrables par des chars et ce, malgré le fait qu'un "Kriegspiel", organisé quelques mois avant l'attaque allemande, avait montré que ce n'était pas le cas.
Les chefs français avaient visiblement oublié les enseignements de Napoléon, pour qui le plan de bataille considéré comme parfait, préparé jusque dans ses moindres détails, était voué à l'échec s'il ne prenait pas en compte l'imprévu.
Les Allemands, étant capables de s'adapter rapidement aux imprévus, ne commirent pas cette erreur en plus de ne pas « jouer » selon les règles prévues par l'état major français…
L'idée d'une tactique allemande irrésistible, la "Blitzkrieg" (le mot a été inventé par la presse britannique de l'époque), est apparue comme une évidence par tous ceux qui l'ont vécue sur le terrain, d'abord lors de l'écrasement de la Pologne, ensuite à l'ouest en . Elle a été mise de l'avant après la défaite par les chefs militaires français, pour minimiser leur responsabilité dans la débâcle française. Dès le procès de Riom, les autorités vichystes qui font juger les « fautifs » de la grande débâcle du , vont jusqu'à avancer les chiffres de et de plus de mis en ligne par la Wehrmacht.
Des historiens, tels que Annie Lacroix-Riz, Kenneth Macksey ou John Keegan, apportent aujourd'hui une analyse nouvelle sur cet épisode historique et remettent en question la supériorité de l'Armée allemande ou les causes purement militaires et le défaitisme ambiant ayant conduit au désastre. Ils mettent au jour la responsabilité des élites dont on parlait peu jusqu'alors. En fait, la Blitzkrieg est à la fois une réalité (manifestée par des offensives brutales et une mobilité remarquablement organisée des unités blindées allemandes appuyées par l'aviation) et un "mythe", dans la mesure où il s'agit plus d'un "accident" dû aux circonstances et au coup d'œil des commandants de Panzer Division que d'une doctrine ou d'un plan préparé et prévu. Celui-ci inspirera à leur tour les généraux alliés, y compris le Français Leclerc de Hautecloque. Le succès allemand de 1940 tient beaucoup plus du « coup de chance » que du véritable modèle théorisé : il le deviendra progressivement et sera reproduit avec succès en Libye, dans les Balkans et en Russie.
L'un des aspects parmi les plus stupéfiants de la Bataille de France est sans nul doute la capitulation française éclair, alors même que l'ensemble de l'Empire colonial restait intact ainsi que la flotte méditerranéenne. On peut s'interroger sur ce non-exil du gouvernement, alors même que certains, comme les polonais, pourtant privés de territoire, continuaient officiellement la lutte depuis la Grande-Bretagne.
Lors de la retraite au mois de mai 1940, puis de la débâcle en juin, l’Armée française a quand même connu des succès : la bataille de Hannut près de Gembloux menée par le général Prioux, la bataille de Flavion, près de Charleroi et menée par le général Bruneau, qui eurent pour effet de retarder les chars allemands de tandis que des chars français, dirigés par le capitaine Billotte, reprirent dix-sept fois le village de Stonne aux mains des Allemands durant une période de quatre jours.
Mais dans tous ces engagements, le soutien aérien français est insuffisant pour permettre une exploitation durable propre à stabiliser les lignes alliées. Ainsi, le , le colonel De Gaulle reçoit la mission de retarder l'ennemi dans la région de Laon. Sa division blindée n'est pas encore complètement opérationnelle, mais malgré cela sa contre attaque de Montcornet parvint à s'enfoncer de plusieurs dizaines de kilomètres dans le front ennemi avant de devoir retraiter par manque d'appuis au sol et de soutien aérien.
La ligne de résistance Weygand sur la Somme et l'Aisne fut l'objet de combats très durs un peu partout et de succès défensifs locaux. Parmi eux, le fait d'armes du d'infanterie qui va tenir le village d'Attigny du au pendant de combats consécutifs.
Il faut aussi mentionner le combat pour l'honneur des Cadets de Saumur : à peine soutinrent le choc de à allemands pendant plusieurs jours. À la fin des combats, les Allemands pensaient avoir eu devant eux plusieurs divisions. Impressionné par la ténacité des Français et par le fait d'avoir été tenu en échec par un poignée d'hommes, le général allemand commandant l'attaque eut un des plus beaux gestes de la campagne de France: il fit rendre les honneurs de la guerre aux survivants et leur permit de quitter Saumur avec armes et drapeaux et de passer la ligne de démarcation 2 jour plus tard, également devant un piquet de garde allemand au garde à vous, rendant les honneurs en gants blancs, L’armée des Alpes a également tenu les Italiens en échec jusqu'au bout, avant que les Allemands n'attaquent à revers (bataille de la vallée du Rhône).
Il est à noter que le taux de pertes de part et d'autre augmente à partir de début juin malgré la désagrégation progressive de l'Armée Française, ce qui tend à infirmer le mythe d'une armée capitulant sans combattre.
On peut aussi noter que, même après la signature de l'armistice, des unités françaises continuèrent à se battre (les gros ouvrages de la Ligne Maginot), refusant de se rendre malgré la démission des chefs. Il fallut de nombreuses injonctions du nouveau gouvernement, menacé par les Allemands de représailles dont l'annulation de l’armistice, pour qu'ils déposent les armes seulement après le . L'Armée française de 1940 n'a donc pas été vaincue sans combattre. Les hommes ont fait ce qu'ils ont pu avec les moyens inadaptés et insuffisants qui leur avaient été fournis et les exemples de courage et de sacrifice n'ont pas manqué.