Caligula

Caligula ( à Antium - à Rome) (latin : ) est le troisième empereur romain, régnant de 37 à 41, succédant à Tibère. Après un début de règne prometteur, où il est en grande faveur auprès du peuple romain, il devient peu à peu un empereur autocratique, délaissant et assassinant ceux qui avaient soutenu son ascension, tout en nourrissant une grande haine pour le Sénat. Il meurt à Rome en 41, assassiné par plusieurs membres de la garde prétorienne.
Caius Augustus "Germanicus", Caligula ("petite sandale" en latin), fils du très populaire Germanicus et d'Agrippine l'Aînée, naît la veille des calendes de septembre en l'an 12, sous le consulat de son père et de C. Fontenius Capito.
Selon Suétone, ce n'est que vers l'âge de deux ans qu'il fut envoyé en Germanie rejoindre sa famille. Enfant, il accompagna sa mère qui suivait souvent son père dans les camps militaires et ses bottines adaptées à ses petits pieds lui ont valu le surnom de « "Caligula" » (diminutif de "caliga"), qu'il finit par détester. Il fit partie du voyage vers la Syrie, qui vit la mort de son père. À son retour, il fut d'abord confié à sa mère, Agrippine l'Aînée, puis, après la relégation de celle-ci, à sa bisaïeule Livie. En 29, à la mort de cette dernière, il prononça son éloge funèbre et fut recueilli par sa grand-mère Antonia, avant de rejoindre finalement Tibère.
Tibère avait assigné sa succession conjointement à son propre petit-fils Gemellus et à Caligula, qui se fit seul reconnaître par le Sénat en l'an 37. Le nouvel empereur adopta d'abord Gemellus, avant de le faire exécuter en 37 ou 38 pour un obscur complot.
Pendant six mois, les Romains purent se féliciter d'un empereur juste, utile et libéral, qui leur faisait oublier la sinistre fin du règne de Tibère. Pour ses premières actions, le Sénat lui décerne un bouclier honorifique en or, que, tous les ans, les collèges des pontifes devaient porter au Capitole, suivis du sénat et de la jeune noblesse qui chantait des hymnes à sa louange. Son règne bascule par la suite dans la démesure. Ce changement a longtemps été mis sur le compte d'une grave maladie à l'automne 37 mais une analyse minutieuse montre qu'elle n'entraîne aucun changement politique significatif.
Dès lors il s'achemina comme son grand-oncle vers le despotisme, s'adonnant, selon certaines sources, à la débauche, on lui prête entre autres une longue liaison incestueuse avec sa sœur Drusilla, qui pourrait trouver sa source dans la volonté d'imiter les mariages consanguins égyptiens et la tentation du despotisme oriental. Le prince descendait d'Antoine, et l'on connaît la fascination qu'exerçait sur ce dernier la monarchie « à l'orientale ». Certains assurent qu'il était en fait déjà atteint psychologiquement avant son avènement, mais que, le pouvoir aidant, il devint vite un empereur tyrannique et mégalomane, se prenant pour Jupiter. Cependant, de nombreux historiens et écrivains modernes s'interrogent sur la folie réelle du jeune empereur. L'étude des sources anciennes remet en question la théorie de « l'empereur fou ». Son court règne concorde avec la première tentative de divinisation d'un prince vivant, sur le modèle des monarchies hellénistiques.
Il ridiculisa le Sénat et l'institution des consuls (notamment en prostituant les épouses des sénateurs), fit assassiner ou bannir la plupart de ses proches, et on l'accuse encore de s'être amusé à faire pratiquer d'horribles tortures en plus de meurtres arbitraires. La principale source sur son règne, Suétone, est cependant très partisane, les méthodes de Caligula ne différant guère de celles de la plupart des Princeps. Il se concilia cependant le peuple notamment avec les jeux du cirque.
C'est sous son règne qu'eurent lieu les émeutes anti-juives d'Alexandrie (38-40), un épisode relaté par Philon d'Alexandrie dans Légation à Caius.
Une dernière conjuration eut enfin raison du "princeps" : en l'an 41, après trois ans dix mois et huit jours de règne selon Suétone, il fut assassiné dans sa par les soldats de sa garde, sans que l'on sache qui était le commanditaire. Selon toute vraisemblance, il s'agissait d'un meurtre domestique plus que politique. Le Sénat, probablement après des accords plus ou moins discutables, accorda le principat à son oncle Claude. Celui-ci épousa plus tard une autre sœur de Caligula, Agrippine la Jeune, la mère du futur Néron, le dernier des Julio-Claudiens.
Après Tibère, Caligula, toujours de la même famille impériale (les Julio-Claudiens), est un autre exemple extrême de l'étonnant système politique romain. La succession familiale l'avait placé sur le trône, les institutions ne pouvaient l'en déloger et les conjurations ne purent jamais l'abattre : séduit par l'Orient, il comptait régner à Rome comme un prince oriental qui, à l'exemple d'un Dieu vivant, dispose de ses sujets comme des objets et n'a de compte à rendre à personne.
Cette description physique émise par Suétone au sujet de l'empereur Caligula est extrêmement riche et sombre : le polygraphe, dans son œuvre, le décrit pareil à une chèvre, monstrueux, afin d'accentuer l'horreur de ses actions commises durant son règne.
Cette description ne peut évidemment pas être prise au premier degré, elle est une caricature évidente. On connaît le portrait de Caligula grâce à des bustes de marbre ou grâce aux portraits monétaires.
Pour beaucoup, à l'instar de Néron mais bien avant lui, Caligula restera dans l'histoire comme l'archétype de "l'empereur fou", à travers le portrait peu flatteur qu'en ont fait ses biographes, en particulier l'historien Suétone.
Pourtant si on la détaille, cette folie, réelle ou feinte, s'apparente plus à une longue suite d'impertinences et de provocations :
Il s'agit là en fait d'une reprise par Caligula d'une phrase célèbre de son prédécesseur l'empereur Tibère "Oderint, dum probent ", « Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils m'approuvent » (la version de Caligula, avec "metuant", est empruntée à la tragédie "Atrée" de Lucius Accius ; Tibère en avait quelque peu atténué la violence). Cette phrase est également sa devise ;
La phrase d'origine complète étant : « J'aime le pouvoir car il donne ses chances à l'impossible. »
Quand il fut assassiné en 41, Caligula avait la titulature suivante :
Caius César Auguste Germanicus, pontife suprême, investi de la puissance tribunicienne pour la , consul pour la , père de la Patrie.