Friedrich Hayek

Friedrich Hayek, né Friedrich August von Hayek le à Vienne et mort à Fribourg, est un philosophe et économiste britannique originaire d'Autriche, membre de l'École autrichienne et promoteur du libéralisme, opposé au keynésianisme, au socialisme et à l'étatisme. Il est considéré comme l'un des penseurs politiques les plus importants du , et il reçut le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1974 pour « ses travaux pionniers dans la théorie de la monnaie et des fluctuations économiques et pour son analyse de l'interdépendance des phénomènes économiques, sociaux et institutionnels », prix partagé avec Gunnar Myrdal, récompensé pour les mêmes raisons.
Friedrich Hayek s'est intéressé à de nombreux champs de la connaissance humaine, comme l'économie, le droit, la psychologie, la philosophie ou la science politique. Sa pensée est notamment développée dans les ouvrages de philosophie politique comme "La Route de la servitude" (1944), "La Constitution de la liberté" (1960) ou encore "Droit, législation et liberté" (1973), ouvrages significatifs de la pensée libérale. Hayek a servi durant la Première Guerre mondiale et déclara que son expérience de la guerre et son désir d'aider à éviter de nouveau les erreurs qui ont amené à ce conflit ont mené sa carrière de penseur et d'économiste.
Hayek a vécu en Autriche, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, et a été naturalisé britannique en 1938. Il passa la majeure partie de sa vie académique à la London School of Economics, l'Université de Chicago et l'Université de Fribourg-en-Brisgau. Il a été nommé à l'ordre des compagnons d'honneur en 1984 par la reine Élisabeth II pour « ses services à l'étude des sciences économiques » et a reçu également la médaille présidentielle de la Liberté en 1991 par le président américain George H. W. Bush. En 2011, son article "Utilisation de l'information dans la société" a été sélectionné dans le top 20 des articles publiés par l"'American Economic Review" durant ses cent premières années.
Friedrich Hayek naît à Vienne sous l'Empire austro-hongrois dans une famille d'intellectuels : son père, August von Hayek, professeur de botanique à Vienne, a écrit un ouvrage de botanique réputé, tandis qu'il est cousin de Ludwig Wittgenstein par sa mère, née Felicitas von Juraschek. Il fait des études de droit et de sciences politiques à l'université de Vienne dont il est diplômé en 1921 (doctorat de droit) et 1923 (doctorat de sciences politiques). Touchant à nombre de domaines de la connaissance, il étudie également la psychologie et l'économie. Il considérait en effet qu'un bon économiste devait s'intéresser à tous les champs de la connaissance. Initialement proche des idées socialistes et notamment des Fabiens, il se rapproche des idées libérales après avoir suivi un séminaire privé de Ludwig von Mises avec, entre autres, Fritz Machlup. Il a reçu l'enseignement de Friedrich von Wieser avant de rencontrer Ludwig von Mises et de lire sous sa direction les ouvrages de Carl Menger et Eugen von Böhm-Bawerk.
De 1923 à 1924, Hayek est l'assistant du professeur Jeremiah W. Jenks de l'université de New York. Durant son séjour à New York, au cours duquel il commence sous la direction de James D. Magee une troisième thèse — qu'il laisse inachevée — intitulée « Est-ce que la fonction de la monnaie est compatible avec une stabilisation artificielle du pouvoir d'achat ? », il suit aussi des cours à l'université Columbia et à la New School for Social Research. Grâce à des lettres de recommandation de Joseph Schumpeter, il rencontre Irving Fisher et des institutionnalistes américains tels que John Bates Clark et Wesley Clair Mitchell. De retour en Autriche, il travaille pour le gouvernement autrichien, l'aidant à résoudre les questions économiques afférentes au traité qui met fin à la Première Guerre mondiale.
Il jouit alors d'une certaine notoriété, qui lui permet d'être invité en 1931 pour une série de quatre conférences à la London School of Economics (LSE) par l'économiste Lionel Robbins. Il y connaît un tel succès qu'il est par la suite nommé professeur à la LSE. Cet établissement compte alors dans son corps professoral des hommes qui auront une forte influence sur l'Angleterre de l'après-guerre : William Beveridge (directeur jusqu'en 1937), Harold Laski, professeur de science politique qui devient de plus en plus proche du communisme, Hugh Dalton qui sera après guerre ministre des finances (Chancelier de l'échiquier) dans le gouvernement de Clement Attlee.
Refusant de rejoindre l'Autriche annexée par les Allemands, il acquiert en 1938 la nationalité britannique. La même année, il participe au Colloque Walter Lippmann qui réunit à Paris de nombreux intellectuels libéraux, désireux de refonder le libéralisme. Sa réputation en tant qu'économiste grandit dans les années 1930 mais ses théories sont très mal reçues par les partisans de Keynes. Hayek regrettera d'ailleurs toute sa vie d'avoir décliné les invitations à contre-argumenter sur les politiques keynésiennes.
En 1944 paraît son ouvrage le plus lu, "La Route de la servitude". Il s'agit d'une analyse du totalitarisme qui se positionne à contre-courant des grandes idéologies qui dominent l'époque, nazisme et communisme. La thèse centrale est que la socialisation de l'économie et l'intervention massive de l'État sur le marché débouchent sur la suppression des libertés individuelles. Le pouvoir coercitif de l'État transforme toute question économique ou sociale en question politique. Il considère qu'il n'existe pas de différence de nature mais seulement de degré entre le communisme et le nazisme, entre socialisme et totalitarisme. C'est un succès commercial traduit en 20 langues et ayant connu plus de 30 rééditions aux États-Unis. Son édition abrégée dans le "Readers' Digest" en 1945 toucha environ 600 000 lecteurs américains. Ce livre n'est pas simplement une réflexion sur les grandes idéologies, il combat aussi les idées de Beatrice et de Sidney Webb, deux des fondateurs de la London School of Economics, de Harold Laski et de Edward Hallett Carr. Hayek ne triomphera pas et ce sont plutôt les idées de ceux auxquels il s'est opposé qui l'emporteront dans l'Angleterre de l'après-guerre. Si l'ouvrage le fait connaître du grand public, il acquiert une réputation de polémiste qui le dessert dans le monde académique. Il passera les décennies suivantes à l'écart du courant dominant universitaire. Plus tard, Hayek estimera qu'à cette époque son ouvrage l'a « discrédité » dans les milieux académiques.
En avril 1947, il cofonde la Société du Mont-Pèlerin, association internationale d'intellectuels désireux de promouvoir le libéralisme. Il en est président de 1947 à 1961 et y reste très influent jusqu'à sa mort.
En 1950, il quitte la LSE pour l'université de Chicago. Refusé au département d'économie, il enseigne les "« social thoughts »" (littéralement, les pensées sociales). Sa position n'est pas rémunérée mais il est financé par des mécènes, dont le "Liberty Fund". S'il y côtoie des économistes comme Milton Friedman, ses centres d'intérêts sont plutôt tournés vers la psychologie et la philosophie politique. De 1962 à 1968, année où il cesse d'enseigner, il est professeur à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Il restera cependant professeur invité à l'université de Salzbourg jusqu'en 1992.
En 1974, il partage le « prix Nobel d'économie » avec Gunnar Myrdal, un rival idéologique, pour , des travaux menés principalement dans les années 1930. Le comité salue une réflexion profonde et originale qui contribua peut-être à faire de lui un des rares économistes à alerter de la possibilité d'une crise économique majeure avant le crash d'automne 1929 : pour le comité Nobel, Hayek a montré comment l'expansion monétaire, accompagnée d'un crédit excédant le taux d'épargne volontaire, pouvait mener à une mauvaise allocation des ressources, affectant particulièrement la structure du capital.
Cette récompense entraîne un regain d'intérêt pour l'école autrichienne d'économie. Il reçoit la médaille présidentielle de la Liberté en 1991.
Paru en 1944 au Royaume-Uni, le pamphlet de Hayek défend le système de marché libre britannique et avertit des dangers du collectivisme. Pour Hayek, la conséquence ultime du planisme économique est le contrôle de l'univers politique et la disparition des libertés ; en ce sens les politiques que désirent les socialistes sont le cheval de Troie des idées totalitaires qu'ils rejettent.
Dans "Prix et production" ("Prices and Production", 1931) et "La Théorie pure du capital" ("The Pure Theory of Capital", 1941), il développe la théorie autrichienne de la conjoncture fondée par Ludwig von Mises selon laquelle la crise économique est provoquée par la politique monétaire expansionniste de la banque centrale qui fausse le système de prix relatifs dans la structure de production ; l'excès de crédit développe exagérément les étages de cette structure les plus éloignés de la consommation finale, où les hausses de prix révèleront ensuite que les investissements n'étaient pas rentables. Dans ces conditions, la politique d'ajustement devrait consister à laisser les prix revenir à leur configuration d'équilibre, tout en renonçant à l'excès de crédit et — contrairement à Keynes — en encourageant l'épargne pour réduire plus rapidement l'écart entre l'investissement et son financement, que la crise a révélé. Cette théorie de la conjoncture, lui vaut le « prix Nobel d'économie ».
La théorie économique autrichienne commence par énumérer les lois logiques de l'économie, et tient qu'il n'y en a pas d'autres qui soient stables (dualisme méthodologique). La différence majeure de son approche conjoncturelle est d'étudier la conjoncture en tenant compte du système des prix, et de la manière dont la planification centrale de la production de monnaie par la banque centrale fausse l'information dont ces prix sont porteurs.
Incarnant la tradition qui attribue les crises économiques et financières aux investissements mal dirigés par une politique d'excès de crédit, il rejette les explications de la conjoncture — qu'il juge ignorantes et superficielles — avancées par son ami et adversaire John Maynard Keynes qu'il décrit en 1976 comme un « homme de grande intelligence mais aux connaissances limitées en théorie économique ». Il lui reproche toutefois d'avoir déclaré « avoir toujours été et vouloir rester toujours un immoraliste ». Il regrettera de ne pas avoir, le jugeant inconstant et opportuniste, écrit à temps contre sa "Théorie générale" la réfutation qu'elle appelait. Par la suite, néanmoins, il se fera un jeu de montrer comment les politiques keynésiennes de relance économique, fondées sur l'utilisation du budget public, produisent sur le long terme à la fois inflation, stagnation économique et chômage (telle la stagflation des années 1970 en Angleterre et ailleurs), combinaison que la « macroéconomie » keynésienne excluait par hypothèse. Comme son mentor Mises, Hayek aura toujours rejeté la méthode macroéconomique de construction de « modèles » fondés sur des corrélations entre des agrégats, voyant dans les phénomènes conjoncturels un désordre de l'ensemble du système de prix, et jugeant entre autres que la notion de « niveau général des prix » masquait l'essentiel des phénomènes pertinents.
Hayek s'oppose aux intellectuels « constructivistes », selon son vocabulaire, qui établissent des « projets de société » dont il dénonce le « scientisme ». Dans une perspective épistémologique, il s'attache à montrer que nul ne peut appréhender le monde dans sa complexité, y compris les gouvernants. Tout projet de société collectiviste, toute tentative de gestion rationnelle et globale de la société ne tient nécessairement pas compte de l'autonomie des personnes et de l'imprévisibilité de leurs actes, et est vouée à l'échec. Par « constructivistes », Hayek désigne principalement les socialistes mais également les « conservateurs » qui entendent modeler la société conformément à leur idéal.
Hayek n’invoque pas dans son œuvre un calcul implicite de la Providence ou de la Nature, et il ne prétend pas non plus appuyer ses affirmations sur une maîtrise intellectuelle du système social qui serait telle qu’elle le mettrait en mesure de tout expliquer avec certitude. Il affirme au contraire qu’il n’est pas possible à la pensée humaine de dominer assez ce système pour le comprendre, et c’est là-dessus qu’il s’appuie pour justifier son attachement au marché. Il introduit un argument nouveau, inspiré de la sélection naturelle. L’idée de base de toute sa démonstration, c’est que les comportements qui permettent à la société de fonctionner de façon satisfaisante et efficace ont été sélectionnés et transmis à travers les générations sous forme de règles et de valeurs, mais que personne jamais n’a pu et ne pourra parvenir à la compréhension détaillée de l’ensemble du mécanisme qui fait passer d’une somme de comportements individuels à un effet collectif, et qui seule permettrait de justifier rationnellement ces règles et ces valeurs. « La plupart des règles de conduite qui gouvernent nos actions et la plupart des institutions qui se dégagent de cette régularité sont autant d’adaptations à l’impossibilité pour quiconque de prendre consciemment en compte tous les faits distincts qui composent l’ordre de la société. » L’accumulation au cours des siècles d’expériences réussies et d’échecs, à travers laquelle valeurs et règles de comportements ont été sélectionnées, est un phénomène trop complexe pour être appréhendé entièrement. Les expériences elles-mêmes sont oubliées, seules subsistent les règles et les valeurs, et ces dernières doivent d’autant plus être respectées que leur raison d’être nous échappe à jamais.
Contre les « constructivistes », sa critique s'étend aux domaines juridique et institutionnel : à la suite d'Adam Ferguson et autres auteurs-phares des Lumières écossaises (« Scottish Enlightenment »), Hayek affichait sa préférence pour les « structures ordonnées » ou « institutions » ("establishments") qui « sont le résultat de l'action d'hommes nombreux, mais ne sont pas le résultat d'un dessein humain », que ceux-ci ont progressivement constituées par une suite d'essais et de découvertes des erreurs, sans mépriser a priori la rationalité de leurs prédécesseurs. La filiation supposée entre l'évolutionnisme hayékien et les Lumières écossaises (David Hume, Adam Ferguson et Adam Smith) est toutefois très contestée.
Selon Hayek, la meilleure garantie pour le maintien d'une société civilisée réside dans le maintien d'un « ordre spontané » d'interaction entre les cerveaux individuels, qui seul permet « la mise en ordre de l'inconnu ». D'après lui, tenter d'imposer à la place un ordre planifié, forcément par un petit nombre, ne peut que détruire la production locale d'information et la discipline de la responsabilité qui sont nécessaires à la régulation de l'ordre social.
Sa critique contre les constructivistes s'étend aux économistes néo-classiques et à la tendance à vouloir assimiler les méthodes de la science économique à celles des sciences physiques et mathématiques :
C'est aussi pour avoir étudié les conditions dans lesquelles l'information se crée et s'emploie dans la société, dont Hayek a été un pionnier, que, s'opposant au scepticisme de celui-ci en la matière, les partisans d'une philosophie politique rationnelle ne doutent pas que le socialisme ne se sert des « oripeaux de la science » (l'expression est de Rothbard dans "Économistes et charlatans") et n'invoque une « rationalité » déterministe, en prétendant multiplier les « expériences » et « mesures » sur ses semblables, que pour faire comme si celle des autres n'existait pas.
Dans le même souci d'insister sur la complexité de l'ordre social et de la spontanéité de ses acteurs, Hayek a notamment entendu démontrer que la notion de « justice sociale » ne peut pas logiquement se traduire par des critères objectifs d'action « ici et maintenant », parce qu'on ne pourra jamais suffisamment prévoir les effets de nos actes pour dire si oui ou non ceux-ci conduiront à l"'état de la société" à atteindre dans l'avenir qui lui sert de référence et de norme — en supposant que les divers socialistes, qui opposent cette conception de la « justice » aux règles de la morale sociale commune, aient seulement réussi à se mettre d'accord dessus. Si on suit Hayek, la notion se réduit alors à un slogan que l'on invoque à l'occasion de divers actes de redistribution politique.
Comme la plupart des libéraux depuis Alexis de Tocqueville, Hayek considère que la démocratie est un moyen, et non une fin en soi : « Que dans le monde occidental, le suffrage universel des adultes soit considéré comme le meilleur arrangement, ne prouve pas que ce soit requis par un principe fondamental ». L'avantage principal qu'il reconnait à la démocratie est de permettre la transition pacifique au sommet du pouvoir politique. C'est « quelque chose de précieux, et qui mérite qu'on lutte pour le conserver ». Cependant, cela ne fait pas de la démocratie un régime à défendre pour lui-même et il est impératif que ce régime soit encadré par la "Rule of law" (règne du droit, règne de la loi ou état de droit). Ce n'est pas parce que le pouvoir émane du peuple qu'il doit être illimité : « "tout" gouvernement, et spécialement un gouvernement démocratique, devrait être doté de pouvoirs limités ». Entre un gouvernement démocratique sans limitation et un pouvoir qui ne tire pas son essence du peuple mais serait limité par la loi, c'est ce dernier qui emporte l'assentiment d'Hayek. déclare-t-il dans une conférence en 1976. Selon Gilles Dostaler, cette méfiance vis-à-vis de la démocratie illimitée doit être comprise au regard de l'histoire personnelle d'un homme qui a vécu à Vienne dans les premières décennies du et a observé directement les emballements des foules. Les antilibéraux lui reprochent souvent la section centrale de la citation suivante, énoncée dans un entretien à un journal chilien en 1981, à l'époque de la dictature Pinochet: « Je dirai que, comme institutions pour le long terme, je suis complètement contre les dictatures. Mais une dictature peut être un système nécessaire pour une période transitoire. Parfois il est nécessaire pour un pays d'avoir, pour un temps, une forme ou une autre de pouvoir dictatorial. [...] "Personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu'un gouvernement démocratique manquant de libéralisme." Mon impression personnelle est que [...] au Chili par exemple, nous assisterons à la transition d'un gouvernement dictatorial vers un gouvernement libéral. ». Le régime militaire dura toutefois de 1973 à 1989 et fit des milliers de victimes. En outre, certains critiques soulignent que Hayek insiste de plus en plus sur la nécessité d'imposer, y compris par la coercition, le respect des traditions. Selon Philippe Légé, « cette coexistence entre autoritarisme politique et libéralisme économique n'est pas incompatible avec les idées qu'il a défendues toute sa vie ».
La démocratie doit éviter la démagogie et l'atteinte aux actes individuels qui résulterait d'un débordement inconsidéré de la démocratie hors du champ restreint où elle doit s'appliquer selon Hayek. Il ajoute que la démocratie couplée à l'étatisme, tend à devenir totalitaire si le champ d'action de l'État n'est pas limité, la population poussant à toujours plus de dépenses. Hayek considère que les citoyens des sociétés occidentales ont cessé d'être autonomes en devenant dépendants des bienveillances de l'État.
Hayek reproche à la démocratie de son temps d'être devenue une . Pour lui la menace la plus importante pour l'ordre du marché et pour la démocratie n'est pas tant l'égoïsme individuel que celui des groupes. . Ce qui gêne aussi Hayek, c'est que, suivant Mancur Olson, il estime que tous les intérêts ne sont pas organisables et que ceux qui peuvent le faire risquent d'exploiter les autres.
Hayek a reçu une nouvelle attention dans les années 1980 et 1990 avec la montée des gouvernements conservateurs aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Après avoir remporté les élections générales britanniques de 1979, Margaret Thatcher nomma Keith Joseph, directeur de « l'Hayekien » "Centre for Policy Studies" comme secrétaire d'État à l'industrie du nouveau gouvernement. De même, David Stockman, responsable financier le plus influent de Ronald Reagan en 1981, était un disciple reconnu de Hayek.
Sur cette question du conservatisme, Hayek écrivit un essai, « "Why I Am Not a Conservative" » (« pourquoi je ne suis pas un conservateur ») (inclus en annexe à son livre "The Constitution of Liberty"), dans lequel il critique le conservatisme pour son incapacité à s'adapter à l'évolution des réalités humaines, ou à offrir un programme politique positif, en remarquant : « Le conservatisme a seulement la valeur de ce qu'il conserve ».
Hayek remarque bien que les conservateurs partagent de nombreuses opinions sur l'économie avec les libéraux classiques, en particulier la croyance dans le libre marché, mais il pense que c'est surtout parce que le conservatisme veut « rester immobile ». Ainsi, Hayek remarque dans son essai que « jusqu'au développement du socialisme, il s'opposait au libéralisme ». À l'inverse, le libéralisme classique embrasse le marché libre parce qu'il « veut aller quelque part », et non pas seulement conserver l'ordre existant. Hayek, qui se considère lui-même comme un libéral classique, note qu'aux États-Unis, il est devenu presque impossible d'utiliser « libéral » dans sa définition d'origine. Le terme libertarien doit être utilisé à sa place, un terme que Hayek juge « singulièrement peu attractif ». Il ajoute « ce que je crois diffère autant du vrai conservatisme que du socialisme ».
En fait, Hayek reproche aux conservateurs d'être des « constructivistes » prétendant, comme les socialistes, imposer un ordre social idéal et abstrait aux individus. En tant que libéral, Hayek considère au contraire que les individus font spontanément apparaitre un ordre social si on les laisse s'auto-organiser. Hayek critique : « Les conservateurs sont enclins à utiliser les pouvoirs du gouvernement pour empêcher le changement ou pour limiter sa vitesse [...]. Ils n'ont pas foi dans les forces spontanées d'ajustement » sociales. Mais à la fin de sa vie, en particulier dans l'épilogue de "Droit, législation et liberté" (1979, p. 183-211) et dans différents textes publiés par l'Institute of Economic Affairs, Hayek insiste de plus en plus sur « les bienfaits supposés du conformisme ».
Pour Friedrich Hayek, les constituants au ont bien perçu qu'il fallait séparer le judiciaire du législatif mais ils n'ont pas prévu que les assemblées législatives se verraient et donc qu'il se produirait . Son idéal de constitution vise à remédier à cela et prévoit deux organismes représentatifs, une cour constitutionnelle, un gouvernement et une administration. Son architecture institutionnelle se présente comme suit :
Luc Ferry et Alain Renaut estiment que la critique « anti-constructiviste » de Hayek et ses éloges d'un rationalisme non naïf mais critique et évolutionniste impliquent une "ruse de la raison" économique et donc une forme d'historicisme. Gilles Dostaler considère d'ailleurs que « dans son analyse économique comme dans sa réflexion plus globale sur la société, Hayek utilise parfois les armes théoriques dont il a longuement dénoncé les faiblesses ». De même, pour Philippe Légé, l’analyse de la défense hayékienne de l’ordre de marché révèle « une contradiction fondamentale. En effet, Hayek affirme que l’on doit parfois orienter l’évolution de l’ordre, en perfectionnant les règles ou en privilégiant certaines règles relatives à la propriété et aux contrats. Un tel ordre n’est plus spontané ».
D'autres lui ont reproché d'employer les concepts de la systémique ou des sciences de la complexité comme l'auto-organisation d'une manière différente de la leur : ainsi de Jean-Louis Le Moigne qui est apparenté au courant épistémologique « constructiviste » ou de Jean Zin.
Pour l'anti-utilitariste Alain Caillé, la société que prône Hayek s'apparente à une utopie du marché qui, inapplicable dans la réalité, permet de justifier les injustices sociales : « à défaut de l'achat d'une paix sociale par l'État-Providence, l'ordre de marché aurait été balayé depuis longtemps ».
Hayek est parfois vu comme un « économiste, philosophe et idéologue » (Kenneth Hoover), un « libéral radical » (Bernard Manin) ou même un « réactionnaire » (Gunnar Myrdal).
Dès ses premiers écrits de théorie politique, Hayek a trouvé des auteurs libéraux pour juger qu'il allait trop loin dans sa critique du « rationalisme ». Tout en admettant que son rejet nominal de la "preuve philosophique pure" le ferait mieux accepter par une époque scientiste, ils ont exposé les contradictions auxquelles ce rejet l'exposait.
Les économistes autrichiens partisans de Ludwig von Mises divergent de l'épistémologie poppérienne adoptée par Hayek, abandonnant la conception de Mises d'une « théorie économique purement rationnelle », que ses écrits et son renom auront pourtant contribué à réhabiliter.
Les tenants d'une « philosophie politique rationnelle » ont exposé les contradictions qui peuvent naître du fait d'argumenter pour telle ou telle norme sociale tout en niant la possibilité d'une définition rationnelle de la justice. C'est ainsi que, dès la parution de "La Constitution de la liberté" de Hayek en 1960, Ronald Hamowy et Rothbard lui ont reproché les contradictions de sa notion de « coercition », parce que celle-ci rassemble sous cette dénomination commune aussi bien des actes violents que l'exercice paisible d'un droit de propriété.
À la suite de "Droit, législation et liberté", Hans-Hermann Hoppe reprend la critique de Rothbard, affirmant que de telles incohérences naissent du refus de reconnaître la propriété de soi — ou le principe libertarien de non-agression qui lui est équivalent — comme le seul critère de justice intellectuellement défendable ; au-delà de cette critique, il trouve des contradictions dans la théorie « évolutionniste » de la formation des normes de Hayek, les expliquant par le parti pris, paradoxal de sa part, d'exclure la pensée comme explication d'un processus où celle-ci est par définition à l'œuvre toujours et partout.
Cependant, si les économistes libéraux rationalistes reprochent à Hayek d'avoir finalement trop concédé à l'expérimentalisme dominant, c'est pourtant dans sa "Counter-revolution of science" que l'on trouve la meilleure description des abus de la méthode expérimentale là où elle est logiquement inapplicable pour détruire la morale commune et le Droit naturel, en disqualifiant a priori le raisonnement philosophique qui les fonde.
C'est pourquoi tous ces libéraux qui critiquent Hayek au nom du rationalisme ne le reconnaissent pas moins comme un auteur dont la lecture est indispensable pour initier à la plupart des traditions libérales ; et il les a mis sur tant de pistes les intéressant que rares sont ceux qui n'ont pas une grande dette intellectuelle à son égard.
Finalement, les libéraux rationalistes savent gré à Hayek :
Les économistes se réclamant de Keynes s'opposent fréquemment aux théories de Hayek et contestent en particulier sa lecture des crises. Ainsi Paul Krugman remet en cause vigoureusement son explication de la crise de 1929 dont l'origine selon Hayek serait due à des déficits budgétaires excessifs qui auraient entraîné une hausse des taux d'intérêts. Pour Krugman, c'est exactement l'inverse qui s'est produit, la crise étant directement à l'origine des déficits élevés. Cette analyse est confortée selon lui par la crise de 2007, citant le cas de pays qui avant d'être gravement frappés par des difficultés économiques connaissaient des excédents budgétaires (Espagne, Irlande). La vision de Hayek serait donc erronée et ses héritiers, en expliquant la crise de 2007 comme leur maître expliquait celle de 1929, commettraient une erreur.
Robert Skidelsky souligne quant à lui que les solutions proposées par Hayek pour sortir d'une situation de crise provoquée par un surendettement ne sont pas pertinentes. Pour Hayek, le surendettement résulte d'un crédit trop facile avec des taux d'intérêt trop bas ce qui génère des investissements excessifs. La solution pour sortir de la crise serait donc une augmentation de l'épargne des consommateurs et une réduction du crédit (afin de limiter la masse monétaire). Keynes tient un discours diamétralement opposé, mettant en garde sur l'excès d'épargne qui ne peut avoir que des effets négatifs sur la consommation et les anticipations en termes de profit des entreprises et partant, entraîner l'économie dans une spirale déflationniste. L'austérité de Hayek s'oppose à la relance par la dépense de Keynes. Skydelsky considère que les solutions proposées par Hayek pour sortir de la crise ne fonctionnent pas et qu'appliquées à l'Allemagne dans les années 1930, elles ont conduit à l'arrivée de Hitler au pouvoir.
Joseph Stiglitz affirme que .
Le regard de Hayek sur l'information contenue dans les prix et son impact sur la coordination des actions des agents économiques résultant en un ordre spontané est parfois considéré comme une contribution majeure en économie. Cependant certains auteurs contestent la théorie développée par Hayek, basée selon eux sur une mauvaise compréhension de la théorie de l'information. Les auteurs de l'ouvrage "Classical Econophysics" estiment ainsi que, dans le cadre de la théorie algorithmique de l'information, l'argument principal de Hayek se retourne contre lui : si l'efficacité d'une économie repose sur l'utilisation d'informations distribuées sur un grand nombre d'agents, une planification, grâce à l'informatique moderne, s'avère en conséquence possible et plus efficace.
Edward Feser considère Hayek comme l'un des économistes et des philosophes les plus importants du .
Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia, affirme que et que .
L'article d'Hayek "La dénationalisation de la monnaie" peuvent avoir influencé la création des monnaies virtuelles comme le Bitcoin. En effet d'après la Banque centrale européenne : Certains sites de vente de bitcoins comme bitcoin.de font directement référence à Hayek.