Vikings

Un Viking (vieux norrois "víkingr" ; pluriel, "víkingar") est un explorateur, commerçant, pillard mais aussi pirate scandinave au cours d’une période s’étendant du , communément nommée « Âge des Vikings ». Par extension, on emploie le terme en français pour désigner la civilisation scandinave de l'âge du fer tardif c'est-à-dire à partir de la fin du à l'. C'est le point de vue adopté dans une partie du présent article. Ils sont souvent appelés « Normands », c'est-à-dire les « hommes du Nord », dans la bibliographie ancienne.
Contrairement aux autres peuples germaniques de l'Europe plus méridionale, ils sont restés païens jusqu'à la première moitié du . C'est l'une des raisons pour lesquelles il se dégage des textes européens du début du Moyen Âge une image négative de leur action, réduite à des actes de piraterie et de pillages, caractérisés par la violence de leurs raids et leur barbarie païenne. Cependant, la documentation plus contemporaine a permis de nuancer le propos et elle insiste sur l'aspect positif de leur action dans certains cas, car ils furent aussi de grands marins, explorateurs, marchands et guerriers qui atteignirent les côtes atlantiques de l'Europe, la Méditerranée, l'Orient et même l'Amérique ("Vinland"), tout en établissant parfois au passage des comptoirs commerciaux et des colonies comme sur les îles Féroé, les Orcades, l'Islande, le Groenland, etc. Ils fondèrent des États nouveaux et originaux en Normandie et en Russie. Leur assimilation dans les pays colonisés procède d'un choix politique délibéré qui a conduit à leur acculturation en quelques décennies. L'âge viking prit fin à la suite de l'affirmation en Scandinavie de pouvoirs monarchiques centralisateurs et de leur conversion au christianisme. 
Au sens large, le terme « viking » désigne l’ensemble des Scandinaves de la période caractérisée par le phénomène viking. Les peuples en contact avec les Vikings leur ont donné différents noms : Normands pour les Francs, Danois pour les Anglais, pour les Slaves, les Arabes et les Byzantins. Ils étaient parfois aussi qualifiés de « païens » ou d’« étrangers ». Varègue est le nom donné aux Vikings exerçant sur la route de l’Est (en Russie).
Le mot "viking" est attesté en français au et désigne, au sens moderne du terme un « guerrier, explorateur originaire de Scandinavie ». Son étymologie exacte n'est pas assurée.
Il est mentionné pour la première fois en vieil islandais sous la forme "víkingr", puis sous les formes "víkinger, víkingir".
Une étymologie largement répandue en fait un dérivé du norrois "vík" « anse, crique, bras de mer entre deux îles », ayant aussi la signification originelle d'« endroit où la terre cède » (dérivé du verbe "vikja" « céder »), d'où, par extension, le sens de « baie », c'est-à-dire endroit dégagé de la côte qui permet d'accoster (cf. les toponymes comme Reykjavik en Islande ou les plages de Plainvic et du Vicq en Cotentin, etc.). Cette racine "Vík-" est dérivée à l'aide du suffixe "-ingr" (variante "-ungr" cf. vieil anglais "-ing") signifiant « celui qui appartient à, celui du genre de, celui possédant les qualités de », d'où le sens global par extension de « celui qui fréquente les anses, les criques ou les bras de mer ».
Cependant, son attestation précoce au en vieil anglais, sous la forme "wīcingsċeaða", et en vieux frison, sous la forme "wī(t)sing", laisse suggérer une origine westique du terme. En ce cas, le radical représenterait en réalité le vieil anglais "wīc" ou le vieux frison "wīk" ayant tous deux le sens de « camp ». Ce dernier terme aurait été ultérieurement réinterprété en ancien scandinave comme étant le mot "vík".
Effectivement, les utilisations connues les plus anciennes proviennent de textes anglo-saxons du , avec la mention de divers composés comme "uuicingsceadan", "uuicingseadae" ou "saewicingas", tous formés sur "-wīcing-". Ils ont pour thème les activités maritimes et notamment la piraterie.
Les textes scandinaves contemporains à la période viking font, quant à eux, la distinction entre un terme féminin, "víking", qui désigne l’activité ("fara í víkingu", « ceux qui partent en expédition ») et un terme masculin, "Víkingr" (pluriel, "Vikingar"), qui renvoie aux Vikings en tant que personnes. Il est vraisemblable que ces deux termes découlent l'un de l'autre, et que le premier, "víking", ait permis de désigner justement "víkingar" (« ceux qui partent en expédition »). Des recherches étymologiques plus récentes, basées sur des travaux déjà existants, ont mis l'accent sur l'existence de la mesure nautique "vika" (« distance parcourue en mer par deux équipes ramant en alternance »), dont le radical "vik-" se retrouverait dans "víking", mais aussi dans le vieil anglais "wīcing", le vieux frison "wītsing" et remonteraient tous à un proto-germanique de l'ouest "*wīkingō" (« changement de rameur ») et "*wīkingaR" dérivant du premier et signifiant « homme ramant en alternance », ce qui se conçoit à l'époque où les navires circulant dans les mers du nord étaient des bateaux à rames, tels celui de Nydam. Par la suite, des sens spécifiques se seraient développés dans les langues où ils se sont perpétués : expédition maritime, guerrier-marin, pirate.
Les chroniques franques rédigées en latin utilisent plus fréquemment les termes « Normands » ("Nortmanni"), « Danois » ("Dani") ou « païens » pour désigner les Vikings. Jusqu'à une époque récente et encore aujourd'hui, certaines sources utilisent le terme "Normand" comme synonyme de Viking, or cet emploi engendre une confusion avec les Normands habitants de l'actuelle Normandie et qui entrent véritablement dans l'histoire avec la conquête de l'Angleterre en 1066. Le terme "Normand" est lui-même un emprunt au francique ' ou au vieux norrois ', qui signifient tous les deux « homme du Nord ».
En irlandais, les textes parlent plus simplement d’« étrangers » ("gall"). Le toponyme Donegal ferait référence aux Vikings danois, c'est-à-dire les « étrangers noirs » et celui de Fingal aux Vikings norvégiens, c'est-à-dire les « étrangers blancs ». Mais cette distinction entre Vikings noirs et Vikings blancs empruntée à Lucien Musset serait la conséquence d'une mauvaise traduction, d'autant que cette distinction n'a pas de raison d'être, la proportion du type aux cheveux clairs étant à peu près semblable au Danemark et en Norvège. Donegal n'a donc probablement pas cette signification, mais celle de « forts des étrangers » "dún an gall", « noir » se disant "dub". De la même manière, Finegal ne vient pas de "finn gall" ou "fionn gall" (« étrangers (aux cheveux) blonds »), mais plutôt de "fine gall" (« tribu des étrangers »).
En Orient, ils sont appelés « Rus » ou « Varègues ». Chez les Arabes, les « Madjus », « bab el Madju » désignant « la porte des païens » (détroit de Gibraltar).
Selon Pierre Bauduin (2004), la connotation du terme serait plutôt positive dans les inscriptions runiques et négatives dans les poèmes scaldiques.
Les écrits norrois de cette époque se bornant à quelques épitaphes runiques, l’analyse des historiens se fonde essentiellement sur les témoignages des victimes, souvent largement postérieurs aux événements, influencés et déformés. L’archéologie apporte cependant des éclaircissements déterminants. 
On peut opposer aux thèses classiques mettant en avant des causes démographiques, la situation intérieure en Scandinavie ou une expansion initiale à base commerciale une thèse récente mettant l'accent sur un réel affrontement religieux.
Un réchauffement climatique autour du aurait amplifié les raids vikings. Cela aurait entraîné la croissance des productions agricoles et, par conséquent, une hausse démographique. Les raids vikings auraient été un moyen de réponse à une expansion démographique. Les historiens pensent que cet argument concerne au plus l'ouest de la Norvège. Au contraire, pour l’historien François Neveux, « on peut affirmer que l’argument de la surpopulation est aujourd’hui largement discrédité par les découvertes archéologiques ». L'archéologie rurale scandinave a révélé que les terres cultivées étaient moins étendues à l'époque viking qu'au début de notre ère. On pourrait en déduire que la surpopulation ne semble donc pas avoir affecté la Scandinavie au , mais il s'agirait d'une conclusion rapide : pour réduire la pression démographique, les Scandinaves pourraient avoir préféré conquérir des meilleures terres dans le sud plutôt que défricher des terres ingrates, gelées six mois par an. Mais le réchauffement climatique n’explique pas à lui seul les raids vikings puisqu'il ne commence qu’aux environs du et les premiers raids datent du .
Les raids vikings commencent au . La Scandinavie est alors constituée d’une multitude de petits royaumes. La volonté d’établir des grands royaumes centralisateurs dans les pays scandinaves n'apparaît qu'avec la christianisation. Des princes convertis au christianisme bénéficient d'alliances chrétiennes pour accéder au pouvoir. 
Au , le Danemark et dans une moindre mesure la Norvège connaissent de nombreux conflits internes liés à l'opposition entre les "jarls" (comtes ou ducs, parfois souverains) et aux crises de succession. Le roi des Danois peine à s'imposer aux différents clans et à sa famille même. Les raids en Europe financeraient les guerres entre aristocrates et augmenteraient le prestige des candidats au pouvoir.
Les Scandinaves commerçaient au moins depuis l’époque romaine ; ils avaient coutume de s’installer à la belle saison dans des vicus et ils connaissaient donc parfaitement le reste de l’Europe. Au , les Arabes perturbent le commerce en Méditerranée. En Europe, cela entraîne la réorientation du commerce vers l'aire de la mer du Nord. Les marchands occidentaux trouvent en Scandinavie des fourrures, du bois, de l'ambre et de l'ivoire et échangent avec les Scandinaves du vin, de l'argent et des armes. Les comptoirs de Birka en Suède, de Hedeby et de Ribe sur les côtes du Jutland se développent. Les Scandinaves qui acceptent la « prima signatio » (petit baptême chrétien) sont autorisés à commercer comme par le passé. Leurs comptoirs commerciaux auraient également servi à « faire du renseignement» pour les futurs raids : selon l'historien Stéphane Lebecq, « le commerce a pavé la voie aux raids vikings ».
Charlemagne a tenté à maintes reprises des offensives contre le Danemark mais sans résultat. Il provoqua une réaction et c’est sous son règne qu’eurent lieu les premiers raids vikings. L'Empire franc était très puissant et a pu résister aux attaques vikings. L’Empire carolingien entame un long déclin après la mort de Charlemagne : il est mal défendu et souvent en proie à des guerres internes. Les Vikings profitent alors des faiblesses de ce vaste empire. Commerçants, certains Scandinaves se transforment occasionnellement en pillards. 
Pour certains, le phénomène viking serait une "légitime" réaction à la christianisation de la Saxe par Charlemagne.
L’écrivain Rudolf Simek avance que « Ce n’est pas un hasard si le début de l'activité viking s'est produit sous le règne de Charlemagne […] La montée du christianisme constituait une menace en soi ». 
Toutefois, cette théorie ne permet pas d'expliquer pourquoi les attaques Vikings ont commencé puis se sont concentrées sur les îles Britanniques, qui n’étaient en rien concernées par la "vengeance" saxonne, n'arrivant en terres Carolingiennes que bien plus tard, alors que l'Empire était très affaibli par ses divisions internes (Traité de Verdun notamment). 
Il s'agirait pour certains « d'une haine de religion des Vikings envers les Chrétiens », ce qui expliquerait selon les partisans de cette théorie que ce soient principalement les églises, les cloîtres et les autres édifices sacrés avec leurs habitants les nonnes, les moines et les prêtres qui furent l'objet de pillages et de massacres en règle. Les Vikings agissaient ainsi dans leurs raids, non contents de voler les biens de l'Église, « ils piétinaient et s'acharnaient sur les reliques sacrées, insultaient et outrageaient, mus par une véritable haine à l'encontre de la religion chrétienne. » 
Toutefois, il faut remarquer que les églises et abbayes étaient des cibles particulièrement faciles, puisque non défendues, et permettaient de dégager un butin relativement intéressant avec peu de risques. Le comportement des Vikings vis-a-vis de temples construits pour une divinité qu'ils ne vénèrent pas n'est en cela pas différent de ce que l'on retrouve chez la plupart des envahisseurs, depuis la haute antiquité (pillage des temples égyptiens) jusqu’à nos jours (destructions de reliques antiques par l’État Islamique).
Quelques écrivains avancent cependant l'argument religieux parmi les raisons possibles des pillages opérés par les Vikings. On retrouve des traces de cet argument chez Olaf Olsen, Pierre Barthélemy, Élisabeth Deniaux, Claude Lorren, Pierre Bauduin, Thomas JarryLucien Musset, François-Xavier Dillmann ou encore Michel Rouche et Pierre Miquel. 
Montesquieu également avait aussi son avis sur ce sujet ; il écrit dans "De l'esprit des lois", « Ils [Les Vikings] attribuoient aux ecclésiastiques la destruction de leurs idoles, et toutes les violences de Charlemagne, qui les avaient obligés les uns après les autres à se réfugier dans le nord. C’étaient des haines que quarante ou cinquante années n’avaient pu leur faire oublier ».
L'origine géographique des Vikings aurait déterminé, dit-on, la direction de leur expansion. Les Varègues (Suédois) se seraient dirigés vers l'est, autour de la Baltique et en Russie. Les « Norvégiens » auraient concentré leur raids sur les îles Britanniques tandis que les Danois se seraient répandus autour de la Mer du Nord, de la Manche et sur les côtes atlantiques de la Gaule. Toutefois, toute tentative de sectorisation trop rigoureuse serait à bannir. Les bandes vikings mêlent parfois Danois et Norvégiens et certaines régions comme l'Irlande ou l'Angleterre sont disputées entre ces deux peuples. On voit aussi le futur Harald III de Norvège et les autres survivants de la Bataille de Stiklestad s'exiler à Kiev puis Constantinople où ils constituent la garde varègue.
Les Vikings originaires de l’actuelle Suède, bientôt nommés « Varègues », étendent leur domination à l’Est de la Mer Baltique. Les premières traces archéologiques vikings montrent des établissements dès 730-750 autour de Staraïa Ladoga puis à Rostov, où ils fondent une forteresse gardant la route commerciale de la Volga, enfin autour de Novgorod vers 820. Vivant du commerce, de la piraterie et du pillage et s’offrant comme mercenaires, ils écument le réseau fluvial et lacustre des futures Ukraine et Russie (avec leurs langskips à faible tirant d'eau), leur but étant d'atteindre Constantinople. Certains Varègues y parviennent, descendant le Dniepr puis traversant la mer Noire. En 838, ils se présentent devant la capitale de l'Empire byzantin. Plus tard, l'empereur en recrute pour composer sa garde personnelle. D'autres Varègues empruntent une route plus longue : ils suivent la Volga, naviguent sur la mer Caspienne, passent par Bagdad pour rejoindre Constantinople. Dans les années 1040, une expédition varègue dirigée par Ingvar atteint même l’Afghanistan.
Les « Suédois » arrivent dans la future Russie comme mercenaires des tribus slaves et finnoises, éprouvant de graves difficultés pour s'unifier face aux tatars. Ils établissent plusieurs comptoirs et fondent une principauté autour de Novgorod, puis ils s'emparent de celle de Kiev. L'expansion ultérieure de cette principauté, à la lignée princière Varègue bien que devenue slave culturellement, et principale alliée au nord est de Constantinople forme la "Rous' de Kiev". 
De nombreuses controverses d'historiens patriotes, Russes, Ukrainiens et même occidentaux (Régis Boyer en France par exemple) tentent d'y voir l'embryon de la Russie impériale pourtant apparue au XVe siècle après la dislocation totale de la Rous' de Kiev en tribus indépendantes, des traditions tatares et slaves plus que nordiques puis les invasions mongoles durant trois siècles.
Les Danois organisent des expéditions massives, souvent sous le commandement de rois ou de chefs influents. Ils orientent leurs conquêtes et leurs pillages le long des côtes de la mer du Nord, de la Manche et de l'océan Atlantique. Leur raids commencent dès la fin du mais s'intensifient après la mort de Charlemagne (814) et la déliquescence de son empire.
Morcelée en multiples royaumes, l'Angleterre est particulièrement touchée. L’Humber et la Tamise constituaient des voies de pénétration privilégiées pour les navires vikings. Entre 875 et 879, les Danois battirent les souverains locaux du nord-est de l'Angleterre et fondèrent un royaume autour de York. Ce territoire s'agrandit aux dépens des rois anglo-saxons jusqu'à recouvrir la Northumbrie, l'Est-Anglie, les Cinq Bourgs (Stamford, Leicester, Derby, Nottingham et Lincoln) et les Midlands du Sud-Est. Alfred le Grand, roi du Wessex, arrêta cette expansion et reconnut en 886 le royaume viking qui prit progressivement le nom de Danelaw, « le pays sous la loi danoise ». En tant qu'État indépendant, le Danelaw survécut jusqu'en 954, assez longtemps pour que cette partie de l'Angleterre connut une imprégnation de la langue scandinave. La densité des toponymes en "-by, -beck, -fell, -thwaite, -thorp" et "-toft" l'atteste. Certains mots anglais d'emploi fréquent comme "egg", "law", "booth" ou "husband" sont issus du vieux norrois.
La Gaule présentait aussi une façade maritime très ouverte ; les Vikings empruntèrent régulièrement la Seine, la Loire, la Garonne et les petits fleuves côtiers. Les chroniques des monastères nous apprennent que la Seine charria des flottes scandinaves en 841, en 845, en 851, en 852 et en 856. Ensuite, les envahisseurs choisirent d'hiverner sur une île fluviale. Ils remontèrent la Garonne, atteignirent Toulouse en 844 et firent le siège de Bordeaux en 845. Paris fut assiégée en 845, 856, 861 et finalement en 885, ce dernier étant le plus documenté.
Les Vikings envahissant la Gaule reçurent le nom de « Normands » avant de s’établir durablement dans la région qui porte aujourd’hui le nom de Normandie. Dans la Bretagne voisine, les envahisseurs trouvent un terrain favorable à leur expansion, dans un premier temps parce que le roi breton Erispoë ne dédaigne pas l'alliance des Vikings dans son combat contre les Francs, dans un second temps, parce que les guerres de succession à la tête de la Bretagne favorisent l'emploi de Scandinaves comme mercenaires puis leur installation. À partir de 919, les Vikings deviennent les maîtres de la Bretagne, plus précisément de la région autour de Nantes. Ces Normands de la Loire sont chassés par Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi des Bretons, entre 936 et 939. La Bretagne a failli devenir une seconde Normandie.
Moins bien organisés que leurs voisins danois, les Vikings originaires des côtes occidentales de la Scandinavie (l’actuelle Norvège) formaient des groupes d'individus isolés qui s'attaquèrent à l'Occident dans un but de pillage mais aussi de colonisation. Ils recherchaient en effet des terres agro-pastorales. Leur aire d'expansion recouvre l’Écosse, l’Irlande, le nord-est de l'Angleterre ainsi que les petites îles plus septentrionales comme les îles Féroé, les Orcades, les Hébrides ou les Shetland. L'Irlande constituait une proie de premier choix pour les envahisseurs : riche de ses prestigieux monastères, l'île était divisée en sept « royaumes » qui ne cessaient de se faire la guerre. Vers 840, le Norvégien Turgeis amorça la conquête du pays, conquête rendue difficile par l'intervention des Danois du Danelaw , preuve des rapports conflictuels qui pouvaient exister entre les Vikings. L'apport scandinave en Irlande est en tout cas indéniable puisqu'ils sont notamment à l'origine des villes de Wexford, Waterford, Cork et Limerick.
Des îles Britanniques, les Norvégiens se lancèrent à l'attaque des côtes occidentales de la Gaule et de la péninsule ibérique. D'autres gagnèrent l’Islande. Sur cette île proche du cercle polaire arctique, le but n'était pas de razzier mais bien de coloniser. Arrivés en 870, les premiers colons, des Norvégiens mais aussi des Irlandais et autres Celtes, construisent des fermes. Ils cultivent la terre, élèvent des ovins, des bovins ou des chevaux ou chassent les mammifères marins. L'historien Régis Boyer estime que c'est sur cette île isolée que s'exprima le « génie viking ». Les colons formèrent une société originale, dominée non pas par un roi ou un jarl mais par une assemblée, l'Althing. D'Islande, provient une précieuse partie de la littérature scandinave, au premier chef les sagas et les Eddas (poèmes).
Remarquables navigateurs, les Vikings s'aventurèrent très loin de leur patrie en procédant par bonds. D'Angleterre ou de France, certains assaillirent la péninsule ibérique. En 844, Séville et Cadix, alors aux mains des Maures, furent ravagées par une flotte remontant le Guadalquivir. Les Vikings pénétrèrent en Méditerranée par le détroit de Gibraltar. Lors de leur grand raid sur la Méditerranée de 859 à 861, ils s'établirent dans le delta du Rhône sur l'île dite la "Camaria", la Camargue, hivernant pour passer en Italie. En 859-860, ils atteignirent le port de Luni près de Pise.
Selon le "Livre des Islandais", des Vikings commandés par Erik le Rouge partirent en 982 ou 983 d'Islande et mirent le cap vers l'ouest. Après quelques jours de navigation, ils rencontrèrent l'immense masse du Groenland. L'île parut si attirante (le climat était sûrement à l'époque plus favorable) qu'Erik y revint trois ans plus tard afin de coloniser les lieux. L'archéologie a retrouvé une ferme qui atteste de l'occupation viking sous ces hautes latitudes dès la fin du .
Les Vikings auraient aussi mis les pieds en Amérique, et ce bien avant Christophe Colomb. En effet, plusieurs sagas, en particulier la "Saga des Groenlandais" et la "Saga d'Erik le Rouge", racontent l'exploration d'une région appelée Vinland par des groupes vikings en l'an 1000. Or dès le , des érudits émirent l'idée que ce Vinland était en Amérique du Nord. En 1960, les archéologues norvégiens Helge et Anne Stine Ingstad découvrirent au nord de Terre-Neuve les ruines d'un campement qui se révéla d'origine viking. D'après les analyses du carbone 14, ce site de L'Anse aux Meadows aurait été occupé entre 980 et 1020. Il constituerait la preuve que les premiers Européens à débarquer en Amérique étaient des Vikings. Toutefois, cette découverte archéologique ne prouve pas l'exactitude de ces sagas.
L'historiographie place traditionnellement en 793, année du saccage de l'abbaye de Lindisfarne, le début des invasions vikings. En réalité, des Norvégiens avaient déjà sévi quelques années plus tôt en 789 sur la côte méridionale de l'Angleterre et Grégoire de Tours mentionne dans son "" l'attaque menée entre 512 et 520 par le roi danois Chlochilaïc en Austrasie. Mais l'épisode tragique de Lindisfarne a tellement frappé les contemporains que les historiens continuent à le présenter comme le premier événement de l'âge viking.
Suivant une périodisation formulée par l'historien danois Johannes Steenstrup (1844-1935), l'historien Lucien Musset repère deux grandes phases d'invasions : la première entre 790 et 930 et la seconde entre 980 et 1030. Entre les deux périodes, l'Europe connut quelques dizaines d'années d'accalmie. Musset subdivise ensuite la première phase en trois mais cette partition n'est pertinente que pour les Danois envahissant la France :
Et Pierre Bauduin de préciser : « si ce schéma offre un cadre de lecture au mouvement viking, il ne correspond pas à un plan préétabli et les étapes en ont été franchies à des dates différentes selon les régions ».
Régis Boyer propose une autre périodisation qui reprend partiellement celle de Musset. Il distingue trois « vagues » d'invasions :
On date la fin du phénomène viking vers le milieu du . Parmi les hypothèses, on retient la conversion au christianisme, qui a entraîné la fin du commerce (et du rapt lors des raids) des esclaves et instauré une Église hostile aux raids, la concurrence commerciale des Frisons, l’unification des peuples scandinaves sous la direction de rois dont l’intérêt n’était plus d’organiser des expéditions de pillage à l’étranger, une meilleure organisation de la défense chez les victimes (multiplication des châteaux forts), avec des États forts et organisés parfois même apparus en réponse aux Vikings (c’est le cas de la France, de la Grande-Bretagne, de la Russie et de l’Irlande).
Le roi de France, désireux de mettre fin aux pillages incessants, a accordé aux envahisseurs le territoire de Normandie (son nom désignant la terre des hommes du Nord), ce qui les a également dissuadés de poursuivre leurs assauts contre ce pays.
Le goût des expéditions persista chez les Norvégiens et certains historiens considèrent le pèlerinage du roi de Norvège Sigurd "Jorsalafare" en Terre sainte (1108-1111) comme une expédition viking (cf. "Croisade norvégienne").
Dans les Îles britanniques, les raids norvégiens continuèrent après le . Le roi de Norvège Magnus "Barfot" est tué en 1103 lors d'une expédition dans l'Ulster (Irlande). Entre 1151 et 1153, le roi de Norvège Eystein "Haraldsson" effectue une campagne de pillage des côtes orientales de l'Écosse et de l'Angleterre. En 1171, Askulf Mac Torkil, dernier roi scandinave de Dublin, est tué en voulant reconquérir son royaume, conquis par les forces anglo-normandes. Au , le roi de Norvège Haakon "Haakonsson" lança les dernières expéditions scandinaves en Écosse ; il meurt en 1263 dans les Orcades.
Ces formulations se retrouvent dans d'autres textes anciens, où ils affirment : ne croire qu’en leur propre puissance et capacité de réussir « eiginn mattr ok megin ». Ils disent ne croire qu’en leurs propres forces, et capacité de victoire « afl okkat ».
Le professeur François-Xavier Dillmann dit que « cette locution est le plus souvent utilisée dans les textes norrois au sujet de personnages qui sont réputés avoir délaissé le culte des dieux ancestraux et qui, par conséquent, se situaient en dehors du cadre habituel de l’ancienne société scandinave. »
Les textes médiévaux mentionnent le vocable Forn siðr pour désigner le paganisme scandinave. Leurs croyances ne possèdent aucun credo, pas de prières, pas de prêtres, ni ordre religieux, ni temples, sans foi, sans dogmes.
Les Vikings ne sont en aucun cas des fatalistes subissant un destin. Ce sont avant tout des combattants et des hommes libres qui décident de leur sort au risque de déplaire aux dieux. Ils croient également à la magie et à la divination pour percer les projets de leurs ennemis, des dieux et des forces tutélaires, afin de changer le cours des évènements, d'anticiper sur le destin, donc de le modifier, car rien n'est écrit définitivement. Ces faits sont très éloignés et incompatibles avec la vision du destin implacable des auteurs chrétiens qui ont rédigé ou corrigé la quasi-totalité des documents dont nous disposons. Il n'y a donc pas de destin que leur volonté ne puisse modifier.
Il y avait des Scandinaves qui respectaient les dieux mais sans faire d'allégeance et sans sacrifice car ils les considéraient comme des proches parents. Beaucoup se disaient être de leur lignage et en avoir hérité les dons. Néanmoins à ce titre ils se devaient de respecter un code d'honneur et de valeur inhérente à leurs dons et à leur prestigieuse lignée représentée par une force tutélaire qu'ils nommaient la Hamingja. Ils se distinguaient en scandant leur maxime, où ils disaient « ne pas sacrifier aux dieux et ne faire confiance qu’en leurs propres forces et capacité de réussite ».
Comme celle des autres peuples germaniques, les croyances vikings, avant la christianisation, sont mal connues. La mythologie viking a été réinventée de toutes pièces par les chrétiens, lors de la période normande. De même, au , des auteurs islandais comme Snorri et Saxo Grammaticus s’efforcèrent de reconstituer un panthéon organisé autour de quelques grands dieux, mais deux siècles de conversion au christianisme et d'éradication de l'ancienne religion ont laissé beaucoup d'erreurs dans leurs chroniques. L'archéologie et l'examen attentif des témoignages antérieurs à la domination chrétienne, qui semblent être les plus objectifs, permettront d'avoir une idée plus précise de ce qui aurait pu être les "Croyances Vikings".
Les ancêtres des Vikings avaient le culte d’une Déesse Mère et des grandes forces naturelles qu’ils ont représentées plus tard par la création d’un panthéon qui compte notamment Odin, Loki, Thor, Jörd, Frigg, Freyja, Freyr… et le grand arbre Yggdrasill. Il existe des témoignages de l'époque romaine décrivant ceux que l’on nomme « les pères des Vikings » en ces termes :
« La mission par échanges culturels, puis par la parole, puis par l’épée. »
« En avant, en avant, hommes du Christ, hommes de la croix, hommes du Roi ! » (Fram, fram, Kristsmenn, krossmen, konungsmenn!)
Tel était le cri de bataille des convertisseurs « Christ, Croix et Roi » repris par Olaf Tryggvason. Cette détermination annonçait les futures croisades : « Nous allons marquer notre emblème sur nos casques et boucliers. Dessiner à la peinture blanche la Croix Sacrée ».
Les Nordiques habitués à commercer depuis très longtemps en Europe à l'époque païenne, entrèrent en contact avec la religion chrétienne avec les premières missions d'évangélisation dans la première moitié du , c'est-à-dire avant l'expansion viking.
« Tant que la foi chrétienne ne menaçait pas les anciennes coutumes, les païens considéraient le Christ avec indulgence. »La conversion au christianisme des Vikings s'est effectuée de façon pacifique mais aussi violente. Les Vikings étaient ouverts à d'autres dieux et croyances et ne voyaient pas d'inconvénients à rajouter d'autres dieux comme le Christ à leur panthéon. Au contraire, lorsque les Chrétiens voulurent imposer par les massacres de masses leur seul et unique dieu chrétien et démoniser tous les autres, les Vikings et autres païens s'opposèrent violemment aux exactions chrétiennes durant toute la « période viking ». Les exactions chrétiennes cessèrent quand tous les Vikings furent christianisés, il en résulta la fin du « phénomène viking ».
En 678, . En 716, Boniface de Mayence. Willibrord évêque d'Utrecht, récidive vers 725 mais il échoue à convertir les Danois. Rudolf Simek précise que la propagation du christianisme n'est pas due aux seuls missionnaires. Les résultats furent décevants et l'Église eut recours à la force. En 737, le roi du Danemark érigea la première muraille du Danevirke contre les incursions de Charles Martel. Pour répandre leur foi en Scandinavie, des missionnaires détruisent des stèles païennes, parfois au prix de leurs vies. Ne parvenant pas à ses fins, ni par la parole ni par les actes de vandalisme, l'Église eut recours à la violence : « Répandre sa foi par le fer et le sang ».
Avec le règne de Charlemagne, qui avait comme objectif de répandre et de défendre la foi chrétienne sans hésiter à utiliser d'extrêmes violences (Verden), le Danemark fut menacé mais résista en agrandissant le Danevirke et en participant aux premiers raids vikings