AUTHOR Clement Marot

TITLE Le Cymetiere

RHYME a a *

Unique filz de Preudhomme, dont l' âme
Ces jours passez soubz la funebre lame
Laissa le corps, escoute un peu comment
Celle du mien s' en vint en un moment
Bien tost apres en mon lict m' apparoistre,
Et les secretz qu' elle me feit congnoistre.
Filz (ce dit elle) en noz champs Elisées
N' a pas long temps par les droictes brisées
Est devers nous un Esprit arrivé,
Discret, gentil, amyable, et privé,
Qui deschargé de son terrestre corps,
Et plus n' estant de ce monde records,
S' en vint trouver au plus beau du pourpris
Les immortelz et fleurissans Esprits
Des renommez vieulx Poëtes Galliques,
Qui en accords plus divins qu' Angeliques,
Tout à l' entour des Lauriers tousjours vers,
Alloient chantant à l' envy maintz beaulx vers.
Luy là venu, ilz cesserent leurs chants,
Et il leur dit: O l' eslite des champs
Elisiens! Espritz en verité
Par dessus tous remplys de Deité:
Je ne suis point Esprit de Poësie,
Mais je suis tel, qu' amour et fantasie
J' avois en vous et en vostre vertu,
Estant encor de chair et d' os vestu.
Et delaissant le monde terrien,
Je quictay tout, et si n' apportay rien
Que les beaulx Vers de voz celestes veines,
Qui en mes soingz, mes labeurs, et mes peines
Me soulageoient, tout par cueur les disant,
Avec amys ou Princes devisant:
Parmy les quelz alors en toute gloire,
De voz haultz noms il estoit faict memoire.
Or donc Espritz pleins de bonté nayve,
Souffrez qu' icy avecques vous je vive,
Puis que vescu avez au cabinet
De ma memoire. Adonques Molinet
Aux Vers fleuris, le grave Chastellain,
Le bien disant en rithme et prose, Alain,
Les deux Grebans au bien resonnant stile,
Octovian à la veine gentile,
Le bon Cretin aux Vers equivoqué,
Ton Jean le Maire entre eulx hault colloqué,
Et moy ton pere en joye le receusmes,
Car quasi tous de luy congnoissance eusmes.
Heureux Esprit (ce luy va Cretin dire)
Quelle raison plus tost vers nous te tire,
Que par devers tant d' espritz excellens
Qui sont icy, jadis tous opulens,
A toy pareilz, et Conseilliers royaulx,
Desquelz tu fuz, voyre de plus loyaulx?
Il luy respond: O âme debonnaire,
Penser me fais au labeur ordinaire
Que j' eu au monde: et parmy eulx estant
J' y penserois encores tant, et tant,
Que le record de ces solicitudes
Me priveroit des grans beatitudes
Qui sont ceans. Je cherche les delices
Qui aux espritz sont duysans et propices.
Je cherche joye, et repos, et sçavoir,
Où les peult on mieulx qu' entre vous avoir?
Or soit ma joye en ce poinct acomplie.
Et par sus tout, Cretin, je te supplie
De me monstrer, en ces beaulx champs floris,
Nostre Ennius, Guillaume de Loris,
Qui du Romant acquit si grand renom,
Duquel aussi nous deux portons le nom,
Dont mieulx je l' ayme. Adonc Cretin le mene
Par un sentier odorant et amene,
Au bout duquel, soubz un Rosier plaisant,
Peult veoir de loing Loris encor faisant
Tout à part soy ses regretz et clamours
Apres sa Rose. O puissance d' amours!
Là parvenuz, Cretin, qui le plainct fort,
Luy dit: Loris, Amour te doint confort,
Laisse tes plainctz. Voicy une noble Ame,
Qui evitant d' ignorance le blasme,
Fut en son temps le copieux registre
Des beaulx escriptz, que jadis sceurent tistre
Les bons facteurs du Gallique Hemisphere,
Desquelz tu es le bon ancien pere.
Si eusses veu comment, sans peine prendre,
En sa memoire il les sçavoit comprendre,
Puis de quel' grâce, et avec quel plaisir
Les recitoit en lieu, temps, et loisir:
Non moins aymé eusses le Reciteur
Que l' oeuvre mesme, ou le Compositeur.
C' est le plaisir où il se delectoit,
Quand du Roy Franc servant fidele estoit,
Et general des argenteuses formes,
Là où du Nord prindrent le nom les hommes.
C' est le second de qui les mains loyales
Seules ont eu des finances Royales
Gouvernement. Or les a il laissées,
Mieulx qu' avant luy en ordre bien dressées:
Et au sortir du corps, jà d' aage plein,
Cler, pur, et net, s' en vint en ce beau plain
Chercher repos en la troupe immortelle
De nous, qui tous luy devons amour telle
Que luy à nous. Au nom du tout Puissant,
Bien venu soit l' Esprit resplendissant,
Respond Loris. D' un nom sommes tous trois.
Pour la mornifle encor un j' en vouldrois
Avecques nous. De sa bouche, à grand' peine
Fut hors ce mot, qu' ilz veirent en la plaine
Venir plus cler que nul Ruby ballay,
L' esprit du preux Guillaume du Bellay,
Tant travaillé des guerres Piedmontoises,
Qu' à peine eust sceu encor aller deux toises:
Si se vint mettre avec eulx à repos,
Larmes laissant à Souldars et supposts:
Laissant en France et en Piedmont ennuy,
Mais non laissant homme semblable à luy.
Bien tost apres, allans d' accord tous quatre
Par les Preaux tousjours herbuz s' esbatre,
Du mesme nom deux Espritz rencontrerent:
L' un Bissipat, que neuf soeurs allaicterent,
L' autre Budé, qui la Palme conquit
Sur les sçavans du Siecle où il vesquit.
Bienheureuse est, ô Clement, ta naissance,
Qui de luy euz privée congnoissance.
Au demourant nostre Gaulle, ainsi comme
Nous a compté l' Esprit du grand Preudhomme,
De maint Poëte ores est decorée:
Mais entre tous, de trois moult honorée,
Dont tu es l' un, Sainct Gelais Angelique,
Et Heroet, à la plume Heroique:
Maulgré le temps voz escriptz dureront,
Tant que Françoys les hommes parleront.
Ainsi le dit l' âme, de frais venue,
A qui, sans fin, est la troupe tenue
De Parnasus, veu qu' en mortelle vie
Aymée l' a, et en l' autre suyvie.
Poëtes, donc, qui en terre vivez,
Le loz, le bruit, de Preudhomme escrivez
En chascun genre et espece de Metre:
Et escrivans, n' oubliez pas à mettre
Qu' au riche estat où il e conduysoit,
Autant sur tous sa vertu reluysoit,
Comme Aurora est luysante et decore
Sur toute Estoille, ou Phebus sur Aurore.
Aurore adonc à la face vermeille
Sortit du Ciel, et sur ce je m' esveille.
La plume prins, me meis à rithmoyer
Ma vision, affin de l' envoyer
A toy, du vray Preudhomme filz unique.
Reçoy la donc, je la te communique
Comme au plus proche, esperant que ce Val,
Plus grand d' esprit, qu' en armes Perceval,
Et dont ta soeur à bon jour fut pourveuë,
Aura l' honneur de la seconde veuë.
Et si mes vers te plaisent (comme pense)
De toy ne veulx, pour toute recompense,
Fors qu' en vertuz sois ton Pere ensuivant,
Si qu' on le voye encor, en toy, vivant.

RHYME a a *

Cy dessoubz prend son dernier somme
Le prudent Guillaume Preud' homme,
De Normandie General,
A qui Dieu fut tant liberal,
Qu' il luy donna user sa vie
Sans peur, sans blasme, sans envie,
Et mourut (voyez quel bonheur)
Plein d' ans, plein de biens, plein d' honneur.

TITLE Le Cymetiere, III.

RHYME a b a b b c b c

Cy gist l' espouse au Mary venerable,
Jehan Cotereau, seigneur de Maintenon,
Femme jadis prudente, et honorable,
De nom Marie, et Thurin de surnom,
Qui de beaulté à bon droit eut renom,
Et de vertu, à la beaulté bien duyte.
L' une par temps l' a laissée, l' autre non:
Car apres Mort, jusqu' au Ciel l' a conduicte.

RHYME a a *

Cy gist qui fut de Maintenon la Dame,
Belle de corps, encor' plus belle d' âme,
Pour les haulx dons qu' elle eut du grant donneur.
Cy gist, qui fut exemplaire d' honneur
En ses beaulx ans pour toute femme exquise
Ayant beaulté desirée et requise,
Si que ses ans jeunes tant decorez
Rendirent fort ses vieux jours honorez.
Ainsi vesquit, ainsi mourut Marie,
Qui des Thurins ennoblit l' armoyrie. 

RHYME a a *

Vaugourt, parmy sa domestique bande,
Voyant sa fille Augustine, jà grande,
S' attendoit bien de bref ung Gendre avoir:
Et enfants d' elle aggreables à voyr,
Qui luy rendroient sa vieillesse contente.
Or a perdu sa fille, et son attente,
Et luy a prins la Mort, par ung trespas,
Ce qu' il avoit, et ce qu' il n' avoit pas.

TITLE Le Cymetiere, VI.

RHYME a a *

Arreste toy, Lisant:
Cy dessouz est gisant,
Dont le cueur dolent j' ay,
Ce renommé Langey
Qui son pareil n' eut pas,
Et duquel au trespas
Jetterent pleurs et larmes
Les Lettres, et les Armes.

RHYME a a *

Patroclus fut d' Achilles regretté,
Ephestion l' a d' Alexandre esté,
Qui l' estimoit amy comme soymesme.
Le roy Françoy (de leurs oeuvres supremes
Imitateur) plaind Artus de Boysy,
Qui merita d' estre par luy choysy
Pour mieux aymé. Dieu luy doint lieu celeste,
Et ne luy soit la tumbe si moleste,
Que le cler nom de Boysy, et d' Artus,
Ne vive autant que vivent les vertuz.

RHYME a a *

Souz ceste tumbe cy
Gist de Montmorancy
Philipe, noble Dame,
Belle de corps et d' âme,
Qui de Dieu tant receut
Qu' en son ventre conceut
Grans seigneurs magnifiques,
Et dames heroïques:
Si que des enfans d' elle
La vertu immortelle
Par haut los precieux
S' estent jusqu' aux cieux.
Passans, ne plorez point,
Plorer ne vient à poinct
De ceste Dame bonne:
Plustost faut qu' on s' estonne
De son si grand bonheur
Accompagné d' honneur.

RHYME a b a b b c c d c d

Dedans Paris bien fort l' on te menace
D' avoir escrit Alix si treslubrique,
Qu' il n' y a cul, fust il ferré à glace,
Qui ne glissast sur lit, pavé ou brique:
Ce n' est raison que ta plume s' aplique
A exercer ton style en tel langage,
Qui, sans mentir, aux dames fait outrage.
Car le sujet de si trespres leur touche,
Qu' il n' y a celle, y compris la plus sage,
A qui soubdain l' eau n' en vint à la bouche.

RHYME a b a b b c b c

Cy gist, pour Alix contenter,
Martin, qui souloit plus que dix
A la rengette culeter
Par champaignes, boys, et taillis.
Prie Dieu, toy qui cecy lys,
Mettre l' âme du trespassé
En quelque lieu bien loing d' Alix,
Afin qu' il repose In pace.

RHYME a b a b b c c d c e d e d

Cy gist Martin, qui pour saouller Alix,
Tant culleta qu' il en perdit la vie:
Car sans cesser, ou sus bancz, ou sus litz,
Elle voulut en passer son envie.
Il esgouta toute son eau de vie,
Puis se voulut restaurer de couliz:
Mais la vigueur des tourdions joliz
Qu' avoit Alix inventez à son ayse,
Ses roydes nerfz rendit tant amolliz,
Qu' il fut martyr: dont toy, qui cecy lis,
Va, si tu veulx que ton culleter plaise,
Baiser sa tumbe au plus pres de Senlis,
Alors pourras culleter plus que seize.

RHYME a b a b

Le grand Erasme icy repose:
Quiconques n' en sçait autre chose,
Aussi peu qu' une taupe il void,
Aussi peu qu' une pierre il oyt.

RHYME a a *

Te veux-tu enquerir, viateur, qui je suis?
J' ay autresfois esté: mais plus estre ne puis.
Me veux-tu demander que je fais? Je pourris
En la terre, où les vers de ma chair je nourris.
T' enquiers-tu plus avant? Je fuz, s' il le faut dire,
Nommé Jan Olivier, de tous pecheurs le pire.
Tu demandes encor' de ma nativité.
Le lieu, c' estoit Paris, la tresnoble cité.
Quant aux degrez d' honneur, où vivant je parvins,
Des Abez fus le chef, Prelat des Angevins.
La bible et livres saints je mis peine d' entendre.
Que reste il au cercueil? Des oz, et de la cendre.
Mais tu diras: Où est l' esprit? Dessus ce point
Cesse à m' interroger: car il n' appartient point
Aux hommes enquerir des secretz des hauts dieux.
Cela, certes, les rend vers le ciel odieux.
Sur ce avoir il sufit fiance et la foy telles
Que les loyaux defunctz ont âmes immortelles,
Et leurs espritz seront dormans jusques à lors
Qu' ilz ressusciteront avec leurs propres corps
Trop plus beaulx que devant, celestes asseurez
De vivre à tout jamais avec les biens heurez.
Tu sçais ce que je fuz: mais pource que ne puis
Pour le lieu tenebreux où de present je suis
Te recognoistre, amy, pour le moins, d' une chose
Prier te veux: Cognoys toy mesmes et propose
Souhaiter pour tous mortz, d' une volunté pure,
La vraye et seule paix, laquelle à toujours dure.

RHYME a b a b

Ma naissance fut de Cahors,
France me nourrit en sa court,
La Savoye retient mon corps,
Mon nom par tout le monde court.

RHYME a b a b b c c d c d

Pourquoy le corps du Poëte de France
Sans Epitaphe est cy tant demouré?
Ayant plusieurs de sa noble science
Les uns instruit, les autres decoré,
La raison est: chacun a diferé
D' en composer, craignant luy faire tort
Et trop peu dire: Aussi qu' apres sa mort
Tant est cogneu Marot et pres et loing
Par ses escritz (où nulle mort ne mord)
Qu' il n' a point d' autre Epitaphe besoing.

RHYME a b a b b c c d c d

Ce Marot mort vit plus qu' il ne vivoit,
Et si est mort sans que plus il revive.
Vif par ses vers, que vivant escrivoit:
Mort, ne laissant vif qui si bien escrive.
Mais s' il avient qu' on l' exprime et ensuyve,
Pour une mort, triple vie il aura:
Vif au tiers ciel où pour jamais sera,
Vif entre nous par memoire eternelle,
Mais bien plus vif, quand d' une veinne telle
Si possible est, autre plume escrira.

RHYME a b a b b c c d c d

Veulx tu sçavoir pourquoy c' est qu' a ravy
Clement Marot Atropos inhumaine?
C' est pour des Dieux l' inviter au convy,
Et luy changer en soulas toute peine:
Car de son art, et de sa langue pleine
De doulx parler, ont esté amoureux.
Par ce moyen, l' ont tiré sus les cieulx,
Où boit nectar, le brevage immortel:
Et là luy font un accueil gratieux,
Car avec eux n' en eurent onc un tel.

RHYME a b a b b c c d c d

Va où tu peulx, car en la fin mourras
Là où tu doibs, par divine ordonnance.
Clement Marot de ce tesmoing auras,
Qui en maintz lieux alla à sa plaisance,
Un jour joyeux, et l' autre en desplaisance,
Suyvant la Court de Franceoys puissant Roy:
Mais Atropos le tient en tel desroy,
Qu' il ne peult plus servir au Roy son maistre,
Car son esprit est en tres doulx arroy
Là sus au ciel, où Dieu nous vueille mettre.

RHYME a b b a

Quercy, la Cour, Piemont, l' univers,
Me fit, me tint, m' enterra, me connut,
Quercy mon los, la Cour tout mon temps eut,
Piemont mes os, et l' univers mes vers.

TITLE Des inédits, I.

RHYME a b a 
RHYME-POEM a b a 

Venus ayant perdu son filz vollage,
Qui s' estoit d' elle en couroux mis en fuytte,
L' alloit cherchant soucyée en courage:

RHYME a b a 
RHYME-POEM b c b

Et pour plus tost abbreger sa poursuytte,
Feit publier par carrefours et places
En motz pareil[s], une cryé[e] construitte:

RHYME a b a 
RHYME-POEM c d c 

S' aucun me deit quelque enseigne des traces
Du fugitif qui est mon filz rebelle,
Je seray prompte à luy en rendre grâces.

RHYME a b a 
RHYME-POEM d e d

Et s' il en porte asseurée nouvelle,
Venus promect luy donner pour salaire
Ung doulx baiser de sa bouche immortelle.

RHYME a b a 
RHYME-POEM e f e 

Mais ô passant, si tu sçays, et peulx faire
Tant qu' en mes mains bien lyé tu l' ameines,
Baiser auras, et mieulx, qu' il fauldra taire.

RHYME a b a 
RHYME-POEM f g f 

Doncques afin qu' en vain tu ne te peines,
Par le menu te vueil en brief dire,
Pour le congnoistre, enseignes trescertaines.

RHYME a b a 
RHYME-POEM g h g 

Il n' est pas blanc: mais à feu chault retire.
Yeulx a perceans, dont estincelles sortent.
Parler courtoys, et felon cueur plain d' yre.

RHYME a b a 
RHYME-POEM h i h 

Ses faulx propos jamais ne se rapportent
A ce qu' entend sa pensée maligne,
Et de se plaindre en nul temps se deportent.

RHYME a b a 
RHYME-POEM i j i 

La voix a doulce, et parolle benigne:
Mais quant courroux l' aiguillonne et tourmente,
Il monstre lors d' occulte aigreur maint signe.

RHYME a b a 
RHYME-POEM j k j

Et fait sa fraude et cautelle patente
Le garçon plain de malice abusive,
Lequel n' a jeu qui cruaulté ne sente.

RHYME a b a 
RHYME-POEM k l k 

Crespe a le chief, et la chere lascive,
Petites mains: dont si loing ses dardz lance,
Qu' il en passe oultre Acheron, et sa rive.

RHYME a b a 
RHYME-POEM l m l

Aller tout nu le corps est son usance,
Ayant l' esprit enveloppé d' ung voille
Qui de raison luy oste congnoissance.

RHYME a b a 
RHYME-POEM m n m 

Comme ung Oyseau son vol prend et bat l' aesle,
Et or de l' ung, or de l' aultre s' abesche,
N' y perche ailleurs qu' en cueur d' homme ou pucelle.

RHYME a b a 
RHYME-POEM n o n

Arc a petit, et dessus une flesche,
Petites flesches en poix, et en mesure,
Mais dont l' effort jusques au Ciel fait bresche.

RHYME a b a 
RHYME-POEM o p o 

Sur le costé luy pend de la ceincture
Une petite et bien dorée Trousse,
Où flesches sont d' angoisseuse poincture.

RHYME a b a 
RHYME-POEM p q p

Dont l' inhumain quant par fois se courrouce,
Me navre aussi, qui suys sa propre Mere,
Et loingtain de toute pitié doulce.

RHYME a b a 
RHYME-POEM q r q 

Bref, chose en luy n' a qui ne soit amere,
Tout est cruel par nature et coustume,
Et plus à soy qu' à nul aultre est austere.

RHYME a b a 
RHYME-POEM r s r

Sa dextre main qui sans tuer consume,
Ung brandon tient petit, mais si terrible
Qu' au soleil mesme ardeur plus aspre s' allume.

RHYME a b a 
RHYME-POEM s t s 

Si tu le prens, ne luy soit compassible:
Batz le, et le lye, et l' ameine par force,
Te monstrant cault contre son pleur faillible

RHYME a b a 
RHYME-POEM t u t 

S' il te soubzrit, ne t' abuse à l' escorce
De son semblant. S' il te flatte ou s' approche
Pour te baiser, sur tout fuy ceste amorce.

RHYME a b a 
RHYME-POEM u v u 

Son baiser nuyt, en ses levres et bouche
Mortel venin en aguet se repose
Pour infecter toute chose qu' il touche.

RHYME a b a 
RHYME-POEM v w v

Et si (par cas) il te dit et propose,
Mes armes pren amy, je les te donne,
De n' y toucher fermement te dispose.

RHYME a b a b
RHYME-POEM w x w x

Ses dons sont faulx, nuysantz à la personne.
Qui les reçoit ses armes, fault qu' il brusle,
Cueur, moelles, oz: et en ce point guerdonne,
Et qui le monstre, et qui le dissimule.

TITLE Des inédits, II.
RHYME a b a a b b b a a b b b a b b b a

Amour a fait son Trophée eriger,
Marque et tesmoing de ses faictz et victoire.
Cil en qui est l' univers diriger,
Et les humains deffaillans corriger,
Y a laissé son fouldre en Nue noyre.
Là sont pendans pour servir de memoire,
Armez, escus de Mars, qui prend à gloire
Le sang espandre, et regnes affliger.
Neptune y veoit son Trident arrenger,
Et Hercules sa masse meritoire,
Phebus son arc, et sa Trousse d' yvoire
Bacchus vaisseaulx et instrumentz à boire
Y a laissez et souffert rediger.
O fol mortel, caducq et transitoire,
Voyant les dieux servir de telle histoire,
Vouldrois tu bien imaginer ou croyre
Qu' eusses povoir d' eschapper ce dangier?

TITLE Des inédits, III.
RHYME a b a a b c c d c d

Puis que mon feu fait aux hommes entendre
Assez quelle est [leur foible vanité,]
Je m' esbahyz qui te fait entreprendre
Povre Curé, pour ung petit de Cendre
Diminuer la mienne auctorité?
Si la Cendre est de la mort la memoire,
Mon feu la donne et presente et notoire:
D' autant est donc sa puissance plus forte
Que sur pensée a l' effect plus de gloire
Et feu ardant sur cendre froide et morte. 
 
TITLE Des inédits, IV.
RHYME a b a b b c b c

Dame, c' est vous qui par vostre beaulté
Et bonne grâce avez faict chascun randre,
Puis contre honneur, vertu et chasteté,
Pour vostre amour maintz dangiers entreprendre
Que vous cellez: mais pour le faire entendre,
Et rabbaisser l' orgueil accoustumé,
Je merqueray vostre front de la cendre
Du feu qu' avez en maintz corps allumé.

TITLE Des inédits, V
RHYME a b a b c d c d e f e f 

Le Dieu des Jardins Priapus
Tousjours plain de lubricité,
Voyant de ses yeulx corrumpuz
Venus deesse de beaulté
Ceindre l' espée à son costé
Pour mieulx plaire à son amy Mars,
Et s' accoustrer par gayeté
De l' escu pesant mille marcz,
Laisse (deit il) laisse aux Souldars,
Dame, ces glaives inhumains,
Et joue de mes Bracquemars
Qui sont plus duysans à tes mains.

TITLE Des inédits, VI
RHYME a b a a b 

Ung jour estant seullet à la fenestre
Vey tant de cas nouveaulx devant mes yeulx
Que de tant veoir fasché me convint estre.
Si m' apparut une Bische à main dextre
Belle pour plaire au souverain des Dieux.

TITLE Des inédits, VII
RHYME a b a a b c c b d c d a b a a b c c b d c d a b a a b c c b d c d e e c e c 

Loyaulx amans, qui les durs coups sentez,
Dont le meurtrier Amour voz cueurs embroche,
Il ne fault point que vous espoventez,
Si de son arc fers en fust morne entez,
Tous emflambez, en riant il descoche:
Car il est né d' une mere, et nourry,
Dont Mars jouyt, et qui a pour mary
Le forgeron qui des deux hanches cloche.
Si donc l' enfant se delecte et solasse
En fer et feu comme en jardin fleury:
C' est ce qu' il ayme, et si le tient de race.
Sa mere apres en tous ses parentez,
Mere autre n' a, tant soit charnelle ou proche,
Que Mer gettant criz par raige augmentez,
Et augmentant flotz de ventz tourmentez,
Dont elle bat tousjours rivaige ou roche.
Or n' a la Mer, où maint homme est pery,
Pere, ny mere, ou parent tant chery,
Qu' elle cognoisse, ou estime une loche:
Par quoy troubler de legier sens et face,
Se courroucer, et faire autruy marry,
C' est ce qu' il ayme, et si le tient de race.
Pour alleger les tormentz intentez
Par ardant feu, courroux, et fer recroche:
Pleurez, mercy demandez, lamentez
Plaintivement: car tous maulx esventez
Moindres se font par pleur, plaincte, ou reproche.
Soit donc l' oeil à plorer non tary.
Car pleur feu tue, et rompt cueur d' Esmery.
Crier mercy de pitié, yre approche,
Plaindre, à douleur allegement pourchasse:
User en fault, qui veult estre guery:
C' est ce qu' il ayme, et si le tient de race.
Amour le feu a de Vulcan noircy,
De la Mer creuse yre et courroux transsy:
Et dardz sanglans de Mars portant cuyrasse.
Veoir pleurs, ouyr plaindre, et crier mercy,
C' est ce qu' il ayme, et si le tient de race.

TITLE Des inédits, VII
RHYME a b a b c d d c 

Chascun t' oyant, ou voyant en ta grâce,
Dit que la fleur des Crettes et des Medes
N' est à louer, ny de Paris la race:
Ta beaulté fait les trouver toutes laydes.
Ton feu s' estainct de ce que le mien ard:
Te regardant, tousjours le mien s' avive,
Et le tien meurt, combien que le mien vive.
Mort ou pitié en feront le depart.

TITLE Les Chants divers, I.

RHYME a a *

Petit enffant, quelque sois, fille ou filz,
Parfais le temps de tes neuf mois prefix
Heureusement: puys sors du Royal ventre,
Et de ce monde en la grand lumiere entre.
Entre sans cry, viens sans peur en lumiere.
Viens sans donner destresse coustumiere
A la Mere humble, en qui Dieu t' a fait naistre.
Puys d' ung doulx ris commance à la congnoistre.
Apres que fait luy aura congnoissance,
Prens peu à peu nourriture et croissance:
Tant qu' à demy tu commances à parler,
Et tout seullet, en tripignant aller
Sur les carreaux de ta maison prospere,
Au passe-temps de ta Mere et ton Pere:
Qui de t' y veoir ung de ces jours pretendent
Avec ton Frere, et ta Soeur qui t' atendent.
Viens hardiment, car quant grandet seras,
Et qu' à entendre ung peu commanceras,
Tu trouveras ung siecle pour aprendre
En peu de temps ce qu' enffant peut comprendre.
Viens hardiment, car ayant plus grand aage,
Tu trouveras encores d' avantage.
Tu trouveras la guerre commancée
Contre ignorance et sa trouppe insensée,
Et au rebours, Vertu mise en avant,
Qui te rendra personnage sçavant
Et tous beaulx artz, tant soyent ilz difficiles,
Tant par moyens que par lettres faciles.
Puys je suys seur, et on le congnoistra,
Qu' à ta naissance avecques toy naistra
Esprit docile, et cueur sans tache amere,
Si tu tiens rien du costé de la Mere.
Viens hardiment, et ne crains que Saturne,
En biens mondains te puisse estre importune:
Car tu naistras, non ainsi paovre et mince
Comme moy (las), mais Enffant d' ung grand Prince.
Viens sain et sauf, tu peulx estre asseuré
Qu' à ta naissance il n' y aura pleuré,
A la façon des Thraces lamentans
Leurs nouveaux nez, et en grant dueil chantans
L' ennuy, le mal, et la peine asservie
Qu' il leur failloit souffrir en ceste vie.
Mais tu auras (que Dieu ce bien te face)
Le vray moyen qui tout ennuy efface,
Et fait qu' au monde angoisse on ne craint point,
Ne la mort mesme, alors qu' elle nous poingt
Ce vray moien plain de joye feconde,
C' est ferme espoir de la vie seconde,
Par JESU CHRIST, vainqueur et triumphant
De ceste mort. Viens donc, petit Enffant:
Viens escouter verité revellée,
Qui tant de jours nous a esté cellée.
Viens escouter, pour âmes resjoir,
Ce que caphardz veullent garder d' oyr.
Viens veoir, viens veoir la beste sans raison,
Grand ennemy de ta noble maison.
Viens tost la veoir à tout sa triple creste,
Non cheute encor, mais de tomber bien preste.
Viens veoir de Crist le regne commancé,
Et son honneur par tourmens avancé
O siecle d' or le plus fin que l' on treuve,
Dont la bonté dedans le feu s' espreuve.
O bien heureulx tous ceulx qui le congnoissent,
Et encor plus ceulx qui aujourd' huy naissent.
Je te dirois encor cent mille choses
Qui sont en terre, autour du ciel encloses,
Belles à l' oeil, et doulces à penser:
Mais j' aurois peur de ta Mere offenser:
Et que de veoir, et d' y penser tu prinsses
Si grant desir, qu' avant le terme tu vinsses.
Parquoy (enffant) quelque sois, fille ou filz,
Parfais le temps de tes neuf mois prefix
Heureusement: puis sors du Royal ventre,
Et de ce monde en la grant lumiere entre.

TITLE Les Chants divers, II.

RHYME a a a b 

Plaigne les mortz qui plaindre les vouldra:
Tant que vivray, mon cueur se resouldra
A plaindre ceulx que douleur assauldra
En ceste vye.

RHYME a a a b 

O fleur que j' ay la premiere servie,
Tu metz chascun hors de peine asservie:
Et toy, tu as peine non desservie,
Bien je le sçay.

RHYME a a a b 

De mille ennuys tu en as faict l' essay:
Mais puis le temps que banny te laissay
Sans te laisser, à servir m' adressay
Une princesse

RHYME a a a b 

Qui plus que toy d' avoir ennuy ne cesse.
O Dieu du ciel, n' auray je une maistresse
Avant mourir, qui son cueur de destresse
Puisse exempter?

RHYME a a a b 

N' est pas ma Muse aussy propre à chanter
Ung doulx repos qui les peult contenter,
Qu' ung dur travail qui les vient tormenter
Ou une oultrance?

RHYME a a a b 

Ha Marguerite, escoute la souffrance
Du noble cueur de Renée de France:
Puis, comme seur, plus fort que d' esperance
Consolle la.

RHYME a a a b 

Tu sçais comment hors son pays alla,
Et que parens et amys laissa là:
Mais tu ne sçais quel traictement elle a
En terre estrange.

RHYME a a a b 

De cent couleurs en une heure elle change.
A ses repas poires d' angoisse mange.
Et en son vin de larmes fait melange,
Tout par ennuy:

RHYME a a a b 

Ennuy receu du costé de celluy
Qui estre deust sa joye et son appuy:
Ennuy plus grief que s' il venoit d' aultruy,
Et plus à craindre.

RHYME a a a b 

Las, et ne veoyt ceulx à qui se veult plaindre.
Son oeil royal si loing ne peult actaindre.
Et puis les montz, pour ce bien luy estaindre,
Sont entredeux.

RHYME a a a b 

Peu d' amys a quiconques est loing d' eulx.
Le Roy ton frere, et toy et tes nepveux
Estes les sainctz où elle faict ses veux
A chascune heure.

RHYME a a a b 

De France n' a nul grant qui la sequeure:
Et des petiz qui sont en sa demeure
Son mary veult, sans qu' un seul demeure,
Les rebouter.

RHYME a a a b 

Car rien qu' elle ayme il ne sçauroit gouster:
C' est la geline à qui on veult oster
Tous ses poussins, et scorpions bouter
Dessoubz son esle.

RHYME a a a b 

C' est la perdris qu' on veult en la tonnelle
Faire tomber. Mais que ne pense en elle
Le Roy, de qui la bonté fraternelle
Tant invoquons?

RHYME a a a b 

Vouldroit il bien à bailleurs de boucons
Bailler luy mesme en garde ses flascons?
Frans et loyaulx autour d' elle vacquons:
C' est son decore.

RHYME a a a b 

Mais ce fascheux ingrat, et pire encore,
Vouldroit reduyre en petite seignore
La fleur de lis que tout le monde honore
D' affection.

RHYME a a a b 

Helas, s' il fait tant de profession
D' honneur, de loz, de reputtation,
Pourquoy le train de nostre nation
Veult il deffaire?

RHYME a a a b 

Faulte d' amour l' esguillonne à ce faire,
Que luy engendre ung desir de desplaire
A celle là qui prent pour luy complaire
Merveilleux soing.

RHYME a a a b 

Paris, tenant par force Helaine au loing,
Feit qu' elle n' eut de reconfort besoing:
Son traictement estoit ung vray tesmoing
D' amitié clere.

RHYME a a a b 

Helas, fault il que bonté se declaire
Plustost au cueur d' un forceur adultere
Qu' en ung mary? Sçais tu pourquoy austere
Luy est ainsy?

RHYME a a a b 

Il vouldroit bien à la dame sans si
Oster la force et le vouloir aussy
De secourir Françoys passans icy:
C' est leur refuge.

RHYME a a a b 

Bien je le sçay: à la bonne heure y fu je.
Il vouldroit bien, si mon sens est bon juge,
Par quelque grant et dangereux deluge
Plus luy ravir.

RHYME a a a b 

Il vouldroit bien jusques là l' asservir,
Que d' un seul poinct ne peust au roy servir,
Et luy a faict, pour de cela chevir,
Mille vacarmes.

RHYME a a a b 

O Roy Françoys, elle porte tes armes,
Voyre, et à toy s' adressent telz alarmes,
Dont le plus doulx ne pourroit pas sans larmes
Estre desduict.

RHYME a a a b 

Et ne peult l' aultre à raison estre induit.
Par cil honneur où France l' a conduit,
Ne par enfans que tant beaulx luy produit
Par maincte année.

RHYME a a a b 

Ne la bonté de la noble Renée
Ne la doulceur qui avec elle est née,
Ne les vertus qui l' ont environnée
N' y ont povoir.

RHYME a a a b 

J' auroys plustost entrepris d' esmouvoir,
Comme Orpheus, en l' infernal manoir
Caron le dur, voire Pluton le noir
Et chien Cerbere.

RHYME a a a b 

O donques Roy, son cousin, frere, et pere,
Arreste court l' entreprise impropere:
Et toy Princesse, en qui tant elle espere,
Mectz y la main.

RHYME a a a b 

Ung parentaige aultre que le germain
Y doit mouvoir ton cueur doulx et humain:
Si n' y pensez, mourra quelque demain,
Seche et ternie.

RHYME a a a b 

Et en mon cueur, si secours on luy nye,
Veu la façon comment on la manye,
Diray qu' elle est de la France banye
Autant que moy,

RHYME a a a b 

Qui suis icy en angoisseux esmoy,
En actendant secours promis de toy
Par tes beaulx vers, cela je ramentoy
Avecques gloire.

RHYME a a a b 

Et bien souvent, à part moy, ne puis croire
Que ta main noble ayt eu de moy memoire
Jusqu' à daigner me estre consolatoire
Par ses escriptz,

RHYME a a a b 

Qui pour jamais en mon cueur sont inscriptz.
Plus ne sont leuz: leur doulceur de hault pris
Et zelle ardant me les eurent apris
En peu d' espace.

RHYME a a a b 

Et aussytost que desespoir menace
Mes yeulx de plus ne veoir ta clere face,
Lors force m' est que de ta lettre face
Mon escusson.

RHYME a a a b 

Si la prononce en forme de chanson,
Plustost en ung, plustost en autre son,
Puis hault, puis bas, et en ceste façon
Je me consolle,

RHYME a a a b 

Si que mon cueur de grant liesse volle,
Rememorant ta royalle parolle,
Qui me promect de m' effacer du roolle
Des dechassez.

RHYME a a a b 

Or sont delà les plus grans feuz passez.
Rien n' ay mesfaict. Au Roy doulceur abonde.
Tu es sa seur. Ces choses sont assez
Pour rappeler le plus bany du monde.
 
TITLE Le premier livre

RHYME a b a b b c b c

Ce livre mien d' Epigrammes te donne,
Prince Breton, et le te presentant
Present te fays meilleur, que la personne
De l' Ouvrier mesme, et fut il mieulx chantant:
Car mort ne va les oeuvres abbatant:
Et mortel est cestuy là, qui les dicte.
Puis tien je suis des jours a tant, et tant:
De m' y donner, ne seroit que redicte.

RHYME a b a b b c c d c d

Quand je voy Barbe en habit bien duysant,
Qui l' estomach blanc, et poly descoeuvre,
Je la compare au Dyamant luysant,
Fort bien taillé, mis de mesmes en oeuvre.
Mais quand je voy Jacquette, qui se coeuvre
Le dur Tetin, le Corps de bonne prise
D' ung simple Gris accoustrement de Frise,
Adonc je dy pour la beauté d' icelle,
Ton habit Gris est une cendre Grise
Couvrant ung Feu, qui tousjours estincelle.

RHYME a b a b b c c d c d

C' est ung grand cas veoir le Mont Pelyon,
Ou d' avoir veu les ruines de Troye:
Mais qui ne voyt la Ville de Lyon,
Aulcun plaisir à ses yeulx il n' octroye:
Non qu' en Lyon si grand plaisir je croye,
Mais bien en une estant dedans sa garde:
Car de la veoir d' Esprit ainsi gaillarde,
C' est bien plus veu, que de veoir Ilyon:
Et de ce Siecle ung miracle, regarde,
Pource qu' elle est seulle entre ung million.

RHYME a b a b b c c d c d

Ma Maistresse est de si haulte valeur,
Qu' elle a le corps droit, beau, chaste, et pudique:
Son cueur constant n' est pour heur, ou malheur,
Jamais trop gay, ne trop melancolique.
Elle a au chef ung Esprit Angelique,
Le plus subtil, qui onc aux Cieulx volla.
O grand' merveille: l' on peult veoir par cela
Que je suis Serf d' ung Monstre fort estrange:
Monstre je dy, car pour tout vray elle a
Corps femenin, cueur d' homme, et teste d' Ange.

RHYME a b a b b c c d c d

Qui en amour veult sa jeunesse esbattre,
Vertus luy sont propres en dicts, et faicts:
Mais il ne fault, qu' ung vent pour les abattre,
Si Fermeté ne soustient bien le faix.
Ceste vertu, et ses servants parfaicts
Portent le noir, qui ne se peult destaindre.
Et qui l' amour premiere laisse estaindre,
Le noir habit n' est digne de porter.
Tout homme doibt ceste vertu attaindre:
Si femme y fault, elle est à supporter.

RHYME a b a b b c c d c d

Treschere soeur, si je sçavoys où couche
Vostre personne au jour des Innocents,
De bon matin j' yrois à vostre couche
Veoir ce gent corps, que j' ayme entre cinq cents:
Adonc ma main (veu l' ardeur que je sens)
Ne se pourroit bonnement contenter
Sans vous toucher, tenir, taster, tenter:
Et si quelcun survenoit d' adventure,
Semblant feroys de vous innocenter:
Seroit ce pas honneste couverture?

RHYME a b a b b c c d c d

La nuict passée, en mon lict je songeoye
Qu' entre mes bras vous tenoys nu à nu:
Mais au resveil se rabaissa la joye
De mon desir en dormant advenu.
Adonc je suis vers Apollo venu
Luy demander qu' adviendroit de mon songe:
Lors luy, jaloux de toy, longuement songe:
Puis me respond: tel bien ne peulx avoir.
Helas m' amour, fais luy dire mensonge:
Si confondras d' Apollo le sçavoir.

RHYME a b a b b c c d c d

May, qui portoit robbe reverdissante,
De fleurs semée, ung jour se mist en place,
Et quand m' Amye il veit tant fleurissante,
De grand despit rougist sa verde face,
En me disant, tu cuydes, qu' elle efface
(A mon advis) les fleurs, qui de moy yssent
Je luy responds, toutes tes fleurs perissent,
Incontinent qu' yver les vient toucher,
Mais en tout temps de ma Dame fleurissent
Les grands vertus, que mort ne peult seicher.

RHYME a b a b b c c d c d

La nuict passée à moy s' est amusé
Le Dieu d' Amours (au moins je le songeoye)
Lequel me dist, paovre Amant reffusé
D' ung seul baiser, prens reconfort, et joye.
Ta maistresse est de doulceur la montjoye:
Dont (comme croy) son reffus cessera:
Ha, dys je, Amour, ne sçay quand ce sera.
Le meilleur est, que bien tost me retire:
Avec sa Dame à peine couchera,
Qui par priere ung seul baiser n' en tire.

RHYME a a *

Advint à Orleans, qu' en tant de mille Dames
Une, et une aultre avec nasquirent belles femmes.
Pour d' ung tant nouveau cas saulver marques insignes,
On leur a estably deux Estatues marbrines:
Mais on s' enquiert pourquoy furent, et sont encore
Mises au Temple aux sainctz: et maint la cause ignore.
Je dy, qu' on ne doyt mectre ailleurs, qu' en sainct sejour
Celles, à qui se font prieres nuict, et jour.
Mais quelle durté est soubz vos peaulx tant doulcettes?
Maint Amant vous requiert, respondez femelettes:
Et les sainctz absents oyent des priants les langages,
Nonobstant qu' addressés ilz soyent à leurs ymages:
Mais en parlant à vous, n' entendez noz parolles,
Non plus, que si parlions à voz sourdes ydoles.

RHYME a b a b b c c d c d d e d e

La belle Rose à Venus consacrée
L' oeil, et le sens de grand plaisir pourvoyt.
Si vous diray, Dame, qui tant m' aggrée,
Raison pourquoy de rouges on en voyt:
Ung jour Venus son Adonis suyvoit
Parmy jardins pleins d' espines, et branches,
Les pieds touts nudz, et les deux bras sans manches.
Dont d' ung Rosier l' espine luy meffeit:
Or estoyent lors toutes Roses blanches,
Mais de son sang de vermeilles en feit.
De ceste Rose ay jà faict mon proffit
Vous estreinant, car plus qu' à aultre chose
Vostre visage, en doulceur tout confict,
Semble à la fresche, et vermeillette Rose.

RHYME a a *

L' arbre du Pin touts les aultres surpasse,
Car il ne croist jamais en terre basse,
Mais sur haults monts sa racine se forme,
Qui en croyssant prend si tres belle forme,
Que par forestz, ou aulcun aultre endroit,
On ne sçauroit trouver arbre plus droit.
Qui touchera son escorce polie,
Pour ce jour là n' aura melancolie:
Au chef du Pin sont fueilles verdoyantes,
Et à son pied Fontaines undoyantes.
Son boys est bon ou couppé, ou entier:
S' il est couppé hors de son beau sentier,
On en fera ou Navire, ou Gallée
Pour naviguer dessus la Mer salée:
Et s' on le laisse en la terre croyssant,
Il deviendra fertile, et fleurissant,
Et produyra une tresbelle Pomme,
Pour substanter le triste cueur de l' homme.
Par ainsi donc en terre, et sur la Mer,
Tout noble cueur le Pin doibt estimer.

RHYME a a *

La Chapelle, qui est bastie, et consacrée
Pour le lieu d' oraison, à Dieu plaist, et aggrée:
De Contrebas, et Hault la Chapelle fournie,
Avec Taille, et Dessus, est tres belle armonie:
La Chapelle, où se font eaues odoriferentes,
Donne par ses liqueurs guerisons differentes:
Mais toy Chapelle vive, estant de beauté pleine,
Tu ne fais, que donner à tes serviteurs peine.

RHYME a a *

Celluy qui dit ta grâce, eloquence, et sçavoir
N' estre plus grands qu' humains, de pres ne t' a peu veoir:
Et à qui ton parler ne sent divinité,
De termes, et propos n' entend la gravité.
De l' Empire du Monde est ta presence digne,
Et ta voix ne dit chose humaine, mais divine.
Combien doncques diray l' Ame pleine de grâce,
Si oultre les Mortelz tu as parolle, et face?

RHYME a b a b b c b c

Damoyselle, que j' ayme bien,
Je te donne pour la pareille
Tes Estreines d' ung petit Chien,
Qui n' est pas plus grand, que l' Oreille.
Il jappe, il mord, il faict merveille,
Et va desjà tout seul troys pas:
C' est pour toy que je l' appareille,
Excepté que je ne l' ay pas.

RHYME a a *

Poëtiser contre vous je ne veulx,
Mais comme l' ung des Enfants, ou Nepveux
De Poësie, ayants desir d' entendre,
Vers vous je veulx mon entendement tendre.
Poëtiser trop mieulx que moy sçavez,
Et, pour certain, meilleure grâce avez,
A ce que voy, que n' ont plusieurs, et maints,
Qui pour cest Art mectent la plume en main

RHYME a b a b

Bien ressembles à la Grenoille,
Non pas que tu soys aquatique:
Mais comme en l' eau elle barbouille,
Si fays tu en l' Art Poëtique.

RHYME a b a b b c c

Mets voyle au vent, single vers nous Charon,
Car on t' attend: puis quand seras en Tente,
Tant et plus boy bonum vinum charum
Qu' aurons pour vray: doncques (sans longue attente)
Tente tes piedz à si decente sente
Sans te fascher, mais en soys content, tant
Qu' en ce faisant nous le soyons aultant.

RHYME a a *

Plaise au Roy nostre Sire
De commander, et dire,
Qu' ung bel acquit on baille
A Marot, qui n' a maille:
Lequel acquit dira
(au moins on y lira)
Telle, ou semblable chose:
Mais ce sera en Prose.
Thresorier, on entend,
Que vous payez (content)
Marot, n' y faillez pas,
Des le jour du trespas
De Jehan Marot son pere.
Ainsi (Sire) j' espere,
Qu' au moyen d' ung acquit
Cil, qui paovre nasquit,
Riche se trouvera,
Tant qu' argent durera.

RHYME a b a b b c c d c d

Quand par Acquits les gaiges on assigne,
On est d' ennuy tout malade, et fasché,
Mais à ce mal ne fault grand medecine,
Tant seullement fault estre bien couché:
Non pas en lict, n' en linge bien seiché,
Mais en l' estat du noble Roy Chrestien.
Long temps y a que debout je me tien,
Noble Seigneur: prenez doncques envie
De me coucher à ce coup si tresbien,
Que relever ne puisse de ma vie.

RHYME a b a b b c c d c d

L' an vingt, et sept, Febvrier le froidureux
Eut la saison plus claire, et disposée
Que Mars, n' Apvril. Brief, il fut si heureux
Qu' il priva May de sa Dame Rosée:
Dont May tristé a la Terre arrosée
De mille pleurs, ayant perdu s' Amye,
Tant que l' on dit, que pleuré il n' a mye,
Mais que grand' pluye hors de ses yeulx bouta.
Las, j' en jectay une fois, et demye
Trop plus que luy, quand m' Amye on m' osta.

RHYME a b a b b c c d c d

Elle s' en va de moy la mieulx aymée,
Elle s' en va (certes) et si demeure
Dedans mon cueur tellement imprimée,
Qu' elle y sera jusques à ce, qu' il meure.
Voyse où vouldra, d' elle mon cueur s' asseure:
Et s' asseurant n' est melancolieux:
Mais l' oeil veult mal à l' espace des lieux,
De rendre ainsi sa liesse loingtaine:
Or Adieu doncq le plaisir de mes yeulx,
Et de mon cueur l' asseurance certaine.

RHYME a b a b b c c d c d

Anne (par jeu) me jecta de la Neige,
Que je cuidoys froide certainement:
Mais c' estoit feu: l' experience en ay je,
Car embrasé je fuz soubdainement.
Puis que le feu loge secrettement
Dedans la Neige, où trouveray je place
Pour n' ardre point? Anne, ta seulle grâce
Estaindre peult le feu que je sens bien,
Non point par eau, par neige, ne par glace,
Mais par sentir un feu pareil au mien.

RHYME a b a b b c c d c d

Si jamais fut ung Paradis en terre,
Là où tu es, là est il sans mentir:
Mais tel pourroit en toy Paradis querre,
Qui ne viendroit fors à peine sentir:
Non toutesfoys qu' il s' en doibt repentir,
Car heureux est qui souffre pour tel bien.
Doncques celluy que tu aymerois bien,
Et qui receu seroit en si bel estre,
Que seroit il? Certes je n' en sçay rien,
Fors qu' il seroit ce que je vouldroys estre.

RHYME a b a b b c c d c d

Ceste Deesse avec sa ronde Pomme,
Prince Royal des aultres le plus digne,
N' est point Venus, et Venus ne se nomme.
Jà n' en desplaise à la langue latine:
C' est du hault ciel quelcque vertu divine
Qui de sa main t' offre la Pomme ronde,
Te promectant tout l' Empire du monde
Ains que mourir. O quel Marbre taillé!
Bien peu s' en fault, qu' il ne dye, et responde
Que mieulx encor te doibt estre baillé.

RHYME a a *

Seigneurs, je suis Venus: je vous dy celle mesme
Qui la Pomme emporta, pour sa beaulté surprême:
Mais tant ravie suis de si haulte louange
Que viande, et liqueur je ne boy, et ne mange.
Doncq' ne vous estonnez, si morte semble, et royde:
Sans Ceres, et Bacchus tousjours Venus est froyde.

RHYME a b a b b c b c

Tu m' as donné au vif ta face paincte,
Paincte pour vray de main d' excellent homme:
Si l' ay je mieulx dedans mon cueur empraincte
D' ung aultre ouvrier, qui Cupido se nomme.
De ton present heureuse me renomme:
Mais plus heureuse, Amy, je seroys bien,
Si en ton cueur j' estoys empraincte comme
Tu es emprainct, et gravé sur le mien.

RHYME a b a b b c b c

Present present de couleur de Colombe
Va où mon cueur s' est le plus addonné:
Va doulcement, et doulcement y tombe,
Mais au parler ne te monstre estonné.
Dy, que tu es pour Foy bien ordonné:
Dy oultreplus (car je te l' abandonne)
Que le Seigneur, à qui tu es donné,
N' a Foy semblable à celle qui te donne

RHYME a b a b b c b c

Tant est l' amour de vous en moy empraincte,
De voz desirs je suis tant desireux,
Et de desplaire au cueur ay telle craincte,
Que plus à moy ne suis: dont suis heureux.
A d' autre sainct ne s' addressent mes voeux,
Tousjours voulant (de peur de faire offense)
Ce que voulez, et non ce que je veulx:
Ce que pensez, et non ce que je pense.

RHYME a b a b a b a b

Incontinent que je te vey venue,
Tu me semblas le cler Soleil des cieulx,
Qui sa lumiere a longtemps retenue:
Puis se faict veoir luysant, et gracieux.
Mais ton depart me semble une grand' nue,
Qui se vient mectre au devant de mes yeulx:
Pas n' eusse creu, que de joye advenue
Fut advenu regret si ennuieux.

RHYME a b a b b c b c

Une assez suffisante Estreine
Trouver pour vous je ne sçauroys:
Mais vous pouvez estre certaine,
Que vous l' auriez, quand je l' auroys.
Et lors qu' asseuré je seroys
D' estre receu selon mon zelle,
Moy mesme je me donneroys
Du tout à vous ma Damoyselle.

RHYME a a b b

Ces quatre vers à te saluer tendent:
Ces quatre vers à toy me recommandent:
Ces quatre vers sont les Estreines tiennes:
Ces quatre vers te demandent les miennes.

RHYME a a b b a

Qui dort icy? le fault il demander?
Venus y dort, qui vous peult commander.
Ne l' esveillez, elle ne vous nuyra.
Si l' esveillez, croyrez qu' elle ouvrira
Ses deux beaulx yeulx, pour les vostres bander.

RHYME a b a b b c c d c d

Martin menoit son Pourceau au marché
Avec Alix: qui en la plaine grande
Pria Martin de luy faire le peché
De l' ung sur l' aultre. Et Martin luy demande:
Et qui tiendroit nostre Pourceau, friande?
Qui? dist Alix: bon remede il y a.
Lors son Pourceau à sa jambe lya:
Puis Martin jusche, et lourdement engaine.
Le Porc eut peur, et Alix s' escria,
Serre Martin, nostre Pourceau m' entraîne.

RHYME a b a b b c b c

C' est ung espoir d' entiere guerison,
Puis que santé en moy desjà s' imprime.
Vray est qu' Yver foyble, froid, et grison
Nuist à Nature, et sa vertu reprime:
Mais si voulez, si aurez vous l' estime
De me guerir sans la neufve saison:
Parquoy, Monsieur, je vous supply en rithme
Me venir veoir, pour parler en raison.

RHYME a b a b b c b c

Tes vers exquis, Seigneur Akakia,
Meritent mieulx de Maro le renom,
Que ne font ceulx de ton Amy, qui a
Avec Maro confinité de nom.
Tes vers pour vray semblent coups de Canon:
Et resonance aux miens est si petite,
Qu' aux tiens ne sont à comparer, sinon
Du bon vouloir, que ta plume recite.

RHYME a a b a a b

Le chant du Coq la nuict point ne prononce,
Ains le retour de la lumiere absconse:
Dont sa nature il fault que noble on tienne.
Or t' es monstré vray Coq en ta response,
Car ton hault chant rien obscur ne m' anonce,
Mais santé vive, en quoy Dieu te maintienne.

RHYME a b b a a b

Si le franc Coq liberal de nature
N' est empesché avec sa Gelinotte,
Luy plaise entendre au chant, que je luy notte,
Et visiter la triste creature,
Qui en sa chambre a faict ceste escripture,
Mieulx enfermé qu' en sa cage Lynotte.

RHYME a b a a b b c c

Amy de nom, de pensée, et de faict,
Qu' ay je meffaict, que vers moy ne prens voye?
Grâces à Dieu, tu es dru, et refaict:
Moy plus deffaict, que ceulx que morts on faict:
Mort en effect, si Dieu toy ne m' envoye,
Brief ne pourvoye au mal, qui me desvoye.
Que je te voye, à demy suis guery:
Et sans te veoir, à demy suis pery.

RHYME a b a b b c c d c d

Ce meschant Corps demande guerison,
Mon frere cher: et l' Esprit, au contraire,
Le veult laisser, comme une orde Prison:
L' ung tend au monde, et l' aultre à s' en distraire.
C' est grand' pitié que de les ouyr braire.
Ha (dit le Corps) fault il mourir ainsi?
Ha (dit l' Esprit) fault il languir icy?
Va (dit le Corps) mieulx que toy je soubhaitte:
Va (dit l' Esprit) tu faulx, et moy aussi:
Du Seigneur Dieu la voulunté soit faicte.

RHYME a b a a b b c c d c c d

Plaise au Roy ne reffuser point,
Ou donner, lequel qu' il vouldra,
A Morot cent escuz appoinct:
Et il promect qu' en son pourpoinct,
Pour les garder, ne les couldra.
Monsieur le Legat l' absouldra
Pour plus dignement recevoir,
J' entends s' il veult faire debvoir
De sceller l' acquit à l' Espergne:
Mais s' il est dur à y pourveoir,
Croyez qu' il aura grand pouvoir
S' il me faict bien dire d' Auvergne.

RHYME a b a b b c b c

Lors que Maillart Juge d' Enfer menoit
A Montfaulcon Samblançay l' âme rendre,
A vostre advis, lequel des deux tenoit
Meilleur maintien? Pour le vous faire entendre,
Maillart sembloit homme qui mort va prendre:
Et Samblançay fut si ferme vieillart,
Que l' on cuydoit (pour vray) qu' il menast pendre
A Montfaulcon: le Lieutenant Maillart.

RHYME a b a b b c c d c d

L' Espousé la premiere nuict
Asseuroit sa femme farouche:
Mordez moy (dit il), s' il vous cuyct,
Voylà mon doigt en vostre bouche.
Elle y consent, il s' escarmouche,
Et apres qu' il l' eut deshousée,
Or ça (dit il) tendre rousée,
Vous ay je faict du mal ainsi?
Adoncq' respondit l' Espousée,
Je ne vous ay pas mors aussi.

TITLE

RHYME a b a b 
RHYME-POEM a b a b

Regarder est tres bon langage:
Viser est plus agu du tiers:
De dire qu' il n' est usage,
J' en croy touts les Arbalestiers.

RHYME a b a b 
RHYME-POEM b c b c

Je demanderoys vouluntiers,
Comme on diroit plus proprement,
Ung de ces deux Hacquebutiers
Par mal viser fault lourdement.

RHYME a b a b 
RHYME-POEM c d c d

Je dy (à parler rondement)
Qu' il fault, que ce mot y pourvoye,
Et ne se peult dire aultrement:
Qui est tout le pis, que j' y voye.

RHYME a b a b 
RHYME-POEM d e d e

Celluy, qui ne vise à la voye,
Par où il va, fault, et s' abuse:
Mais point ne fault, ne se forvoye
Celluy, qui du terme ainsi use.

RHYME a b a b 
RHYME-POEM e f e f

Doncques, Amy, ne le recuse:
Car quand au pis on le prendroit,
User on en peult soubs la ruse
De Metaphore en maint endroit.

RHYME a b a b 
RHYME-POEM f g f g

Viser du Latin vient tout droit:
Visée en est une lisiere:
Et par ailleurs viser fauldroit,
Pour bien m' attaindre à la visiere.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Monsieur l' Abbé, et monsieur son Valet
Sont faictz esgaulx touts deux comme de cire:
L' ung est grand fol, l' aultre ung petit folet:
L' ung veult railler, l' aultre gaudir, et rire:
L' ung boit du bon: l' aultre ne boit du pire:
Mais ung debat au soir entre eulx s' esmeut,
Car maistre Abbé toute la nuict ne veult
Estre sans vin, que sans secours ne meure:
Et son valet jamais dormir ne peult
Tandis qu' au pot une goute en demeure.

RHYME a b a b b c c d c d

Frere Thibault sejourné, gros, et gras,
Tiroit de nuict une garse en chemise
Par le treillys de sa chambre: où le bras
Elle passa, puis la teste y a mise,
Puis tout le sein: mais elle fut bien prise,
Car son fessier y passer ne sceut onc:
Par la morbieu (ce dict le Moyne adonc)
Il ne me chault de bras, tetin, ne teste:
Passez le cul, ou vous retirez donc:
Je ne sçauroys (sans luy) vous faire feste.

RHYME a b a a b c d c c d

Prince, ce Griffon, qui me gronde,
Semble à Jouan, qui se mordoit.
Que voulez vous, que luy responde?
C' est la plus grand' pitié du monde,
Excuser plus tost on le doibt:
Car quand ainsi son feu jectoit,
Et qu' il disoit argent en Pouppe,
Le paovre homme se mescomptoit,
Et vouloit dire, qu' il estoit
Tousjours yvre, comme une souppe.

RHYME a b a b b c b c

Le noble esprit de Cicero Rommain
Voyant çà bas maint cerveau foible, et tendre,
Trop maigrement avoir mys plume en main
Pour de ses dicts la force faire entendre,
Laissa le ciel, en terre se vint rendre,
Au corps entra de Dolet, tellement
Que luy sans aultre à nous se faict comprendre,
Et n' a changé que de nom seullement.

RHYME a b a b

Veulx tu sçavoir, à quelle fin
Je t' ay mys hors des oeuvres miennes?
Je l' ay faict tout expres, affin
Que tu me mectes hors des tiennes.

RHYME a a b b

Benest, quand ne te congnoissoye,
Ung sage homme je te pensoye:
Mais, quand j' ay veu ce qui en est,
Je trouve, que tu es Benest.

RHYME a b a b b c c d c d

Elle a tresbien ceste gorge d' Albastre,
Ce doulx parler, ce cler tainct, ces beaulx yeulx:
Mais en effect ce petit rys follastre
C' est (à mon gré) ce qui luy sied le mieulx:
Elle en pourroit les chemins, et les lieux
Où elle passe, à plaisir inciter:
Et si ennuy me venoit contrister,
Tant que par mort fust ma vie abbatue,
Il ne fauldroit, pour me resusciter,
Que ce rys là, duquel elle me tue.

RHYME a b a b b c c d c d

Fleur de quinze ans (si Dieu vous saulve, et gard)
J' ay en Amours trouvé cinq poincts expres.
Premierement, il y a le regard,
Puis le devis, et le baiser apres,
L' atouchement le baiser suyt de pres,
Et touts ceulx là tendent au dernier poinct:
Qui est, et quoy? je ne le diray point:
Mais s' il vous plaist en ma chambre vous rendre,
Je me mectray vouluntiers en pourpoinct,
Voyre tout nud, pour les vous faire apprendre.

RHYME a b a b b c c d c d

Ouïr parler de ma Dame, et maistresse,
M' est plus de bien, que toutes aultres veoir:
Veoir son maintien, ce m' est plus de liesse
Que bon propos des aultres recevoir:
Avecques elle ung bon propos avoir,
M' est plus grand heur, que baiser une Heleine,
Et ne croy pas, si j' avoys son alaine,
(J' entends sa bouche à mon commandement)
Que ceulx, qui ont leur jouyssance pleine,
N' eussent despit de mon contentement.

RHYME a b a b b c b c

Demandez vous, qui me faict glorieux?
Heleine a dict (et j' en ay bien memoyre)
Que de nous troys elle m' aymoit le mieulx:
Voylà pourquoy j' ay tant d' aise, et de gloyre.
Vous me direz qu' il est assez notoyre
Qu' elle se mocque, et que je suis deceu:
Je le sçay bien, mais point ne le veulx croyre:
Car je perdroys l' aise, que j' ai receu.

RHYME a b a b b c c d c d

Au moys de May, que l' on saignoit la belle,
Je vins ainsi son medecin reprendre:
Luy tires tu sa chaleur naturelle?
Trop froyde elle est, bien me l' a faict apprendre.
Tais toy (dist il) content je te voys rendre.
J' oste le sang, qui la faict rigoreuse,
Pour prendre humeur en amours vigoreuse
Selon ce Moys, qui chasse tout esmoy:
Ce qui fut faict, et devint amoureuse:
Mais le pis est, que ce n' est pas de moy.

RHYME a b a b b c b c

Le cler Phebus donne la vie, et l' aise
Par son baiser tant digne, et precieux:
Et mort devient ce, que Diane baise.
O dur baiser, rude, et mal gracieux!
Tu fais venir ung desir soucieux
De mieulx avoir, dont souvent on desvie:
Mais qui pourroit parvenir à ce mieulx,
Il n' est si mort, qui ne revint en vie.

RHYME a b a b b c b c

Hommes experts, vous dictes par science,
Que Diane est en baisant beaulcoup pire
Que n' est la Mort: mais par experience
De ce vous veulx, et vous puis contredire:
Car quand sa bouche en la mienne souspire,
Toute vigueur dedans mon cueur s' assemble.
Vous resvez donc, ou certes il fault dire,
Qu' en la baisant, mourir vivre me semble.

RHYME a b a b b c b c

Ung fascheux corps vestu d' ung satin gras,
Ung satin gras doublé d' ung fascheux corps,
Ung lourd marcher, ung branlement de bras,
Ung sot parler, avec ung museau tors
Contrefaisant le gracieux, alors
Qu' il pense mieulx d' amours faire butin,
Que dessert il? d' estre jecté dehors,
Et l' envoyer desgresser son satin.

RHYME a b a b b c c d c d

Ung lourd vestu de satin est icy
Suyvant la Court (sans propos) à la trace,
De bonne gresse est son satin farcy,
Et tout son corps plein de maulvaise grâce.
Quant à la grâce, à peine qu' on l' efface,
Car il sent trop son escolier Latin:
Quant à la gresse, il l' a soir, et matin
(Comme je croy) en troys ans amassée:
Mais baillez luy douze aulnes de satin,
Voylà sa robbe en ung jour degressée.

RHYME a b a b b c c d c d

Dedans le clos d' ung Jardin fleurissant,
Entre aultres fleurs voy une Rose blanche,
Que je seroys sur toutes choysissant,
Si de choysir j' avoys liberté franche:
Dieu gard sans fin le Rozier, et la branche,
Dont est sortye une tant belle Rose:
Dieu gard la main, qui pour croistre l' arrose:
Dieu gard aussi le tresexcellent Clos:
Dieu fasse en moy la sienne Amour enclose,
A peine d' estre en son Amour enclos.

RHYME a b a b b c c d c d

Quand j' escriroys, que je t' ay bien aymée,
Et que tu m' as sur touts aultres aymé,
Tu n' en seroys femme desestimée,
Tant peu me sens homme desestimé.
Petrarcque a bien sa maistresse nommée
Sans amoindrir sa bonne renommée:
Doncq' si je suis son Disciple estimé,
Craindre ne fault, que tu en soys blasmée.
D' Anne j' escry, plus noble, et mieulx famée,
Sans que son los en soyt point deprimé.

RHYME a b a b b c c d c d

Estre Phebus bien souvent je desire,
Non pour congnoistre herbes divinement,
Car la douleur, qui mon cueur veult occire,
Ne se guerist par herbe aulcunement:
Non pour avoir ma place au firmament,
Car en la terre habite mon plaisir:
Non pour son arc encontre Amour saisir,
Car à mon Roy ne veulx estre rebelle:
Estre Phebus seullement j' ay desir,
Pour estre aymé de Diane la belle.

RHYME a b a b b c c d c d

Bren, laissez moy, ce disoit une
A ung sot, qui luy desplaisoit.
Ce lourdault tousjours l' importune,
Puis j' ouy, qu' elle luy disoit:
La plus grosse beste qui soyt,
Monsieur, comme est ce, qu' on l' appelle?
Ung Elephant, ma Damoyselle:
Me semble, qu' on le nomme ainsi.
Pour Dieu, Elephant (ce dict elle)
Va t' en doncq' , laisse moy icy.

RHYME a b a b b c b c

L' Enfant n' a plus son arc estrange,
Dont il blessoit d' hommes et cueurs, et testes:
Avec celluy de Diane a faict change,
Dont elle alloit aux champs faire les questes.
Ilz ont changé, n' en faictes plus d' enquestes:
Et si on dict, à quoy les congnoys tu?
Je voy, qu' Amour chasse souvent aux bestes,
Et qu' elle attainct les hommes de vertu.

RHYME a b a b b c c d c d

Mes yeulx sont bons (Greliere) et ne voy rien,
Car je n' ay plus la presence de celle,
Voyant laquelle au monde voy tout bien:
Et voyant tout, je ne voy rien sans elle.
A ce propos souvent (ma Damoyselle)
Quand vous voyez mes yeulx de pleurs lavez,
Me venez dire, Amy, qu' est ce qu' avez?
Mais le disant vous parlez mal apoinct,
Et m' est advis, que plus tost vous devez
Me demandez, qu' est ce, que n' avez point?

RHYME a b a b b c b c

En grand travail, plein d' Amour j' ay passé
Les montz tresfroids au partir d' Aquitaine:
Mais leur froideur n' a de mon cueur chassé
La grand' ardeur de mon Amour certaine:
Quant au travail, bien je vous acertaine,
Qu' incessamment y seray exposé,
Jusques à tant qu' aupres de la Fontaine
(A mon desir) je me soys reposé.

RHYME a b a b b c b c

La mesdisante ne fault croyre,
Corydon, Amy gracieux:
Ja la congnoys, c' est une noyre,
Noyre faicte en despit des cieulx:
Si elle eust (pour la paindre mieulx)
Au bec une prune saulvage,
On diroit, qu' elle auroit troys yeulx,
Ou bien troys prunes au visage.

RHYME a b a b b c b c

Ung doulx Nenny, avec ung doulx soubzrire
Est tant honneste, il le vous fault apprendre:
Quant est d' Ouy, si veniez à le dire,
D' avoir trop dict je vouldroys vous reprendre:
Non que je soys ennuyé d' entreprendre
D' avoir le fruict, dont le desir me poingt:
Mais je vouldroys, qu' en me le laissant prendre,
Vous me disiez, non, vous ne l' aurez point.

RHYME a b a b b c b c

Les blancs Manteaulx en leur convent
Ont faict rampar de longues selles,
Pour nuyre à ceulx qui vont souvent
Faire la court aux Damoyselles.
Quand marys gardent leurs fumelles,
Ilz ont droit, je m' en tais tout coy.
Mais ces Cagotz sont jaloux d' elles:
Je sçauroys vouluntiers pourquoy.

RHYME a b a b b c c d c d

Je ne sçauroys entretien appeller
Le deviser, qui aulcun fruict n' apporte:
C' est le vray vent, qui tost se pert en l' aer,
Ou l' eau, qui royde en aval se transporte.
L' oyseau gentil, sur le poing je le porte,
Apres luy crie, à luy souvent j' entends,
Car de son vol rend mes esprits contents.
O donc Amour, bel oyseau par les aesles,
Apporte proye, et donne passetemps,
Ou entretien (tout seul) Damoyselles.

RHYME a b a b b c c d c d

Je sens en moy une flamme nouvelle,
Laquelle vient d' une cause excellente,
Qui touts les jours me dit, et me revelle,
Que demourer doy personne dolente.
O Amour plein de force violente,
Pourquoy as tu mon tourment entrepris?
Approchez vous, belle, qui m' avez pris:
Amour cruel vostre amy veult occire,
Et gaignera la bataille, et le pris,
Si ne m' armez du bien, que je desire.

RHYME a b a b b c c d c d

Estre de vous (aultant que l' aultre) esprins
Me seroit gloyre, aymant en lieu si hault:
De l' aultre part, il m' en seroit mal prins,
Quand d' y attaindre en moy gist le deffault.
J' ay dict depuis (cent foys, ou peu s' en fault)
O cueur, qui veulx mon malaise, et mon bien:
Je t' ayme assez, ne souhaitte combien:
Et si tu dys, que pareil d' amytié
Ne suis à l' aultre: helas, je le sçay bien,
Car j' ayme plus, mais c' est de la moytié.

RHYME a b a b b c c d c d

Où allez vous, Anne? que je le sache,
Et m' enseignez, avant que de partir,
Comment feray, affin que mon oeil cache
Le dur regret du cueur triste, et martir.
Je sçay comment, point ne fault m' advertir:
Vous le prendrez ce cueur, je le vous livre:
L' emporterez, pour le rendre delivre
Du dueil, qu' auroit loing de vous en ce lieu:
Et pour aultant, qu' on ne peult sans cueur vivre,
Me laisserez le vostre: et puis Adieu.

RHYME a b a b b c c d c d

Qui cuyderoit desguiser Ysabeau
D' ung simple habit, ce seroit grand' simplesse:
Car au visage a je ne sçay quoy de beau,
Qui faict juger tousjours, qu' elle est Princesse:
Soit en habit de chambriere, ou maistresse,
Soit en drap d' Or entier, ou decouppé,
Soit son gent corps de toille enveloppé,
Tousjours sera sa beaulté maintenue:
Mais il semble (ou je suis bien trompé)
Qu' elle seroit plus belle toute nue.

RHYME a b a b b c c d c d

Puis que noz cueurs ne sont qu' ung poinct lié,
Et que d' amour naifvement extreme
Je t' ay (amy) ce present dedié,
Je ne croy point, qu' il ne soit prins de mesme:
Tu y verras une mort triste, et blesme,
Qui ne s' entend te melencolier:
C' est que l' amour, qui noz cueurs faict lier,
Jusqu' à la mort sera continuelle:
Et si la mort ne faict rien oublier,
De mon costé sera perpetuelle.

RHYME a b a b b c c d c d

La mignone de mon amy,
Bien fort à vous me recommande:
Vous n' estes pas femme à demy,
Hastez vous de devenir grande,
Grande par tout, car il demande
Entrer en la cité d' Amours,
Se plaignant, qu' il n' est qu' aux faulxbourgs.
Peu de marys ainsi se deulent,
Mais vont disant (tout au rebours)
Qu' ilz y entrent plus, qu' ilz ne veulent.

RHYME a a *

Enfants, oyez une leçon:
Nostre langue a ceste façon,
Que le terme, qui va devant,
Vouluntiers regist le suyvant:
Les vieulx exemples je suyvray
Pour le mieulx: car, à dire vray,
La chanson fut bien ordonnée,
Qui dit: M' amour vous ay donnée:
Et du bateau est estonné,
Qui dit: M' amour vous ay donné.
Voylà la force, que possede
Le feminin, quand il precede.
Or prouveray par bons tesmoings,
Que tous pluriers n' en font pas moins:
Il fault dire en termes parfaicts,
Dieu en ce monde nous a faicts:
Fault dire en parolles parfaictes,
Dieu en ce monde les a faictes.
Et ne fault point dire (en effect)
Dieu en ce monde les a faict:
Ne nous a faict pareillement:
Mais nous a faicts tout rondement.
L' Italien (dont la faconde
Passe les vulgaires du monde)
Son langage a ainsi basty
En disant: Dio noi a fatti.
Parquoy (quand me suis advisé)
Ou mes juges ont mal visé,
Ou en cela n' ont grand' science,
Ou ilz ont dure conscience.

RHYME a a *

Tetin refect, plus blanc, qu' ung oeuf,
Tetin de satin blanc tout neuf,
Tetin, qui fays honte à la Rose,
Tetin plus beau, que nulle chose,
Tetin dur, non pas tetin voyre,
Mais petite boule d' Ivoyre,
Au milieu duquel est assise
Une Fraize, ou une Cerise,
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage, qu' il est ainsi:
Tetin doncq au petit bout rouge,
Tetin, qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller:
Tetin gauche, Tetin mignon,
Toujours loing de son compaignon,
Tetin, qui porte tesmoignage
Du demeurant du personnage,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te taster, de te tenir:
Mais il se fault bien contenir
D' en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendroit une autre envie.
O Tetin ne grand, ne petit,
Tetin meur, Tetin d' appetit,
Tetin, qui nuict, et jour criez,
Mariez moy tost, mariez,
Tetin, qui t' enfles, et repoulses
Ton gorgerin de deux bons poulses,
A bon droict heureux on dira
Celluy, qui de laict t' emplira,
Faisant d' ung Tetin de pucelle
Tetin de femme entiere, et belle.

RHYME a a *

Tetin, qui n' as rien, que la peau,
Tetin flac, Tetin de drappeau,
Grand' Tetine, longue Tetasse,
Tetin, doy je dire bezasse?
Tetin au grand vilain bout noir,
Comme celluy d' ung entonnoir,
Tetin, qui brimballe à touts coups
Sans estre esbranlé, ne secoux,
Bien se peult vanter, qui te taste;
D' avoir mys la main à la paste:
Tetin grillé, Tetin pendant,
Tetin flestry, Tetin rendant
Vilaine bourbe en lieu de laict,
Le Diable te feit bien si laid:
Tetin pour trippe reputé,
Tetin, ce cuydé je, emprunté,
Ou desrobé en quelcque sorte
De quelque vieille Chievre morte:
Tetin propre pour en Enfer
Nourrir l' enfant de Lucifer:
Tetin boyau long d' une gaule,
Tetasse à jecter sur l' espaule
Pour faire (tout bien compassé)
Ung chapperon du temps passé,
Quand on te voyt, il vient à maints
Une envye dedans les mains
De te prendre avec des gans doubles
Pour en donner cinq, ou six couples
De soufflets sur le nez de celle
Qui te cache soubs son esselle.
Va grand villain Tetin puant,
Tu founiroys bien en suant
De civettes, et de parfuns
Pour faire cent mille deffunctz.
Tetin de laydeur despiteuse,
Tetin, dont Nature est honteuse,
Tetin des vilains le plus brave,
Tetin, dont le bout toujours bave,
Tetin faict de poix, et de glus:
Bren ma plume, n' en parlez plus,
Laisez le là, ventre sainct George,
Vous me feriez rendre ma gorge.

TITLE Le second livre des Epigrammes dedié à Anne

RHYME a b a a b

Anne, ma soeur, sur ces maints Epigrammes
Jecte tes yeulx doulcement regardants:
Et en lisant, si d' amour ne t' enflammes,
A tout le moins ne mesprises les flammes,
Qui pour t' amour luysent icy dedans.

RHYME a a b a a b

Ta lettre (Merlin) me propose
Qu' ung gros sot en rithme compose
Des vers, par lesquelz il me poingt:
Tien toy seur, qu' en rithme, n' en prose,
Celluy n' escript aulcune chose
Duquel l' ouvrage on ne lit point.

RHYME a b a b b c c d c d

Si tu n' es prins, tu te pourroys bien prendre,
Cuydant louer ceste Laure invincible:
Laisse tout là, que veulx tu entreprendre?
Veulx tu monter un Roc inaccessible?
Son noble sang, et sa grâce indicible,
Ceste doulceur, qui d' aymer sçait contraindre,
Et ses vertus, que mort ne peult estaindre,
Sont du pouvoir de Dieu si grands tesmoings,
Que tu ne peulx à sa louange attaindre,
A son amour (helas) encores moins.

RHYME a b a b b c b c

Entre aultres dons de grâces immortelles
Ma Dame escript si hault, et doulcement,
Que je m' estonne, en voyant choses telles,
Qu' on n' en reçoit plus d' esbahyssement.
Puis quand je l' oy parler si sagement,
Et que je voy sa plume travailler,
Je tourne bride, et m' esbahy, comment
On est si sot de s' en esmerveiller.

RHYME a b a b b c c d c d

Celluy, qui a ce Dixain composé,
Enfant Royal, en qui vertu s' imprime,
Et qui à vous presenter l' a osé,
C' est ung Clement, ung Marot, ung qui rithme:
Voicy l' ouvrier, l' art, la forge, et la lime:
Si vous sentez n' en estre importuné,
Vous pouvez bien (Prince tresfortuné)
Vous en servir à dextre, et à senestre,
Car vostre estoit avant que fussiez né:
Or devinez maintenant qu' il peult estre?

RHYME a b a b b c c d c d

D' amour entiere, et tout à bonne fin,
Sire, il te plaist troys Poissons bien aymer:
Premierement, le bien heureux Daulphin:
Et le Chabot, qui noue en ta grant mer:
Puis ta Grenouille. Ainsi t' a pleu nommer
L' humble Talard, dont envie en gasouille,
Disant que c' est ung Poisson, qui l' eaue souille,
Et qui chantant a la voix mal sereine:
Mais j' ayme mieulx du Roy estre Grenouille,
Qu' estre (en effect) d' ung aultre la Sereine.

RHYME a b a b b c b c

Ce nouvel an pour Estreines vous donne
Mon cueur blessé d' une nouvelle playe:
Contrainct y suis, Amour ainsi l' ordonne,
En qui ung cas bien contraire j' essaye:
Car ce cueur là, c' est ma richesse vraye,
Le demeurant n' est rien où je me fonde:
Et fault donner le meilleur bien, que j' aye,
Si j' ay vouloir d' estre riche en ce monde.

RHYME a b a a b b c d d c

Amoureux suis, et Venus estonnée
De mon amour, là où son feu deffault:
Car ma Dame est à l' honneur tant donnée,
Tant est bien chaste, et conditionnée,
Et tant cherchant le bien, qui point ne fault,
Que de l' aymer aultrement, qu' il ne fault,
Seroit ung cas pas trop dur, et amer:
Elle est (pourtant) bien belle, et si le vault,
Mais quand je sens son cueur si chaste, et hault,
Je l' ayme tant, que je ne l' ose aymer.

RHYME a b a b b c c d c d

Pour ung Dixain, que gaignastes mardy,
Cela n' est rien, je ne m' en fais que rire:
Et fus tres aise, alors que le perdy,
Car aussi bien je vouloys vous escrire:
Et ne sçavoys bonnement, que vous dire,
Qui est assez pour se taire tout coy.
Or vous payez, je vous baille dequoy
D' aussi bon cueur, que si je le donnoye:
Que pleust à dieu, que ceulx, à qui je doy,
Fussent contents de semblable monnoye.

RHYME a b a a b b c d d c

Si ceulx, à qui debvez, comme vous dictes,
Vous congnoissoient, comme je vous congnoys,
Quicte seriez des debtes, que vous feistes,
Le temps passé, tant grandes, que petites:
En leur payant ung Dixain toutesfoys
Tel que le vostre, qui vault mieulx mille foys,
Que l' argent deu par vous en conscience:
Car estimer on peult l' argent au poix,
Mais on ne peult (et j' en donne ma voix)
Assez priser vostre belle science.

RHYME a b a b b c c d c d

Mes creanciers, qui de dixains n' ont cure,
Ont leu le vostre: et sur ce leur ay dict,
Sire Michel, sire Bonaventure,
La soeur du Roy a pour moy faict ce dict:
Lors eulx cuydants, que fusse en grand credit,
M' ont appelé Monsieur à cry, et cor:
Et m' a valu vostre escript aultant qu' or:
Car promys ont non seullement d' attendre,
Mais d' en prester (foy de marchant) encor:
Et j' ay promys (foy de Clement) d' en prendre.

RHYME a b a b b c b c

O Laure, Laure, il t' a esté besoing
D' aymer l' honneur, et d' estre vertueuse,
Car Françoys Roy (sans cela) n' eust prins soing
De t' honorer de tumbe sumptueuse,
Ne d' employer sa dextre valeureuse
A par escript ta louange coucher:
Mais il l' a faict pour aultant qu' amoureuse
Tu as esté de ce qu' il tient plus cher.

RHYME a b a b b c b c

De ceulx, qui tant de mon bien se tourmentent,
J' ay d' une part grande compassion:
Puis me font rire, en voyant qu' ilz augmentent
Dedans m' amye ung feu d' affection:
Ung feu, lequel par leur invention
Cuydent estaindre. O la paouvre cautelle!
Ilz sont plus loing de leur intention,
Qu' ilz ne vouldroyent que je fusse loing d' elle.

RHYME a b a b b c b c

Qui peche plus, luy qui es esventeur,
Que j' ay de toy le bien tant souhaittable:
Ou toy, qui fais qu' il est tousjours menteur,
Et si le peulx faire homme veritable?
Voyre, qui peulx d' une oeuvre charitable
En guerir troys, y mectant ton estude.
Luy de mensonge inique, et detestable:
Moy de langueur: et toy d' ingratitude.

RHYME a b a b b c c d c d

Le Noeud jadis tant fort à desnouer
Fut en ung coup d' Alexandre trenché:
Et celluy Noeud, que t' ay voulu vouer,
Peu à peu l' as à moytié destaché:
Mais tu n' as sceu (et n' en soys pas fasché)
L' aultre moytié desnouer, ne parfaire
Ton oeuvre empris: là ne sçauroyent rien faire
Doigts, tant soyent forts, ne glaive plein d' esclandre.
O gentil Noeud, pour te rompre, et deffaire,
La seulle mort sera ton Alexandre.

RHYME a b a b b c c d c d

Puis que vers vous les soeurs Damoyselles
Il ne m' est possible d' aller,
Sus Dixain, courez devers elles,
Au lieu de moy vous fault parler:
Dictes leur, que me mectre à l' aer
Je n' ose, dont me poise fort,
Et que pour faire mon effort
D' aller visiter leurs personnes,
Je me souhaitte estre aussi fort
Comme elles sont belles, et bonnes.

RHYME a b a b b c b c

Si le loysir tu as avec l' envie
De me reveoir, ô ma joye esperée,
Je te rendray bon compte de ma vie,
Depuis qu' à toy parlay l' aultre serée:
Ce soir fut court, mais c' est chose asseurée
Que tu m' en peulx donner ung par pitié,
Lequel seroit de plus longue durée,
Et sembleroit plus court de la moytié.

RHYME a b a b b c b c

Amour vous a (des le jour, que fus né)
De mon service ordinaire estrenée:
Et si ne fus de vous oncq' estrené
Que de rigueur soubs parolle obstinée:
Si vous supply, noble Nymphe Renée,
Ce nouvel an parler nouveau langage,
Et tou ainsi, qu' on voyt changer d' année,
Vouloir changer envers moy de courage.

RHYME a b a b b c b c

Je ne sçay pas, quelles Estreines
Plus excellentes vous vouldriez,
Que les grâces tant souveraines
Des dons à vous appropriez:
Mais je sçay, que quand vous auriez
Cela, que sent vostre presence,
Sans point de faulte vous seriez
Quelcque Princesse d' excellence.

RHYME a b a b b c b c

Pour Estreines je vous enhorte
Fuyr d' Amour la cruaulté:
Mais si vous n' estiez la plus forte,
Je vous estreine en privaulté
D' ung Amy plein de loyaulté,
Loyaulté ronde, et mesurée
Au compas de vostre beaulté,
Mais qui soyt de plus grand' durée.

RHYME a b a b b c b c

Apres avoir estrené Damoyselles,
Amy Dolet, je te veulx estrener:
Present te fays de la plus fine d' elles,
Qui sache bien à son gré te mener,
Afin d' ouyr ta Muse resonner
Les Passions, qu' Amour aux siens ordonne.
Ce doulx tourment je t' ay voulu donner
Affin qu' à touts ung grand plaisir je donne.

RHYME a b a b b c b c

Painctres experts vostre façon commune
Changer vous fault plus tost huy, que demain:
Ne paignez plus une Roue à Fortune,
Elle a d' Amour pris le dard inhumain:
Amour aussi a pris la Roue en main,
Et des mortelz par ce moyen se joue.
O l' homme heureux, qui de l' enfant humain
Sera poulsé au dessus de la Roue!

RHYME a b a b b c b c

Sçavez vous la raison, pourquoy
Hors du monde je me retire
En ung Hermitage à recoy?
Sans faulte je vous le veulx dire.
Celle, que tant j' ayme, et desire,
En lieu de me reconforter,
Tousjours le cul arriere tire.
Le Diable la puisse emporter.

RHYME a b a b b c b c

Je m' en voys tout vestu de gris
En ung boys, là je me confine:
Au monde aussi bien j' amegris,
M' amye est trop dure, ou trop fine:
Là vivray d' eau, et de racine,
Mais pour mon âme il ne m' en chault,
Cela me fera medecine
Contre mon mal, qui est trop chault.

RHYME a b a b b c c d c d

Bouche de Coral precieux,
Qui à baiser semblez semondre:
Bouche, qui d' ung cueur gracieux
Sçavez tant bien dire, et respondre,
Respondez moy, doibt mon cueur fondre
Devant vous, comme au feu la cyre?
Voulez bien celluy occire,
Qui crainct vous estre desplaisant?
Ha bouche, que tant je desire,
Dictes nenny, en me baisant.

RHYME a b a b b c b c

L' aultre jour aux champs tout fasché
Vey ung Volleur se lamentant,
Dessus une Roue attaché:
Si luy ay dict en m' arrestant,
Ton mal (paovre homme) est bien distant
Du tourment, qui mon cueur empestre:
Car tu meurs sus la roue estant,
Et je meurs, que je n' y puis estre.

RHYME a b a b b c b c

Quand je vous ayme ardantement,
Vostre beaulté toute aultre efface:
Quand je vous ayme froidement
Vostre beaulté fond, comme glace.
Hastez vous de me faire grâce,
Sans trop user de cruaulté,
Car si mon amytié se passe,
A Dieu command vostre beaulté.

RHYME a b a b b c b c

Ne vous forcez de me cherer,
Chere ne quiert point violence:
Mes vers vous veulent reverer,
Non obliger vostre excellence:
Si mon amour, et ma science
En vostre endroit n' ont sceu valoir,
C' est à moy d' avoir patience,
Et à vous de ne vous chaloir.

RHYME a b a b b c b c

Amour trouva celle, qui m' est amere:
Et j' y estoys, j' en sçay bien mieulx le compte.
Bon jour (dict il) bonjour Venus ma mere.
Puis tout à coup, il voyt, qu' il se mescompte:
Dont la couleur au visage luy monte
D' avoir failly: honteux Dieu sçait combien.
Non, non, Amour (ce dys je) n' ayez honte:
Plus cler voyants que vous s' y trompent bien.

RHYME a b a b b c c d c d

Si mon poil noir en blanc se tainct,
Comment seroit ce de vieillesse?
Ma mere est en fleur de jeunesse,
Et n' est au monde ung si beau tainct,
Car le sien touts aultres estainct:
De la veoir faictes moy la grâce,
Mais ne contemplez trop sa face,
Que d' aymer n' entriez en esmoy,
Et que sa rigueur ne vous fasse
Vieillir de langueur, comme moy.

RHYME a b a b b c c d c d

Ce plaisant Val, que l' on nommoit Tempé,
Dont mainte hystoire est encor embellye,
Arrousé d' eaues, si doulx, si attrempé,
Sachez, que plus il n' est en Thessallye.
Juppiter Roy, qui les cueurs gaigne, et lye,
L' a de Thessalle en France remué,
Et quelcque peu son nom propre mué:
Car pour Tempé, veult qu' Estempes s' appelle:
Ainsi luy plaist, ainsi l' a situé,
Pour y loger de France la plus belle.

RHYME a b a b b c c d c d

Las il est mort (pleurez le Damoyselles)
Le Passereau de la jeune Maupas:
Ung aultre oyseau, qui n' a plumes qu' aux aesles,
L' a devoré: le congnoissez vous pas?
C' est ce fascheux Amour, qui sans compas
Avecques luy se jectoit au giron
De la pucelle, et volloit environ,
Pour l' enflamber, et tenir en destresse:
Mais par despit tua le Passeron,
Quand il ne sceut rien faire à la maistresse.

RHYME a b a b b c c d c d

Or çà vous avez veu le Roy,
Ay je gaigné, dictes ma Dame?
Toute seulle je vous en croy,
Sans le rapport de luy, ne d' âme.
Vray est, qu' au propos que j' entame,
Le Roy serviroyt bien d' ung tiers:
Vous estes deux tesmoings entiers,
Car l' une est Dame, et l' aultre Maistre:
Mais j' en croiroys plus vouluntiers
Ung enfant, qui viendroit de naistre.

RHYME a b a b b c c d c d

Il pensoit bien brusler son chaste cueur
Par doulx regardz, par souspirs tresardants,
Par ung parler, qui faict Amour vainqueur,
Par long servir, par signes evidents,
Mais il trouva une froideur dedans,
Qui touts ses traicts convertissoyt en glace:
Et qui pis est, par une doulce audace
L' oeil chaste d' elle le regarda si fort,
Que sa froideur à travers son cueur passe,
Et mist son feu, Amour, et luy à mort.

RHYME a b a b b c c d c d

Ce seroit trop, que la belle esmouvoir.
Le paovre Amant n' y a pensé, ne pense:
Parler à elle, et la serivir, et veoir
Luy sont assez d' heureuse recompense,
En confessant (noble fleur d' excellence)
Qu' elle l' a bien mys à mort voyrement:
Mais son amour, et son feu vehement
Chasteté d' oeil ne les pourroit estaindre:
Car tant plus vit la Dame chastement,
De tant plus croist le desir d' y attaindre.

RHYME a b a b b c c d c d

Endormez bien Argus, qui a tant d' yeulx,
Et faictes tant, que danger se retire:
Duysants ne sont (mais par trop ennuyeulx)
A qui aller vers sa dame desire.
Là vous pourray de bouche à loysir dire
Ce dont l' escript ung mot n' ose parler.
Qu' en dictes vous, ma Dame, y doibs je aller?
Non, j' y courray, mes emprinses sont telles:
Comment courir? J' y pourray bien voller:
Car j' ay d' Amour avecques moy les aesles.

RHYME a b a b b c b c

Nature estant en esmoy de forger
Ou Fille, ou Filz, conceut finablement
Charles si beau, si beau pour abreger,
Qu' estre faict Fille il cuyda propement:
Mais s' il avoit à son commandement
Quelcque Fillette aultant, comme luy belle,
Il y auroit à craindre grandement
Que trouvé fust plus Masle, que Femelle.

RHYME a b a b b c b c

Ne pensez point, que ne soyez aymable:
Vostre eage est tant de grâces guerdonné,
Qu' à touts les coups ung Printemps estimable
Pour vostre Yver seroit abandonné:
Je ne suis point Paris Juge estonné
Qui faveur feit à beaulté qui s' efface:
Par moy le pris à Pallas est donné,
De qui on voit l' ymage en vostre face.

RHYME a b a b b c c d c d

Anne ma Soeur, d' où me vient le songer,
Qui toute nuict par devers vous me maine?
Quel nouvel Hoste est venu se loger
Dedans mon cueur, et tousjours s' y pourmaine?
Certes je croy (et ma foy n' est point vaine)
Que c' est ung dieu: me vient il consoller?
Ha, c' est Amour, je le sens bien voller.
Anne, ma Soeur, vous l' avez faict mon Hoste,
Et le sera (me deust il affoller)
Si celle là, qui l' y mist, ne l' en oste.

RHYME a b a b b c c d c d

Ung chascun, qui me faict requeste
D' avoir Oeuvres de ma façon,
Voyse tout chercher en la teste
De Marguerite d' Alençon.
Je ne fays Dixain, ne Chanson,
Chant royal, Ballade, n' Espistre,
Qu' en sa teste elle n' enregistre
Fidelement, correct, et seur:
Ce sera mon petit registre,
Elle n' aura plus nom ma Soeur.

RHYME a b a b b c c d c d

Des que m' Amye est ung jour sans me veoir,
Elle me dict, que j' en ay tardé quatre:
Tardant deux jours, elle dict ne m' avoir
Veu de quatorze, et n' en veult rien rabatre:
Mais pour l' ardeur de mon Amour abatre,
De ne la veoir j' ay raison apparente.
Voyez, Amants, nostre Amour differente:
Languir la fays, quand suis loing de ses yeulx:
Mourir me faict, quand je la voy presente.
Jugez lequel vous semble aymer le mieulx.

RHYME a b a b b c c d c d

Bien soyt venue au pres de Pere, et Mere
Leur Fille unique, et le chef d' OEuvre d' eulx:
Elle nous trouve en doulceur trop amere,
Voyants ung Roy mal sain (las) voyre deux:
Elle nous trouve ung oeil, qui est piteux,
L' aultre qui rit à sa noble venue:
Et comme on voyt souvent l' obscure Nue
Clere à moytié par celestes rayons,
Ainsi nous est demy joye advenue:
Dieu doint qu' en brief entiere nous l' ayons.

RHYME a b a b b c b c

Jeune Beaulté, bon Esprit, bonne grâce,
Cent foys le jour je m' esbahy, comment
Touts troys avez en ung corps trouvé place
Si à propos, et si parfaictement.
Celle, à qui Dieu faict ce bon traictement,
Doibt bien aymer le jour de sa naissance:
Et moy le soir, qui fut commencement
De prendre à elle honneste congnoissance.

RHYME a b a b b c c d c d

Le vertueux Conte Lanyvolare
Italien, droict à l' assault alla
Troys foys navré: son bon sens ne s' esgare,
Troys foys remonte, et troys foys devala,
Mais sa Fortune en fin l' arresta là.
O gentil cueur (quand bien je te contemple)
Digne de Mars estre eslevé au Temple:
Tu as vivant servy France aux dangiers,
Et après mort sers encores d' exemple
De loyauté aux Souldards estrangiers.

RHYME a b a b b c c d c d

Quand Orpheus reviendroit d' Elisée,
Du ciel Phebus plus qu' Orpheus expert,
Jà ne seroit leur Musicque prisée
Pour le jour d' huy, tant que elle d' Albert:
L' honneur d' aisnesse est à eulx, comme appert:
Mais de l' honneur de bien plaire à l' ouyr,
Je dy, qu' Albert par droict en doibt jouyr,
Et qu' ung Ouvrier plus exquis n' eust sceu naistre
Pour ung tel Roy, que Françoys, resjouyr,
Ne pour l' Ouvrier ung plus excellent maistre.

RHYME a b a b b c b c

Lors que je voy en ordre la Brunette
Jeune, en bon poinct, de la ligne des Dieux,
Et que sa voix, ses doigtz, et l' Espinette
Meinent ung bruyt doulx, et melodieux,
J' ay du plaisir et d' oreilles, et d' yeulx
Plus que les sainctz en leur gloire immortelle:
Et aultant qu' eulx, je deviens glorieux,
Des que je pense estre ung peu aymé d' elle.

RHYME a b a b b c b c

J' ay joué rondement,
Sire, ne vous desplaise:
Vous m' avez finement
Couppé la queue, et raise:
Et puis, que je m' en taise?
Jamais ne se feroit.
Mais seriez vous bien aise,
Qui la vous coupperoit?

RHYME a b a b b c b c

Si la queue ay couppée
Au jeu si nettement,
Point ne vous ay trompée,
J' ay joué rondement.
Aussi honnestement
Faisons marché qui tienne:
Pour jouer finement
Je vous preste la myenne.

RHYME a b a b b c c d c d

Pardonnez moy ma commere m' Amye,
Si devers vous bien tost ne puis aller,
Au bon vouloir certes il ne tient mye,
Car pour souvent avecques vous parler
De Paradis je vouldroys devaller.
Que voulez vous? la fortune à present
Ne me permect de service estre exempt:
Mais maulgré elle, en brief temps, qui trop dure,
Vous revoirray, et si m' aurez present
Ce temps pendant de cueur, et d' escripture.

RHYME a b a b b c b c

L' argent par termes recueilly
Peu de proffit souvent ameine:
Parquoy Monseigneur de Juilly,
Qui sçavez le vent, qui me meine,
Plaise vous ne prendre la peine
De diviser si peu de bien:
Car ma Boëte n' est pas si pleine,
Que cinq cents francs n' y entrent bien.

RHYME a b a b b c c d c d

Demain, que Sol veult le jour dominer,
Vien Boyssoné, Villas, et la Perriere,
Je vous convie avec moy à disner,
Ne rejectez ma semonce en arriere:
Car en disnant, Phebus par la Verriere
(Sans la briser) viendra veoir ses Supposts,
Et donnera saveur à noz propos,
En les faisant dedans noz bouches naistre:
Fy du repas, qui en paix, et repos
Ne sçait l' esprit (avec le corps) repaistre.

RHYME a b a b b c c d c d

Meur en conseil, en armes redoubtable,
Montmorency à toute vertu né,
En verité, tu es faict Connestable
Et par merite, et par Ciel fortuné:
Dieu doint, qu' en brief du glaive à toy donné
Tu fasses tant par prouesse, et bon heur,
Que cestuy là, qui en fut le donneur,
Par ton service ayt aultant de puissance
Sur tout le monde (en triumphe, et honneur)
Comme il t' en a donné dessus la France.

RHYME a b a b b c b c

Ce franc Baiser, ce Bayser amyable,
Tant bien donné, tant bien receu aussi,
Qu' il estoit doulx! O beaulté admirable!
Baisez moy doncq cent foys le jour ainsi,
Me recevant dessoubs vostre mercy
Pour tout jamais: ou vous pourrez bien dire,
Qu' en me donnant ung Baiser adoulcy,
M' aurez donné perpetuel martyre.

RHYME a a *

Ainsi qu' ung jour au grand Palays tes yeulx
Veirent dressés les Simulachres vieulx
Des roys Françoys (Roy d' entre eulx l' excellence)
Nombrer vouluz touts par ordre, et sequence
Les tiens Ayeulx, qui ont de main en main
Baillé le Sceptre à Prince tant humain:
Mais quand le lieu vuide tu vins à veoir,
Lequel s' attend de ton ymage avoir,
Voyez (dys tu) la place à moy promise,
Quand ceste chair au Tumbeau sera mise.
Or je demande, en tenant ce propos,
Fus tu esmeu de la peur d' Atropos?
Non: car tu as, maulgré mort, asseurance
Qu' entre les Dieux sera ta demeurance.

RHYME a b a b b c c d c d

Puis qu' il vous plaist entendre, ma pensée,
Vous la sçaurez, gentil cueur gracieux:
Mais je vous pry, ne soyez offensée,
Si en pensant suis trop audacieux.
Je pense en vous, et au fallacieux
Enfant Amour, qui par trop sottement
A fait mon cueur aymer si haultement,
Si haultement (helas) que de ma peine
N' ose esperer ung brin d' allegement,
Quelcque doulceur de quoy vous soyez pleine.

RHYME a b a b b c b c

Vostre bouche petite, et belle,
Et de gracieux entretien,
Puis ung peu son maistre m' appelle,
Et l' alliance je retien,
Car ce m' est honneur, et grand bien:
Mais quand vous me prinstes pour maistre,
Que ne disiez vous aussi bien,
Vostre maistresse je veulx estre?

RHYME a b a b b c b c

Nous fusmes, sommes, et serons
Mort, et Malice, et Innocence:
Le Pas de Mort nous passerons,
Malice est tousjours en presence,
Dieu en nostre premiere essence
Nous voulut d' innocence orner.
O la Mort pleine d' excellence,
Qui nous y fera retourner!

RHYME a b a b b c d d c

Puis que vous portez le nom d' Anne,
Il ne faut point faire la beste,
Des aujourd' huy je vous condamne
A solenniser vostre feste:
Ou aultrement tenez vous preste
De veoir vostre nom à neant:
Aussi pour vous trop doulx il sonne,
Veu la rigueur de la personne:
Ung dur nom vous est mieulx seant.

RHYME a b a b b c c d c d

Les cerfz en rut pour les Bisches se battent,
Les Amoureux pour les Dames combattent,
Ung mesme effect engendre leurs discords:
Les Cerfz en rut d' amour brament, et crient,
Les Amoureux gemissent, pleurent, prient,
Eulx, et les cerfz feroyent de beaulx accords:
Amants sont Cerfz à deux pieds soubs ung corps,
Ceulx cy à quatre: et pour venir aux testes,
Il ne s' en fault, que ramures, et cors,
Que vous Amants ne soyez aussi bestes.

RHYME a b a b b c b c

En m' oyant chanter quelcque foys
Tu te plainds, qu' estre je ne daigne
Musicien, et que ma voix
Merite bien que l' on m' enseigne,
Voyre, que la peine je preigne
D' apprendre: ut, re, my, fa, sol, la.
Que Diable veulx tu que j' appreigne?
Je ne boy que trop sans cela.

RHYME a b a b b c c d c d

L' enfant Amour n' est pas si petit Dieu,
Qu' ung Paradis il n' ayt soubs sa puissance,
Ung Purgatoire aussi pour son milieu,
Et ung Enfer plein d' horrible nuysance:
Son Paradis, c' est quand la jouyssance
Aux poursuyvants par grâce il abandonne:
Son Purgatoire est alors, qu' il ordonne
Paistre noz cueurs d' ung espoir incertain:
Et son Enfer, c' est à l' heure qu' il donne
Le voller bas, et le vouloir haultain.

RHYME a b a b b c b c

Dieu te gard, doulce, amyable Calandre,
Dont le chant faict joyeulx les ennuyés:
Ton dur depart me feit larmes espandre,
Ton doulx reveoir m' a les yeulx essuyés:
Dieu gard le cueur, sur qui sont appuyés
Touts mes desirs. Dieu gard l' oeil tant adextre,
Là où Amour a ses traictz estuyés:
Dieu gard, sans qui gardé je ne puis estre.

RHYME a b a b b c b c

Muse, dy moy, pourquoy à ma maistresse
Tu n' as sceu dire Adieu à son depart.
Pource, que lors je mouruz de destresse,
Et que d' ung mort ung mot jamais ne part.
Muse, dy moy, comment doncques Dieu gard
Tu luy peulx dire ainsi par Mort ravie.
Va paovre Sot, son celeste regard
(La revoyant) m' a redonné la vie.

RHYME a b a b b c c d c d

Ung jour la Dame, en qui si fort je pense,
Me dict ung mot de moy tant estimé,
Que je ne puis en faire recompense,
Fors de l' avoir en mon cueur imprimé:
Me dict avec ung ris accoustumé,
Je croy qu' il fault qu' à t' aymer je parvienne:
Je luy responds, garde n' ay, qu' il m' advienne
Ung si grand bien: et si ose affermer,
Que je debvroys craindre, que cela vienne,
Car j' ayme trop, quand on me veult aymer.

RHYME a b a b b c c d c d

Le peu d' Amour, qui donne lieu à crainte,
Perdre vous faict le tant desiré bien:
Car par cela (Amy) je suis contraincte
De revocquer le premier propos mien:
Ne vous plaignez doncq' , si vous n' avez rien,
Ou si pour bien, mal on vous faict avoir:
Car qui pour bien, pense mal recevoir,
Indigne il est d' avoir ung seul bon tour,
Voyre de plus sa maistresse ne veoir,
Puis que la peur triumphe de l' Amour.

RHYME a b a b b c b c

Je n' ay pas dict, que je crains d' estre aymé,
J' ay dict sans plus, que je debvroys le craindre,
De peur d' entrer en feu trop allumé:
Mais mon desir ce debvoir vient estaindre,
Car je vouldroys à ton Amour attaindre,
Et tant t' aymer, que j' en fusse en tourment:
Qui ne sçayt doncq' Amour bendé bien paindre,
Me vienne veoir, il apprendra comment.

RHYME a b a b b c c d c d

Jamais je ne confesseroys,
Qu' Amour d' Anne ne m' a sceu poindre:
Je l' ayme, mais trop l' aymerois,
Quand son cueur au mien vouldroit joindre.
Si mon mal quiers, m' Amour n' est moindre,
Ne moins prisé le Dieu, qui volle:
Si je suis fol, Amour m' affolle,
Et vouldroys, tant j' ay d' amytié,
Qu' aultant que moy elle fust folle,
Pour estre plus fol la moytié.

RHYME a b a b b c c d c d

Mon second Roy, j' ay une Haquenée
D' assez bon poil, mais vieille comme moy:
A tout le moins long temps a, qu' elle est née,
Dont elle est foible, et son maistre en esmoy:
La paovre beste (aux signes, que je voy)
Dict, qu' à grand' peine ira jusqu' à Narbonne:
Si vous voulez en donner une bonne,
Sçavez comment Marot l' acceptera?
D' aussi bon cueur, comme la sienne il donne
Au fin premier, qui la demandera.

RHYME a b a b b c c d c d

Laissons ennuy, maison de Marguerite,
Nostre Roy s' est devers nous transporte:
Quand il s' en va, son aller, nous despite,
Quand il revient, chascun est conforté:
Or vueille Dieu, s' il a rien apporté
Pour l' an nouveau à nostre souveraine,
Que soyt ung Filz, duquel soyt si tost pleine,
Qu' au mesme an pour nous puisse estre né,
A celle fin, que d' une seulle estreine
On puisse veoir tout ung peuple estreiné.

RHYME a b a b b c c d c d

A l' approcher de la nouvelle année,
Nouvelle ardeur de composer m' a pris,
Non de la paix, ne de treve donnée:
Mais de Laval noble Dame de pris:
Sur ceste ardeur crainte d' estre repris
M' a dict, Marot, tays toy pour ton debvoir:
Car pour ce faire il te fauldroit avoir
Aultant de mains, aultant d' Espritz, et d' âmes,
Qu' il est de gens d' estime, et de sçavoir
Touts estimants Laval entre les Dames.

RHYME a b a b b c c d c d

Prenons le cas, Cahors, que tu me doibves
Aultant, que doibt à son Maro Mantue:
De toy ne veulx, sinon que tu reçoyves
Mon second Roy d' ung cueur, qui s' esvertue,
Et que tu soys plus gaye, et mieulx vestue
Qu' aux aultres jours: car son Espouse humaine
Y vient aussi, que ton Marot t' ameine,
Lequel tu as filé, faict, et tissu:
Ces deux trop plus d' honneur te feront pleine
D' entrer en toy, que moy d' en estre yssu.

RHYME a b b a a b b a c c d e e d

Au ciel n' y a ne Planette, ne Signe,
Qui si à poinct sceust gouverner l' Année,
Comme est Lyon la Cité gouvernée
Par toy, Trivulse, homme cler, et insigne.
Cela disons pour ta vertu condigne,
Et pour la joye entre nous demenée,
Dont tu nous as la liberté donnée,
La liberté des Thresors le plus digne.
Heureux Vieillard, les gros Tabours tonnants,
Le May planté, et les Fiffres sonnants
En vont louant toy, et ta noble race.
Or pense doncq, que sont noz vouluntés,
Veu, qu' il n' est rien, jusqu' aux arbres plantés,
Qui ne t' en loue, et ne t' en rende grâce.

RHYME a b a b b c c d c d

Vous avez droit de dire sur mon âme,
Que le Bosquet ne vous pleust oncq si fort,
Car des qu' il a senty venir sa Dame
Pour prendre en luy sejour, et reconfort,
D' estre aggreable a mys tout son effort,
Et a vestu sa verte robbe neufve.
De ce sejour le Pau tout fier se treuve,
Les Rossignolz s' en tiennent angelicques,
Et trouverez (pour en faire la preuve)
Qu' au departir seront melencolicques.

RHYME a b a b b c c d c d

Quand vous oyez, que ma Muse resonne
En ce Bosquet, qu' oyseaulx font resonner,
Vous vous plaignez, que rien je ne vous donne,
Et je me plainds, que je n' ay que donner,
Sinon ung cueur tout prest à s' addonner
A vos plaisirs. Je vous en fais doncq offre:
C' est le thresor le meilleur de mon coffre:
Servez vous en, si desir en avez.
Mais quel besoin est il, que je vous offre
Ce, que gaigner d' ung chascun vous sçavez?

RHYME a b a b b c b c

Moys amoureux, moys vestu de verdure,
Moys, qui tant bien les cueurs fais esjouyr,
Comment pourras (veu l' ennuy, que j' endure)
Faire le mien de lyesse jouyr?
Ne prés, ne champs, ne Rossignolz ouyr
N' y ont pouvoir: quoy donc? je te diray:
Tant seullement fais Anne resjouyr,
Incontinent je me resjouiray.

RHYME a b a b b c b c

Puis qu' au milieu de l' eaue d' ung puissant fleuve
Le vert Bosquet par feu est consumé:
Pourquoy mon cueur en cendre ne se treuve
Au feu sans eaue, que tu m' as allumé?
Le cueur est sec, le feu bien enflammé:
Mais la rigueur (Anne) dont tu es pleine,
Le veoir souffrir a tousjours mieulx aymé,
Que par la mort mectre fin à sa peine.

RHYME a b a b b c c d c d

Tandis, que j' estoys par chemin,
L' estat sans moy print sa closture:
Mais (Sire) ung peu de Parchemin
M' en pourra faire l' ouverture:
Puis le Thresorier dit, et jure,
Si du Parchemin puis avoir,
Qu' il m' en fera par son sçavoir
De l' Or: c' est une grand' praticque:
Et ne l' ay encores sceu veoir
Dans les fourneaux du Magnificque.

RHYME a b a b b c c d c d

Va tost Dixain solliciter la somme,
J' en ay besoing: pourquoy crains, et t' amuses?
Tu as affaire à ung deux foys Preudhomme,
Grand amateur d' Apollo, et des Muses:
Affin (pourtant) que de s' amour n' abuses,
Parle humblement, que mon zelle apperçoyve,
Et qu' en lisant, quelque plaisir conçoyve.
Mais de quoy sert tant d' admonnestement?
Fais seullement, que si bien te reçoyve,
Que recevoir je puisse promptement.

RHYME a b b a a b b a c c d e e d
Adolescents, qui la peine avez prise
De m' enrichir de loz non merité,
Pour en louant dire bien verité,
Laissez moy là: et louez moy Loyse.
C' est le doulx feu, dont ma Muse est esprise,
C' est de mes vers le droit but limité:
Haulsez la doncq en toute extremité:
Car bien prisé me sens, quand on la prise.
Et n' enquerez, dequoy louer la fault:
Rien qu' amytié en elle ne deffault:
J' y ay trouvé amytié à redire.
Mais au surplus escripvez hardiment
Ce, que vouldrez: faillir aulcunement
Vous ne sçauriez, sinon de trop peu dire.

RHYME a b a b b c b c

Fille, qui prends fascheux mary,
Ce disoit Alix à Colette,
Aura tousjours le cueur marry,
Et mieulx vauldroit mourir seullette.
Il est vray, dict sa soeur doulcette:
Mais contre ung fascheux endormy,
La vraye, et certaine recepte
Ce seroit de faire ung amy.

RHYME a b c b a c

Tant que le bleu aura nom loyauté,
Si on m' en croyt, il vous sera osté:
J' entends osté, sans jamais le vous rendre.
Mais quand voyrrez conclud, et arresté,
Que bleu sera nommé legiereté,
Vous le pourrez à l' heure bien reprendre.

RHYME a b a b b c c d d e d e

Amy Cravan, on t' a faict le rapport
Depuis ung peu, que j' estoys trespassé:
Je prie à Dieu, que le Diable m' emport,
S' il en est rien, ne si j' y ay pensé.
Quelcque ennemy a ce bruyt avancé,
Et quelcque amy m' a dict, que mal tu te portes.
Ce sont deux bruyts de differentes sortes.
Las, l' ung dict vray: c' est ung bruyt bien maussade.
Quant à celluy, qui a faict l' ambassade
De mon trespas, croy moy qu' il ment, et mort:
Que pleust à Dieu que tu fusses malade
Ne plus, ne moins, qu' à present je suis mort.

RHYME a b a b b c c d c d

Il fut un bruyt, ô Marot, qu' estois mort,
Et ce faulx bruyt un menteur asseura:
L' un d' un costé se plaignoit de la mort,
Faisant regret qui longuement dura.
L' aultre par vers piteux la deplora,
Jectant souspirs de dur gemissement.
Moy de grand dueil plorant amerement,
Duquel estoit ma triste âme saisie:
Las, dis je, mort est nostre amy Clement,
Morte doncq' est Françoyse poësie.

RHYME a b a b b c b c c d c d

Puis que les vers, que pour toy je compose
T' ont fait tancer, Anne ma soeur, m' amye,
C' est bien raison que ma main se repose.
Ce que je fais: ma plume est endormye,
Ancre, papier, la main pasle, et blesmye
Reposent touts par ton commandement:
Mais mon esprit reposer ne peult mye,
Tant tu me l' as travaillé grandement.
Pardonne doncq à mes vers le tourment
Qu' ilz t' ont donné: et (ainsi que je pense)
Ilz te feront vivre eternellement:
Demandes tu plus belle recompense?
 
TITLE Le troisième livre

RHYME a b a b b c b c c

DE PEU ASSEZ a cil, qui se contente:
De prou n' a riens celluy, qui n' est content.
Estre content de peu est une rente
Qui vault aultant qu' or, ny argent contant.
Ce n' est pas tout s' esjouir en comptant
Force ducatz, si le desir ne cesse.
Qui en desir temperé est constant,
Il peut dire, qu' il a vraye richesse.
Contentement passe richesse

RHYME a a 

Peu de Villons en bon savoir,
Trop de Villons pour decevoir.

RHYME a b a b b c b c 

Si en Villon on treuve encor à dire,
S' il n' est reduict ainsi qu' ay pretendu,
A moy tout seul en soyt le blasme (Sire)
Qui plus y ay travaillé qu' entendu.
Et s' il est mieulx en son ordre estendu
Que paravant, de sorte qu' on l' en prise,
Le gré à vous en doibt estre rendu,
Qui fustes seul cause de l' entreprise.

RHYME a b a b b c c d c d

De la Sorbonne ung docteur amoureux
Disoit ung jour à sa dame rebelle:
Ainsi que font tous aultres langoreux,
Je ne peux rien meriter de vous, belle.
Puis nous prescha que la vie eternelle
Nous meritons par oeuvres, et par dictz:
Arguo sic, si magister Lourdis
De sa Catin meriter ne peult rien,
Ergo ne peult meriter Paradis:
Car pour le moins Paradis la vault bien.

RHYME a b a b b c b c

Le Roy, aymant la decoration
De son Paris, entre aultres biens ordonne
Qu' on y batisse avec proportion:
Et pour ce faire, argent, et conseil donne.
Maison de ville y construict belle, et bonne,
Les lieux publics devise tous nouveaulx,
Entre lesquelz au meillieu de Sorbonne
Doibt, ce dict on, faire la place aux veaux.

RHYME a b a b *

Recipe assis sur ung banc,
De Meance le bon jambon
Avec la pinte de bon vin blanc
Ou de claret, mais qu' il soit bon.
Boire souvent de grand Randon,
Le doz au feu, le ventre à table,
Avant partir de la maison,
Cest opiate est prouffitable.
A vostre disner userez
De viandes creuses et legieres,
Beuf ne mouton ne mangerez,
Car ce sont trop dures matieres,
Connils, Perdrys soubz les poppieres,
Passerez aussi Perdriaulx,
Fuyez vyeulx oyseaulx de Riviere,
Et mangez force faisandeaulx.
Ne dormez point apres disner,
Car le dormir est dangereulx,
Et quand en viendra au souper,
Beuvez des vins delicieulx,
Puis apres, entre deux lincieux,
Allez reposer vostre teste:
Continuez ung an ou deux,
De trois mois ne mourrez de peste.

RHYME a b b a a b c a b b a c

En l' eau, en l' eau, ces folz seditieux,
Lesquelz, en lieu des divines parolles,
Preschent au peuple ung tas de monopoles
Pour esmouvoir debatz contentieux.
Le Roy leur est ung peu trop gratieux:
Que n' ha il mys à bas ces testes folles
En l' eau.
Ilz ayment tant les vins delicieux
Qu' on peult nommer cabaretz leurs escholles
Mais refroidir fauldroit leurs chauldes colles,
Par rebours de ce qu' ilz ayment myeulx,
En l' eau.

RHYME a b a b b c c d c d

Au feu, en l' eau, en l' air ou en la terre,
Soient pris et mis ces folz predicateurs,
Qui vont preschant sedition, et guerre,
Entre le peuple et les bons precepteurs.
Ilz ont esté trop long temps seducteurs,
Et mis le monde en trouble, et desarroy.
Mais Dieu de grâce ha voulu, que le Roy
Aye entendu leur sophistic parler,
Qui les fera punir selon la loy,
Au feu, en l' air, en la terre, ou en l' air.

RHYME a b a b b c b c

Tous les sermens que femme peult jurer
A son amy quand elle est accusée,
Tous les propos que jeunesse abusée
Presente au cueur doubteux pour l' asseurer,
Ont ilz puissance à faire meme durer
Et divertir mon malheureux soucy?
Non: car j' ay veu son mary murmurer
Souvent de moy qu' elle juroit ainsi.

RHYME a b a b 

Sus, quatre vers, partez en haste
De par Marot dire à levrault,
Si la mort ne l' a mys en paste,
Qu' il le veult veoir, car il le vault.

RHYME a a b b c c d d e e e f f g g h h 

Pres de ton cueur plus dur que dyamant
Je suis logé, trescher amy Clement.
Comme si j' eusse la haulte mer passée,
Suys eslongné de ta bonne pensée:
Veu que tu es mon voisin de si pres,
Je m' esbahys si ne fays tes apprestz
Pour de promesse te venir acquicter:
Si quicté m' as, me convient te quicter.
Marot à Robinet
Tu es logé au cabinet
De mon cueur, amy Robinet,
T' advisant que point ne te quicte:
Mais puis qu' il fault que je m' acquite,
A ce soir me trouveras prest.
Ce pendant faiz doncques apprest
De vin sur la langue trotant,
Et de soif pour boire d' autant.

RHYME a b a b b c c d c d

Veu que suys né en povreté amere,
Moult haultement apparenté me voy:
Car une Royne excellente est ma mere:
Loué soit Dieu, duquel vient cest envoy.
D' un mesme pain vivons en bonne foy,
Voyre, et combien que je luy obtempere,
Son frere suys du costé du grand pere.
Que dictes vous, dois je vivre en esmoy?
Allez caphars de rage et de vipere,
Elle n' est pas votre seur comme à moy!

RHYME a b a b b c c d c d

Il pleut au Roy, l' ung de ces jours passez,
De commander que j' eusse de l' argent.
Advis me fut que c' estoit bien assez
Et que n' estoys desjà plus indigent.
A pourchasser n' ay esté negligent,
Et toutesfois je ne suis satisfaict.
Le Roy le veult, c' est raison qu' il soit faict:
Il vous plaira doncq commander par lectre
Que son vouloir sortisse son effect,
Et vous ferez ung oeuvre de grant maistre.

RHYME a a *

Qu' esse qu' Huban? c' est beaulté naturelle
Et grand vertu en forme corporelle.
Qu' esse qu' Huban? du Seigneur un chef d' oeuvre
Mys icy bas, lequel il nous descoeuvre.
Qu' esse qu' Huban? c' est un jardin et clost
Où tout sçavoir veritable est enclost.
Qu' esse qu' Huban? affin que le vous dye
Tout en un mot, c' est la cyclopedie
Et de tous artz liberaulx le registre
Que le Seigneur a voulu faire, et tistre,
Pour nous monstrer sa vertu planctureuse.
Voilà que c' est qu' Huban, la bien heureuse:
Heureuse dy, quar il n' est femme au monde
En qui vertu plus qu' en icelle habonde.

RHYME a b a b b c c d c d

Quant la vertu congneut que la fortune
Me conseilloit d' abandonner la France,
Elle me dit: cherche terre opportune
Pour mon recueil, et pour ton asseurance.
Incontinent, dame, j' euz esperance
Qu' il feroit bon devers toy se retraire,
Qui tous enfans de vertu veulx attraire
Pour decorer ta maison sumptueuse,
Et qui plaisir ne prendrois à ce faire,
Si tu n' estoys toy mesme vertueuse.

RHYME a b a b b c c d c d

Mes amys, j' ay changé ma dame,
Une autre a dessus moy puissance:
Née deux foys de nom, et d' âme,
Enfant de Roy par sa naissance,
Enfant du ciel par congnoissance
De celluy qui la saulvera:
De sorte quant l' autre saura
Comment je l' ay telle choysie,
Je suis tout seur qu' elle en aura
Plus d' aise que de jalousie.

RHYME a b b a a b b a c c d e e d

Me souvenant de tes grâces divines,
Suis en douleur, princesse, à ton absence:
Et si languy quant suis en ta presence,
Voyant ce lys au milieu des espines.
O la doulceur des doulceurs feminines!
O cueur sans fiel! ô race d' excellence!
O dur mary remply de violence,
Qui s' endurcist pres des choses benignes.
Si seras tu de la main soustenue
De l' Eternel; comme chere tenue,
Et tes nuysans auront honte, et reproche.
Courage, doncq: en l' air je voy la nue
Qui çà, et là s' escarte, et diminue,
Pour faire place au beau temps, qui s' approche.

RHYME a b a a b b c d d c

Plaise au Roy me faire payer
Deux ans d' absence de mes gaiges,
Tant seullement pour essayer,
Apres que l' on s' est veu rayer,
Combien sont doulx les arreraiges.
J' en chasseray tous les oraiges
Qui loing de vous m' ont faict nager,
Et sauray gré à mes contraires,
Qui, cuydans troubler mes affaires,
M' auront fait si bon mesnager.

RHYME a b a b b c b c

Paris, tu m' as fait mainctz alarmes,
Jusqu' à me poursuivre à la mort.
Je n' ay que blasonné tes armes:
Ung ver, quant on le presse, il mord.
Encor la coulpe m' en remord.
Ne sçay de toy qu' il en sera:
Mais de nous deux le dyable emport
Celluy qui recommencera.

RHYME a b a b b c c d c d

Ce nouvel an, Françoys, où grâce abonde,
M' a fait present de plaine liberté:
Il m' a ouvert pour estrene le monde
Dont l' occident deux ans clos m' a esté.
Et pourtant j' ay d' estrener protesté
Le monde ouvert, et mon Roy valeureux.
Je donne au roy ce monde plantureux:
Je donne au monde ung tel prince d' eslite,
Affin que l' un vive en paix bien heureux,
Et que l' autre ayt l' estrene qu' il merite.

RHYME a b a b b c c d c d

C' est à Françoys en armes tressavant
De faire prendre aux ennemys carriere,
C' est à Françoys de marcher plus avant,
C' est à Cesar de retourner arriere:
Car mieulx que luy Françoys rompt la barriere,
Laquelle nuyst à plus oultre entreprendre.
Va donc Cesar, va patience prendre:
Prendre ne peulx aussy bien ung fort lieu.
Tu rends Hedin: nous ne voulons entendre
A rendre rien, synon grâces à Dieu.

RHYME a b b a a b b a c c d e e d

L' un s' est veu pris, non plusieurs fois, mais une,
En plain conflict, faisant aspres effortz.
L' autre deux foys n' a eu courage, fors
Fuyr de nuyct, sans craindre honte aucune.
L' un fut en camp, exemple de fortune,
L' autre ung patron de vrays actes tres ords.
L' un par sa prise a perdu des tresors,
L' autre l' honneur, trop plus cher que pecune.
L' un a fort bras: du pied l' autre est expert.
L' un veult user de puissance en appert:
L' autre en secret maulx infiniz conspire.
Quant tout est dit (pour ce qu' il vault, et sert):
D' estre chez luy à croppir il dessert,
Et cestuy cy deust manier l' empire.

RHYME a b a b b c b c

La devise de l' empereur
D' ambition le fait noter,
Et si est foible conquereur
Pour ceulx à qui se veult frotter
Son "plus oultre" luy fault oster,
Si aultrement ne s' en acoustre:
Car qui reculle doit porter
"Plus arriere", non pas "plus oultre".

RHYME a b a b b c c d c d

Si je fais parler ung vallet,
Sagon fera parler ung page:
Si je pains le premier fueillet,
Sagon painct la premiere page:
Si je postille mon ouvraige,
Sagon tout ainsy vouldra faire.
Quant tout est dit, veu son affaire,
Je trouve que le babouyn
Ne fait rien, sinon contrefaire,
Comme vray singe, ou sagouyn.

RHYME a b a b *

Icy est le Perron,
D' amour loyalle, et bonne:
Ou maint coup d' esperon
Et de glaive se donne.
Ung Chevalier Royal
Y a dressé sa tente:
Et sert de cueur loyal
Une Dame excellente.
Dont le nom gracieux
N' est jà besoing d' escrire:
Il est escript aux cieulx,
Et de nuyct se peult lire.
Cest endroict, et forest,
Nul Chevalier ne passe,
Sans confesser qu' elle est
Des Dames l' oultrepasse.
S' il en doubte, ou debat,
Point ne fault qu' il presume
S' en aller sans combat.
C' est du lieu la coustume.

RHYME a a *

Voicy le Val des constans amoureux,
Où tient le parc l' Amant chevalereux,
Qui n' ayma onc, n' ayme, et n' aymera qu' une.
D' icy passer n' aura licence aucune
Nul Chevalier, tant soit preux, et vaillant,
Si Ferme amour est en luy deffaillant.
S' il est loyal, et veult que tel se treuve,
Il luy convient lever, pour son espreuve
Ce Marbre noir: et si pour luy trop poise,
Chercher ailleurs son advanture voise.

RHYME a b a b b c c b d d e e

Tous chevaliers de queste avantureuse,
Qui de venir au sejour vous hastez,
Où loyauté tient sa cour plantureuse,
Et y depart ses guerdons souhaitez,
Ne passez outre, et si vous arestez:
Jouster vous fault, et monstrer la vaillance
Qui est en vous, et d' espée et de lance,
Ou franchement que vous me consentez
Que celle à qui j' ay voué mon service
Non seulement n' a macule ne vice,
Ne rien en elle, ou tout honneur n' abonde,
Mais est la plus parfaite de ce monde.

RHYME a a *

Le Chevalier sans peur, et sans reproche,
Se tient icy: qu' aucun ne s' en aproche,
S' il n' est en point de jouster à oultrance
Pour soustenir la plusbelle de France.
Qui de passer aura cueur, ou envie,
Conte de mort peu face, et moins de vie.

RHYME a b a b b c b c

Vous chevaliers errans, qui desirez honneur,
Voyez le mien Perron où maintiens loyauté
De tous parfaitz amans, et soustiens le bon heur
De celle qui conserve en vertu sa beauté:
Parquoy je veux blasmer de grand' desloyauté
Celuy qui ne vouldra donner ceste asseurance,
Qu' au demourant du monde on peult trouver bonté
Qu' on deust autant priser que sa moindre science.

RHYME a b a b b c b c d e d e

C' est pour la souvenance d' une
Que je porte ceste devise,
Disant que nulle est souz la Lune
Où tant de valeur soit comprise.
A bon droit telle je la prise,
Et de tous doit estre estimée
Qu' il n' en est point, tant soit exquise,
Qui soit si digne d' estre aymée.
Si quelqu' un d' audace importune
Le contraire me veult debatre,
Fault qu' il essaye la fortune
Avecques moy de se combatre.

RHYME a b a b b c b c

Toy noble esprit qui veulx chercher les Muses,
En Parnasus (croy moy) tu monteras:
De les trouver sur le mont tu t' amuses,
Dont, si m' en croys, au Val t' arresteras:
Là d' Helicon la fontaine verras,
Et les neuf soeurs Muses bien entendues,
Qui, puis un peu (ainsi le trouveras)
Du Mont Parnase, au Val sont descendues.

RHYME a b a b b c c d c d

Toy noble esprit, qui vouldras t' arrester
Et aucun Val, pour les neuf Muses veoir,
Et tous tes sens de nature apprester,
Pour aucun fruict de leur science avoir,
Ne pense pas un tel bien recevoir
D' un Val en friche, où ces Soeurs ont trouvé
Nouveau Vassal: mais s' il est abreuvé
De la liqueur qui par Marot distille
De Parnasus, lors sera esprouvé
Combien tel Mont peult un Val faire utile.

RHYME a b a a b b c d d c

Celle qui porte un front cler et serain,
Semblant un Ciel, où deux Planetes luysent:
En entretien, grâce, et port souverain,
Les autres passe autant qu' argent l' erain,
Et tous ces poinctz à l' honorer m' induysent.
Les escrivains qui ses vertus deduysent
La nomment tous ma Dame de l' Estrange:
Mais veu la forme, et la beauté qu' elle a,
Je vous supply, compaignons, nommez la
Doresnavant ma Dame qui est Ange.

RHYME a b a b b c b c

Lors que (Cesar) Paris il te pleut veoir,
Et que pour toy la Ville estoit ornée,
Un jour devant il ne feit que pleuvoir,
Et l' endemain claire fut la journée:
Si donc faveur du Ciel te fut donnée,
Cela, Cesar, ne nous est admirable:
Car le Ciel est, comme par destinée,
Tout coustumier de t' estre favorable.

RHYME a b a b b c c d c d

Incontinent que Viscontin mourut,
Son âme entra au corps d' une Calendre:
Puis de plein vol vers le Roy s' en courut,
Encor un coup son service reprendre:
Et pour mieulx faire à son maistre comprendre
Que c' est luy mesme, et qu' il est revenu,
Comme on l' ouyt parler gros, et menu,
Contrefaisant d' hommes geste et faconde,
Ores qu' il est Calendre devenu,
Il contrefaict tous les Oyseaulx du monde.

RHYME a b a b b c c d c d

Un gros Prieur son petit fils baisoit,
Et mignardoit au matin en sa couche,
Tandis rostir sa Perdrix on faisoit:
Se leve, crache, esmeutit, et se mouche:
La Perdrix vire: Au sel de broque en bouche
La devora, bien sçavoit la science:
Puis quand il eut prins sur sa conscience
Broc de vin blanc, du meilleur qu' on eslise:
Mon Dieu, dit il, donne moy patience,
Qu' on a de maulx, pour servir saincte Eglise!

RHYME a b a b b c b c

On dira ce que l' on voudra
Du Lyon, et de sa cruauté:
Tousjours, ou le sens me fauldra,
J' estimeray sa privaulté:
J' ay trouvé plus d' honnesteté,
Et de noblesse en ce Lyon,
Que n' ay pour avoir frequenté
D' autres bestes un million.

RHYME a b a b b c b c

Puis qu' il convient pour le pardon gaingner
De tous pechez faire confession,
Et pour d' enfer l' esprit esloingner
Avoir au cueur ferme contrition,
Je te supply fais satisfa[c]tion
Du povre cueur qu' en peine tu retiens,
Ou si le veulx en ta possession,
Confesse donc mes pechez et les tiens.

RHYME a a *

Ton vieil Cousteau, Pierre Marrel, rouillé,
Semble ton Vit, jà retraict et mouillé:
Et le Fourreau tant laid où tu l' engaines,
C' est que tousjours a aymé vieilles Gaines:
Quant à la corde à quoy il est lyé,
C' est qu' attaché seras, et maryé:
Au Manche aussi de Corne congnoit on
Que tu seras cornu comme un Mouton:
Voylà le sens, voylà la prophetie
De ton Cousteau, dont je te remercie.

RHYME a b a b b c b c

Martin estoit dedans un boys taillis
Avec Alix, qui par bonne maniere
Dit à Martin: le long de ces Pallis
T' amye Alix d' amour te faict priere:
Martin dit lors, s' il venoit par derriere
Quelque lourdault, ce seroit grand vergongne:
Du cul (dit elle) vous ferez signe: Arriere,
Passez chemin, laissez faire besongne.

RHYME a b a b b c b c

Si j' ay comptant un beau Cheval payé,
Il m' est permis de dire qu' il est mien:
Qu' il ha beau trot, que je l' ay essayé:
En ce faisant cela me faict grand bien.
Donques si j' ay payé comptant et bien
Celle qui tant soubz moy le cul leva,
Il m' est permis de vous dire combien
Elle me couste, et quel emble elle a.

RHYME a b a b b c c d c d

Ains que me veoir en lisant mes escripts
Elle m' ayma, puis voulut veoir ma face.
Si m' a veu noyr, et par la barbe gris,
Mais pour cela ne suis moins en sa grâce.
O gentil cueur, Nymphe de bonne race,
Raison avez: car ce corps jà grison
Ce n' est pas moy, ce n' est que ma prison.
Et aux escripts dont lecture vous feistes,
Vostre bel oeil (à parler par raison)
Me veit trop mieulx, qu' à l' heure que me veistes.

RHYME a b a b b c b c

Si le loysir tu as, avec l' envie
De faire un tour icy pres seulement,
Je te rendray bon compte de ma vie,
Depuis le soir qu' euz à toy parlement:
Ce soir fut court: mais je sçay seurement
Que tu en peulx donner un par pitié,
Qui dureroit dix fois plus longuement,
Et sembleroit plus court de la moytié.

RHYME a b a b b c b c

Quant tu vouldras, le loysir et l' envie
Dont me requiers sera bien tost venue,
Et de plaisir seray toute ravie
Lors me voyant de toy entretenue:
Le souvenir de ta grâce congneue
Du soir auquel j' euz à toy parlement,
Souvent me faict par amour continue
A voir desir de recommencement.

RHYME a b a b b c c d c d

Cesse, Crassus, de fortune contraindre,
Qui grand tresor ne veult m' estre ordonné:
Suffise toy qu' elle ne peult estaindre
Ce nom, ce bruit, que vertu m' a donné.
C' est à Françoys, ce grand Roy couronné
A m' enrichir. Quant aux escus deux mille
Que m' assembler ne trouves difficile
D' autant d' amys, en vérité je tien
Qu' il n' y a chose au Monde plus facile,
Si tous avoient semblable cueur au tien.

RHYME a a b b

Sans fin (paovre sot) tu t' amuses
A vouloir complaire aux Neuf muses:
Mais tu es si lourd, et si neuf,
Que tu en fasches plus de neuf.

RHYME a b a b b c b c

Ysabeau, ceste fine mousche,
Clavier (tu entens bien Clément)
Je sçay que tu sçayz qu' elle est lousche,
Mais je te veulx dire comment:
Elle l' est si horriblement,
Et de ses yeux si mal s' acoustre,
Qu' il vauldroit mieulx, par mon serment,
Qu' elle feust aveugle tout oultre.

RHYME a b a b b c b c

J' ay une lettre entre toutes eslite.
J' ayme ung pais, et ayme une chanson:
N est la lettre, en mon cueur bien escripte,
Et le païs est celuy d' Alençon.
La chanson est (sans en dire le son):
Alegez moy, doulce, plaisant brunette.
Elle se chante à la vieille façon:
Mais c' est tout ung, la brunette est jeunette.

RHYME a b a b b c c d c d

Une dame du temps passé
Vey n' agueres entretenuë
D' ung vieil gentilhomme cassé
Qui avoit la barbe chenuë:
Alors la souhaytastes nuë
Entre ses braz: mais puis qu' il tremble,
Et puis que morte elle resemble,
Monsieur, si pitié vous remord,
Ne les faictes coucher ensemble,
De peur qu' ilz n' engendrent la Mort.

RHYME a b a b b c c d c d

Puis que voyons à la Court revenuë
Tallard, la fille à nulle autre seconde,
Confesser fault, par sa seule venue,
Qu[e] les Espritz reviennent en ce monde:
Car rien qu' Esprit n' est la petite blonde.
Esprit qui point aux autres ne ressemble,
Veu que de peur, s' ilz reviennent, on tremble.
Mais cestuy cy n' espovente ne nuyt.
O esprit donc, bon feroit, ce me semble,
Avecques toy rabaster toute nuict.

RHYME a b a b b c b c

Plus ne suis ce que j' ay esté,
Et ne le sçaurois jamais estre.
Mon beau printemps, et mon esté,
Ont faict le sault par la fenestre.
Amour, tu as esté mon maistre,
Je t' ay servy sur tous les Dieux.
O, si je povois deux fois naistre,
Comment je te serviroys mieulx!

RHYME a b a b b c b c

Ne menez plus tel desconfort,
Jeunes ans sont petites pertes.
Vostre eage est plus meur, et plus fort,
Que ces jeunesses mal expertes.
Boutons serrez, Roses ouvertes,
Se passent trop legierement.
Mais du Rosier les fueilles vertes
Durent beaucoup plus longuement.

RHYME a b a b b c b c

Pourquoy voulez tant durer,
Ou renaistre en florissant eage?
Pour aymer, et pour endurer,
Y trouvez vous tant d' advantage?
Certes, celuy n' est pas bien sage,
Qui quiert deux fois estre frappé,
Et veult repasser ung passage
Dont il est à peine eschappé.

RHYME a b a b c b c

Le cler Soleil par sa presence efface,
Et faict fuyr les tenebreuses nuyctz.
Ainsi pour moy (Anne) devant ta face
S' en vont fuyant mes langoureux ennuictz.
Quant je te voy, je suis bien d' autre sorte.
Dont vient cela? savoir je ne le puis,
Si n' est d' Amour, Anne, que je te porte.

RHYME a b a b b c c d c d

Malheureux suis, ou à malheureux maistre,
Qui tant de fois sur moy a desiré
Qu' aupres de luy sa Deesse peust estre,
Par qui long temps Amour l' a martyré.
Or elle y est. Mais ce Dieu a tiré
Dedans son cueur autre flesche nouvelle.
Mon maistre (helas) voyez chose cruelle:
Car d' un costé vostre desir m' advient,
De l' autre non. Car je porte avec elle
Ung autre amy qui vostre place tient.

RHYME a b a b b c c d c d

Lorsque la peur aux talons met des esles,
L' homme ne sçait où s' en fuyr, ne courre:
Si en Enfer il sçait quelques nouvelles
De sa seurté, au fin font il se fourre:
Puis peu à peu sa peur vient à escourre,
Ailleurs s' en va. Syre, j' ay faict ainsi:
Et vous requiers de permettre qu' icy,
A seurté, service je vous face.
Puny assez, je seray en soucy
De ne plus voir vostre Royalle face.

RHYME a a b b a

Charles, mon fils, prenez courage,
Le beau temps vient apres l' orage,
Apres maladie santé.
Dieu a trop bien en vous planté
Pour perdre ainsi son labourage.

RHYME a b a b b c b c c d c d

Si mon Seigneur, mon Prince, et plus que Pere,
Qui des François FRANCOYS premier se nomme,
N' estoit point Roy de sa France prospere,
Ne Prince avec, mais simple Gentil-homme:
J' irois avant dix fois par delà Rome,
Que j' en suis loing, cercher son accointance,
Pour sa vertu qui plus fort le couronne
Que sa forune et Royalle prestance.
Mais souhaiter cas de telle importance
Seroit vouloir mon bien particulier,
A luy dommage, et tort faict à la France,
Qui a besoing d' ung Roy tant singulier.

RHYME a a b a a b b c c d c c d

Fuyez, fuyez (ce conseil je vous donne)
Fuyez le fol qui à tout mal s' adonne,
Et dont la mere en mal jour fut enceinte.
Fuyez l' infame, inhumaine personne,
De qui le nom si mal cymbale et sonne
Qu' abhorré est de toute oreille sainte.
Fuyez celuy qui, sans honte ne crainte,
Compte tout hault ses vices hors d' usance,
Et en faict gloire (et y prend sa plaisance):
Qui s' aymera, ne le frequente donq.
O malheureux, de perverse naissance:
Bienheureux est qui fuit ta congnoissance,
Et plus heureux, qui ne te congneut onq.

RHYME a b a b b c c d c d

Pour l' interest de mon premier Dizain,
Par ce second, rien autre ne demande
Que recevoir un quatrain ou sizain
Forgé par vous. Si je fais ma demande,
En jugement j' en auray telle amende,
Que le tarder vous sera dommageable.
A mon advis, il n' est pas raisonnable
Que pour tel cas en proces l' on procede:
Pource vous pri' faire change semblable
Que feit Glaucus avec Diomede.

RHYME a b a b b c c d c d

Quand devers moy tes escritz sont venuz,
Gentil d' esprit, et Galland de nature,
Je les ay prins de la main de Venus
Comme forgez, et livrez par Mercure.
J' ay reveré doucement ta facture,
Et ce qu' as sceu de ton sens inventer.
Or tu te peux en mon endroit vanter
Que de rythmer tu triomphes, et fais rage
Et mon esprit s' en doit bien contenter,
Veu que content serois du seul message.

RHYME a b a b b c c d c d

Pensant en moy trouver l' or souverain
De rimasser, bien coucher, bien escrire,
Tu trouveras ce qu' est plus bas qu' erain,
Si bon vouloir pour or ne peult souffire.
Certes, c' est toy qui ne peux esconduire
Les beaux thresors des Muses, et des Dieux:
Tes vers latins font resonner les cieux,
Et en rythmant ce que ta plume couche,
Sera veu or luysant et precieux,
Si l' on en croit à ma naïve touche.

RHYME a b a b b c c d c d

Voyez l' histoire (ô vous, nobles espritz)
Par laquelle est toute aultre precellée,
Avec la fleur, le fruict y est compris
D' antiquité, toute renouvellée,
Qui par trop d' ans vous eust esté celée,
Si le franc Roy ne vous en eust fait part.
Riches sont ceulx à qui leur Roy depart
Plus beaulx tresors qu' argent à grosses sommes:
Et bien merite avoir histoire apart
Qui telle histoire offre aux yeulx de ses hommes.

RHYME a b a a b b c b b c

Si sçavoir veulx les rencontres plaisantes
Des saiges vieulx, faittes en devysant,
O tu, qui n' as lettres à ce duysantes,
Grâces ne peulx rendre assez suffisantes
Au tien Macault, ce gentil traduysant.
Car en ta langue orras (icy Lysant)
Mille bons motz propres à oindre, et poindre,
Ditz par les Grecz, et Latins. T' advisant,
Si bonne grâce eurent en bien disant,
Qu' en escryvant Macault ne l' a pas moindre.

RHYME a b a b b c b c

Des bons propoz cy dedans contenuz,
Rends à Plutarque (ô Grec) ung grand mercy.
Soyez (Latins) à Erasme tenuz,
Qui vous a tout traduit et esclercy.
Tous les Françoys en doivent faire ainsi
Au translateur. Car en ce livre aprenent
De bon sçavoir autant, quant à cecy,
Que les Latins, et les Grecz en comprenent.

RHYME a b a b b c b c c d c d

Si le Roy seul, sans aucun y commettre,
Met tout l' estat de sa maison à poinct:
Le cueur me dict que luy, qui m' y fit mettre,
M' y remettra, et ne m' ostera point.
Crainte d' obli pourtant au cueur me poingt,
Combien qu' il ayt la memoire excellente:
Et n' ay pas tort. Car si je perds ce poinct,
A Dieu command le plus beau de ma rente.
Or doncques soit sa majesté contente
De m' y laisser en mon premier arroy,
Soit de sa chambre, ou sa loge, ou sa tente,
Ce m' est tout un, mais que je sois au Roy.

RHYME a b a b b c b c

Frere Thibaut, pour souper en quaresme,
Fait tous les jours sa Lamproye rostir,
Et puys, avec une couleur fort blesme,
En plaine chaire il nous vient avertir
Qu' il jeusne bien, pour sa chair amortir,
Tout le quaresme en grand devotion,
Et qu' autre chose il n' a, sans point mentir,
Qu' une rostie à sa colacion.

RHYME a b a b b c c d c d

Le cours du ciel qui domine icy bas
Semble vouloir, par estime commune,
Cest an present demonstrer maints debatz,
Faisant changer la couleur de la Lune,
Et du Soleil la vertu clere en brune.
Il semble aussi par monstres orgueilleux
Signifier cest an fort perilleux:
Mais il dev[r]oit, faisant tousjours de mesme,
Et rendant l' an encor' plus merveilleux,
Nous envoyer eclipse de quaresme.

RHYME a b a b b c c d d e d e

Un usurier à la teste pelée
D' un petit blanc acheta un cordeau
Pour s' estrangler, si par froide gelée
Le beau bourgeon de la vigne nouveau
N' estoit gasté. Apres ravine d' eau,
Selon son vueil, la gelée survint:
Dont fut joyeux: mais comme il s' en revint
En sa maison, se trouva esperdu
Voyant l' argent de son licol perdu
Sans profiter: sçavez vous bien qu' il fit?
Ayant regret de son blanc, s' est pendu
Pour mettre mieulx son licol à profit.

RHYME a b a b b c c d d e d e

Un advocat jouoit contre sa femme
Pour un baiser, que nommer n' oserois.
Le jeu dist tant et si bien à la Dame
Que dessus luy gaigna des baisers troys.
Or ça, dist elle (amy), à ceste fois
Jouons le tout pendant qu' estes assis.
Quoy, respond il, le tout, ce seroient six,
Qui fourniroit à un si gros payement?
Alors son clerc de bon entendement
Luy dist, ayant de sa perte pityé,
Ayez bon cueur, monsieur,certainement
Je suys content d' en estre de la moytié.

RHYME a b a b b c c d c d

Un lieutenant vuidoit plus voluntiers
Flacons de vin, tasses, verres, bouteilles,
Qu' il ne voyoit procez, sacz ou papiers
De contreditz, ou cautelles pareilles:
Et je luy diz: Teste digne d' oreilles
De Pampre verd, pourquoy as fantasie
Plus à t' emplir de vin, et malvoysie,
Qu' en bien jugeant aquerir los, et gloire?
D' espices (dist la face cramoysie)
Friant je suis, qui me causent le boyre.

RHYME a b a b b c c d c d

Le Moyne un jour jouant sus la riviere
Trouva la vieille en lavant ses drapeaux,
Qui luy monstra de sa cuisse heronniere
Un feu ardant où joignoient les deux peaux.
Le Moyne eut cueur, leve ses oripeaux:
Il prend son chose, et puis, s' aprochant d' elle,
Vieille, dist il, allumez ma chandelle!
La vieille lors, luy voulant donner bon,
Tourne son cul, et respond par cautelle:
Aprochez vous, et souflez au charbon.

RHYME a a b b

T' esbahys tu dont point on ne souspire
Et qu' on rit tant? qui se tiendroit de rire?
De voir par force à present estre doux
L' amy de nul, et l' ennemy de tous.

RHYME a b a b b c b c

Ces jours passez, je fus chez la Normande,
Où je trouvay Annette et Marguerite.
Annette est grasse en bon poinct, belle et grande,
L' autre est plus jeune, et beaucoup plus petite.
Annette assez m' embrace, et solicite:
Mais Marguerite eut de moy son plaisir.
La grande en fut, ce croy je, bien despite:
Mais de deux maux le moindre on doit choisir.

RHYME a b a b b c b c

Veux tu, vieille ridée, entendre
Pourquoy je ne te puis aymer?
Amour, l' enfant mol, jeune, et tendre,
Tousjours le vieil sang trouve amer.
Le vin nouveau fait animer
Plus l' esprit que vieille boisson,
Et puis l' on n' oit bien estimer
Que jeune chair, et vieux poisson.

RHYME a b a b b c b c

Celuy qui dit bon ton tetin
N' est mensonger, mais veritable:
Car je t' asseure, ma Catin,
Qu' il m' est tresbon, et agreable.
Il est tel, et si profitable
Que si du nez hurtoit quelqu' un,
Contre iceluy (sans nulle fable)
Il ne se feroit mal aucun.

RHYME a b a b b c c d c d d e e f f g f g

Messire Jan, confesseur de fillettes,
Confessoit Janne, assez belle, et jolye,
Qui, pour avoir de belles oreillettes,
Avec un moyne avoit fait la folie.
Entre autres points, messire Jan n' oublye
A remonstrer cest horible forfait:
Las, disoit il, m' amye qu' as tu fait?
Regarde bien le poinct où je me fonde:
Cet homme, alors qu' il fut Moyne parfait,
Perdit la veuë, et mourut quant au monde.
N' a tu point peur que la terre ne fonde
D' avoir couché avec un homme mort?
De cueur contrit, Janne ses levres mord:
Mort, ce dist elle, enda, je n' en croy rien.
Je l' ay veu vif depuis ne sçay combien,
Mesmes alors qu' il eut à moy affaire:
Il me bransloit, et baisoit aussi bien
En homme vif comme vous pourriez faire.

RHYME a b a b b c c d c d

Un Cordelier d' une assez bonne mise
Avoit gaigné à je ne sçay quel jeu
Chausses, pourpoint, et la belle chemise.
En cest estat son hostesse l' a veu,
Qui luy a dit: vous rompez vostre veu.
Non, non, respond ce gracieux records,
Je l' ay gaigné au travail de mon corps,
Chausses, chemise, et pourpoint pourfilé.
Puis dist (tirant son grand tribard dehors):
Ce beau fuzeau a tout fait et filé.

RHYME a b a b b c b c

L' autre jour un amant disoit
A sa maistresse, en basse voix,
Que chascun coup qu' il luy faisoit
Luy coustoit deux escuz, ou troys:
Elle y contredist. Toutesfois,
Ne pouvant le cas denier,
Luy dist: faites le tant de foys
Qu' il ne vous couste qu' un denier.

RHYME a b a b b c b c

Ma dame, je vous remercie
De m' avoir esté si rebourse.
Pensez vous que je m' en soucye,
Ne que tant soit peu m' en courrousse?
Nanny, non. Et pourquoy? et pour-ce
Que six escuz sauvez m' avez,
Qui sont aussi bien en ma bourse,
Que dans le trou que vous sçavez.

RHYME a b a b b c b c

Le petit Pierre eut du juge option
D' estre conjoint avec sa Damoyselle,
Ou de soufrir la condamnation
D' excommunie, et censure eternelle:
Mais mieux ayma, sans dire j' en appelle,
Excommunie et censure eslire,
Que d' espouser une telle femelle,
Pire trop plus qu' on ne pourroit escrire.

RHYME a b a b b c b c

Nanny desplaist, et cause grand soucy
Quand il est dit à l' amy rudement:
Mais quand il est de deux yeux adoucy
Pareilz à ceux qui causent mon tourment,
S' il ne raporte entier contentement,
Si monstre il bien que la langue pressée
Ne respond pas le plus communement
De ce qu' on dit avecques la pensée.

RHYME a b a b b c c d c d

Un ouy mal acompagné
Ma triste langue profera,
Quand mon cueur, du corps eslongné,
Du tout à vous se retira.
Lors à ma langue demoura
Ce seul mot, comme triste, ouy.
Mais si mon cueur plus resjouy
Avoit sur vous ce point gaigné,
Croyez que dirois un ouy
Qui seroit mieux acompagné.

RHYME a b a b b c b c

Pour tous souhaitz ne desire en ce monde
Fors que santé, et tousjours mile escuz.
Si les avois, je veux que l' on me tonde,
Si visites oncq tant faire de coquz.
Et à ces culz frapez tost, à ces culz,
Donnez dedans qu' il semble que tout fonde:
Mais en suyvant la compagne à Bachus,
Ne noyez pas, car la mer est profonde.

RHYME a b a b b c c d c d

Un jour d' yver, Robin tout esperdu
Vint à Catin presenter sa requeste
Pour desgeler son chose morfondu,
Qui ne pouvoit quasi lever la teste.
Incontinent Catin fut toute preste.
Robin aussi prend courage, et s' acroche.
On se remue, on se joue, on se hoche:
Puys quand ce vint au naturel devoir,
Ha, dist Catin, le grand desgel s' approche.
Voyre, dist il: car il s' en va pleuvoir.

RHYME a b a b b c b c

L' heur ou malheur de vostre cognoissance
Est si douteux en mon entendement,
Que je ne sçay s' il est en la puissance
De mon esprit en faire jugement:
Car, si c' est heur, je sçay certainement
Qu' un bien est mal quand il n' est point durable.
Si c' est malheur, ce m' est contentement
De l' endurer pour chose si louable.

RHYME a b a b b c b c

Une Catin, sans frapper à la porte
Des Cordeliers, jusqu' en la court entra.
Long temps apres on atend qu' elle sorte:
Mais au sortir on ne la rencontra.
Or au portier cecy on remonstra,
Lequel juroit jamais ne l' avoir veuë.
Sans arguer le pro, ou le contra,
A vostre avis, qu' est elle devenuë?

RHYME a b a b b c b c

Comme un escolier se jouoit
Avec une belle pucelle,
Pour luy plaire, bien fort louoit
Sa grâce, et beauté naturelle,
Les tetons mignards de la belle,
Et son petit cas, qui tant vaut.
Ha monsieur, adoncq' ce dist elle,
Dieu y mette ce qu' il y faut.

RHYME a b a b c b c

Quand je voy ma maistresse,
Le cler soleil me luyt.
S' ailleurs mon cueur s' adresse,
Ce m' est obscure nuit.
Et croy que sans chandelle
A son lit à minuyt
Je verroys avec elle.

RHYME a a *

Pour un seul coup, sans y faire retour,
C' est proprement d' un malade le tour.
Deux bonnes fois à son ayse le faire,
C' est d' homme sain suffisant ordinaire.
L' homme galland donne jusqu' à trois fois,
Quatre le Moyne, et cinq aucunesfois.
Six et sept fois, ce n' est point le mestier
D' homme d' honneur, c' est pour un mulletier.

RHYME a a *

Ceux qui attaintz estoyent de Pestilence
Du medecin ont requis la presence,
Et il respond: Chiers freres, et amys,
Si Dieu avoit en moy le povoir mys
De servir tous, de bon cueur le feroye:
Mais advis m' est que par trop mesferoye
De frequenter ceux de peste frappez,
Et puis ceux là qui n' en sont attrapez.
Pourtant vous donne et conseille de prendre
Ce present livre, auquel pourrez apprendre
Remede maint pour la Peste eviter,
Et servir ceux que Dieu vient visiter.
Faictes que çà, et là, ce livre coure,
Et qu' en ma place au besoing vous secoure.
Ainsi aura chascun en sa maison
Ung medecin, qui en ceste saison
Par bon conseil leurs demandes souldra
A peu de coust à l' heure qu' on vouldra.
Et cil qui mieux le sçaura lire, et veoir,
Plus de service en pourra recevoir.

RHYME a b a b *

L' Epistre, et l' Epigramme
M' ont pleu en les lisant,
Et sont pleins de la flamme
D' Apollo, clair luysant.
De responce vous faire,
Fault que vous me quittés,
Pour celuy mesme affaire
Dont me sollicités.

RHYME a b a b b c c d c d

Je ne suis pas tout seul qui s' esmerveille
De ton savoir, bonté, croix et constance,
Et des sermons, où grandement traveille:
Mais aussi font les plus sages de France,
Et à bon droit, car tu es l' excellence
Et le premier des Jacobins de Bloys,
Qui tous estatz à Jesus assemblois
Par tes sermons et ta vie angelique:
En quoy faisant, à saint Paul resemblois
Cent fois plus qu' à saint Dominique.

RHYME a b a b b c b c

Adieu ce bel oeil tant humain,
Bouche de bon propos armée,
D' ivoyre la gorge, et la main,
Taille sur toutes bien formée.
Adieu, douceur tant estimée,
Vertu à l' Ambre ressemblant:
Adieu, de celuy mieux aymée
Qui moins en monstra de semblant.

RHYME a b a b b c c d c d

Soit en ce camp paix pour mieux faire guerre.
Dieu doint au chef suite de son bon heur,
Aux chevaliers desir de loz acquerre,
Aux piëtons proufit joint à l' honneur,
Tout aux despens, et au grand deshonneur
De l' ennemy. S' il se jette en la plaine,
Soit son cueur bas, son entreprise vaine,
Pouvoir en vous de le vaincre et tuer,
Et à Marot occasion et veine
De par escrit voz noms perpetuer.

RHYME a b a b b c c d c d

Bien peu d' enfans on treuve qui ne gardent
Le testament que leur pere a laissé,
Et qui dedans de bien pres ne regardent
Pour veoir comment il l' a faict, et dressé.
O vous, enfans, à qui est adressé
Ce Testament de Dieu, nostre bon pere,
Affin qu' à l' oeil son vouloir vous appere,
Voulez vous point le lire voulentiers?
C' est pour le moins, et plus de vous j' espere,
Comme de vrays celestes heritiers.

RHYME a b a b b c c d c d

Madame, est il pas deshonneste
De m' avoir mis dedans le poing
Son chose gros comme la teste,
Disant qu' il me faisoit besoin?
J' eusse voulu estre bien loin,
Tant j' estois en grand[e] destresse.
Alors luy respond la maistresse:
Ne celez rien, et dites tout.
Ce grand vilain me fit, quoy? qu' est ce?
Loger cela de quoy l' on fout.

TITLE Les Epistres

RHYME a a *

Dieu tout puissant en repos te maintienne
De par delà, gentille âme chrestienne.
Si en mes vers ores je ramentoy
Le trop honteulx et dur trespas de toy,
Certainement ce n' est point t' offencer,
Ainçois plus tost pour ta joye avancer:
Car le record du passé qui tourmente
Du temps serain le grand plaisir augmente.
Puys, de jadis la vie tant honneste
Et amytié m' incite, et admoneste
De te mander ce que de toy fut dict
Apres que mort eust faict ce grand credit
De te gecter hors de ce corps charnel
Pour t' en aller en repos eternel.
Au paravant on m' a bien annoncé.
Comment jadis il te fut prononcé
Mourir par feu, dont depuis peu de temps
Tu feuz absoulz, ainsi comme j' entens.
Mais sur le champ, et sur cause nouvelle,
Nouvelle peine, helas! on te revelle,
Te condemnant en amende honnorable
Et à languir en prison pardurable.
Puis tellement ton cas on demena
Que ton appel à la mort te mena:
Et quand deseur tu fleschiz les genoulx,
Disant ainsi: Jhesus, sauveur de nous,
Tu as pour moy souffert la mort tresdure,
C' est bien raison que pour toy je l' endure.
Et là dessus prononças maint beau traict
Consolatif, de l' Evangille extraict,
Qui tant de foy et d' espoir lors te livre
Qu' allant mourir te sembloit aller vivre.
Lors le bourreau, la main sur toy boutée,
A de ton col la chesne d' or ostée,
Et en son lieu subit sa propre main
Mit le cordeau cruel et inhumain,
Non pas cruel, mais plustost gracieulx,
Car par luy es hors du val soucieulx
De ce vil monde. Adonc on te desplace
De la prison, et t' en vas en la place
Où ce dur peuple on voit souvent courir
Pour voir son frere estrangler, et mourir,
Et en est aise, et si ne scet pourquoy:
Et s' on atainct quelqu' un qui ayt de quoy,
Tous font tel chere à sa mort qui aproche,
Comme allans veoir ung jeu de la bazoche:
Dames y vont, hommes chambres leur louent,
Et là Dieu scet les beaulx jeulx qui s' y jouent:
Ce temps pendant que confesser on faict
Le pauvre corps, qu' on va rendre deffaict.
Croy, cher amy, qu' on ne feit pas telle feste
Quand tu nasquis, que quand ta mort fut preste.
Las! tu mourus comme herese en publicque,
Plain toutesfoys de la foy catholicque,
Sans soustenir contre la loy de Dieu
Ung seul propos. Qu' ainsi soit, sur le lieu,
Apres ta mort, Merlin, ton confesseur,
Crya tout hault: Peuple, je te fays seur
Que cent ans a, or ainsi le maintien,
Il ne mourut homme meilleur chrestien.
Et sans cella, mon frere en Jhesus Crist,
N' eusse voulu t' envoyer cest escript:
Car il n' affiert christiane presye
Louer aucun qui meurt en heresie.
Si rendz à Dieu louenges immortelles
De ta grand mort. On blasme les morts telles:
Mais je supply ceulx de ton parentaige
Ne le voulloir prendre au desadvantaige
De leur honneur, et penser en eulx mesmes
Que ceulx qui ont eternelz dyadesmes
Lassus au ciel ont bien passé le pas
D' infame, dur et publicque trespas:
Infame, dis je, quant au monde esgaré,
Onquel tel homme en son lict bien paré
Pourra mourir, et avoir couverture
En terre saincte, et riche sepulture,
En grand danger peult estre de descendre
Plus bas que ceulx par bourreaulx mys en cendre.

RHYME a a *

Mercy Dieu, gentil pannetier,
A il fallu te nettier
Pour chose que je t' ay donnée?
Je ne me suis habandonnée
A d' aultre qu' à toy pour le faire.
Laquelle chose de cest affaire
Je te promectz, par la croix Dieu,
Sans me venter en aucun lieu,
Que j' en ay esté bien requise
De gens de Court, et gens d' Eglise.
Mais quant ilz me venoient guetter,
Et à ma porte mugueter,
Je leur disoys en preude-femme:
Hay avant, vous fâchez la dame.
Et s' ilz me tenoient longs caquetz,
Je repliquoys: Petitz muguetz,
Vous bravillonnez de cela:
C' est à l' autre huys, pissez plus là.
Et s' ilz tenoient rude façon,
Je respondoys: du son, du son,
Monsieur du brave, Moigne moigne,
Voire dea. Et quant à ma troigne
L' on venoit m' appeler ribaulde:
Je cryois par Monsieur sainct Claude,
Le bon sainct, dont j' ay faict les pas,
Vous mentez, je ne le suis pas:
Effacez cela ou l' ostez!
En mectant les mains aux costez,
Je disois en voix esclatante,
Il n' y en a q' un qui me hante.
A la chasse, et vous advancez.
Ce n' est pas ce que vous pensez.
J' aymeroys mieulx tumber en l' eau,
Ou sur la poincte d' ung cousteau,
Et perdre encores ung escu,
Que faire mon Amy coquu.
Ce corps, croix Dieu, ce corps, ce corps,
C' est pour luy, dedans et dehors.
Allez, allez, Tara tara,
Jamais homme n' y montera,
C' est celuy qui aux champs me meine,
Et qui me taille par sepmaine
Ce qu' il me fault. Il m' a vestuë,
Et s' il m' a quelque foiz batuë,
C' est tout ung: Dieu me gard de mal,
Et de morsure de cheval.
Or sus, meschant, voys tu pas bien
Comment ton honneur, et le mien,
J' ay bien gardé? En fuz je chiche?
J' en suis bien maintenant plus riche!
Mon honneur est bien accoustré!
En effect, tu n' as pas montré,
Villain, que tu es Gentil-homme,
Car j' eusse couru jusqu' à Romme
Pour te cercher, comme dit l' autre.
Et toutesfoiz ton corps se veaultre
Maintenant pres d' une autre fille.
Ne suis pas aussi gentille?
Suis trop large ne trop creuse?
T' ay je donné bosse chancreuse,
Mal de vit, goutte, ne bouton?
Villain, tu en seras mouton,
Et t' en feray porter la corne:
Car tout le jour, et sur la sorne,
La croix Dieu, je le feray tant,
Et tant et tant, et si trestant
A tout le monde et un chascun,
Que mes deux trous n' en seront q' un.
J' y ay desjà bien commencé.
Et quant j' ay bien partout pensé,
Je n' en puis mieulx estre vengée.
A Dieu meschant, tu m' as laissée.
 
RHYME a a *

J' ay entendu, tres illustre compaigne,
Que contre toy se sont mys en campaigne
Les haulx quantons du lac pharisien:
Par quoy soudain du camp Elisien
J' ay faict sortir troys de mes damoyselles,
Pour te monstrer le plus grand de mes zelles,
Qui est d' oyr nouvelles briefvement
De la defaicte et prompt definement
De ceste race inutille et contraire
A ce bon Christ, lequel me vint retraire
Hors des enfers, lorsqu' il y descendit,
Et à repos en ce lieu me rendict.
C' est luy pour vray, tant liberal et large,
Qui m' a donné expressement la charge
De depescher ces troys nymphes armées,
Que Dieu son pere a faictes et formées.
L' une est Fealle, l' autre c' est Charité,
L' autre Esperance. O noble Margueritte,
Veulx tu sçavoir que la moindre feroit
En ung besoing? Tout ung camp deferoit.
Mais vraye amour de si pres les assemble
Que fault tousjours qu' elles voysent ensemble.
Or les reçoy, car en effaict ce sont
Celle qui tant de force et puissance ont
Que n' est maling qui ne fuie ou se rende.
J' eusse bien mys au camp toute ma bande:
Mais ces troys cy, croy moy, sont assez fortes
Pour des enfers rompre les doubles portes.
Regarde donc de ces petitz humains
Qu' elles feront, s' ilz tumbent en leurs mains:
Heureux seront, tant elles sont prisées.
Faict et escript aux beaulx champs Elisées.

RHYME a a *

En traversant ton pays plantureux,
Fertile en biens, en Dame bienheureux,
Et bien semé de peuple obeissant,
Le tien Marot (fille de Roy puissant)
S' est enhardy, voire et a protesté
De saluer ta noble Majesté
Ains que passer tout oultre tes limites:
Estant certain que, si bien tu limites
Du salueur la vraye intention,
Tu n' y verras brin de presomption.
Car estimant que par ung bruit qui sonne
Tu sçais mon nom sans savoir ma personne:
Et que jadis fut serviteur mon pere
De ta mere Anne, en son regne prospere:
Croyant aussy, que tu sçais que d' enfance
Nourry je suis en la maison de France,
De qui tu es royale geniture:
Cela pensant, n' a crainct mon escripture
Que ta grandeur la vueille reffuser.
Mais quel besoin est il de m' excuser?
Les oyselletz des champs en leurs langaiges
Vont saluant les buissons et bocaiges
Par où ilz vont: quant le navire arrive
Aupres du havre, il salue la rive
Avec le son du canon racourcy.
Ma Muse doncq passant ceste Court cy,
Faict elle mal saluant toy, Princesse?
Toy, à qui rit ce beau pays sans cesse,
Toy, qui de race aymes toute vertu,
Et qui en as le cueur tant bien vestu:
Toy, dessoubz qui florissent ces grans plaines,
De biens et gens si couvertes, et plaines.
Toy, qui leurs cueurs a sceu gagner tres bien,
Toy, qui de Dieu recongnois tout ce bien.
Salut à toy doncques tres humblement,
Humble salut, par ton humble Clement,
Par ton Marot, le Poete Gallique,
Qui s' en vient veoir le pays italique
Pour quelque temps: si entre cy et là
Te peult sevrir ma plume, si elle a
Sçavoir qui plaise à ta Majesté haulte,
Croy que plustost l' eau du Pau fera faulte
A contre val ses undes escouler,
Que ceste plume à s' estendre et voler
Là où le vent de tes commandemens
La poulsera: mesmes les Eslemens
Lairront plustost leur nature ordonnée:
Car l' Eternel me l' a (certes donnée)
Pour en louer premierement son nom:
Puis pour servir les Prince de renom
Et exalter les Princesses d' honneur
Qui, au plus hault de fortune, et bon heur,
S' humilier de cueur sont coustumieres,
Auquel beau rang tu marche des premieres.
 
RHYME a a *

Trescheres soeurs, joinctes par charité,
Le nom des vrays amans de verité
Sonne tant mal aux oreilles de ceulx
Qui de l' oyr sont plus que paresseux,
Qu' en plusieurs lieux de ce fol monde icy
On ne les veult oyr ne veoir aussy.
Les ungs souvent par poyne on persecute,
D' aultres, helas, par mort on execute,
Les ungs souvent chassés de leur pays,
Les aultres sont abhorrés et hays
De leurs parents. Pour tout cella, mes dames,
Flechir ne fault: plustost doibt en vos âmes
Croistre la foy, voire à chascun qui l' a,
Considerant que Jesus pour cella
Nous accomplit ses parolles escriptes:
Car tous ces maulx et poynes que j' ay dictes
Promist aux siens par son nom precieulx:
Mais leur loyer certes est grant es cieulx,
Et pour apprendre aux aultres à souffrir,
Droit à la croix premier se vint offrir.
Au serviteur n' est [pas] besoing qu' il faille
Se repouser, quand le maistre travaille.
Il a premier vertié descouverte,
Aussi premier la poyne il a soufferte:
Et tous ceulx là qui comme luy diront,
Poyne aujourd' uy comme luy souffriront.
Mais la chair seule endure ceste poyne,
Car l' âme franche est de foy toute pleine
Et de liesse en ce corps tant ravye
Par ferme espoir de la segonde vie,
Que les bruleurs, juges et deputés,
Sont mille fois plus que eulx persecutés
Par la collere ardante de laquelle
Mettent à mort l' innocente sequelle
Du grant Seigneur, qui çà bas tout avise
Et se rit d' eulx, et de leur entreprise.
Certes, mes soeurs, ce torment viollent,
Est de Jesus le triomphe excellent:
Vous pouvez bien escripre, dire ou chanter,
Vous pouvez bien hardyment vous vanter
Qu' avant mourir vous avez veu sur terre
Christ triompher, puys qu' on luy faict la guerre:
Guerre je dis, car à chascune fois
Que luy tout seul veult eslever sa voix,
Les hommes lors de nature menteurs,
Jaloux des loix dont ils sont inventeurs,
Luy courent sus, cuydant par façon telle
Faire mourir une chose immortelle.
En verité, filles de Dieu aymées,
De tant de croix que j' ay icy nommées,
Le seigneur Dieu m' en a plusieurs offertes
Que je n' ay pas comme devois souffertes:
Et de rechief me convyent recepvoir
Par son sainct nom le mal de ne vous veoir:
Car, par le bruyt que j' ay, mes soeurs benignes,
D' estre contraire aux humaines doctrines,
On a de moy oppynion mauvaise
En vostre court, qui m' est ung dur malaise:
Lequel a faict, comme pouvez penser,
Que d' aller là ne ose menacer:
Dont à mon Dieu toute gloire je donne,
Puys que le mal vient de cause si bonne:
Le suppliant, pour ma lettre fynir,
Vouloir tousjours augmenter et tenir
La foy en vous, que j' estime deux roses
Entre buissons et espines encloses.

RHYME a a *

Je pense bien, que ta magnificence,
Souverain Roy, croyra, que mon absence
Vient par sentir la coulpe, qui me poingt
D' aulcun meffaict: mais ce n' est pas le poinct.
Je ne me sens du nombre des coulpables:
Mais je sçay tant de juges corrompables
Dedans Paris, que par pecune prinse,
Ou par amys, ou par leur entreprinse,
Ou en faveur, et charité piteuse
De quelcque belle humble solliciteuse,
Ilz saulveront la vie orde, et immunde
Du plus meschant, et criminel du monde:
Et au rebours, par faulte de pecune,
Ou de support, ou par quelcque rancune,
Aux innocents ilz sont tant inhumains
Que content suis ne tomber en leurs mains.
Non pas, que touts je les mecte en ung compte:
Mais la grand' part la meilleure surmonte.
Et tel merite y estre authorisé,
Dont le conseil n' est ouy, ne prisé.
Suyvant propos, trop me sont ennemys
Pour leur Enfer, que par escript j' ay mys,
Où quelcque peu de leurs tours je descoeuvre:
Là me veult on grand mal pour petit oeuvre.
Mais je leur suis encor plus odieux,
Dont je l' osay lire devant les yeulx
Tant clair voyants de ta majesté haulte,
Qui a pouvoir de refformer leur faulte.
Brief, par effect, voyre par foys diverses
Ont declairé leurs vouluntés perverses
Encontre moy: mesmes ung jour ilz vindrent
A moy malade, et prisonnier me tindrent,
Faisant arrest sus ung homme arresté
Au lict de mort: et m' eussent pis traicté,
Si ce ne fust ta grand' bonté, qui à ce
Donna bon ordre avant, que t' en priasse,
Leur commandant de laisser choses telles:
Dont je te rends grâces tres immortelles.
Aultant comme eulx, sans cause, qui soit bonne,
Me veult de mal l' ignorante Sorbonne:
Bien ignorante elle est, d' estre ennemye
De la trilingue, et noble Academie
Qu' as erigée. Il est tout manifeste,
Que là dedans contre ton vueil celeste
Est deffendu, qu' on ne voyse allegant
Hebrieu, ny Grec, ny Latin elegant:
Disant, que c' est langaige d' Hereticques.
O paovres gens de sçavoir touts ethicques!
Bien faictes vray ce proverbe courant,
Science n' a hayneux, que l' ignorant.
Certes, ô Roy, si le profond des cueurs
On veult sonder de ces Sorboniqueurs,
Trouvé sera, que de toy ilz se deulent.
Comment douloir? Mais que grand mal te veulent,
Dont tu as faict les Lettres, et les Arts
Plus reluysants, que du temps des Cesars:
Car leurs abus voyt on en façon telle.
C' est toy, qui as allumé la chandelle,
Par qui maint oeil voyt mainte verité,
Qui soubs espesse, et noyre obscurité,
A faict tant d' ans icy bas demeurance.
Et qu' est il rien plus obscur, qu' ignorance?
Eulx, et leur court en absence, et en face,
Par plusieurs foys m' ont usé de menace:
Dont la plus doulce estoit en criminel.
M' executer. Que pleust à l' Eternel,
Pour le grand bien du peuple desolé,
Que leur desir de mon sang fust saoulé,
Et tant d' abus, dont ilz se sont munys,
Fussent à clair descouverts, et punys.
O quatre foys, et cinq foys bien heureuse
La mort, tant soit cruelle, et rigoreuse,
Qui feroit seulle ung million de vies
Soubs telz abus n' estre plus asservies!
Or à ce coup il est bien evident,
Que dessus moy ont une vieille dent,
Quand ne pouvant crime sur moy prouver,
Ont tres bien quis, et tres bien sceu trouver
Pour me fascher briefve expedition,
En te donnant maulvaise impression
De moy ton serf, pour apres à leur aise
Mieulx mectre à fin leur voulunté maulvaise:
Et pour ce faire ilz n' ont certes heu honte
Faire courir de moy vers toy maint compte,
Avecques bruyt plein de propos menteurs,
Desquelz ilz sont les premiers inventeurs.
De Lutheriste ilz m' ont donné le nom:
Qu' à droict ce soit, je leur responds, que non.
Luther pour moy des cieulx n' est descendu,
Luther en Croix n' a pas esté pendu
Pour mes pechés: et tout bien advisé,
Au nom de luy ne suis point baptizé:
Baptizé suis au nom, qui tant bien sonne,
Qu' au son de luy le Pere eternel donne
Ce, que l' on quiert: le seul nom soubs les cieulx
En, et par qui ce monde vicieulx
Peult estre sauf. Le nom tant fort puissant
Qu' il a rendu tout genoil fleschissant,
Soit infernal, soit celeste, ou humain:
Le nom, par qui du seigneur Dieu la main
M' a preservé de ces grands loups rabis,
Qui m' espioyent dessoubs peaulx de brebis.
O seigneur Dieu, permectez moy de croyre,
Que reservé m' avez à vostre gloyre.
Serpents tortus, et monstres contrefaicts
Certes sont bien à vostre gloyre faicts:
Puis que n' avez voulu doncq' condescendre,
Que ma chair vile ayt esté mise en cendre,
Faictes au moins tant, que seray vivant,
Que vostre honneur soit ma plume escripvant:
Et si ce corps avez predestiné
A estre ung jour par flamme terminé,
Que ce ne soit au moins pour cause folle:
Aincoys pour vous, et pour vostre parolle:
Et vous supply, Pere, que le tourment
Ne luy soit pas donné si vehement,
Que l' âme vienne à mectre en oubliance
Vous, en qui seul gist toute sa fiance:
Si que je puisse avant, que d' assoupir,
Vous invocquer, jusqu' au dernier souspir.
Que dys je? Où suis je? O noble Roy Françoys,
Pardonne moy, car ailleurs je pensoys.
Pour revenir doncques à mon propos,
Radamanthus avecques ses supposts
Dedans Paris, combien que fusse à Bloys,
Encontre moy faict ses premiers exploicts,
En saysissant de ses mains violentes
Toutes mes grands richesses excellentes,
Et beaulx thresors d' avarice delivres:
C' est assçavoir mes papiers, et mes livres,
Et mes labeurs. Et Juge sacrilege,
Qui t' a donné ne loy, ne privilege
D' aller toucher, et faire tes massacres
Au cabinet des sainctes Muses sacres?
Bien est il vray, que livres de deffense
On y trouva: mais cela n' est offense
A ung Poëte, à qui on doibt lascher
La bride longue, et rien ne luy cacher,
Soit d' art magicq, nygromance, ou caballe.
Et n' est doctrine escripte, ne verballe,
Qu' ung vray Poëte au chef ne deust avoir,
Pour faire bien d' escrire son debvoir.
Sçavoir le mal est souvent proffitable,
Mais en user est tousjours evitable:
Et d' aultre part, que me nuist de tout lire?
Le grand donneur m' donné sens d' eslire
En ces livrets tout cela, qui accorde
Aux sainctz escripts de grâce, et de concorde:
Et de jecter tout cela, qui differe
Du sacré sens, quand pres on le confere.
Car l' escripture est la touche, où l' on treuve
Le plus hault Or. Et qui veult faire espreuve
D' or, quel qu' il soit, il le convient toucher
A ceste pierre, et bien pres l' approcher
De l' Or exquis, qui tant se faict paroistre,
Que bas, ou hault tout aultre faict congnoistre.
Le juge doncq' affecté se monstra
En mon endroict, quand des premiers oultra
Moy, qui estoys absent, et loing des villes:
Où certains folz feirent choses trop viles,
Et de scandalle, helas au grand ennuy,
Au detriment, et à la mort d' aultruy.
Ce que sachant, pour me justifier,
En ta bonté je m' osay tant fier,
Que hors de Bloys partys pour à toy, Sire,
Me presenter. Mais quelcun me vint dire,
Si tu y vas, amy, tu n' es pas sage:
Car tu pourroys avoir maulvais visage
De ton Seigneur. Lors comme le Nocher,
Qui pour fuyr le peril d' ung rocher
En pleine mer se destourne tout court:
Ainsi pour vray m' escartay de la court:
Craignant trouver le peril de durté,
Où je n' euz oncq, fors doulceur, et seurté.
Puis je sçavoys, sans que de faict l' apprinsse,
Qu' à ung subject l' oeil obscur de son Prince
Est bien la chose en la terre habitable
La plus à craindre, et la moins souhaitable.
Si m' en allay evitant ce dangier
Non en pays, non à Prince estrangier,
Non point usant de fugitif destour,
Mais pour servir l' aultre Roy à mon tour,
Mon second Maistre, et ta soeur son espouse,
A qui je fuz des ans a quatre, et douze,
De ta main noble heureusement donné.
Puis tost apres, Royal chef couronné,
Sachant plusieurs de vie trop meilleure,
Que je ne suys, estre bruslés à l' heure
Si durement, que mainte nation
En est tombée en admiration,
J' abandonnay sans avoir commys crime
L' ingrate France, ingrate ingratissime
A son Poëte: et en le delaissant,
Fort grand regret ne vint mon cueur blessant.
Tu ments Marot, grand regret tu sentys,
Quand tu pensas à tes Enfants petits.
En fin passay les grands froides montaignes,
Et vins entrer aux Lombardes campaignes:
Puis en l' Itale, où Dieu qui me guydoit,
Dressa mes pas au lieu, où residoit
De ton clair sang une Princesse humaine,
Ta belle soeur, et cousine germaine,
Fille du Roy tant craint, et renommé,
Pere du peuple aux Chroniques nommé.
En sa Duché de Ferrare venu,
M' a retiré de grâce, et retenu,
Pource que bien luy plaist mon escripture,
Et pour aultant que suys ta nourriture.
Parquoy, ô Sire, estant avecques elle,
Conclure puis d' ung franc cueur, et vray zelle,
Qu' à moy ton serf ne peult estre donné
Reproche aulcun, que t' aye abandonné,
En protestant, si je perds ton service,
Qu' il vient plus tost de malheur, que de vice.

RHYME a a *

Puis que respondre ne me veulx,
Je ne te prendray aux cheveulx,
Lyon: mais sans plus te semondre,
Moy mesmes je me veulx respondre
Et seray le prebstre Martin.
Ce Grec, cest Hebreu, ce Latin,
Ont descouvert le pot aux roses.
Mon Dieu, que nous voyrrons de choses,
Si nous vivons l' eage d' ung veau.
Et puis, que dict on de nouveau?
Quand par[t] le Roy? aurons nous guerre?
O la belle piece de terre!
Il la fault joindre avec la mienne.
Mais pourtant la Bohemienne
Porte tousjours ung chapperon.
Ne donnez jamais l' esperon
A cheval, qui vouluntiers trotte.
Dont vient cela, que je me frotte
Aux coursiers, et suis tousjours rat?
Ilz escument, comme ung Verrat
En pleine chaiere, ces Cagots,
Et ne preschent, que des fagots
Contre ces paovres Hereticques.
Non pas, que j' oste les practiques
Des vieilles, qui ont si bon cueur.
Car comme dict le grand mocqueur,
Elles tiennent bien leur partie.
C' est une dure departie
D' une teste, et d' ung eschafault:
Et grand pitié, quand beaulté fault
A cul de bonne voulunté.
Puis vous sçavez, Pater sancté,
Que vostre grand pouvoir s' efface.
Mais que voulez vous, que j' y face?
Mes financiers sont touts perys:
Et n' est bourreau, que de Paris,
Ny long proces, que dudict lieu.
Si ne feis je jamais l' Adieu,
Qui parle de la Pauthonniere.
Vray est, qu' elle fut buyssonniere,
L' escolle de ceulx de Pavie.
Fy de l' honneur, vive la vie,
Vive l' amour, vivent les Dames.
Toutesfoys, Lyon, si les âmes
Ne s' en vont plus en Purgatoyre,
On ne me sçauroit faire à croyre,
Que le Pape y gaigne beaulcoup.
A la Campaigne, acoup acoup,
Hau Cappitaine pinse maille:
Le Roy n' entend point, que merdaille
Tienne le renc des vieilz routiers.
Et puis dictes, que les moustiers
Ne servent point aux Amoureux.
Bonne macquerelle pour eulx
Est umbre de devotion.
C' est une bonne caution,
Que Monsieur de la Moriniere.
En ce temps là vint la maniere
De se paindre avecques des farts.
Sire, ce disent ces Capharts,
Si vous ne bruslez ces mastins,
Vous serez ung de ces matins
Sans tribut, taille, ne truage.
Qui Diable feit le coquage
Des Parisiens l' aultre Esté?
Pour le moins, si j' y eusse esté,
On eust dict, que [c' ]eust esté moy.
Touche là: je suis en esmoy
Des froids amys, que j' ay en France:
Mais je trouve, que c' est oultrance,
Que l' ung a trop, et l' aultre rien.
Est il vray, que ce vieil marrien
Marche encores dessus espines,
Et que les jeunes tant pouppines
Vendent leur chair cher, comme cresme?
S' il est vray, adieu le Caresme,
Au Concile, qui se fera:
Mais Romme tandis bouffera
Des chevreaulx à la chardonnette.
Attachez moy une sonnette
Sur le front d' ung Moyne crotté,
Une oreille à chasque costé
Du capuchon de sa caboche,
Voylà ung sot de la Bazoche
Aussi bien painct, qu' il est possible:
De sorte, qu' on feroit ung crible
De touts les trous, qui s' abandonnent
A ceulx, qui les richesses donnent.
J' ay flux, contreflux, carte amont.
Dieu pardoint au paovre Vermont,
Il chantoit bien la basse contre:
Et les marys la malencontre,
Quand les femmes font le dessus.
Assçavoir mon, si les bossus
Seront touts droicts en l' aultre monde?
Je le dy, pource qu' on se fonde
Trop sus Venus, et sus les vins.
Parquoy je ne veulx qu' aux Devins
Personne sa fiance mecte.
Or çà: le Livre de flammette,
Formosum pastor, Scelestine,
Tout cela est bonne doctrine,
Il n' y a rien de deffendu.
Icy gira, s' il n' est pendu,
Ou si en la mer il ne tombe,
Monsieur, qui a dressé sa tombe
Avant, que d' estre trespassé.
Fault il pour ung verre cassé
Perdre pour vingt ans de service?
Non, Monsieur, non: ce n' est pas vice,
Que simple fornication.
J' en feray la probation
Par une cotte vyolette,
Que donna la teste follette,
Aultrement le Dieu des proces.
Au moyen de quoy trop d' exces
Sont engendrés de trop de festes.
En effect, [c' ]estoyent de grands bestes,
Que les Regents du temps jadis:
Jamais je n' entre en Paradis,
S' ilz ne m' ont perdu ma jeunesse.
Mais comment se porte l' Asnesse
Que tu sçays, de Jerusalem?
S' elle veult mordre, garde l' en:
Elle parle, comme de cyre.
Vous dictes vray de cela, Syre:
Une estrille, une Faulx, ung Veau,
C' est à dire estrille fauveau,
En bon rebus de Picardie.
Lyon, veulx tu, que je te dye?
Je me trouve dispost des levres:
Et d' aultres bestes, que les Chevres,
Portent barbe grise au menton.
Je ne dy pas, que Melancthon
Ne declaire au Roy son advis:
Mais de disputer vis à vis,
Noz maistres n' y veulent entendre.
Combien que la jeunesse tendre
Soit par tout assez mal apprinse.
Tu ne sçays pas: Thunis est prinse:
Triboulet a freres et soeurs:
Les Angloys s' en vont bons danseurs:
Les Allemants tiennent mesure.
On ne preste plus à usure:
Mais tant, qu' on veult, à interest.
A propos de Perceforest,
Lyt on plus Artus, et Gauvain?
Il a prins l' Evangile en vain
Le punays, et s' en est faict riche:
Et puis s' efforce mectre en friche
La vigne, et ses petits bourgeons.
Tout beau: je vous pry, ne bougeons.
Vous dictes, que ce fut Jeudy:
Non fais non. Voicy, que je dy.
Je dy, qu' il n' est point question
De dire, J' allion, J' estion,
Ny se renda, ny je frappy
Tesmoing le Conte de Carpy,
Qui se feit Moyne apres sa mort.
Laisse moy là, qui rit, et mord:
Et demande au petit Roger,
Si ceulx, que l' on feit desloger
Hors des Villes, cryoient campos.
Vrayement puis qu' il vient à propos,
Je vous en veulx faire le compte.
Elle n' osent dire Viconte,
Vigueur, vicourt, ny villevé:
Leur petit bec seroit grevé,
En danger d' estre trop fendues.
On dict, que les Nonains rendues
Donnent gentilment la verolle.
D' estre brullé pour la parolle,
Je te pry ne soys point couart:
Mais pour la foy de Billouart,
Laisse mourir ces Sorbonistes.
Raison: la glose des Legistes
Lourdement gaste ce beau texte.
Pour ceste cause je proteste,
Que l' Antechrist succombera:
Au moins, que de brief tombera
Sur Babylonne quelcque orage.
Marguerite de franc courage
N' a plus ses beaulx yeulx esblouys.
Dieu gard la fille au Roy Loys,
Qui me reçoit, quand on me chasse.
Voulez preferer la chasse
Au vol du Milan suspendu?
Si Dieu ne l' avoit deffendu,
Et je fusse en mon advertin,
Je donroys quinze à l' Aretin,
Et si gaigneroys la partie.
La Court en sera advertie
D' ung tas de gros Asnes, ou yvres,
Qui font imprimer leurs sots Livres,
Pour acquerir bruyt d' estre Veaulx.
A Fleury sont les bons naveaulx,
Les richesses en ces Prelats.
Et puis c' est tout: je suis tant las,
Que quatorze archiers de la garde
Me battroyent à la halebarde.
Quant au Palays, tousjours il grippe:
Adieu vous dy, comme une trippe.

RHYME a a *

Par Jesuchrist, je rendz à Dieu, son pere,
Grâces, ô Roy, de ta santé prospere.
Prospere dy, non pour toy seullement,
Mais pour tous ceulx qui generallement
Sont soubz ta main. O comme malmenée
Fut de ton mal la Princesse Renée!
O la grant joye aussy qu' elle receut
Quand ta santé par Marc Anthoine sceut!
N' y eut celluy des siens qui des à l' heure
Ne monstra bien sa joye interieure.
Mesmes l' enfant qu' encor au ventre elle a
De grand plaisir là dedans sautella,
Sentant desjà que tu es de sa mere
Le fort appuy contre fortune amere.
Et de ma part, j' en ay de grant lyesse
Faict cest escript, qui prendra hardiesse
Te supplier par humble remonstrance:
Si j' ay perdu l' oser aller en France,
Si j' ay perdu le moyen favorable
De plus entrer en ta chambre honnorable,
Si j' ay perdu (à grant tort toutesfoys)
L' heur de parler avec toy quelque foys,
Si je n' oy plus ta divine eloquence
Tenir propos de haulte consequence,
Dont je tiroys tousjours quelque sçavoir,
Si j' ay perdu jusques à plus ne veoir
Soir et matin de mon Prince la face,
Que je ne perde au moins ta bonne grâce.
Mes ennemys (Roy d' honneur couronné)
Disent partout que m' as habandonné.
Ilz vont disant que nul jour de ma vye
Ne te prendra de bien me faire envie,
Et desirans que povreté m' accable,
Parlent de toy comme d' un implacable.
Le Roy l' a bien (ce disent ilz) aymé,
Mais c' en est fait, pour luy tout est rymé.
O Sire donq, renverse leurs langaiges:
Vueilles permettre (en despit d' eulx) mes gaiges
Passer les montz, et jusqu' icy venir,
Pour à l' estude ung temps m' entretenir
Soubz Celius, de qui tant on aprent.
Et si desir apres cela te prent
De m' appeler en la terre gallique,
Tu trouveras ceste langue italique
Passablement dessus la mienne entée,
Et la latine en moy plus augmentée,
Si que l' exil, qu' ilz pensent si nuysant,
M' aura rendu plus apte, et plus duysant
A te servir myeulx à ta fantasie,
Non seullement en l' art de poesie,
Ains en affaire, en temps de paix ou guerre,
Soit pres de toy, soit en estrange terre.
Je ne suis pas si laid comme ilz me font:
Myré me suis au cler ruysseau profont
De Verité, et à ce qu' il me semble,
A Turc ne Juif en rien je ne ressemble.
Je suis Chrestien, pour tel me veulx offrir,
Voire plus prest à peine et mort souffrir
Pour mon vray Dieu et pour mon Roy, j' en jure,
Qu' eulx une simple et bien petite injure:
Ce que croiras, Sire, je t' en supplye,
T' advertissant, ains que ma lettre plye,
Combien qu' encor je te tien pour mon maistre,
Qu' il est en toy de jamais rien ne m' estre,
Mais il n' est pas certes, en ma puissance,
De n' estre tien en toute obeissance.

RHYME a a *

Dame de Ponts, Nymphe de Parthenay,
Pardonne moy si ceste Carte n' ay
Paincte de fleurs, à Mynerve duisantes
Et pour ton sens contenter suffisantes:
Ma Muse est bien pour satisfaire habile
Aucuns espritz: mais trop se sent debile
Pour toy, qui as lettres, et bon sçavoir,
Autant ou plus que Femme puisse avoir:
Avecques oeil pour veoir subit les faultes,
Et discerner choses basses des haultes.
Bien est il vray que ton cueur sçait user
D' une bonté de faultes excuser,
Et de donner aux oeuvres bien dictées
(En temps et lieu) louenges meritées.
Mais je sens bien que l' heure est advenuë
Qu' en cest escript de promesse tenuë
Plus de besoing de ton excuse auray,
Que de bon loz meriter ne sçauray.
Et me suis veu (il n' en fault point mentir)
D' avoir promis prest à me repentir:
Car des qu' en main la plume je vins mettre,
A peine sceu forger le premier metre.
Et commançay à dire et à penser:
Presumptueulx, que veulx tu commancer?
Fault il qu' à honte acquerir tu t' amuses,
D' escrire ainsy à l' une des neuf Muses?
Ce neantmoins pour promesse tenir
Ne me suis sceu d' escrire contenir.
Mais t' escrivant, ô noble Esprit bien né,
Trouvé me suis tout ainsi estonné
Qu' ung villageois, simple et pusillanime,
Qui parle en craincte à ung Roy magnanime.
D' autre costé, pour mon epistre orner,
Je ne sçavoys quel propos enfourner.
De te parler de science latine,
D' en deviser pres de toy ne suis digne.
Te deviser des amoureux soulas,
C' est temps perdu, tu aymes trop Pallas.
Chanter la guerre, et des armes la mode,
A ton mary la chose est plus commode.
De tes vertus bien blasonner et paindre,
Tayre vault mieulx que n' y povoir attaindre.
Parquoy à droit, devant toy je m' accuse
Que cecy n' est Epistre, mais excuse,
Cecy (pour vray) n' a merité le tiltre
D' Envoy, de Lay, d' Elegie, n' Epistre.
Mais s' il te plaist, nonobstant sa basseur,
Le recevoir en gré, soubz la doulceur
Qui est en toy par naïve coustume,
J' estimeray avoir faict ung volume.
Reçoy le donc en gré, je te supplye.
Et l' ayant leu, ne le perds, mais le plye
Pour le garder: au moins quant ce viendra.
Que seray mort, de moy te souviendra.
Et si d' icy à grant temps et long eage
Du tien Clement se tient aucun langaige
Là où seras, par maniere de rire
Aux assistans pourra compter, et dire
(Qui ne sera pour moy un petit heur)
Comment jadis fuz bien ton serviteur:
Et pour tesmoing de ce que leur diras,
Ce mien escript, sur l' heure produiras,
En leur disant: Quant Marot m' escrivoit
Ces vers icy, à Ferrare il vivoit,
Là où j' estoys. Et lors à grant oultrance
Le paovre gars estoit banny de France,
Pour le pourchas d' aucuns ayant envye
Dequoy Vertu perpetuoit sa vye.
Dont il trouvoit sa perte et son soucy
Moins ennuyeux. Leur compteras aussy
Comment durant ceste myenne destresse
Tous deux servions une mesme maistresse,
Fille de France, et duchesse Renée,
Au gré de qui semble que tu soys née.
Mille autres cas, mille autres bons propos,
Quant seras vieille, et chez toy en repos,
Dire pourras de moy à l' advenir,
S' il t' en souvient. Et pour t' en souvenir,
De bon cueur laisse à la tienne excellence
Ceste escripture, où j' impose silence.

RHYME a a *

Le clair soleil sur les champs puisse luyre,
Dame prudente, et te vueille conduire
Jusques au pied de ta noble maison.
Il est certain que plustost oraison
Pour ta demeure à Dieu je vouldroys faire:
Mais puis que luy, et le temps, et l' affaire,
Veulent tous troys que ta bonté desplace,
Monts et torrents te puissent faire place.
Dieu tout au long de ton allée entiere
Soit en ta voye, et dedans ta lictiere:
Voire en ton cueur, à celle fin, Madame,
Que tout d' un train te garde corps et âme.
Or t' en va quand, et où il te plaira:
Plus iras loing, plus nous en desplaira.
Et quant à moy, tu peulx estre asseurée,
Tant que j' auray en ce monde durée,
Que seray tien: non point seulement pource
Que long temps a tu fus premiere source
Du bon recueil à mon pere vivant,
Quant à la court du Roy fut arrivant,
Où tu estoys adoncq la mieulx aymée
D' Anne, par tout Royne tant renommée.
Ne seullement pour autant que tu feiz
Mesmes recueil dernierement au filz
En ce pays: tellement que ta grâce
Semble estre encline à ma petite race.
Mais pour autant que d' instinct de nature
Toy et les tiens aymez litterature,
Sçavoir exquis, vertus qui le ciel percent,
Artz liberaulx, et ceulx qui s' y exercent,
Cela (pour vray) fait que tresgrandement
Je te revere en mon entendement.
Or adieu doncq, noble dame qui uses
D' honnesteté tousjours envers les Muses.
Adieu par qui les Muses desolées
Souventesfoys ont esté consolées.
Adieu qui veoyr ne les peult en souffrance.
Adieu la main qui de Flandres en France
Tyra jadis Jan le Maire Belgeoys,
Qui l' âme avoit d' Homere le Gregeoys.
Retirez vous, neige et temps pluvieux,
De l' ennuyer ne soyez envieux.
Vien le temps doulx, retire toy la Bize,
Ne fasche point Madame de Soubize:
Assez elle a de fascheuse destresse,
D' abandonner sa dame, et sa maistresse.
Assez elle a d' ennuy à son depart.
Assez aussy elle nous en depart.
Mais puis qu' il plaist à Dieu qu' il soit ainsy,
Fault prendre en gré. Sept ans a qu' es icy,
Dame tresnoble, et trente, ou à peu pres,
Que servie as et mere et fille apres.
C' est bien raison que maintenant disposes
De ta maison, et que tu y reposes
Avecques Dieu le surplus de ton eage:
Ce te sera quasi nouveau mesnage,
Apres tant d' ans: donc t' y transporteras,
Et avec toy honneur emporteras.
Avecques toy emporteras honneur,
De tes travaulx principal guerdonneur.
Et nous en brief sçaurons en ton absence
Dequoy servoit par deçà ta presence.

RHYME a a *

Où allez vous, noble nymphe Renée?
Nous avez vous tant de joye amenée,
Venant icy, pour d' un fascheux retour
Nous contrister? Cela n' est pas le tour
Qu' a merité nostre amour ferme et ronde,
Et fors que vous en croyons tout le monde.
Où allez vous, cueur en bonté parfaict?
Où allez vous, que vous avons nous faict?
Voulez vous bien laisser ceste Princesse
Et ses ennuys, qui n' ont ne fin ne cesse?
Elle qui jeune enfant de grand renom
Publicquement vous donna son beau nom,
Lors qu' avec Dieu vous feistes alliance,
Luy prometant n' avoir qu' en luy fiance.
Las vostre cueur comment penser osa
D' abandonner celle qui tant vous a
Porté d' amour et traitée en doulceur,
Non en fillolle, ains comme fille ou seur,
Voulant tousjours tel' personne loyalle
Pres de la sienne excellente et royalle.
Ha, Parthenay, ne partez pas encores:
Tardez un peu: je vous adverty qu' ores
Les Alpes sont plus plaines de froidures
Qu' à l' aultre foys, et à passer plus dures.
Parmy ces monts sont les bestes cruelles,
Et les souldardz plus cruelz cent fois qu' elles.
Là le verglas, là les neiges habondent,
Et tellement les torrentz s' y desbondent,
Qu' il n' y a cueur, à les veoir devaller,
Qui ne s' effraye. Où voulez vous aller?
Nostre advis est que ne devez partir,
Ains vostre mere expres en divertir:
Ou la laisser traverser montz et vaulx,
Car mieulx que vous sçait porter les travaulx.
Si la suyvez, chacun en se truffant
Dira de vous: Mais voyez cest enfant
Qui veult courir encor apres sa mere.
D' autres diront: La grant angoisse amere
D' ardant desir qu' elle a qu' on la marie
Luy fait vouloir qu' en France on la charie.
Ainsy diront les gens, si deslogez.
Mais au rebours, si d' icy ne bougez,
Chacun dira: C' est bien la moins fascheuse,
La moins ingrate et la plus vertueuse
Qu' on vit jamais. Ha, noble Damoiselle,
Onques vivant, tant fust de mauvais zele,
Sur vous ne sceut ung seul blasme penser.
Voudriez vous bien y faire commancer?
Comment cecy? Vous faictes voz apprestz,
On trousse tout, vos coffres sont jà prestz?
C' est fait, c' est fait, noz persuasions
En vostre endroit ne sont qu' illusions.
Noz pleurs sont vains, de ce Marot la Muse
N' a plus de force, et pour neant s' amuse
A vous prier, joinctes mains, à genoulx.
Parquoy adieu vous disons, maulgré nous
Adieu beaulté qui tous les jours s' habille
Du mieulx seant acoustrement de fille,
C' est assavoir de doulce grâce, et bonne:
Adieu qui mieulx s' en coiffe que personne.
Adieu esprit d' intelligence vive,
Adieu le cueur plein de bonté naifve,
Qui au ruisseau des sciences se baigne:
Adieu le cueur, qui tous les autres gaigne.
Fille partez, femme vous trouverons
Quant d' avanture en France arriverons.
Mais du mary l' amour pourtant ne face
Que celle là que nous portons s' efface.

RHYME a a *

Il y aura (royalle geniture)
Tantost ung an, que par humble escripture
Te saluay, arrivant en ce lieu,
Mais maintenant me fault te dire adieu.
Non que je soys lassé de ton service,
Non que de toy faveur et benefice
N' ay receu plus que n' ay merité:
Trop aise suis: mais à la verité
L' esprit de Dieu me conseille et enhorte
Que hors d' icy plustost que tard je sorte.
Ne voys tu pas comment Dieu eternel
Par ung courroux de zelle paternel
M' en veult chasser? Penses tu que l' oultraige
Que Ferraroys mal nobles de couraige
M' ont fait de nuyct, armez couardement,
Ne soit à moy ung admonestement
Du seigneur Dieu pour desloger d' icy?
Certes, encor quand ne seroit ainsy,
Mon cueur qui ayme estre franc et delivre
Ne pourroit plus parmy telles gens vivre.
Si n' ay je nerf qui à se venger tende,
Mais je veulx bien que la Ferrare entende
Que ses manans à leur grand vitupere
Se sont ruez dessus l' enfant d' un pere
Qui des meschans fait vengeance condigne
Jusqu' à la tierce et la quarte origine.
Donques à luy j' en laisse le venger,
Et seullement loing d' eulx me veulx renger.
Parquoy, Princesse, ouvre moy de ta grâce
De mon congé le chemin et la trace,
Affin que voyse en ville ou en pays
Où les Françoys ne sont ainsy hays,
Et où meschantz, si aucuns y en a,
Sont chastiez. Mais quel vent te mena,
Princesse illustre, icy user ta vie!
A ce que voy, France avoit grant envye
Que son beau lys, de taches exempté,
Fust au milieu des espines planté.
Ce que pourtant as en gré sans te plaindre.
Mais vraye amour vient ma Muse contraindre
D' ainsy parler. Je dy amour venant
D' un cueur françoys, lequel se souvenant
Que tu me feiz en ton parc demourer
Lors que les loups me vouloient devorer,
A proposé en pseaulmes et cantiques
Rememorer les nouveaux et antiques
Dons du Seigneur, ses grâces et bienfaictz,
Et mesmement ceulx que par toy m' a faictz,
Desquels en moy le souvenir sans cesse
Gravé sera. Ne pense pas, Princesse,
Ne pense pas que jamais je t' oublye.
Il est bien vray que c' est chose establye
De metre à fin le desir qui me poingt:
Mais pour cela je ne te laisse point.
Quant habiter au bout du monde iray,
Du bout du monde encor te serviray.
Ne les haultz montz eslevez à oultrance,
Que l' on a mys entre toy et la France,
Ne terre plaine en largeur estendue,
Ne la grant mer, tant loing soit espandue,
Ne me pourront de toy si esgarer,
Que mon service en puissent separer.

RHYME a a *

Après avoir par mainctz jours visité
Ceste fameuse et antique cité,
Où tant d' honneur en pompe sumptueuse
T' a esté faict, Princesse vertueuse,
J' y ay trouvé que sa fondation
Est chose estrange et d' admiration.
Quant au surplus, ce qui en est surmonte
Ce que loing d' elle au mieulx on en racompte:
Et n' est possible à citadin mieulx faire
Pour à ce corps et à l' oeil satisfaire.
Que pleust à Dieu, ma tresillustre Dame,
Qu' autant soigneux ilz fussent de leur âme.
Certes leurs faictz quasi font assavoir
Qu' une âme au corps ilz ne cuydent avoir:
Ou s' ilz en ont, leur fantasie est telle,
Qu' elle est ainsy comme le corps mortelle.
Dont il s' ensuyt qu' ilz n' eslevent leurs yeulx
Plus hault ne loing que ces terrestres lieux,
Et que jamais espoir ne les convye
Au grand festin de l' eternelle vie.
Advient aussy que de l' amour du proche
Jamais leur cueur partial ne s' aproche:
Et si quelqu' un de l' offenser se garde,
Crainte de peine et force l' en retarde.
Mais où pourra trouver siege ne lieu
L' amour du proche où l' on n' ayme point Dieu?
Et comment peult prendre racine et croistre
L' amour de Dieu, sans premier le congnoistre?
J' ay des enfance entendu affermer
Qu' il est besoing congnoistre avant qu' aymer.
Les signes clers, qui dehors apparoissent
Pour tesmoigner que Dieu point ne congnoissent:
C' est qu' en esprit n' adorent nullement
Luy, qui est seul esprit totallement,
Ains par haulx chantz, par pompes et par mynes,
Qui est (mon Dieu) ce que tu abhomines.
Et sont encor les pouvres citoyens
Pleins de l' erreur de leurs peres payens.
Temples marbrins y font et y adorent
Images peinctz, qu' à grandz despens ilz dorent:
Et à leurs pieds, helas, sont gemissans
Les pouvres nudz, palles et languissans.
Ce sont, ce sont telles ymaiges vives
Qui de ces grans despenses excessives
Estre debv[r]oient aournées et parées,
Et de nos yeulx les autres separées.
Car l' Eternel les vives recommande.
Et de fuir les mortes nous commande.
Ne convient il en reprendre qu' iceulx?
Helas, Madame, ilz ne sont pas tous seulz:
De ceste erreur tant creue et foisonnée
La Chrestienté est toute empoisonnée.
Non toute, non: Le Seigneur regardant
D' oeil de pitié ce monde caphardant,
S' est faict congnoistre à une grand partie,
Qui à luy seul est ores convertie.
O Seigneur Dieu, faictz que le demourant
Ne voyse pas les pierres adorant!
C' est ung abus d' ydollastres sorty,
Entre Chrestiens plusieurs foys amorty,
Et remys sus tousjours par l' avarice
De la paillarde et grande meretrice,
Avec qui ont faict fornication
Les roys de terre, et dont la potion
Du vin public de son calice immonde
A si longtemps enyvré tout le monde.
Au residu, affin que ceste carte
De son propos commancé ne s' escarte,
Savoir te faiz, Princesse, que deçà
Onques rommain empereur ne dressa
Ordre publicq, s' il est bien regardé,
Plus grand, plus rond, plus beau, ne myeulx gardé.
Ce sont, pour vray, grands et saiges mondains,
Meurs en conseil, d' executer soudains:
Et ne voy rien en toutes leurs pollices
De superflu, que pompes et delices.
Tant en sont plains, que d' eulx peu d' oeuvres sortent
Sentans celuy duquel le nom ilz portent.
D' avoir le nom de Chrestien ont prins cure,
Puis sont vivans à la loy d' Epicure,
Faisans yeulx, nez et oreilles jouyr
De ce qu' on peult veoir, sentir et ouyr,
Au gré des sens, et traictent ce corps comme
Si là gisoit le dernier bien de l' homme.
Mesmes parmy tant de plaisirs menus,
Trop plus qu' ailleurs y triumphe Venus.
Venus y est certes plu reverée
Qu' au temps des Grecs, en l' isle Cytherée:
Car mesme reng de reputation,
De liberté et d' estimation,
Y tient la femme esventée et publique,
Comme la chaste, honnorable et pudique.
Et sont enclins (ce disent) à aymer
Venus, d' autant qu' elle est née de mer,
Et que sur mer ilz ont naissance prise,
Disant aussy qu' ilz ont basty Venise
En mer, qui est de Venus l' heritage,
Et que pourtant ilz luy doivent hommage.
Voulà comment ce qui est deffendu
Est par deçà permis et espandu.
Si t' escriroys, Princesse, bien encores
Des Juifz, des Turcs, des Arabes et Mores,
Qu' on voit icy par trouppes chascun jour:
Quel en est l' air, quel en est le sejour:
De leurs palays et maisons autenticques,
De leurs chevaulx de bronze tres anticques,
De l' arcenal, chose digne de poix,
De leurs canaulx, de leurs mulles de boys,
Des murs salez dont leur cité est close,
De leur grant place, et de maincte autre chose.
Mais j' auroys peur de t' ennuyer, et puis
Tu l' as mieulx veu que escripre ne le puis.
Je t' escriroys aussy plus amplement
Du sage duc, et generalement
Des beaulx vieillardz: mais ma Dame et maistresse,
Tu les congnois, si font ilz ta haultesse.
Ilz savent bien que tu es, sans mentir,
Fille d' ung roy qui leur a faict sentir
Le grand pouvoir de son fort bras vainqueur,
Et la noblesse et bonté de son cueur.
Parquoy clorray ma lettre mal aornée,
Te suppliant, Princesse deux foys née,
Te souvenir, tandis qu' icy me tien,
De cestuy là que retiras pour tien
Quand il fuyoit la fureur serpentine
Des ennemys de la belle Christine.

RHYME a a *

De mon coq à l' asne dernier,
Lyon, ce malheureux asnier,
Fol, foliant, imprudent, indiscret,
Et moins sçavant qu' ung docteur en decret,
Ha, ha, dist il, c' est grand oultraige
De parler de tel personnaige
Que moy. En est il ung au monde
Et qui tant de sçavoir habonde?
Et je responds: ouy, ouy vrayment,
Et n' y fust autre que Clement.
Le latin, le grec et hebreu
Luy sont langaiges tenebreux.
Mais en françoys de Heurepoix,
Et beaulx escuz d' or et de poix,
En quelque latin de marmite,
Par nostre dame, je le quicte,
Pour vray il est le plus sçavant:
C' est raison qu' il voyse devant.
Quant de sa proposition
Touchant la fornication,
Il vauldroit mieulx la trouver bonne,
Qu' y besongner comme en Sorbonne.
Mais le maquart ne se contente,
Et dit au gendre de sa tente,
S' il nous peult quelque jour avoir,
Il employra tout son pouvoir
De nous faire brusler tous vifz.
De ma part, je n' en suis d' advis
Et n' y sçauroys prendre plaisir.
Toutesfoys, s' il en a desir,
Quand il sera prest qu' il me mande,
Et si j' y voys, que l' on me pende.
Tu diras, mon amy Lyon,
Pour moy quelque fidelium,
Ou quelque creux de profundis
Pour me tirer en paradis.
Mais si trouvez qu' il soit ainsi,
Qu' au partir de ce monde icy
Nous soyons saulvez ou dampnez,
Ne dictes riens et me donnez
Ce petit mot en epitaphe,
Mais que soubz mon corps on le graphe:
Cy pend ce fol qui s' est rendu
A Paris pour estre pendu.
Quant de celluy qui s' est fasché.
Que me suis à luy ataché,
C' est ung meschant, faulx et flateur,
Insigne dissimulateur,
Et vindicatif à oultrance:
Mais je ne veulx que Lyon pense
Que voulsisse de luy mentir:
Parquoy ne me puys repentir
D' en avoir dit ce qui est vray:
Et si me poingt, je descouvray
De plus grans cas qu' il a commis.
Qu' il ne face plus d' ennemys:
Il en a trop qui vivent bien.
Lors seray son amy, combien
Qu' il ne l' ayt en rien merité,
Le traistre plain de vanité.
Mais Dieu vueille que l' on oublye
Ce que souffrons pour sa follye.
Je suis trop loing pour le luy dire,
Qui me contrainct de le rescripre.
Et si dit plus en dupplicant,
Pareillement et quant et quant,
Que savant est, il est bien pris:
Car encor qu' il en soit repris
De tous, mesme de sa voysine,
Dont le mary faict bonne myne,
Il n' est possible qu' il s' en garde.
Chacun jour, quand il se regarde,
Il est tout certain qu' il se veoyt:
Je suis despit qu' il n' y pourveoit:
Mais il est bon entendre icy
J' en suys en merveilleux soucy.
Est ce de luy que j' ay escript?
Nenny non, c' est de l' antecrist.
Ce n' est pas luy, et si ne sçay,
Il en a faict son coup d' essay.
Nommez moy celluy qui s' en doubte!
Par mon nyda, je n' y veoys goutte!
Est ce point Juda ou Symon?
Non est, si est, c' est il, c' est mon!
Or me croyez, c' est Barrabas:
Prenez le, mectez le à bas!
Quel bruict, quelle pitié, quelle honte!
Voylà ce qu' on nous en racompte.
Venez çà, que respondes vous
A ce qu' il vous dit? Bran pour vous!
Je le congnoys, c' est ung grand prebstre.
Vous faillez, il le vouldroit estre,
Pourveu qu' il en eust acroché
Quelque abbaye ou evesché.
Mais, sans bonnet, sa teste nue
Est pour la mistre bien menue.
N' en parlez plus, parbieu c' est il,
Tout ce qu' il sçayt n' est que babil:
Je n' en pourroys plus tant souffrir,
Voy cy que je luy vueil offrir:
Luy bailler mon art et ma muse,
Pour en user comme j' en use,
En me resignant son office,
Car je sçay qu' elle m' est propice.
Faictes, si povez, qu' il s' y range:
Je suis trescontant de l' eschange.
L' estat est bon pour les affaires
De nous et noz petitz confreres.
Si de mon art ne peult chevir,
Voycy dont il pourra servir:
On m' a promis qu' il a renom
De salpestre et pouldre à canon
Avoir muni tout son cerveau:
Faictes deux tappons de naveau,
Et les luy mectez en la bouche.
Et puis apres que l' on le couche
Tout de son long: et en l' oreille,
Tout doulcement qu' il ne s' esveille
Gectez y pouldre pour l' emorche,
Et gardez bien qu' on ne l' escorche,
Car ung homme bien empesché
Seroit d' ung renard escorché.
Et cela faict qu' on le repute
Pour servir d' une haquebute.
Jamais homme n' en parla mieulx:
Les tappons sortiront des yeulx
Et feront ung merveilleux bruict:
Et si la fouldre les conduict,
Ilz fraperont tous deux d' ung coup.
Cela leur servira beaucoup
Pour deschasser leurs ennemys:
Car s' ilz ne sont fort endormyz,
Tel canon leur donnera craincte.
Pleust à Dieu qu' il feust à la poincte
Du premier choc, ce gros marault,
Qui a crié sur nous harault
Et nous a chassé du pays.
Nous estions assez esbahys,
Lyon, il t' en peult souvenir:
Il n' estoit temps de revenir,
Il failloit chercher seureté
Du paouvre Clement arresté,
Qui surprins estoit à Bordeaulx
Par vingt ou quarante bedeaulx
Des sergens dudict parlement.
Je diz que je n' estoys Clement
Ne Marot, mais ung bon Guillaume
Qui, pour le prouffict du Royaume,
Portoys en grande dilligence
Paquet et lettres de creance.
Je n' avoys encores souppé,
Mais si tost que fuz eschappé
Je m' en allay ung peu plus loing,
Et, parbieu, il en estoit besoing:
Car pour ung tel paouvre souldart
Que Clement, qui n' est point pendart,
N' y fut faict plus grande poursuicte.
J' avoys chacun jour à ma suicte
Gens de pied et gens de cheval:
Et lors je prins le vent d' aval,
Et sur petitz chevaulx legiers
Je me mis hors de tous dangiers,
J' entends pourveu que je me tienne
Là où je suis en bonne estraine.
Si nous feussions demourez là,
Tel y estoit qui n' en parla
Jamais, depuis que j' en partis.
Ilz ont esté si bien rotys
Qu' ilz sont tous convertiz en cendre.
Or jamais ne vous laissez prendre
S' il est possible de fouyr:
Car tousjours on vous peult ouyr
Tout à loysir et sans collere.
Mais en fureur de telle affaire
Il vault mieulx s' excuser d' absence
Qu' estre bruslé en sa presence.
Des nouvelles de par deçà:
L' autre jour quand il trespassa
L' empereur, il ne l' estoit pas,
Et n' avoit pas passé le pas
Pour dire qu' il fust trespassé.
Il est bien vray qu' il est passé
De l' Ytalye en la Prouvence.
Les Françoys crient: vive France!
Les Espaignols: vive l' empire!
Il n' y a pas pour tous à rire.
Le plus hardy n' est sans terreur.
N' est ce pas ung trop grand erreur,
Pour des biens qui ne sont que terre,
D' exciter si horrible guerre?
Les gensdarmes sont furieux,
Chocquans au visaige et aux yeulx.
Il ne fault qu' une telle lorgne
Pour faire ung gentilhomme borgne:
Il ne fault qu' un traict d' arbaleste;
Passant au travers de la teste,
Pour estonner ung bon cerveau.
J' aymeroys autant estre ung veau
Qui va droict à la boucherie,
Qu' aller à telle tuyerie.
C' est assez d' ung petit boullet,
Qui poingt ung souldart au collet,
Pour empescher de jamais boire.
Fy, fy, de mourir pour la gloire,
Ou pour se faire grand seigneur
D' aller mourir au lict d' honneur,
D' un gros canon parmy le corps,
Qui passe tout oultre dehors.
Par ma foy, je ne vouldroys point
Qu' on gallast ainsi mon pourpoint,
Et la livrée du cappitaine.
Hau, compaignon, levez l' enseigne:
Celuy qui la portoit est bas!
Sangbieu, voilà de beaulx esbas!
Voilà comment on se gouverne
Dedans une bonne taverne.
J' oseroys entrer hardyment,
Mais où l' on frappe nullement:
C' est ainsy que Clement devise,
Vivant en paix dedans Venise.

RHYME a a *

Oultre le mal que je sens, treshault Prince,
De plus ne veoir la gallique province
Et d' estre icy par exil oppressé,
Je doubte et crains que, moy aiant laissé
L' air de Ferrare, il ne te soit advis
Que j' ay les sens d' inconstance ravis,
Et qu' en ton cueur n' entre une impression
Que de vaguer je fais profession,
Sans en ung lieu povoir longtemps durer,
Ne la doulceur de mon aise endurer,
Ce qui n' est pas: je n' y ay fait oultrance,
N' aucun forfait, fors que je suis de France.
Mais quant j' y vins, certes je ne pensoys
Que ce fust crime illec d' estre Françoys.
Voilà le mal: voilà la forfaicture
Qui m' a faict prendre ailleurs mon adventure.
Si plus y a, que je soys rebouté
De tout l' espoir que j' ay en ta bonté.
Rien que le vray, Sire, je ne revelle,
Et le regret à tesmoing j' en appelle
Qu' eurent de moy, sans que gloire me donne,
Les serviteurs et la dame tant bonne
Qui maintesfoys à rompre travailla
Le departir que Dieu me conseilla.
Mais quel besoin est il que je proteste
Tant de raisons? De ce trouppeau la reste,
Sans toy, bien tost paistre apres moy viendra,
Car au pasteur pour le moins ne tiendra.
Et lors sauras, si tu ne le sçais point,
Que pas ne suis la mousche qui le poingt.
Je dy cecy craignant que je n' acqueste
Plus fort ton yre et perde ma Requeste,
Qui est non pas de servir ta Grandeur
Comme souloys (ce seroit trop grant heur),
Ains qu' il te plaise ung congé me donner
De pour six mois en France retourner,
A celle fin qu' ordre donner je voise
A ce qui plus de loing que pres me poise.
O que je n' ay le cheval Pegasus,
Plus hault volant que le mont Parnasus,
Ou les dragons avec lesquelz Medée
Est de la tour de Corinthe evadée.
De Dedalus ou Perseus les esles
Vouldroys avoir, il ne m' en chault lesquelles!
Bien tost vers France alors voleteroys,
Et sur les lieux plaisans m' arresteroys,
Pendant en l' air, planant comme ung gerfault:
Si te verroyt peult estre de là hault
Chassant aux boys: contempleroys la France,
Contempleroys Loyre, qui des enfance
Fut mon sejour, et verroys mes amys,
Dont les ungs m' ont en oublyance mys,
Les autres non: puis à l' autre volée
Regarderoys la maison desolée
De mon petit et povre parentage,
Qui sustenté estoit de l' advantage
Que j' eus de toy. Mais pourquoy metz je avant,
Sot que je suis, tous ces souhaictz d' enfant,
Qui viennent moins quand plus on les desire.
Et toy seul est de me donner, O Sire,
Esles au dos, voire cheval volant.
Parle sans plus, et dy en le voulant
Que je retourne au rang acoustumé:
Soudain seray d' esles tout emplumé.
Non qu' à present si grant requeste face,
Peu de respect auroit devant ta face
Ce mien escript, si encor continue
Le tien courroux: mais s' il se diminue
Je ne dis pas que lors toute ma force
De t' en prier humblement ne s' efforce.
O Roy Françoys, tout ce monde charnel,
Que feroit il, si tousjours l' Eternel
Estoit esmeu? Ne voyons nous souvent,
Apres qu' il a par tonnerre et par vent
Espovanté ce miserable monde,
Qu' en fin s' appaise, et rend l' air cler et munde?
Pour ceste cause icy bas chascun homme
A juste droit roy et pere le nomme.
Toy donq, qui es du pays roy et pere,
Feras ainsy, et ainsy je l' espere.
Certes souvent, ayant vaincu en place
Ton ennemy, tu luy as bien fait grâce,
Grâce, pour vray, laquelle il ne t' eust faicte
Si dessus toy fust tumbé la deffaicte.
Tel a couché encontre toy la lance,
Que tu as fait plein d' honneur et chevance.
Moy donq, qui n' ay en nulz assaulx, n' alarmes
Encontre toy jamais porté les armes,
Et n' ay en rien ton ennemy servy,
Auray moins que ceulx là desservy?
Dieu, qui les cueurs jusqu' aux fons congnoist bien,
Sçait quelle ardeur a eu tousjours le mien
A ta haulteur. Il sçait combien de foys
J' ay vers le ciel pour toy levé ma voix,
Et de quel cueur à mes enfans petiz
J' ai enseigné (qu' à peine parloient ilz)
Comment pour toy prier ilz le devoient,
Entrans au lict, et quant ilz se levoient.
A quel propos allegueray mes vers
Qui de ton nom sont plains en lieux divers,
Comme clerons de ta gloire immortelle
Et vrays tesmoings de mon naturel zelle.
Il est bien vray, que pour ton loz chanter,
On ne le peult (tant est grant) augmenter.
Mais Dieu, de qui la gloire est indicible,
Prent bien à gré que l' homme (à son possible)
Loue ses faictz, et ne tient à despris
Que pour subject de quelque oeuvre il est pris.
Certes, ung moys avant que ma fortune
Me feist savoir ma retraicte importune,
Je proposoys en mon entendement
(Mais Dieu en disposé autrement)
De te prier, Sire, sçais tu de quoy?
De me donner ung lieu plaisant et coy,
Où à repos peust ma Muse habiter,
Et là tes faitz et tes vertuz dicter,
Voire, et combien que ta grandeur merite,
Non que Marot, mais Maro la recite.
Ma nef legiere osoit bien presumer
De faire voille en ceste haulte mer.
Or suis je bien au loing de mon propos:
A peine auray plaisant lieu de repoz
En France, helas, quand cil qui la manye
D' en approcher les bornes me denye:
A peine auray en ces terres loingtaines
Veine à chanter tes louenges haultaines,
Estant assez empesché jours et nuictz
A deplorer mes pertes et ennuys.
Voylà comment suis traicté: mais au fort
(Oultre que j' ay en Dieu mon reconfort)
Je me consolle en pensant que ma peine,
Quelque rigueur de quoy elle soit pleine,
Ne vient de rapt, de meurtre ou trahyson,
Ne par infame aucune mesprison,
Et que le cas plus grief que j' ay commis,
C' est qu' en courroux, sans y penser, t' ay mis.
A ce courroux soudain pour moy print cesse
Maincte faveur de prince et de princesse:
Et en ta court chascun (selon l' usaige)
Sagement sceut en suyvre ton visaige.
Quant la maison caduque et ancienne
Commence à tendre à la ruine sienne,
On voit tousjours que tout le fais d' icelle
Se vient jecter du costé qui chancelle.
J' ay fait l' essay de la comparaison,
Et d' ainsy faire ilz ont tous eu raison:
Car qui pourroit m' aymer d' amour ouverte,
Voyant à l' oeil contre moy descouverte
L' ire du Roy? Certainement depuis
A peine aymé moy mesme je me suis.
Non que par là j' entre en desasseurance,
Mais au rebours par là j' ay esperance,
Quand ton cueur hault ung peu s' adoulcira,
Que tout le monde adonques me rira.
J' ay cest espoir, et ung plus grant encores,
Maulgré l' exil où je suis vivant ores.
J' espere veoir ma liberté premiere:
Apres noyr temps vient souvent la lumiere:
Tel arbre fut de fouldre endommagé,
Qu' on voit de fruict encores tout chargé.
Pourtant, si j' ay de ta puissance, Sire,
Esté touché, cela n' est pas à dire
Que celle main qui m' a voulu ferir
Ne vueille bien quelque jour me guerir.
J' ay tant au cueur ceste esperance empraincte,
Qu' on ne pourroit l' en tirer par contraincte.
J' espereray quand tu le deffendrois.
Il est bien vray qu' ailleurs, en tous endrois,
T' obeiray, mais en cestuy seul poinct
En hazart suis de ne t' obeyr point:
Et ne m' en fault (soit bien, soit mal) reprendre.
A ta bonté seullement s' en fault prendre,
Qui tousjours vient me donner bon confort
En me disant: espere, espere fort.
Or, ce pendant que l' esperance plaine
De doulx penser me tiendra en alaine,
Je te supply par iceulx troys enfans
Que puisses veoir conquereurs triumphans,
Par leurs deux seurs, tes filles tresaymées,
En qui Dieu a tant de grâces semées,
Par la seur tienne, et ma maistresse et dame,
Qui en vertus, sans prejudice d' âme,
Pareille n' a: par ta querelle juste
En ceste guerre, et par ce bras robuste
Que l' on a veu en lieu se hazarder
Où l' ennemy n' osa onq regarder,
Te plaise, Roy, à ton humble Clement,
A ton Marot, pour six moys seulement,
La France ouvrir, que ses enfans il voye,
Et qu' à leur cas et au sien il pourvoye.

RHYME a a *

En mon vivant n' apres ma mort avec,
Prince royal, je n' entrouvry le bec
Pour vous prier: or devinez qui est ce
Qui maintenant en prent la hardiesse?
Marot bany, Marot mis à requoy,
C' est luy sans autre. Et sçavez vous pourquoy
Ce qu' il demande a voulu vous escrire?
C' est pour autant qu' il ne l' ose aller dire.
Voylà le poinct: il ne fault point mentir
Que l' air de Frace, il n' ose aller sentir:
Mais s' il avoit sa demande impetrée,
Jambe ne teste il n' a si empestrée,
Qu' il n' y volast. En vous parlant ainsy,
Plusieurs diront que je m' ennuye icy,
Et pensera quelque caffart pellé
Que je demande à estre rappellé.
Non, Monseigneur, ce que demander j' ose
Des quatre pars n' est pas si grande chose.
Ce que je quiers, et que de vous j' espere,
C' est qu' il vous plaise au Roy, vostre cher pere,
Parler pour moy, si bien qu' il soit induict
A me donner le petit saufconduict
De demy an, qui la bride me lasche,
Ou de six moys, si demy an luy fasche.
Non pour aller visiter mes chasteaulx,
Mais bien pour veoir les petis maroteaux,
Et donner ordre à ung faiz qui me poise.
Affin aussy que dire adieu je voyse
A mes amys, à mes compaignons vieulx,
Car vous savez (si fais je encores myeulx)
Que la poursuyte et fureur de l' affaire
Ne me donna jamais temps de ce faire.
Aussy affin qu' encor ung coup j' accolle
La Court du Roy, ma maistresse d' escolle.
Si je voys là, mille bonnetz ostez,
Mille bons jours viendront de tous costez.
Tant de dieugardz, tant qui m' embrasseront,
Tant de salutz qui d' or point ne seront.
Puis (ce dira quelque langue friande),
Et puis Marot, est ce une grande viande
Qu' estre de France eslongné, et bany?
Pardieu, Monsieur (ce diray je), nenny.
Lors des cheres et des grans accollées
Prendray les bons, laisseray les vollées.
Adieu Messieurs, adieu donq mon mignon.
Et cela fait, verrez le compaignon
Bien desloger, car mon terme failly,
Je ne craindray synon d' estre assailly
Et empaulmé: mais si le Roy vouloit
Me retenir ainsy comme il souloit,
Je ne dy pas qu' en gré: je ne le prinse,
Et puis il fault obeir à son prince.
Il le feroit s' il sçavoit bien comment
Depuis ung peu je parle sagement,
Car ces Lombars avec qui je chemine
M' ont fort apris à faire bonne myne,
A ung seul brin de Dieu ne deviser,
A parler froid, et à poltroniser.
Dessus ung mot une heure je m' arreste
S' on parle à moy, je respondz de la teste.
Mais je vous pry mon saufconduict ayons,
Et de cela point ne nous esmayons.
Assez aurons espace d' en parler,
Si une foys vers vous je puis aller.
Conclusion: royalle geniture,
Ce que je quiers n' est riens qu' une escripture
Que chascun jour on baille aux ennemys
On la peult bien octroyer aux amys.
Et ne fault jà qu' on ferme la campaigne
Plustost à moy qu' à quelque Jehan d' Espaigne,
Car quoy que né de Paris je ne soys,
Point je ne laisse à estre bon Françoys.
Et si de moy (comme j' espere) on pense,
J' ay entrepris faire pour recompense.
Ung oevre exquis, si ma Muse s' enflamme,
Qui maulgré temps, maulgré fer, maulgré flamme,
Et maulgré mort, fera vivre sans fin
Le Roy Françoys, et son noble Daulphin.

RHYME a a *

Par devers qui prendront mes vers leur course,
Synon vers toy, d' eloquence la source,
Qui les entens sans les falloir gloser,
Et qui en sçais de meilleurs composer?
A qui diray ma doulleur ordinaire,
Synon à toy, Princesse debonnaire,
Qui m' a nourry, et souvent secouru,
Avant qu' avoir devers toy recouru?
A qui diray le regret qui entame
Mon cueur de fraiz, synon à toy, ma Dame,
Que j' ay trouvée en ma premiere oppresse
(Par dit et fait) plus mere que maistresse?
O noble fleur, si advouez nous sommes
Tirer de Dieu comparaison aux hommes,
Alloit jamais David, roy, à recours,
Fors à celluy qui luy promist secours?
Alloit jamais Israel à refuge,
Quand contre luy couroit nouveau deluge,
Fors à celluy qui aux premiers dangers
L' avoit tiré d' entre les estrangiers?
Je ne dy pas que bras et cueur ensemble
Ne leve à Dieu: mais en effect il semble
Que je ne doy avoir confort de luy.
Synon par toy, quand il me vient ennuy.
Or en ay ung, qui dedans mon cerveau
Est lourdement imprimé de nouveau.
Tu sçais comment, par parolles mutines
Des envieux aux langues serpentines,
Je fus contrainct (bien t' en peult souvenir)
Par devers toy en franchise venir,
Puis tout à coup, helas, t' abandonner
Soubz le conseil qu' il te pleust me donner:
Si me traictas (ains que partir) de sorte
Qu' il n' est besoing que de ma plume sorte
Ce qui en fut, craignant apprecier
Mon loz en lieu de te remercier.
O gentil cueur de Princesse royalle,
O plaine d' heur la famille loyalle
Qui vit soubz toy! Ainsy fut mon depart,
Ayant aux yeulx les larmes d' une part,
D' autre costé, une doubte, une craincte,
Qui en chemin dedans moy fut empraincte
Pour la fureur des envyeulx meschans,
Qui lors estoyent en queste sur les champs.
Lors comme ung cerf eschappé des dentées
Qu' il a des chiens jà experimentées,
Puis les sentant de bien loing aboyer,
Se mect encor à courre et tournoyer
En si grant peur que desjà il pense estre
Saisi aux flans, à dextre et à senestre,
Par quoy ne cesse à transnouer maretz,
Saulter buissons, circuir grans forestz,
Tant qu' en lieu soit où nul chien ne l' offense:
Ainsy passay Languedoc et Prouvence.
En telles peurs, et semblables travaulx
Passa ton serf torrentz, et montz et vaulx:
Puis se saulva en la terre italique,
Dedans le fort d' une dame gallique
Qui le receut: dont la remercias
Bien tost apres. Las, je ne sçay si as
Ores de moy souvenances semblables,
Je croy que si: mais ces espoventables
Doubtes et peurs, non encores tollues,
M' en ont causé tout plain de superflues,
Qui me font craindre où craindre je ne doy.
Donq trop de peur m' excusera vers toy.
L' homme subject à nauffrages terribles
Crainct toutes eaues, fussent elles paisibles:
Souvent aux champs la brebis apperçoit
Ung chien de loing, et cuyde que ce soit
Ung loup cruel: si se prend à courir
Et fuyt celluy qui la peult secourir.
Ainsy actainct de calamitez toutes,
Je ne conçoy en moy que peurs, et doubtes,
Tant qu' advis m' est, que ceulx là qui ont soing
De mon prouffit me faillent au besoing.
Et, qui pis est, crains que ma destinée
Suive son train, tant est acheminée:
Car chiens du Pau, de relais et renfort,
Sont jà venus eslancer de son fort
Ton povre serf, qui en l' estang sallé
Venitien jecter s' en est allé,
Où les mastins ne le laisront longtemps,
Car clabauder d' icy je les entens.
Ainsy osté m' ont la joye feconde
Et le repos que ma Dame seconde
M' avoit donnés: osté m' ont ceste aisance,
Oultre son vueil, et à ma desplaisance:
Et maintenant, tout ce que faire puys
Sont pleurs, et plains, et ne sçay qui je suis,
Fors seullement une plante esbranchée,
Laquelle fut lourdement arrachée
De ton jardin fertile et fructueux
Par turbillons, et ventz impetueux
Qui m' ont poulsé par sus les grans montaignes
Jusqu' à la mer qui est joincte aux campaignes
De l' Itallye, où j' ay plus de douleurs
Que n' a la terre au printemps de couleurs.
En ceste mer n' a point tant d' animaulx
Qu' en moy d' ennuys: mais le grant de mes maulx
Et le dernier, est de sentir en l' âme
Quel douleur c' est perdre deux foys sa dame.
Aucunesfoys je dy: la nuict viendra,
Je dormiray, lors ne m' en souviendra:
Le dormir est contre le soucy une
Grant medecine, à ung chascun commune.
Mais en dormant viennent m' espovanter
Songes divers, et me representer
Aupres du vif de mon malheur l' ymaige,
Et mes espritz veillent à mon dommaige,
Si qu' advis m' est, ou que huissiers ou sergens
De me chercher sont promptz et diligens,
Ou qu' enserré suis en murs et barreaux,
Ou qu' on me livre innocent aux bourreaux.
Quelque foys suis trompé d' un plus beau songe,
Et m' est advis que me voy, sans mensonge,
Autour de toy, Royne tres honorée,
Comme souloye, en ta chambre parée,
Ou que me faiz chanter en divers sons
Pseaulmes divins, car ce sont tes chansons,
Ou qu' avec vous, mes amys singuliers,
Je me consolle en propos familiers.
Ainsy ayant senty à la legere
Ceste lyesse, et joye mensongere,
Pis que devant je me trouve empiré
Du souvenir de mon bien desiré:
Et en ce point, soit que le cler jour luyse,
Soit que la nuict à repos nous induise,
Je vy en peine: et fus ainsy traicté
Des lors qu' amour eust mon cueur arresté
A la Vertu, à la Belle sans si,
Et a duré mon mal jusques icy:
Tousjours les siens en la mortelle vie
Seront subjectz aux ayguillons d' envye.
Ha, noble fleur, ne te souvient il point
Qu' à mon depart, dont le record me poingt,
Tu me promis de bouche, et d' escripture
Te souvenir de moy, ta nourriture.
Or est il temps que de ce je te somme,
Ains que le fais de mes ennuys m' assomme.
De France, helas, suis bany desollé,
Non pour avoir aucun marchant vollé,
Non pour avoir par trop soudaine main
Tainct et rougi l' espée en sang humain,
Non pour avoir sur mer esté corsaire,
Non pour avoir adverty l' adversaire
Contre mon Roy, ne pour faulx tesmoigner,
Ne faulcement or ou argent congner:
Tous ceulx qui sont de Vertu amoureux
Ne tombent pas en cas si malheureux
Puisque suis donq bany pour ma Deesse,
Je te supply, toy qui es ma Princesse,
Me desbanir: ung chascun, pour tout seur,
Trouve tousjours ne sçay quelle doulceur
En son pays, qui ne luy veult permectre
De le povoir en oubliance mectre.
Ulixes sage, au moins estimé tel,
Fit bien jadis refus d' estre immortel
Pour retourner en sa maison petite,
Et du regret de mort se disoit quitte
Si l' air eust pu de son pays humer,
Et veu de loing son vilage fumer.
Est il qu' en France ung plus plaisant sejour?
Et toutesfoys nous voyons chascun jour
Que l' Alemant et le Grec s' en retyre
Pour habitter son pays, qui est pire.
Sauvages ours, et lions furieux
De retourner mesmes sont curieux
En leur caverne. Estes vous esbahys,
Faulx mesdisans, si j' aspire au pays,
Là où j' ay prins nourriture et croissance,
Où j' ay enfans, compaignons, congnoissance,
Là où mes vers, cà et là espandus,
Sont des petis et des grans entendus,
Où je vivoys sans peine, et sans destresse,
Et où tu es, ma dame, et ma maistresse?
Si te prometz, quant voy ma destinée
Si asprement à travaulx inclinée,
Que mon espoir, et toute sa vertu
Est tout à coup de grant craincte abatu:
Puis quant je pense à la bonté humaine
De ce grand Roy dont tu es seur germaine,
Et que c' est luy qui tout fasché devient
Quant de rigueur user il luy convient,
Lors mon espoir abatu se releve,
Et me promect que l' ennuy qui me greve
Tost prendra fin par le moyen de toy.
En fin d' escript, je le te ramentoy,
Te suppliant te prendre à ma fortune
Si de propos tristes je te importune:
Aussy ayant cest escript visité,
Si quelque mot s' y trouve inusité,
Pardonne moy: c' est mon stile qui change,
Par trop oyr parler langage estrange,
Et ne fera que tousjours empirer
S' il ne te plaist d' icy me retirer.

RHYME a a *

Puis que sçais le rebellion,
Je ne t' en mande rien, Lyon:
Et de quoy diable sert redicte?
Or ça, la saincte chattemitte,
Ainsy que l' on dict par deçà,
A faict feu puis ung mois en çà.
Quel bruict en ont faict noz prescheurs,
Ces grands ordinaires pecheurs?
Font ilz tousjours les gens absoulz
Par force d' escuz, ou de soubz,
Dont, non pas Dieu, mais l' argent regne?
Qui vouldroit mettre bride et resne
Au grand cheval d' ambition,
Point n' y auroit sedition.
En danger que ces gros asniers
Soient du lignage des musniers,
Ayant du sac, bled, et farine
Toute couverte leur narine.
Ostant la febve du gasteau,
Si en leur vin mectoient de l' eau,
Ceulx de Sorbonne enluminez
Si rouge n' auroient pas leurs nez.
Et puis, la belle Doctorie!
Il n' est pas prins, Andry Dorie:
Barberousse a peur qu' il ne vole.
L' Aigle ne craint la Mirandolle.
Maint ennemy se rend nostre hoste,
Combien que Gennes dans sa coste
Costoye ung perilleux fatras.
Ce fut par pierres et plastras
Qu' en espoir d' avoir recompense
Dammartin eut crevé sa pense.
Et quand les gens on veoit hoster,
On recule pour mieulx saulter.
Nanso est routier, et trop fin.
Dieu pardoint au françois Daulphin.
On dict qu' il fut empoisonné.
Et qu' il avoit assaisonné
[Le brevaige]? On dict qu' un Messere
A chanter messe est necessaire.
Je ne sçay pas comme il entend:
Qui ne luy en donne, il en prend.
Que du grief feu de sainct Anthoine
Soit ars le Cardinal Lemoyne,
Ennemy des Basochiens.
Les pouvres vouldroient estre chiens,
J' entens à l' heure que l' on repaist:
Ribon ribaine, s' il nous plaist:
Il fauldra de brief rendre compte.
C' est tout ung si on se mesconte:
Mais qu' au point on [sache] descendre.
Qu' on est penault le jour des cendres,
Quand il souvient du mardi gras!
Moindre est le dur travail des bras
Que de chanter par les couvents.
O de chemise les doulx vents,
Desquelz la laine est si tres forte
Qu' à damnation elle emporte
Maintz [moulles] de chappes et mytres.
Le fourmage couvert de mytes
Et d' ordure est tousjours meilleur.
Encores n' est sceu le malheur
Qui doibt venir de ceste guerre.
Montegent tient il tousjours serre?
J' ay grant peur qu' il ne soit moisy
Avec son compagnon Boisy
Sans le cheval de Pacquolet.
Ont ils tousjours le bas colet,
Monstrant leur tetasses ridées,
Nos vieilles mules desbridées,
Qui sont par chevaucher souvent
Fendues du cul jusqu' au devant?
S' il est vray, [et] que là s' avance
Le vieil vidaze de Provence,
Vrayment ell' sont bien eschancrées,
Noz poupinettes tant sucrées:
Et le mary autour furonne
J' ay entendu que dans Peronne
Florenges a faict feu et raige,
Tellement que d' un grand couraige
Sont devenuz les Percherons,
Expers fourreurs de mancherons.
Les Alemans font la devise.
Selon le poix bransle Venise.
L' Anglois entend bien la raison.
Les gouttes viennent en saison
Quand la verolle a faict son cours,
Sy de la Lune le discours
Tenoit du Soleil le party,
Nostre astrologue auroit menty:
Car il n' est pas pressé dans Nyce.
Il tranche du bigot et nyce
Ce punais lecteur bustarin.
Le grand Turc, et chef tartarin
N' est pas homme de grand colere.
Les mers sont par la grand galere
De leurs cours discontinuez.
Mais il est cheut tant de nuez
Que demandoient les alouettes.
Il ne fut onc tant de chouettes,
Et nuict et jour peuvent voler.
La roue defend de voller
Qui n' aura au costé des aisles.
Et puis comment, les Damoyselles
Fardent leur bas comme leur trongne?
Au diamant n' a point de rongne,
Car c' est une pierre trop vive.
[Vive qui peult, qui vive vive!]
N' est ce pas tousjours leurs deviz?
Les Suisses sont de cest avis,
Et du vendredi ilz ont peur.
Minos pourroit estre trompeur,
Comme Eacus, et Radamas.
En France, je ne voys d' amas.
Ne delaisse point le noyeau!
Qui est plus cher, ou le hoyeau,
Les pelles, hottes, ou les pictz?
Gardez [vous des tirans aspicz]
Qui pour l' hyver sont jà fourrez.
Prelatz seront bien rembourrez
Si Germanie a ung Concile.
On dict qu' il est creu en Cecile,
L' esprit droict comme une lignole.
L' admiral debvoit prendre Dole,
Qui est en la Franche Comté:
Et Chambery est revolté.
De nuict, au soir, se faict la brigue
Avec une petite ligue.
La balene sera tost prinse.
Aussi, de peur d' estre reprinse,
L' acouchée de Quatre Livre
S' en est fuye aux champs à delivre.
Car quand le Roy est en courroux
Il n' espargne blanc, noir ne roux.
On ente en carré le rouveau.
Encor le financier nouveau
Tiendra la longue non large S.
Aussi celuy qui croit largesse
Estre en aucuns, est bien jenain,
Sinon au sexe feminin.
Par faulx tolle Jesus est mort
Vendredi, dont Pilate mord
Ses levres: mais il n' est pas temps.
Sainct Jehan, ainsy comme j' entens,
Les Gentils ont tant prochassé
Que celluy qui estoit chassé
Et de ses Estats suspendu,
A esté pour son sus pendu.
Il y en eut bien d' endossez.
Il n' est oeuvre que de fossez
Dont remparée est Babylonne.
[Le beau livret de] Maguelonne
[On le lit plus que] l' Evangile.
Le Grec, ainsy que dict Virgile,
Nomme Avernon le trou d' enfer.
Et on en voit plusieurs danser
Sans son, tabour, fleute et chanson.
C' est ung travaillant eschanson.
Le Roy luy en est fort tenu
Que d' avarice est fort chenu.
Et qui n' aura les couillons chaux
Des cantharides artichaulx?
Et la mignonnette d' entrée!
Ilz sont de chaude rencontrée,
Bigotz, cagotz, godz et magodz,
Fagotz, escargotz et margotz.
Par Dieu, ce n' est que tout haras,
Joinct Hesdin, et apres Arras.
On aura à vil pris la serge,
J' entens que la baguage on charge
Pour en Henault venir charger.
En eau basse on ne peult nager:
C' est pourquoy fault trouver deniers.
Il ne sera pas des derniers.
Le marquis nouveau delivray.
Sire, tandis que je vivray,
M' employray en vostre service:
Car si le fruict du benefice
Tomboit en la main des marchans,
Et gens de bien, et les meschantz
Ont tout gaigné à la guerite.
Dieu gard la franche Marguerite,
Fleur du blanc lis inseparable.
C' est ung grand mal irreparable
Mectre tant d' âmes en danger.
On s' ennuye d' un pain manger.
A Venise je faictz prouesse.
Il ne vault rien, qui n' a richesse.
Qui est meschant est bien venu.
Qui scet mentir est retenu.
Il n' est de bruict que Triboulet.
Et de nourrice sans du laict.
Qui sçait flater est en credit.
Erasme est mort, et on m' a dict
Qu' on joue tousjours des gigoteaux.
A Dieu jusques aux blancs manteaux.

RHYME a a *

Puis que du Roy la bonté merveilleuse
En France veult ne m' estre perilleuse:
Puis que je suis de retourner mandé,
Puis qu' il luy plaist, puis qu' il a commandé,
Et que ce bien procede de sa grâce,
Ne t' esbahys si j' ay suivy la trace,
Noble seigneur, pour en France tyrer,
Où longtemps a je ne fais qu' aspirer.
Le marinier qui prent terre, et s' arreste
Pour la fureur de l' orage, et tempeste,
Desancre alors que les cieulx sont amys.
Le chevaucheur, qui à couvert s' est mis,
Laissant passer ou la gresle, ou la pluye,
Des que de loing voit qu' Aquilon essuye
Le ciel moillé, il entre en grant plaisir,
Desloge, et tire au lieu de son desir.
Certes ainsy, Monseigneur redoubté,
Si tost que j' euz mon retour escouté,
Et que je vy la grant nue essuyer
Qui en venant me povoit ennuyer,
Mon premier poinct ce fut de louer Dieu,
Et le second de desloger du lieu,
Là où j' estoys, pour au pays venir
Dont je n' ay sceu perdre le souvenir.
Nature a pris sur nous ceste puissance
De nous tirer au lieu de la naissance.
Mesmes long temps les bestes ne sejournent
Hors de leurs creux, sans qu' elles y retournent.
Brief, du desir qu' à la patrie avoye,
Je n' ay trouvé rien de dur en la voye,
Ains m' ont semblé ces grans roches haultaines
Preaux herbuz, et les torrentz fontaines:
Bise, verglas, neiges et la froidure
Ne m' ont semblé que printemps, et verdure.
Si qu' à Dieu rends grâces ung milion,
Dont j' ay attainct le gracieux Lion,
Où j' esperoys à l' arrivée transmectre
Au Roy Françoys humble salut en mettre:
Conclud estoit. Mais puisqu' il en est hors,
A qui le puis je et doy adresser, fors
A Toy, qui tiens, par prudence loyalle,
Icy le lieu de haulteur royalle?
S' il est ainsy que la puissance qu' as,
Toute s' estande en grans et petis cas,
La raison veult donques que maintenant
De ce salut, tu sois son lieutenant.
Et puis, je suis à cela confermé,
Pource qu' amy tu es, et bien aymé
De l' assemblée aux Muses tressacrées,
Et qu' à Phebus en escrivant agrées.
Humblement donq, sur ce je te salue
Hoir de Turnus, plain de haulte value.
Dieu gard aussy d' infecte adversité
L' air amoureux de la noble cité:
Dieu soubz, son Roy la maintienne eternelle,
Dieu gard tous ceulx qui habitent en elle.
Dieu gard la Saulne au port bien fructueux,
Et son mary, le Rosne impetueux,
Qui puis ung peu se demonstre si fier,
Que l' ennemy ne s' y osa fier:
Et dont naguere, en dilligence prompte,
S' est retiré Cesar, avecques honte.
Si vous supplie, ô Fleuves Immortelz,
Et toy, Prelat, dont il est peu de telz,
Et toy, cité fameuse, et de hault pris,
De ne vouloir contemner par mespris,
Ains recevoir tout amyablement
L' humble Dieu gard de vostre humble Clement.

TITLE

RHYME a b a b
RHYME-POEM a b a b

Adieu Lyon, qui ne mors point,
Lyon plus doulx que cent pucelles,
Synon quant l' ennemy te poingt:
Alors ta fureur point ne celles.

RHYME a b a b
RHYME-POEM b c b c

Adieu aussy à toutes celles
Qui embellisent ton sejour.
Adieu, faces cleres et belles,
Adieu vous dy, comme le jour.

RHYME a b a b
RHYME-POEM c d c d

Adieu, cité de grant valeur
Et citoyens que j' ayme bien.
Dieu vous doint la fortune et l' heur
Meilleur que n' a esté le myen.

RHYME a b a b
RHYME-POEM d e d e

J' ay de vous receu tant de bien,
Tant d' honneur, et tant de bonté,
Que voulentiers diroys combien,
Mais il ne peult estre compté.

RHYME a b a b
RHYME-POEM e f e f

Adieu, les vieillardz bien heureux,
Plus ne faisans l' amour aux dames:
Toutesfoys tousjours amoureux
De vertu qui repaist voz âmes:

RHYME a b a b
RHYME-POEM f g f g

Pour fuir reproches, et blasmes,
De composer ay entrepris
Des Epitaphes sur voz lames,
Si je ne suis le premier pris.

RHYME a b a b
RHYME-POEM g h g h

Adieu, enfans plains de savoir,
Dont mort l' homme ne desherite:
Si bien souvent me vinstes veoir,
Cela ne vient de mon merite.

RHYME a b a b
RHYME-POEM h i h i

Grant mercy, ma Muse petite,
C' est par vous, et n' en suis marry.
Pour belle femme l' on visite
A tous les coups ung laid mary.

RHYME a b a b
RHYME-POEM i j i j

Adieu la Saulne, et son mignon,
Le Rhosne, qui court de vistesse,
Tu t' en vas droict en Avignon:
Vers Paris je prens mon adresse.

RHYME a b a b
RHYME-POEM j k j k

Je diroys: Adieu, ma maistresse,
Mais le cas viendroit mieulx à point
Si je disoys: Adieu jeunesse,
Car la barbe grise me poingt.

RHYME a b a b
RHYME-POEM k l k l

Va Lyon, que Dieu te gouverne:
Assez longtemps s' est esbatu
Le petit chien en ta caverne,
Que devant toy on a batu.

RHYME a b a b
RHYME-POEM l m l m

Finablement, pour sa vertu,
Adieu des foys ung milion
A Turnus, de rouge vestu,
Gouverneur de ce grand Lyon.

TITLE Les Estreines de Marot

RHYME a a b b a

Au ciel ma Dame je crye,
Et Dieu prie,
Vous faire veoir au printemps
Frere, et mary si contents
Que tout rye.

RHYME a a b b a

A ma Dame la Daulphine
Rien n' assigne:
Elle a ce, qu' il faut avoir,
Mais je la vouldroys bien veoir
En gesine. 

RHYME a a b b a

A la noble Marguerite,
Fleur d' eslite,
Je luy donne aussi grand heur
Que sa grâce, et sa grandeur
Le merite.

RHYME a a b b a

La Mignonne des deux Roys,
Je vouldroys
Qu' eussiez ung beau petit Frere,
Et deux ans de vostre Mere,
Voyre troys.

RHYME a a b b a

La Duchesse de Nevers
Aux yeulx verts,
Pour l' esprit, qui est en elle,
Aura louange eternelle
Par mes vers.

RHYME a a b b a

Vostre beaulté mainte foys
Où je voys,
Haultement j' oy couronner:
Que vous puis je lors donner
Que ma voix?

RHYME a a b b a

Sans prejudice à personne,
Je vous donne
La pomme d' or de beaulté,
Et de ferme loyaulté
La couronne.

RHYME a a b b a

Vous reprendrez, je l' affie
Sur la vie,
Le tainct, que vous a osté
La Déesse de beaulté
Par envie.

RHYME a a b b a

Veu ceste belle jeunesse,
Et noblesse,
Dont vos Espritz sont vestuz,
Deux foys serez de Vertuz
La Contesse.

RHYME a a b b a

La doulce beaulté bien née
Estrenée
Puissions veoir avant l' esté
Mieulx, qu' elle ne l' a esté
L' aultre année.

RHYME a a b b a

Que voulez vous, Diane bonne,
Que vous donne?
Vous n' eustes, comme j' entens,
Jamais tant d' heur au printemps
Qu' en automne.

RHYME a a b b a

Noz yeulx de veoir ne sont las
Soubz Athlas
Plusieurs Déesses en grâce:
Dont Canaples tient la place
De Pallas.

RHYME a a b b a

A la beaulté de l' Estrange,
Face d' Ange,
Je donne longue vigueur:
Pourveu que son gentil cueur
Ne se change.

RHYME a a b b a

Miolans l' aisnée est bien,
Et de rien
Ne doibt estre mal contente,
Pourveu que la longue attente
Vienne à bien.

RHYME a a b b a

A Miolans la puisnée,
Ceste année
Luy doint sur l' esté luysant
Ce, qui seroit bien duysant
A l' aisnée.

RHYME a a b b a

Sa fleur durer ne pourra,
Et mourra:
Mais ceste grâce, laquelle
La faict tousjours trouver belle,
Demourra.

RHYME a a b b a

Garde toy de descocher,
Jeune Archer,
Pour à son cueur faire bresche:
Car elle feroit la flesche
Reboucher.

RHYME a a b b a

Damoyselle de Torcy,
Cest An cy
Telle estreine vous desire,
Qu' ung bon coup vous puissiez dire
Grand mercy.

RHYME a a b b a

Cent nobles, et bons partiz
Douartis,
Vostre amour pourchasseront,
Quand de vostre amour seront
Advertiz.

RHYME a a b b a

C' est bon pays, que Bretaigne
Sans montaigne:
Mais je croy, qu' elle vouldroit
Tenir le chemin tout droict
D' Allemaigne.

RHYME a a b b a

S' on veult changer vostre nom
De renom
A ung meilleur, ou pareil,
Ne vueillez de mon conseil
Dire non.

RHYME a a b b a

Soubz vos attours bien fournys,
D' or garnys,
A Venus vous ressemblez:
Soubz le bonnet me semblez
Adonis.

RHYME a a b b a

Belle, quand la foy juras
A Duras,
Tu fuz tresbien estreinée:
Bien doulx avant ton aisnée
L' enduras.

RHYME a a b b a

Montreul monstre clerement,
Seurement,
Qu' en beau corps grâce rassise
C' est la pierre en l' or assise
Proprement.

RHYME a a b b a

Damoyselle de Ryeulx,
En maintz lieux
L' embonpoinct se pert, et gaste:
Je suis d' advis, qu' on se haste
Pour le mieulx.

RHYME a a b b a

Nature, ouvriere sacrée
Qui tout crée,
En vostre brun a bousté
Je ne sçay quoy de beaulté
Qui aggrée.

RHYME a a b b a

Dixhuyct ans je vous donne,
Belle, et bonne:
Mais à vostre sens rassis
Trente cinq, ou trente six,
J' en ordonne.

RHYME a a b b a

J' estreine de nom de belle
La Chapelle:
Voyre quelcque brun qu' elle ayt,
S' on dit, qu' elle ayt rien de layd,
J' en appelle.

RHYME a a b b a

En sa doulceur feminine
Tant benigne
Rigueur pourroit estre enclose:
Car tousjours avec la rose
Croist l' espine.

RHYME a a b b a

Si quelcun pour son estreine
Vous emmeine,
Je vous donne, ou à peu pres,
Au bout de neuf moys apres
Pance pleine.

RHYME a a b b a

Je puisse devenir Singe,
Si Lursinge
N' a la sorte, et n' en mens poinct,
D' estre blanche, et en bon poinct,
Soubz le linge.

RHYME a a b b a

Cest An vous fasse maistresse
Sans destresse
D' amy aussi gracieux
Que fut Tarquin furieux
A Lucresse.

RHYME a a b b a

Voz grâces en faict, et dict
Ont credit
De plaire Dieu sçayt combien:
Ceulx, qui s' y congnoissent bien
Le m' ont dit.

RHYME a a b b a

Bien doibt la Baulme advouer
Et louer
L' an, lequel luy appareille
Sur le vert bille pareille.
Pour jouer

RHYME a a b b a

De response bien certaine
Et soubdaine
Vous donne le doctrinal,
Pour respondre au Cardinal
De Lorraine.

RHYME a a b b a

Je donne à Brueil aux doulx yeulx
Gracieux,
Par sa grâce bien sçavoir
Celle des hommes avoir,
Et des Dieux.

RHYME a a b b a

Si vous n' estes en poinct
Bien appoinct,
Quelcque jour engresserez:
Et alors vous le serez,
Serez point?

RHYME a a b b a

Aubeterre amour ressemble,
Ce me semble.
Petite veue ont touts deux:
Et toutesfoys chascun d' eulx
Les cueurs emble.

RHYME a a b b a

Pour estreines de la Tour,
Qui d' atour
Nuptial la coifferoit,
Je pense, qu' on luy feroit
Ung bon tour.

RHYME a a b b a

Si Dieu, qui vous composa,
N' y posa
Beaulté en tout compassée,
En Esprit recompensée
Bien vous a.

RHYME a a b b a

Je vous donne en conscience
La science
De porter le faix, et somme
D' une vertu, qui se nomme
Patience.

RHYME a a b b a

Pour vostre estreine, qui vaille,
Je vous baille
Tant d' esbats, et passetemps,
Que de celluy, que j' entends,
Ne vous chaille.

RHYME a a b b a

Vostre mary a fortune
Opportune:
Si de jour ne veult marcher,
Il aura beau chevaulcher
Sur la brune.

TITLE Les Opuscules

RHYME a a *

Comme douleurs de nouvel amassées
Font souvenir des lyesses passées:
Ainsi plaisir de nouvel amassé
Faict souvenir du mal, qui est passé.
Je dy cecy, mes treschers Freres, pource
Que l' amytié, la chere non rebourse,
Les passetemps, et consolations,
Que je reçoy par visitations
En la prison claire; et nette de Chartres,
Me font recors des tenebreuses chartres,
Du grand chagrin, et recueil ord, et laid,
Que je trouvay dedans le Chastellet.

RHYME a a *

Si ne croy pas, qu' il y ait chose au monde,
Qui mieulx ressemble ung Enfer tresimmunde:
Je dy Enfer, et Enfer puis bien dire:
Si l' allez veoir, encor' le voyrrez pire.
Aller helas! ne vous y vueillez mettre:
J' ayme trop mieulx le vous descrire en metre,
Que pour le veoir auclun de vous soit mys
En telle peine. Escoutez doncq' Amys.

RHYME a a *

Bien avez leu, sans qu' il s' en faille ung A,
Comme je fus par l' instinct de Luna
Mené au lieu plus mal sentant, que soulphre,
Par cinq, ou six ministres de ce gouffre:
Dont le plus gros jusques là me transporte.
Si rencontray Cerberus à la porte:
Lequel dressa ses troys testes en hault,
A tout le moins une, qui troys en vault.

RHYME a a *

Lors de travers me voit ce Chien poulsif,
Puis m' a ouvert ung huys gros, et massif:
Duquel l' entrée est si estroicte, et basse,
Que pour entrer faillut que me courbasse.
Mais ains, que feusse entré au gouffre noir,
Je veoy à part ung aultre vieil manoir
Tout plein de gens, de bruyt, et de tumulte:
Parquoy avec ma Guyde je consulte,
En luy disant: Dy moy, s' il t' en souvient,
D' où, et de qui, et pourquoy ce bruyt vient.

RHYME a a *

Si me respond: Sans croyre le rebours,
Saiche, qu' icy sont d' Enfer les fauxbourgs,
Où bien souvent s' eslieve ceste feste:
Laquelle sort plus rude, que tempeste,
De l' estomach de ces gens, que tu voys:
Qui sans cesser se rompent teste, et voix
Pour appoincter faulx, et chetifs Humains,
Qui ont debatz, et debatz ont heu maints.

RHYME a a *

Hault devant eulx le grand Minos se sied,
Qui sur leurs dicts ses sentences assied.
C' est luy, qui juge, ou condamne, ou deffend,
Ou taire faict, quand la teste luy fend.

RHYME a a *

Là les plus grands les plus petitz destruisent:
Là les petitz peu, ou poinct, aux grands nuisent:
Là trouve l' on façon de prolonger
Ce, qui se doibt, et se peult abreger:
Là sans argent paouvreté n' a raison:
Là se destruict maincte bonne maison:
Là biens sans cause en causes se despendent:
Là les causeurs les causes s' entrevendent:
Là en public on manifeste, et dict
La maulvaistié de ce monde mauldict,
Qui ne sçauroit soubs bonne conscience
Vivre deux jours en paix, et patience:
Dont j' ay grand' joye avecques ces mordants.
Et tant plus sont les hommes discordants,
Plus à discord esmouvons leurs courages
Pour le proffict, qui vient de leurs dommages:
Car s' on vivoit en paix, comme est mestier,
Rien ne vauldroit de ce lieu le mestier:
Pource qu' il est de soy si anormal,
Qu' il fault expres, qu' il commence par mal,
Et que quelcun à quelcque aultre mefface,
Avant que nul jamais proffict en face.

RHYME a a *

Brief en ce lieu ne gaignerions deux pommes,
Si ce n' estoit la maulvaistié des hommes.
Mais par Pluton le Dieu, que doibs nommer,
Mourir de faim ne sçaurions, ne chommer:
Car tant de gens, qui en ce parc s' assaillent,
Asses, et trop de besongne nous taillent:
Asses pour nous, quand les biens nous en viennent:
Et trop pour eulx, quand pauvres en deviennent.
Ce nonobstant, ô nouveau prisonnier,
Il est besoing de pres les manier:
Il est besoing (croy moy) et par leur faulte
Que dessus eulx on tienne la main haulte:
Ou aultrement les bons bonté fuyroient,
Et les maulvais en empirant iroient.

RHYME a a *

Encor (pour vray) mettre on n' y peult tel' ordre,
Que tousjours l' ung l' aultre ne vueille mordre:
Dont raison veult, qu' ainsi on les embarre,
Et qu' entre deux soit mys distance, et barre;
Comme aux Chevaulx, en l' estable hargneux.
Minos le Juge est de cela soigneux,
Qui devant luy, pour entendre le cas,
Faict deschiffrer telz noysifz altercas
Par ces crieurs: dont l' ung soubstient tout droict
Droict contre tort: l' aultre tort contre droict:
Et bien souvent par cautelle: subtille
Tort bien mené rend bon droict inutille.

RHYME a a *

Prends y esgard, et entends leurs propos:
Tu ne veis oncq' si differents suppostz.
Approche toy pour de plus pres le veoir,
Regarde bien: je te fais assçavoir,
Que ce mordant, que l' on oyt si fort bruyre,
De corps, et biens veult son prochain destruire.
Ce grand criart, qui tant la gueulle tort,
Pour le grand gaing tient du riche le tort.

RHYME a a *

Ce bon vieillart (sans prendre or, ou argent)
Maintient le droict de mainte paovre gent.
Celluy, qui parle illec sans s' esclatter,
Le Juge assis veult corrompre, et flatter.
Et cestuy là, qui sa teste descoeuvre,
En playderie a faict ung grand chef d' oeuvre:
Car il a tout destruict son parentage,
Dont il est craint, et prisé davantage:
Et bien heureux celluy se peult tenir,
Duquel y veult la cause soubstenir.

RHYME a a *

Amys, voylà quelcque peu des menées,
Qui aux faulxbourgs d' Enfer sont demenées
Par noz grands Loups ravissants, et famys,
Qui ayment plus cent soulz, que leurs amys:
Et dont pour vray le moindre, et le plus neuf
Trouveroit bien à tondre sur un oeuf.

RHYME a a *

Mais puis que tant de curiosité
Te meut à veoir la sumptuosité
De noz manoirs: ce, que tu ne veis oncques,
Te feray veoir. Or saches, Amy, doncques,
Qu' en cestuy parc, où ton regard espends,
Une maniere il y a de Serpents,
Qui de petits viennent grands, et felons,
Non point vollants: mais traynants, et bien longs:
Et ne sont pas pourtant Couleuvres froydes,
Ne verds Lezards, ne Dragons forts, et roydes:
Et ne sont pas Cocodrilles infaicts,
Ne Scorpions tortuz, et contrefaicts:
Ce ne sont pas Vipereaulx furieux,
Ne Basilicz tuants les gens des yeulx:
Ce ne sont pas mortiferes Aspics,
Mais ce sont bien Serpents, qui vallent pis.
Ce sont Serpents enflés, envenimés,
Mordants, mauldicts, ardants, et animés,
Jectants ung feu, qu' à peine on peult estaindre,
Et en piquant dangereux à l' attaindre.

RHYME a a *

Car qui en est picqué, ou offensé,
En fin demeure chetif, ou insensé:
C' est la nature, au Serpent plein d' exces,
Qui par son nom est appelé Proces.

RHYME a a *

Tel est son nom, qui est de mort une umbre:
Regarde ung peu, en voylà ung grand nombre
De gros, de grands, de moyens, et de gresles,
Plus mal faisants, que tempestes, ne gresles.
Celuy, qui jecte ainsi feu à planté,
Veult enflammer quelcque grand' parenté:
Celluy, qui tire ainsi hors sa languete,
Destruira brief quelcun, s' il ne s' en guete:
Celluy, qui siffle, et a les dents si drues,
Mordra quelqu' ung, qui en courra les rues:
Et ce froid là, qui lentement se traine,
Par son venin a bien sceu mettre hayne
Entre la mere, et les maulvais enfants:
Car Serpents froids sont les plus eschauffantz.
Et de tous ceulx, qui en ce parc habitent,
Les nouveaulx nays, qui s' enflent, et despitent,
Sont plus subjects à engendrer icy,
Que les plus vieulx. Voyre et qu' il soyt ainsi,
Ce vieil Serpent sera tantost crevé,
Combien qu' il ait mainct lignage grevé.
Et cestuy là plus antique, qu' ung Roc,
Pour reposer s' est pendu à ung croc.

RHYME a a *

Mais ce petit plus mordant, qu' une Loupve,
Dix grands Serpents dessoubs sa pance couve:
Dessoubs sa pance il en couve dix grands,
Qui quelcque jour seront plus denigrants
Honneurs, et biens, que cil, qui les couva:
Et pour ung seul, qui meurt, ou qui s' en va,
En viennent sept. Dont ne fault t' estonner:
Car pour du cas la preuve te donner,
Tu doibs sçavoir, qu' yssues sont ces bestes
Du grand Serpent Hydra, qui heut sept testes:
Contre lequel Hercules combattoit,
Et quand de luy une teste abbatoit,
Pour une morte en revenoit sept vives.
Ainsi est il de ces bestes noysifves:
Ceste nature ilz tiennent de la race
Du grand Hydra, qui au profond de Thrace,
Où il n' y a, que guerres, et contens,
Les engendra des l' eage, et des le temps
Du faulx Cayn. Et si tu quiers raison,
Pourquoy Proces sont si fort en saison:
Scaiche, que c' est faulte de charité
Entre Chrestiens. Et à la verité,
Comment l' auront dedans leur cueur fichée,
Quand par tout est si froydement preschée?

RHYME a a *

A escouter vos Prescheurs, bien souvent,
Charité n' est, que donner au Convent.
Pas ne diront, combien Proces differe
Au vray chrestien, qui de touts se dict frere.
Pas ne diront, qu' impossible leur semble
D' estre Chrestien, et playdeur tout ensemble.
Ainçoys seront eulx mesmes à playder
Les plus ardentz. Et à bien regarder,
Vous ne vallez de guere mieulx au Monde,
Qu' en nostre Enfer, où toute horreur abonde.

RHYME a a *

Doncques, Amy, ne t' esbahys, comment
Sergents, Proces, vivent si longuement:
Car bien nourriz sont du laict de la Lysse,
Qui nommée est du Monde la malice:
Tousjours les a la Loupve entretenuz,
Et pres du cueur de son ventre tenuz.
Mais si ne veulx je à ses faicts contredire:
Car c' est ma vie. Or plus ne t' en veulx dire:
Passe cest huys barré de puissant fer.
A tant se teut le Ministre d' Enfer,
De qui les mots vouluntiers escoutoye:
Poinct ne me laisse, ains me tient, et costoye,
Tant qu' il m' eust mys (pour mieulx estre à couvert)
Dedans le lieu par Cerberus ouvert,
Où plusieurs cas me furent ramentus:
Car lors allay devant Rhadamantus
Par ung degré fort vieil, obscur, et salle.
Pour abreger: je trouve en une salle
Rhadamantus (Juge assis à son aise)
Plus enflammé, qu' une ardente fournaise,
Les yeulx ouverts, les oreilles biens grandes,
Fier en parler, cauteleux en demandes,
Rebarbatif, quand son cueur il descharge:
Brief, digne d' estre aux Enfers en sa charge.

RHYME a a *

Là devant luy vient maincte Ame dampnée:
Et quand il dict, telle me soyt menée,
A ce seul mot ung gros marteau carré
Frappe tel coup contre ung portal barré,
Qu' il fait crousler les tours du lieu infame.
Lors à ce bruict, là bas n' y a paouvre Ame,
Qui ne fremisse, et de frayeur ne tremble,
Ainsi qu' au vent fueille de Chesne, ou Tremble:
Car la plus seure a bien craincte, et grand' peur
De se trouver devant tel attrapeur.
Mais ung Ministre appelle, et nomme celle,
Que veult le Juge. Adoncques s' avance elle,
Et s' y en va tremblant, morne, et pallie.
Des qu' il la voyt, il mitigue, et pallie
Son parler aigre: et en faincte doulceur
Luy dict ainsi. Vien çà, fais moy tout seur,
Je te supply, d' ung tel crime, et forfaict.
Je croyrois bien, que tu ne l' as poinct faict,
Car ton maintien n' est, que des plus gaillards:
Mais je veulx bien congnoistre ces paillards,
Qui avec toy feirent si chaulde esmorche.
Dy hardyment: as tu peur, qu' on t' escorche?
Quand tu diras, qui a faict le peché,
Plus tost seras de noz mains despeché.

RHYME a a *

Dequoy te sert la bouche tant fermée,
Fors de tenir ta personne enfermée?
Si tu dys vray, je te jure, et promects
Par le hault Ciel, où je n' iray jamais,
Que des Enfers sortiras les brisées,
Pour t' en aller aux beaulx champs Elysées,
Où liberté faict vivre les esprits,
Qui de compter verité ont appris.

RHYME a a *

Vault il pas mieulx, doncques, que tu la comptes,
Que d' endurer mille peines, et hontes?
Certes si faict. Aussi je ne croy mye,
Que soys menteur: car ta phizionomie
Ne le dict poinct: et de maulvais affaire
Seroit celluy, qui te vouldroit meffaire.
Dy moy, n' ais peur. Touts ces mots allechantz
Font souvenir de l' Oyselleur des champs,
Qui doulcement faict chanter son sublet,
Pour prendre au bric l' oyseau nyce, et foyblet,
Lequel languist, ou meurt à la pippée:
Ainsi en est la paouvre Ame grippée.

RHYME a a *

Si tel' doulceur luy faict rien confesser,
Rhadamantus la faict pendre, ou fesser:
Mais si la langue elle refraind, et mord,
Souventesfoys eschappe peine, et mort.
Ce nonobstant, si tost qu' il vient à veoir,
Que par doulceur il ne la peult avoir,
Aulcunesfoys encontre elle il s' irrite,
Et de ce pas selon le demerite,
Qu' il sent en elle, il vous la faict plonger
Au fonds d' Enfer: où luy faict alonger
Veines, et nerfs: et par tourments s' efforce
A esprouver, s' elle dira par force
Ce, que doulceur n' a sceu d' elle tirer.
O chers Amys, j' en ay veu martyrer,
Tant que pitié m' en mettoit en esmoy.
Parquoy vous pry de plaindre avecques moy
Les Innocents, qui en telz lieux damnables
Tiennent souvent la place des coulpables.

RHYME a a *

Et vous enfants suyvantz maulvaise vie
Retirez vous: ayez au cueur envye
De vivre aultant en façon estimée,
Qu' avez vescu en façon deprimée.

RHYME a a *

Quand le bon trein ung peu esprouverez,
Plus doulx, que l' aultre en fin le trouverez:
Si que par bien le mal sera vaincu,
Et du regret d' avoir si mal vescu
Devant les yeulx vous viendra honte honneste,
Et n' en hairrez cil, qui vous admoneste:
Pource qu' alors ayants discretion
Vous vous voyrrez hors la subjection
Des Infernaulx, et de leurs entrefaictes:
Car pour les bons les Loix ne sont point faictes.
Venons au point. Ce Juge tant divers
Un fier regard me jecta de travers,
Tenant ung port trop plus cruel, que brave:
Et d' ung accent imperatif, et grave,
Me demandant ma naissance, et mon nom,
Et mon estat: Juge de grand renom,
Responds je alors, à bon droict tu poursuys,
Que je te dye orendroit, qui je suys:
Car incongneu suis des Umbres iniques,
Incongneu suis des Ames Plutoniques,
Et de touts ceulx de ceste obscure voye,
Où (pour certain) jamais entré n' avoie:
Mais bien congneu suis des Umbres Celiques,
Bien congneu suis des [Ames] Angeliques,
Et de touts ceulx de la tresclaire voye,
Où Juppiter les desvoyés avoye:
Bien me congneut, et bien me guerdonna,
Lors qu' à sa Soeur Pallas il me donna:
Je dy Pallas la si sage, et si belle:
Bien me congnoist la prudente Cybelle,
Mere du grand Juppiter amyable.
Quant à Luna, diverse, et variable,
Trop me congnoist son faulx cueur odieux.
En la mer suis congneu des plus haultz Dieux,
Jusqu' aux Tritons, et jusqu' aux Nereïdes:
En terre aussi des Faunes, et Hymnides
Congneu je suis. Congneu je suis d' Orphée,
De mainte Nymphe, et mainte noble Fée:
Du gentil Pan, qui les flustes manie:
D' Eglé, qui danse au son de l' harmonie,
Quand elle voyt les Satyres suyvants:
De Galathée, et de touts les [Sylvans],
Jusqu' à Tityre, et ses brebis camuses:
Mais par sus tout suis congneu des neuf Muses,
Et d' Apollo, Mercure, et touts leurs filz,
En vraye amour, et science conficts.

RHYME a a *

Ce sont ceulx là (Juge) qui en briefs jours
Me mettront hors de tes obscurs sejours,
Et qui pour vray de mon ennuy se deulent.
Mais puis qu' envie, et ma fortune veulent,
Que congneu sois, et saisy de tes laqs,
Sçaiche de vray, puis que demandé l' as,
Que mon droict nom je ne te veulx poinct taire:
Si t' advertis, qu' il est à toy contraire,
Comme eaue limpide au plus sec element:
Car tu es rude, et mon nom est Clement:
Et pour monstrer, qu' à grand tort on me triste,
Clement n' est poinct le nom de Lutheriste:
Ains est le nom (à bien l' interpreter)
Du plus contraire ennemy de Luther:
C' est le sainct nom du Pape, qui accolle
Les chiens d' Enfer (s' il luy plaist) d' une estolle.
Le crains tu poinct? C' est celluy qui afferme,
Qu' il ouvre Enfer, quand il veult, et le ferme:
Celluy, qui peult en feu chaud martyrer
Cent mille esprits, ou les en retirer.

RHYME a a *

Quant au surnom, aussi vray qu' Evangille,
Il tire à cil du Poëte Vergille,
Jadis cheri de Mecenas à Romme:
Maro s' appelle, et Marot je me nomme,
Marot je suis, et Maro ne suis pas,
Il n' en fut oncq depuis le sien trespas:
Mais puis qu' avons ung vray Mecenas ores,
Quelcque Maro nous pourrons veoir encores.

RHYME a a *

Et d' aultre part (dont noz jours sont heureux)
Le beau verger des lettres plantureux
Nous reproduict ses fleurs, et grands jonchées
Par cy devant flaistries, et seichées
Par le froid vent d' ignorance, et sa tourbe,
Qui hault sçavoir persecute, et destourbe:
Et qui de cueur est si dure, ou si tendre,
Que verité ne veult, ou peult entendre.

RHYME a a *

O Roy heureux, soubs lequel sont entrés
(Presque perys) les lettres, et Lettrés!
Entends apres (quant au poinct de mon estre)
Que vers Midy les haults Dieux m' ont faict naistre:
Où le Soleil non trop excessif est:
Parquoy la terre avec honneur s' y vest
De mille fruicts, de mainte fleur, et plante:
Bacchus aussi sa bonne vigne y plante
Par art subtil sur montaignes pierreuses
Rendants liqueurs fortes, et savoureuses.
Mainte fontaine y murmure, et undoye,
Et en touts temps le Laurier y verdoye
Pres de la vigne: ainsi comme dessus
Le double mont des Muses Parnassus:
Dont s' esbahyst la mienne fantasie,
Que plus d' Espritz de noble Poësie
N' en sont yssuz. Au lieu, que je declaire,
Le fleuve Lot coule son eaue peu claire,
Qui maints rochiers traverse, et environne,
Pour s' aller joindre au droict fil de Garonne.
A brief parler, c' est Cahors en Quercy,
Que je laissay pour venir querre icy
Mille malheurs: ausquelz ma destinée
M' avoit submis. Car une matinée
N' ayant dix ans en France fuz mené:
Là, où depuis me-suis tant pourmené,
Que j' oubliay ma langue maternelle,
Et grossement apprins la paternelle
Langue Françoyse es grands Courts estimée:
Laquelle en fin quelcque peu s' est limée,
Suyvant le Roy Françoys premier du nom,
Dont le sçavoir excede le renom.

RHYME a a *

C' est le seul bien, que j' ay acquis en France
Depuis vingt ans en labeur, et souffrance.
Fortune m' a entre mille malheurs
Donné ce bien des mondaines valeurs.
Que dy je las? O parolle soubdaine!
C' est don de Dieu, non point valeur mondaine:
Rien n' ay acquis des valeurs de ce Monde,
Qu' une maistresse, en qui gist, et abonde
Plus de sçavoir parlant, et escripvant,
Qu' en aultre femme en ce Monde vivant.
C' est du franc Lys l' yssue Marguerite,
Grande sur terre, envers le Ciel petite:
C' est la Princesse à l' esprit inspiré,
Au cueur esleu, qui de Dieu est tiré
Mieulx (et m' en croys) que le festu de l' Ambre:
Et d' elle suis l' humble Valet de chambre.

RHYME a a *

C' est mon estat, ô Juge Plutonique:
Le Roy des francs, dont elle est Soeur unique,
M' a faict ce bien: et quelcque jour viendra,
Que la Soeur mesme au Frere me rendra.

RHYME a a *

Or suis je loing de ma Dame, et Princesse,
Et pres d' ennuy, d' infortune, et destresse:
Or suis je loing de sa tresclaire face.
S' elle fust pres (ô cruel) ton audace
Pas ne se feust mise en effort de prendre
Son serviteur, qu' on n' a point veu mesprendre:
Mais tu voys bien (dont je lamente, et pleure)
Qu' elle s' en va (helas), et je demeure
Avec Pluton, et Charon nautonnier:
Elle va veoir ung plus grand prisonnier.
Sa noble mere ores elle accompaigne
Pour retirer nostre Roy hors d' Espaigne,
Que je souhaitte en ceste compaignie
Avec ta layde et obscure mesgnie:
Car ta prison liberté luy seroit,
Et, comme CHRIST, les Ames poulseroit
Hors des Enfers, sans t' en laisser une Umbre:
En ton advis, seroys je poinct du nombre?
S' ainsi estoit, et la mere, et la fille
Retourneroient, sans qu' Espaigne, et Castille
D' elles receust les filz au lieu du pere.
Mais quand je pense à si grand impropere,
Qu' est il besoing, que soye en liberté,
Puis, qu' en prison mon Roy est arresté?
Qu' est de besoing, qu' ores je soys sans peine,
Puis que d' ennuy ma maistresse est si pleine?

RHYME a a *

Ainsi (peu pres) au Juge devisay:
Et en parlant ung Griffon j' advisay,
Qui de sa croche, et ravissante pate
Escripvoit là l' an, le jour, et la dathe
De ma prison: et ce, qui pouvoit duyre
A leur propos, pour me fascher, et nuyre:
Et ne sceut oncq' bien orthographier
Ce, qui servoit à me justifier.

RHYME a a *

Certes, Amys, qui cherchez mon recours,
La coustume est des Infernalles Courts,
Si quelcque Esprit de gentille nature
Vient là dedans tesmoigner d' adventure
Aulcuns propos, ou moyens, ou manieres
Justifiantz les Ames prisonnieres,
Il ne sera des Juges escouté,
Mais lourdement de son dict reboutté:
Et escouter on ne refusera
L' esprit maling, qui les accusera.

RHYME a a b b c c d e e f f g g h h i i

Si que celluy, qui plus fera d' encombres
Par ses rapports aux malheureuses Umbres,
Plus recepvra de recueil, et pecunes:
Et si tant peult en accuser aulcunes,
Qu' elles en soyent pendues, ou bruslées,
Les Infernaulx feront saults, et hullées,
Chaisnes de fer, et crochets sonneront,
En faisant feu de flamme sulphurée
Pour la nouvelle ouyr tant malheurée.
Le Griffon doncq' en son Livre doubla
De mes propos ce, que bon luy sembla:
Puis se leva Rhadamantus du siege,
Qui remener me feit au bas colliege
Des malheureux par la voye, où je vins.
Si les trouvay à milliers, et à vingts:
Et avec eulx feis ung temps demourance,
Fasché d' ennuy, consolé d' esperance.

RHYME a a *

Ung Pastoureau, qui Robin s' appelloit,
Tout à part soy n' agueres s' en alloit
Parmy fousteaulx (arbres, qui font umbraige)
Et là tout seul faisoit de grand couraige
Hault retentir les boys, et l' air serain,
Chantant ainsi: O Pan Dieu souverain,
Qui de garder ne fuz oncq paresseux
Parcs, et brebis, et les maistres d' iceulx,
Et remects sus touts gentilz pastoureaulx,
Quand ilz n' ont prés, ne loges, ne taureaulx,
Je te supply (si oncq en ces bas estres
Daignas ouyr chansonnettes champestres)
Escoute ung peu, de ton vert cabinet,
le chant rural du petit Robinet.

RHYME a a *

Sur le printemps de ma jeunesse folle,
Je ressembloys l' Arondelle, qui volle
Puis çà, puis là: l' eage me conduysoit
Sans peur, ne soing, où le cueur me disoit.
En la forest (sans la crainte des Loups)
Je m' en alloys souvent cueillir le houx,
Pour faire gluz à prendre oyseaulx ramaiges,
Touts differents de chants, et de plumaiges:
Ou me souloys (pour les prendre) entremectre
A faire brics, ou caiges pour les mectre.
Ou transnouoys les rivieres profondes,
Ou r' enforçoys sur le genoil les fondes.

RHYME a a *

Puis d' en tirer droict, et loing j' apprenoys
Pour chasser Loups, et abbattre des noix.
O quantes foys aux arbres grimpé j' ay
Pour desnicher ou la Pie, ou le Geay,
Ou pour jecter des fruictz jà meurs, et beaulx
A mes compaings, qui tendoyent leurs chappeaulx.
Aulcunesfoys aux montaignes alloye,
Aulcunesfoys aux fosses devalloye,
Pour trouver là les griffes des Fouynes,
Des Herissons, ou des blanches Hermines:
Ou pas à pas le long des buyssonnetz
Alloys cherchant les nids des Chardonnetz,
Ou des Serins, des Pinsons, ou Lynottes.
Desjà pourtant je faisoys quelcques nottes
De chant rusticque, et dessoubs les Ormeaulx
Quasi enfant sonnoys des Chalumeaulx.

RHYME a a *

Si ne sçauroys bien dire, ne penser,
Qui m' enseigna si tost d' y commencer,
Ou la nature aux Muses inclinée,
Ou ma fortune, en cela destinée
A te servir: si ce ne fut l' ung d' eulx,
Je suis certain, que ce furent touts deux.

RHYME a a *

Ce, que voyant le bon Janot mon pere,
Voulut gaiger à Jacquet son compere,
Contre ung Veau gras, deux Aignelletz bessons,
Que quelcque jour je feroys des Chansons
A ta louange (ô Pan Dieu tressacré)
Voyre Chansons, qui te viendroyent à gré.
Et me souvient, que bien souvent aux Festes
En regardant de loing paistre noz bestes,
Il me souloit une leçon donner,
Pour doulcement la Musette entonner,
Ou à dicter quelcque Chanson ruralle
Pour la chanter en mode pastoralle.

RHYME a a *

Aussi le soir, que les trouppeaulx espars
Estoyent serrés, et remis en leurs parcs,
Le bon vieillard apres moy travailloit,
Et à la lampe assez tard me veilloit,
Ainsi que font leurs Sansonnetz, ou Pyes
Aupres du feu bergeres accropyes.

RHYME a a *

Bien est il vray, que ce luy estoit peine:
Mais de plaisir elle estoit si fort pleine,
Qu' en ce faisant sembloit au bon berger,
Qu' il arrousoit en son petit verger
Quelcque jeune ente, ou que teter faisoit
L' aigneau, qui plus en son parc luy plaisoit:
Et le labeur, qu' apres moy il mist tant,
Certes c' estoit affin qu' en l' imitant,
A l' advenir je chantasse le los
De toy (ô Pan) qui augmentas son clos,
Qui conservas de ses prés la verdure,
Et qui gardas son trouppeau de froydure.

RHYME a a *

Pan (disoit il) c' est le Dieu triumphant
Sur les pasteurs, c' est celluy (mon enfant)
Qui le premier les roseaulx pertuysa,
Et d' en former des flustes s' advisa:
Il daigne bien luy mesme peine prendre
D' user de l' art, que je te veulx apprendre.

RHYME a a *

Apprends le donc, affin que montz, et boys,
Rocz, et Estangs, apprennent soubz ta voix
A rechanter le hault nom apres toy
De ce grand Dieu, que tant je ramentoy:
Car c' est celluy, par qui foisonnera
Ton champ, ta vigne, et qui te donnera
Plaisante loge entre sacrés ruisseaulx
Encourtinés de flairants arbrisseaulx.

RHYME a a *

Là d' ung costé auras la grand' closture
De saulx espais: où pour prendre pasture
Mouches à miel la fleur succer yront,
Et d' ung doulx bruyt souvent t' endormyront:
Mesmes alors, que ta fluste champestre
Par trop chanter lasse sentiras estre.

RHYME a a *

Puis tost apres sur le prochain bosquet
T' esveillera la Pie en son caquet:
T' esveillera aussi la Colombelle,
Pour rechanter encores de plus belle.
Ainsi soigneux de mon bien me parloit
Le bon Janot, et il ne m' en challoit:
Car soucy lors n' avoys en mon courage
D' aulcun bestail, ne d' aulcun pasturage.
Quand printemps fault, et l' esté comparoist,
Adoncques l' herbe en forme, et force croist.

RHYME a a *

Aussi quand hors du printemps j' euz esté,
Et que mes jours vindrent en leur esté,
Me creust le sens, mais non pas le soucy:
Si emploiay l' esprit, le corps aussi
Aux choses plus à tel eage sortables,
A charpenter loges de boys portables,
A les rouler de l' ung en l' aultre lieu,
A y semer la jonchée au milieu,
A radouber treilles, buyssons, et hayes,
A proprement entrelasser les clayes,
Pour les parcquetz des ouailles fermer,
Ou à tissir (pour fourmaiges former)
Paniers d' osiere, et ficelles de jonc,
Dont je souloys (car je l' aimoys adonc)
Faire present à Heleine la blonde.
J' apprins les noms des quatre parts du monde,
J' apprins les noms des ventz, qui de là sortent,
Leurs qualités, et quels temps ilz apportent:
Dont les oyseaulx saiges devins des champs
M' advertissoyent par leurs volz, et leurs chants.

RHYME a a *

J' apprins aussi allant aux pasturages
A eviter les dangereux herbages,
Et à congnoistre, et guerir plusieurs maulx,
Qui quelquefoys gastoyent les animaulx
De noz pastiz: mais par sus toutes choses
D' aultant, que plus plaisent les blanches Roses,
Que l' Aubespin, plus j' aymois à sonner
De la musette, et la feis resonner
En tous les tons, et chantz de Bucolicques,
En chantz piteux, en chantz melancolicques,
Si qu' à mes plainctz ung jour les Oreades,
Faunes, Silvans, Satyres, et Driades,
En m' escoutant jectarent larmes d' yeulx:
Si feirent bien les plus souverains Dieux,
Si feit Margot bergiere, qui tant vault:
Mais d' ung tel pleur esbahyr ne se fault,
Car je faisoys chanter à ma Musette
La mort (helas) la mort de Loysette,
Qui maintenant au ciel prend ses esbats
A veoir encor ses trouppeaulx icy bas.

RHYME a a *

Une aultresfoys pour l' Amour de l' Amye,
A touts venants pendy la challemyé,
Et ce jour là, à grand peine on sçavoit,
Lequel des deux gaigné le prix avoit,
Ou de Merlin, ou de moy: dont à l' heure
Thony s' en vint sur le pré grand' alleure
Nous accorder, et aorna deux Houlettes
D' une longueur de force violettes:
Puis nous en feit present, pour son plaisir:
Mais à Merlin je baillay à choysir.

RHYME a a *

Et penses tu (ô Pan Dieu debonnaire)
Que l' exercice, et labeur ordinaire,
Que pour sonner du Flajolet je pris,
Feust seullement pour emporter le pris?
Non: mais affin que si bien j' en apprinsse,
Que toy, qui es des Pastoureaulx le Prince,
Prinsses plaisir à mon chant escouter,
Comme à ouyr la marine flotter
Contre la rive, ou des Roches haultaines
Ouyr tomber contre val les Fontaines.

RHYME a a *

Certainement c' estoit le plus grand soing,
Que j' eusse alors, et en prends à tesmoing
Le blond Phebus, qui me voyt, et regarde,
Si l' espesseur de ce boys ne l' engarde:
Et qui m' a veu traverser maint Rochier,
Et maint torrent pour de toy approcher.

RHYME a a *

Or m' ont les Dieux celestes, et terrestres
Tant faict heureux: mesmement les silvestres,
Qu' en gré tu prins mes petits sons rusticques,
Et exaulças mes Hymnes, et Cantiques,
Me permectant les chanter en ton Temple,
Là où encor l' ymage je contemple
De ta haulteur, qui en l' une main porte
De dur Cormier Houlette riche, et forte:
Et l' aultre tient Chalemelle fournye
De sept tuyaulx, faictz selon l' armonye
Des cieulx, où sont les sept Dieux clers, et haulx,
Et denotants les sept Artz liberaulx,
Qui sont escriptz dedans ta teste saincte
Toute de Pin bien couronnée, et ceincte.

RHYME a a *

Ainsi, et doncq' en l' esté de mes jours
Plus me plaisoit aux Champestres sejours
Avoir faict chose (ô Pan) qui t' aggreast,
Ou qui l' oreille ung peu te recreast,
Qu' avoir aultant de Moutons, que Tityre
Et plus (cent foys) me plaisoit d' ouyr dire,
Pan faict bon oeil à Robin le berger,
Que veoir chez nous trois cents boeufs heberger:
Car soucy lors n' avoys en mon courage,
D' aulcun bestail, ne d' aulcun pasturage.
Mais maintenant, que je suis en l' autonne,
Ne sçay quel soing inusité m' estonne,
De tel' façon, que de chanter la veine
Devient en moy non point lasse, ne vaine,
Ains triste, et lente, et certes bien souvent
Couché sur l' herbe, à la frescheur du vent,
Voy ma musette à ung arbre pendue
Se plaindre à moy, qu' oysifve l' ay rendue:
Dont tout à coup mon desir se resveille,
Qui de chanter voulant faire merveille,
Trouve ce soing devant ses yeulx planté,
Lequel le rend morne, et espouvanté:
Car tant est soing basanné, laid, et pasle,
Qu' à son regard la Muse pastoralle,
Voyre la Muse heroyque, et hardye,
En ung moment se trouve refroidye,
Et devant luy vont fuyant toutes deux,
Comme brebis devant ung loup hydeux.

RHYME a a *

J' oy d' aultre part le Pyvert jargonner,
Siffler l' Escouffle, et le Buttor tonner,
Voy l' Estourneau, le Heron, et l' Aronde
Estrangement voller tout à la ronde,
M' advertissants de la froide venue
Du triste Yver, qui la terre desnue.
D' aultre costé, j' oy la Bise arriver,
Qui en soufflant me prononce l' yver:
Dont mes trouppeaulx cela craignants, et pis,
Touts en ung tas se tiennent accropis:
Et diroit on, à les ouyr beller,
Qu' avecques moy te veulent appeller
A leur secours, et qu' ilz ont congnoissance,
Que tu les as nourrys des leur naissance.

RHYME a a *

Je ne quiers pas (ô bonté souveraine)
Deux mile arpents de pastis en Touraine,
Ne mille boeufz errants par les herbis
Des montz d' Auvergne, ou aultant de brebis.
Il me suffit, que mon troupeau preserves
Des Loups, des Ours, des Lyons, des Loucerves,
Et moy du froid, car l' yver, qui s' appreste,
A commencé à neiger sur ma teste.

RHYME a a *

Lors à chanter plus soing ne me nuyra,
Ains devant moy plus viste s' enfuyra,
Que devant luy ne vont fuyant les Muses,
Quand il voyrra, que de faveur tu m' uses.
Lors ma Musette à ung chesne pendue,
Par moy sera promptement descendue,
Et chanteray l' yver à seureté
Plus hault (et cler) que ne feis oncq l' esté.
Lors en science, en musique, et en son,
Ung de mes vers vauldra une chanson,
Une chanson, une eglogue rustique,
Et une eglogue, une oeuvre bucolique.
Que diray plus? vienne ce, qui pourra.
Plus tost le Rosne encontremont courra,
Plus tost seront haultes Forestz sans branches,
Les Cygnes noirs, et les Corneilles blanches,
Que je t' oublie (ô Pan de grand renom)
Ne que je cesse à louer ton hault nom
Sus mes brebis, trouppeau petit, et maigre,
Autour de moy saultez de cueur allaigre,
Car desjà Pan, de sa verte maison,
M' a faict ce bien d' ouyr mon oraison.

