AUTHOR Pernette Du Guillet

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Le haut pouvoir des Astres a permis - 
Quand je naquis - d'être heureuse et servie: 
Dont, connaissant celui qui m'est promis, 
Restée suis sans sentiment de vie, 
Fors le sentir du mal, qui me convie 
À regraver ma dure impression 
D'amour cruelle, et douce passion, 
Où s'apparut celle divinité, 
Qui me cause l'imagination 
À contempler si haute qualité.

RHYME a b a b b c c d c d

La nuit était pour moi si très-obscure 
Que Terre et Ciel elle m'obscurcissait, 
Tant qu'à Midi de discerner figure 
N'avais pouvoir - qui fort me marrissait: 
Mais quand je vis que l'aube apparaissait 
En couleurs mille et diverse, et sereine 
Je me trouvai de liesse si pleine - 
Voyant déjà la clarté à la ronde - 
Que commençai louer à voix hautaine 
Celui qui fit pour moi ce Jour au Monde.

RHYME a b a b b c c d c d

Ce grand renom de ton mêlé savoir 
Démontre bien que tu es l'excellence 
De toute grâce exquise, pour avoir 
Tous dons des Cieux en pleine jouissance. 
Peu de savoir, que tu fais grand'nuisance 
A mon esprit, qui n'a la promptitude 
De mercier les Cieux pour l'habitude 
De celui-là, où les trois Grâces prises 
Contentes sont de telle servitude 
Par les vertus, qui en lui sont comprises!

RHYME a b a b b c c d c d

Esprit céleste, et des Dieux transformé 
En corps mortel transmis en ce bas Monde, 
A Apollo peux être conformé 
Pour la vertu, dont es la source, et l'onde. 
Ton éloquence, avecques ta faconde, 
Et haut savoir, auquel tu es appris, 
Démontre assez le bien en toi compris: 
Car en douceur ta plume tant fluante 
A mérité d'emporter gloire, et prix, 
Voyant ta veine en haut style affluante.

RHYME a b a b b c c d c d

Puisqu'il t'a plu de me faire connoître, 
Et par ta main, le VICE À SE MUER, 
Je tâcherai faire en moi ce bien croître, 
Qui seul en toi me pourra transmuer:
C'est à savoir de tant m'évertuer 
Que connaîtras que, par égal office, 
Je foirai loin d'ignorance le vice, 
Puisque désir de me transmuer as 
De noire en blanche, et par si haut service 
En mon erreur CE VICE MUERAS.

RHYME a b a b b c c d c d

Par ce dizain clairement je m'accuse 
De ne savoir tes vertus honorer, 
Fors du vouloir, qui est bien maigre excuse: 
Mais qui pourrait par écrit décorer 
Ce qui de soi se peut faire adorer? 
Je ne dis pas, si j'avais ton pouvoir, 
Qu'à m'acquitter ne fisse mon devoir, 
À tout le moins du bien que tu m'avoues. 
Prête-moi donc ton éloquent savoir 
Pour te louer ainsi que tu me loues!

RHYME a b a b c c d d e e

R. au dizain toute seule soumise 
M'a, à bon droit, en grand'doutance mise 
De mal, ou bien, que par R on peut prendre. 
Car, pour errer, R se peut comprendre, 
Signifiant que le los qu'on me preste 
Soit une erreur, ou qu'R est rien, ou reste: 
Mais si par R on veut réponse avoir, 
Je dis, combien que n'aye le savoir, 
Ne les vertus que ton R m'avoue, 
Qu'errer je fais tout homme qui me loue.

RHYME a b a b a b c c

Jà n'est besoin que plus je me soucie 
Si le jour faut, ou que vienne la nuit, 
Nuit hivernale, et sans Lune obscurcie: 
Car tout cela certes rien ne me nuit, 
Puisque mon Jour par clarté adoucie 
M'éclaire toute, et tant, qu'à la minuit 
En mon esprit me fait apercevoir 
Ce que mes yeux ne surent oncques voir.

RHYME a b a b b c b c

Plus je désire, et la fortune adverse 
Moins me permet que puisse celui voir, 
À qui elle eût par mainte controverse 
Fait maint ennui, si ne fût son savoir 
Qui des Cieux a ce tant heureux pouvoir 
De parvenir toujours à son entente: 
Dont avec lui ce soulas puis avoir 
Que, lui content, je demeure contente.

RHYME a b a b b c c d c d

Si tu ne veux l'anneau tant estimer 
Que d'un baiser il te soit rachetable, 
Tu ne dois pas au moins si peu l'aimer, 
Qu'il ne te soit, non pour l'or, acceptable, 
Mais pour la main qui, pour plus rendre stable 
Sa foi vers toi, te l'a voulu lier 
D'un Diamant, où tu peux déplier 
Un coeur taillé en face pardurable,
Pour te montrer que ne dois oublier, 
Comme tu fais, la sienne amour durable.

RHYME a b a b b c c d c d

Comme le corps ne permet point de voir 
À son esprit, ni savoir sa puissance: 
Ainsi l'erreur, qui tant me fait avoir 
Devant les yeux le bandeau d'ignorance, 
Ne m'a permis d'avoir la connaissance 
De celui-là que, pour près le chercher, 
Les Dieux avaient voulu le m'approcher: 
Mais si haut bien ne m'a su apparaître. 
Parquoi à droit l'on me peut reprocher 
Que plus l'ai vu, et moins l'ai su connaître.

RHYME a b a b b c b c

Le Corps ravi, l'Ame s'en émerveille 
Du grand plaisir qui me vient entamer, 
Me ravissant d'Amour, qui tout éveille 
Par ce seul bien, qui le fait Dieu nommer. 
Mais si tu veux son pouvoir consommer, 
Faut que partout tu perdes celle envie: 
Tu le verras de ses traits s'assommer, 
Et aux Amants accroissement de vie.

RHYME a b a b b c b c

L'heur de mon mal, enflammant le désir, 
Fit distiller deux coeurs en un devoir: 
Dont l'un est vif pour le doux déplaisir, 
Qui fait que Mort tient l'autre en son pouvoir.
Dieu aveuglé, tu nous as fait avoir 
Du bien le mal en effet honorable: 
Fais donc aussi, que nous puissions avoir 
En nos esprits contentement durable!

RHYME a b a b b c b c

Le grand désir du plaisir admirable 
Se doit nourrir par un contentement 
De souhaiter chose tant agréable. 
Que tout esprit peut ravir doucement. 
Ô que le fait doit être grandement 
Rempli de bien, quand pour la grand'envie 
On veut mourir, s'on ne l'a promptement: 
Mais ce mourir engendre une autre vie.

RHYME a b a b 

Pour contenter celui qui me tourmente, 
Chercher ne veux remède à mon tourment: 
Car, en mon mal voyant qu'il se contente, 
Contente suis de son contentement.

RHYME a b a b b c c d c d

L'âme et l'esprit sont pour le corps orner, 
Quand le vouloir de l'Éternel nous donne 
Sens et savoir pour pouvoir discerner 
Le bien du bien, que la raison ordonne: 
Parquoi, si Dieu de tels biens te guerdonne, 
Il m'a donné raison, qui a pouvoir 
De bien juger ton heur, et ton savoir. 
Ne trouve donc chose si admirable,
Si à bon droit te désirent de voir 
Le Corps, l'Esprit, et l'Ame raisonnable.

RHYME a b a b b 

Je suis tant bien que je ne le puis dire, 
Ayant sondé son amitié profonde 
Par sa vertu, qui à l'aimer m'attire 
Plus que beauté: car sa grâce et faconde 
Me font cuider la première du monde.

RHYME a b a b b c b c

Que d'avoir mal pour chose si louable, 
Comme a chacun son grand contentement, 
Tout bon esprit - tant soit peu raisonnable - 
Le pourra croire, et par bon jugement. 
Mais si voulez connaître clairement 
Lequel des deux a sur plaisir puissance, 
Faudra goûter d'un mûr entendement 
L'heur et malheur de votre connaissance.

RHYME a b a b b c c d c d

Je te promis au soir que, pour ce jour, 
Je m'en irais à ton instance grande 
Faire chez toi quelque peu de séjour: 
Mais je ne puis... parquoi me recommande, 
Te promettant m'acquitter pour l'amende, 
Non d'un seul jour, mais de toute ma vie, 
Ayant toujours de te complaire envie. 
Donc te supplie accepter le vouloir 
De qui tu as la pensée ravie 
Par tes vertus, ta grâce, et ton savoir.

RHYME a b a b b c c d c d

Sais-tu pourquoi de te voir j'eus envie? 
C'est pour aider à l'ouvrier, qui cessa, 
Lors qu'assembla en me donnant la vie, 
Les différents, où après me laissa. 
Car m'ébauchant Nature s'efforça 
D'entendre et voir pour nouvelle ordonnance 
Ton haut savoir, qui m'accroît l'espérance 
Des Cieux promise, ainsi que je me fonde, 
Que me feras avoir la connaissance 
De ton esprit, qui ébahit le Monde.

RHYME a b a b

Si le servir mérite récompense, 
Et récompense est la fin du désir, 
Toujours voudrais servir plus qu'on ne pense, 
Pour non venir au bout de mon plaisir.

RHYME a a b b

En Dauphiné Cérès faisait encor moisson, 
Étant à Millery Bacchus en sa boisson: 
Parquoi je puis juger, voyant les vins si verts, 
Que Vénus sera froide encor ces deux hivers.

RHYME a b a b b c c d c d

Je puis avoir failli par ignorance, 
Cela me faut, maugré moi, confesser: 
Mais que je prenne en moi telle arrogance,
Que dessus vous je m'osasse avancer: 
Je vous supplie ne me vouloir penser 
Si indiscrète à faire mon devoir! 
Bien est-il vrai que je tâche à avoir 
Ce qui m'est dû, quoi qui en ait émoi: 
Car si Amour et foi ont ce pouvoir 
De vous donner, vous êtes tout à moi.

RHYME a b a b b c c d c d

À qui plus est un Amant obligé: 
Ou à Amour, ou vraiment à sa Dame? 
Car son service est par eux rédigé 
Au rang de ceux qui aiment los, et fame. 
À lui il doit le coeur, à elle l'Âme, 
Qui est autant comme à tous deux la vie; 
L'un à l'honneur, l'autre à bien le convie; 
Et toutefois voici un très-grand point, 
Lequel me rend ma pensée assouvie: 
C'est que sans Dame Amour ne serait point.

TITLE

RHYME a b b a a c d c c d d c

Or qui en a, ou en veut avoir deux, 
Comment peut-il faire deux Amours naître? 
Je ne dis pas, que ne puisse bien être 
Un coeur plus grand, que croire je ne veux: 
Mais que tout seul il satisfît à eux, 
Cela n'a point de résolution 
Qui sût absoudre, ou clore ma demande: 
Et toutefois ainsi qu'affection 
Croît le désir, telle obligation 
Peut Dame avoir à la Vertu si grande, 
Que de l'Amant la qualité demande 
Double mérite, ou double passion.

TITLE

RHYME a b a b c c

J'ai été par un long temps 
Déçue de l'espérance: 
Et si encor point n'attends 
D'elle plus grand'assurance, 
Que celle-là, que ma foi 
Me peut promettre de soi. 

RHYME a b a b c c

Je vois les uns fort contents, 
Les autres pleins de souffrances: 
De ceux-là les ris j'entends, 
De ceux-ci la douléance: 
Ces passions j'aperçois 
Régner toutes deux en moi. 

RHYME a b a b c c

Je ris du bien, où je tends 
Entrès-grand'réjouissance: 
Et pleure, que je prétends 
Qu'un autre en ait jouissance: 
Ce que de mes yeux je vois, 
Et à grand'peine le crois. 

RHYME a b a b c c

Toutefois tel passetemps 
Me donne encor confiance, 
Qu'un jour je verrai le temps, 
Que cil fera la vengeance 
Du mal qu'il m'a fait de soi 
Au bien où je me déçois.

TITLE

RHYME a b a b b c b c

Prenez le cas que, comme je suis vôtre - 
Et être veux - vous soyez tout à moi: 
Certainement par ce commun bien nôtre 
Vous me devriez tel droit que je vous dois.
Et si Amour voulait rompre sa Loi, 
Il ne pourrait l'un de nous dispenser, 
S'il ne voulait contrevenir à soi, 
Et vous, et moi, et les Dieux offenser.

RHYME a b a b b c b c

Soit que par égale puissance 
L'affection, et le désir 
Débattent de la jouissance 
Du bien, dont se veulent saisir: 
Si vous voulez leur droit choisir, 
Vous trouverez sans fiction, 
Que le désir en tout plaisir 
Suivra toujours l'affection.

TITLE

RHYME a a *

Quand vous voyez, que l'étincelle 
Du chaste Amour sous mon aisselle 
Vient tous les jours à s'allumer, 
Ne me devez-vous bien aimer? 
Quand vous me voyez toujours celle, 
Qui pour vous souffre, et son mal cèle, 
Me laissant par lui consumer, 
Ne me devez-vous bien aimer? 
Quand vous voyez, que pour moins belle 
Je ne prends contre vous querelle, 
fais pour mien vous veux réclamer, 
Ne me devez-vous bien aimer? 
Quand pour quelque autre amour nouvelle 
Jamais ne vous serai cruelle, 
Sans aucune plainte former, 
Ne me devrez-vous bien aimer?
Quand vous verrez que sans cautelle 
Toujours vous serai été telle 
Que le temps pourra affermer, 
Ne me devrez-vous bien aimer?

TITLE

RHYME a b a b b c b c

Si je ne suis telle que soulais être, 
Prenez-vous en au temps, qui m'a appris 
Qu'en me traitant rudement, comme maître, 
Jamais sur moi ne gagnerez le prix. 
Et toutefois, vous voyant toujours pris 
En mon endroit, votre ardeur me convie 
Par ce haut bien, que de vous j'ai compris, 
À demeurer vôtre toute ma vie.

RHYME a b a b b c b c

Si je n'ai pu comme voulois 
Vous réciter au long, et dire 
Ce dequoi tant je me doulois, 
Imputez-le à mon coeur plein d'ire, 
Pour n'avoir pu ouïr médire 
Du bien, que je dois estimer, 
Et pour qui on devrait maudire 
Tous ceux qui m'en veulent blâmer.

TITLE

RHYME a a *

Ô vraie amour, dont je suis prise, 
Comment m'as-tu si bien apprise, 
Que de mon Jour tant me contente, 
Que je n'en espère autre attente,
Que celle de ce doux amer, 
Pour me guérir du mal d'aimer? 
Du bien j'ai eu la jouissance, 
Dont il m'a donné connaissance 
Pour m'assurer de l'amitié, 
De laquelle il tient la moitié: 
Doncques est-il plus doux qu'amer, 
Pour me guérir du mal d'aimer. 
Hélas, ami, en ton absence 
Je ne puis avoir assurance 
Que celle dont - pour son plaisir - 
Amour caut me vient dessaisir 
Pour me surprendre, et désarmer: 
Guéris-moi donc du mal d'aimer!

TITLE

RHYME a b a b c c

La fortune envieuse, 
Voyant mon Jour passer, 
De la nuit est joyeuse 
Pour me faire penser 
Vrai ce que le Ciel dit 
Pour se mettre en crédit. 

Mais savoir n'ai envie 
Des Planètes le cours 
Pour connaître ma vie, 
Ayant autre discours: 
Car tant que je verrai 
Mon Jour, je ne mourrai. 

RHYME a b a b c c

Ne trouve point étrange, 
Si, quand ne le puis voir, 
Je me trouble, et me change, 
Tant qu'il me faut douloir 
Du mal, que mon coeur sent, 
Quand de moi est absent.

RHYME a b a b c c

Ce que j'y suis tenue 
Ne me fait tant l'aimer, 
Que sa vertu connue 
Me contraint l'estimer, 
Par son los tant requis, 
Qui m'est honneur acquis. 

RHYME a b a b c c

Sa grâce accompagnée 
Plus qu'à nul j'ai pu voir: 
Parquoi pour lui suis née, 
D'autre je n'ai vouloir: 
Les Dieux pour moi l'ont mis 
Au bout des vrais amis. 

RHYME a b a b c c

Ô amitié bien prise, 
Que j'ai voulu choisir 
Par vraie foi promise, 
Qui mon coeur vint saisir, 
Quand honneur s'allia 
Au bien, qui nous lia! 

RHYME a b a b c c

Ma fortune accomplie 
En mon heureux séjour 
De plaisir fut remplie, 
Quand j'aperçus mon Jour: 
Qui bien connu l'aura, 
Mon ami aimera. 

RHYME a b a b c c

Heureuse destinée 
En mon heur apparaît, 
Ne sachant femme née 
Qui peut, ne qui saurait 
Eviter la moitié 
De sa noble amitié. 

RHYME a b a b c c

D'être d'autres requise 
N'y veuillez point venir: 
Car je suis tant apprise 
Que j'ai pour souvenir 
La grandeur de son coeur 
Être du mien vainqueur.

RHYME a b a b c c

Et si je n'ai la grâce 
Pour mériter d'avoir 
Ce bien, et qu'on pourchasse 
De le me décevoir, 
Ma fermeté fera 
Qu'il se contentera.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Ma volonté, plus grande que l'effet, 
Si elle était justement mesurée, 
Rendre ne peut mon désir si parfait 
Qu'elle ne soit en lui démesurée. 
Et toutefois, s'étant aventurée 
De tout en tout son pouvoir mesurer, 
Oncques n'a pu seulement endurer 
Son moindre effort: que serait du surplus? 
Pour autant donc ne s'ose aventurer 
De plus vouloir, ce qu'elle veut le plus.

RHYME a b a b b c b c

Je ne crois point ce que vous dites: 
Que tant de bien me désiriez, 
Comme à celle, pour qui vous fites 
Ce que pour vous faire devriez. 
Mais quelle plus estimeriez: 
Ou celle qui, d'un coeur tremblant, 
N'ose dire ce que voudriez, 
Ou qui le dit d'un faux semblant?

RHYME a b a b b c c d c d

L'une vous aime, et si ne peut savoir 
Qu'Amour lui soit ou propice, ou contraire: 
L'autre envers vous fait si bien son devoir, 
Que plus ne sait, où vous doive complaire. 
Or je demande en si douteux affaire 
À quelle plus devez être tenu? 
Car celle-là d'un coeur simplement nu 
Pour vous s'oublie, et pour soi pensive est: 
Et cette-ci, tâchant par le menu 
A vous gagner, de son bien se dévêt.

RHYME a b a b b c c d c d

Or bien, puis qu'ainsi le voulez, 
Soit fait, sans y contrevenir: 
Mais si au rang des désolés 
Il me faut par ce point venir, 
Je vous supplie vous souvenir 
De regarder plus amplement, 
Que tel en son dire ample ment, 
Comme contre moi rempli d'ire, 
Et qu'il ne dit rien simplement, 
Que je n'entende qu'il veut dire.

TITLE

RHYME a b a b c c

Dames, s'il est permis 
Que l'amour appetisse 
Entre deux coeurs promis, 
Faisons pareil office:
Lors la légèreté 
Prendra sa fermeté. 

RHYME a b a b c c

S'ils nous disent volages 
Pour nous en divertir: 
Assurons nos courages 
De ne nous repentir, 
Puis que leur amitié 
Est moins, que de moitié. 

RHYME a b a b c c

Se voulant excuser, 
Que leur moitié perdue 
Peut ainsi abuser 
Tant qu'elle soit rendue: 
La loi pour nous fut faite 
Empruntant leur défaite. 

RHYME a b a b c c

Si j'eusse été apprise 
Comme il fallait aimer, 
Je n'eusse été reprise 
Du feu trop allumer 
Qu'éteindre j'ai bien su, 
Quand je l'ai aperçu. 

RHYME a b a b c c

Ne nous ébahissons 
Si le vouloir nous change: 
Car d'eux nous connaissons 
La vie tant étrange, 
Qu'elle nous a permis 
Infinité d'amis. 

RHYME a b a b c c

Mais puis qu'occasion 
Nous a été donnée, 
Que notre passion 
Soit à eux adonnée: 
Amour nous vengera, 
Quand foi les rangera.

TITLE

RHYME a a *

Quant est d'Amour, je crois que c'est un songe, 
Ou fiction, qui se paît de mensonge, 
Tant que celui, qui peut plus faire encroire 
Sa grand'feintise, en acquiert plus de gloire. 
Car l'un feindra de désirer la grâce, 
De qui soudain voudra changer la place: 
L'autre fera mainte plainte à sa guise, 
Portant toujours l'amour en sa devise, 
Estimant moins toute perfection 
Que le plaisir de folle affection: 
Aussi jamais ne s'en trouve un content, 
Fuyant le bien, où tout bon coeur prétend. 
Et tout cela vient de la nourriture 
Du bas savoir, que tient la créature. 
Mais l'amitié, que les Dieux m'ont donnée, 
Est à l'honneur toute tant adonnée 
Que le moins sûr de mon affection 
Est assuré de toute infection 
De Faux-Semblant, Danger, et Changement, 
Etant fondé sur si sain jugement 
Que, qui verra mon ami apparaître, 
Jamais fâché ne le pourra connaître: 
Pource qu'il est toujours à son plaisir 
Autant content que contient mon désir. 
Et si voulez savoir, ô Amoureux, 
Comment il est en ses amours heureux: 
C'est que de moi tant bien il se contente, 
Qu'il n'en voudrait espérer autre attente, 
Que celle-là qui ne finit jamais, 
Et que j'espère assurer désormais
Par la vertu en moi tant éprouvée, 
Qu'il la dira ès plus hauts Cieux trouvée. 
Parquoi, lui sûr de ma ferme assurance, 
M'assurerai de crainte, et ignorance.

TITLE

RHYME a a a b b

Sans connaissance aucune en mon Printemps j'étais: 
Alors aucun soupir encor point ne jetais, 
Libre sans liberté: car rien ne regrettais 
En ma vague pensée 
De mols et vains désirs follement dispensée. 

RHYME a a a b b

Mais Amour, tout jaloux du commun bien des Dieux, 
Se voulant rendre à moi, comme à maints, odieux, 
Me vint escarmoucher par faux alarmes d'yeux, 
Mais je vis sa fallace: 
Parquoi me retirai, et lui quittai la place. 

RHYME a a a b b

Je vous laisse penser, s'il fut alors fâché: 
Car depuis en maints lieux il s'est toujours caché, 
Et, quand à découvert m'a vue, m'a lâché 
Maints traits à la volée: 
Mais onc ne m'en sentis autrement affolée. 

RHYME a a a b b

À la fin, connaissant qu'il n'avait la puissance 
De me contraindre en rien lui faire obéissance, 
Tâcha le plus qu'il peut d'avoir la connaissance 
Des Archers de Vertu, 
Par qui mon coeur forcé fut soudain abattu. 

RHYME a a a b b

Mais elle ne permit qu'on me fît autre outrage, 
Fors seulement blesser chastement mon courage, 
Dont Amour écumait et d'envie, et de rage: 
Ô bien heureuse envie, 
Qui pour un si haut bien m'a hors de moi ravie! 

RHYME a a a b b

Ne pleure plus, Amour: car à toi suis tenue, 
Vu que par ton moyen Vertu chassa la nue, 
Qui me garda longtemps de me connaître nue,
Et frustrée du bien, 
Lequel, en le goûtant, j'aime, Dieu sait combien! 

RHYME a a a b b

Ainsi toute aveuglée en tes liens je vins, 
Et tu me mis ès mains, où heureuse devins, 
D'un qui est hautement en ses écrits divins, 
Comme de nom, sévère, 
Et chaste tellement que chacun l'en révère. 

RHYME a a a b b

Si mainte Dame veut son amitié avoir, 
Voulant participer de son heureux savoir, 
Et que par tout il tâche acquitter son devoir, 
Ses vertus j'en accuse 
Plus puissantes que lui, et tant que je l'excuse.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Puis que, de nom et de fait, trop sévère 
En mon endroit te puis apercevoir, 
Ne t'ébahis si point je persévère 
À faire tant, par art, et par savoir, 
Que tu lairras d'aller les autres voir - 
Non que de toi je me vousisse plaindre, 
Comme voulant ta liberté contraindre! - 
Mais avis m'est que ton saint entretien 
Ne peut si bien en ces autres empreindre 
Tes mots dorés, comme au coeur, qui est tien.

TITLE

RHYME a a *

Qui dira ma robe fourrée 
De la belle pluie dorée 
Qui Daphnés enclose ébranla: 
Je ne sais rien moins, que cela. 
Qui dira qu'à plusieurs je tends 
Pour en avoir mon passetemps,
Prenant mon plaisir çà, et là: 
Je ne sais rien moins, que cela. 
Qui dira que t'ai révélé 
Le feu long temps en moi celé 
Pour en toi voir si force il a: 
Je ne sais rien moins, que cela. 
Qui dira que, d'ardeur commune 
Qui les Jeunes gens importune, 
De toi je veux... et puis holà! 
Je ne sais rien moins, que cela, 
Mais qui dira que la Vertu, 
Dont tu es richement vêtu, 
En ton amour m'étincela: 
Je ne sais rien mieux, que cela. 
Mais qui dira que d'amour sainte 
Chastement au coeur suis atteinte, 
Qui mon honneur onc ne foula: 
Je ne sais rien mieux, que cela.

TITLE

RHYME a a *

Combien de fois ai-je en moi souhaité 
Me rencontrer sur la chaleur d'été 
Tout au plus près de la claire fontaine, 
Où mon désir avec cil se pourmène 
Qui exercite en sa philosophie 
Son gent esprit, duquel tant je me fie 
Que ne craindrais, sans aucune maignie, 
De me trouver seule en sa compagnie: 
Que dis-je: seule? ains bien accompagnée 
D'honnêteté, que Vertu a gagnée 
A Apollo, Muses, et Nymphes maintes, 
Ne s'adonnant qu'à toutes oeuvres saintes. 
Là, quand j'aurais bien au long vu son cours, 
Je le lairrais faire à part ses discours:
Puis peu à peu de lui m'écarterais, 
Et toute nue en l'eau me jetterais: 
Mais je voudrais, lors, quant et quant avoir 
Mon petit Luth accordé au devoir, 
Duquel ayant connu, et pris le son, 
J'entonnerais sur lui une chanson 
Pour un peu voir quels gestes il tiendroit: 
Mais si vers moi il s'en venait tout droit, 
Je le lairrais hardiment approcher: 
Et s'il voulait, tant soit peu, me toucher, 
Lui jetterais - pour le moins - ma main pleine 
De la pure eau de la claire fontaine, 
Lui jetant droit aux yeux, ou à la face. 
Ô qu'alors eût l'onde telle efficace 
De le pouvoir en Actéon muer, 
Non toutefois pour le faire tuer, 
Et dévorer à ses chiens, comme Cerf: 
Mais que de moi se sentît être serf, 
Et serviteur transformé tellement 
Qu'ainsi cuidât en son entendement, 
Tant que Diane en eût sur moi envie, 
De lui avoir sa puissance ravie. 
Combien heureuse, et grande me dirais! 
Certes Déesse être me cuiderais. 
Mais, pour me voir contente à mon désir, 
Voudrais-je bien faire un tel déplaisir 
À Apollo, et aussi à ses Muses, 
De les laisser privées, et confuses 
D'un, qui les peut toutes servir à gré, 
Et faire honneur à leur haut choeur sacré? 
Ôtez, ôtez, mes souhaits, si haut point 
D'avecques vous: il ne m'appartient point. 
Laissez-l'aller les neuf Muses servir, 
Sans se vouloir dessous moi asservir, 
Sous moi, qui suis sans grâce, et sans mérite. 
Laissez-l'aller, qu'Apollo je n'irrite,
Le remplissant de Déité profonde, 
Pour contre moi susciter tout le Monde, 
Lequel un jour par ses écrits s'attend 
D'être avec moy et heureux, et content.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Si j'aime cil, que je devrais haïr, 
Et hais celui, que je devrais aimer, 
L'on ne s'en doit autrement ebahir, 
Et ne m'en dût aucun en rien blâmer. 
Car de celui le bien dois estimer, 
Et si me fuit, comme sa non semblable: 
Mais de cestui le plaisir trop damnable 
M'ôte le droit par la Loi maintenu. 
Voilà pourquoi je me sens redevable, 
À celui-là, qui m'est le moins tenu.

RHYME a b a b b c c d c d

Si décharger je veux ma fantasie 
Du mal que j'ai, et qui me presse fort, 
On me dira que c'est la jalousie - 
Je le sais bien - qui fait sur moi effort. 
Mais qui pourrait être en propos si fort, 
Et d'arguments si vivement pourvu, 
Que ce que j'ai de mes propres yeux vu 
Soit une folle imagination 
Il fit accroire à mon sens dépourvu? 
Il me ferait grand'consolation!

RHYME a b a b b c c d c d

Ne vous fâchez, si à vous je me plains, 
Qui connaissez raison mieux que celui 
Pour qui souvent par mots de courroux pleins
Donner vous puis, en m'écoutant, ennui. 
Je ne le fais pour me plaindre de lui 
Qu'une autre en aie au vrai la jouissance: 
Mais certes j'ai grand'crainte, et déplaisance, 
Quand j'aperçois votre amitié déjoindre, 
Prenant sur lui égard, et connaissance, 
Qu'il me délaisse encor pour une moindre.

RHYME a b a b b c c d c d

Plus ne m'en chaut, la connaissant à l'oeil, 
Comme chacun, non plus belle, que bonne: 
Mais ce qui plus m'est grief sous le Soleil, 
Et qui mon âme ébahit, et étonne, 
C'est que par tout j'ois un bruit qui résonne, 
De quelque éclipse à mon Jour survenu, 
Mais bien à moi: car il m'a prévenu, 
Témoin n'en veux que la persévérance, 
Par qui il est tant allé, et venu, 
Où moins doutais en ma faible assurance.

RHYME a b a b b c b c

Comme mon Jour, il peut partout aller, 
Par une mode au Soleil coutumière: 
Lequel l'on voit monter, et dévaler, 
Tournant revoir sa région première. 
Car de ses rais à toutes fait lumière, 
Vu qu'elles ont d'ignorance la nuit: 
Mais il y est comme au feu la lumière: 
Plus elle est noire, et plus fort il reluit.

RHYME a b a b b c c d c d

Mon Jour était assis tout auprès d'une, 
L'entretenant à l'aise, et à repos, 
D'affection non autre, que commune,
Mais comme on vient d'un à autre propos. 
Voici Amour sur eux gai, et dispos, 
Portant un arc, et traits à la Grégeoise, 
Lequel lâcha deux mots à la Bourgeoise, 
Et au partir lui dit: callimera! 
Lors soupeçon en mon coeur mit grand noise, 
Doutant qu'il dît d'elle: qu'il l'aimera!

RHYME a b a b b c b c

Je le devais prendre à augure 
Que plus qu'elle il m'estimera, 
Et pour ma bonne aventure, 
Même qu'il est mon Imera, 
Comme disant qu'il m'aimera, 
Et que le verrai enflammer, 
Ainsi que cil qui premier a 
Mon coeur enflammé à aimer.

RHYME a b a b b c c d c d

C'est une ardeur d'autant plus violente, 
Qu'elle ne peut par Mort ni temps périr: 
Car la vertu est d'une action lente, 
Qui tant plus va, plus vient à se nourrir. 
Mais bien d'Amour la flamme on voit mourir 
Aussi soudain qu'on la voit allumée, 
Pour ce qu'elle est toujours accoutumée, 
Comme le feu, à force et véhémence: 
Et celle-là n'est jamais consumée: 
Car sa vigueur s'augmente en sa clémence.

RHYME a b a b b c c b

Je n'oserais le penser véritable, 
Si ce n'était pour un contentement, 
Qui fait sentir, et voir ce bien durable
Par la douceur qui en sort seulement. 
De tous les heurs c'est le commencement: 
J'en fais témoin le savoir estimable. 
Est-ce le bien qu'on dit tant incroyable? 
Je ne le crois, et le sais sûrement.

RHYME a b a b b c b c

En lieu du bien que deux soulaient prétendre, 
Je veux le mal toute seule porter: 
Puis que malheur ainsi me veut surprendre, 
Il est besoin qu'aprenne à supporter. 
Ô foi, amour, plaisir, se contenter, 
Ce n'est moyen de mon mal subvertir. 
Hélas, j'ai bien cause de regretter 
Ce qui soulait en deux se départir.

RHYME a b a b b c c d c d

Un seul je hais, qui deux me fait aimer 
Plus par pitié d'aveuglée jeunesse, 
Qui trouve doux ce que je trouve amer, 
Que par instinct d'amoureuse détresse, 
Laquelle toute au quatrième m'adresse, 
Le voyant tout en moi s'iniquiter. 
Parquoi, voulant envers tous m'acquitter, 
Contrainte suis - afin que ne m'écarte - 
Fuyant les trois, le quatrième quitter, 
Pour non trembler si grosse fièvre quarte.

RHYME a a b b c d c d

Aucuns ont dit la Théorique 
Être devant que la Pratique: 
Ce que bien nier on pouvait. 
Car qui fit l'art, jà la savait, 
Qui est un point qu'un Sophistique
Concéderait tout en dormant: 
Quant à moi je dis, pour réplique, 
Qu'Amour fut premier, que l'Amant.

TITLE

RHYME a b a b c c

Heureuse est la peine 
De qui le plaisir 
A sur foi certaine 
Assis son désir. 
L'on peut assez en servant requérir, 
Sans toutefois par souffrir acquérir 

RHYME a b a b c d c d e e

Ce que l'on pourchasse 
Par trop désirer, 
Dont en male grâce 
Se faut retirer. 
Car un tel service 
Ne prétend qu'au point, 
Qui par commun vice 
L'honneur pique, et point. 
Et ce travail en fumée devient 
Toutes les fois, que la raison survient, 

RHYME a b a b c d c d e e

Qui toujours domine 
Tout coeur noble, et haut, 
Et peu à peu mine 
Le plaisir, qui faut. 
Mais l'attente mienne 
Est le désir sien 
D'être toute sienne, 
Comme il sera mien. 
Car quand Amour à Vertu est uni, 
Le coeur conçoit un désir infini, 

RHYME a b a b c d c d e e

Qui toujours désire 
Tout bien haut et saint,
Qui de doux martyre 
L'environne, et ceint. 
Car il lui engendre 
Une ardeur de voir, 
Et toujours apprendre 
Quelque haut savoir: 
Le savoir est ministre de Vertu, 
Par qui Amour vicieux est battu, 

RHYME a b a b c d c d e e

Et qui le corrige, 
Quand dessus le coeur 
Par trop il s'érige 
Pour être vainqueur. 
C'est pourquoi travaille 
En moi cet espoir, 
Qui désir me baille 
Et voir, et savoir. 
Étant ainsi mon espoir assuré, 
Je ne crains point qu'il soit démesuré: 

RHYME a b a b c d c d e e

Mais veux bien qu'il croisse 
De plus en plus fort, 
À fin qu'apparoisse 
Mon coeur ferme, et fort. 
Et que toujours voie, 
Travaillant ainsi, 
Tenir droit la voie 
D'immortel souci. 
Si donc il veut en si haut lieu monter 
Qu'il puisse Amour en la Mort surmonter, 

RHYME a b a b c d c d 

Sa caduque vie 
Devra soulager 
D'une chaste envie 
Pour l'accourager. 
Ainsi m'accompagne 
Un si haut désir 
Que pour lui n'épargne 
Moi, ne mon plaisir.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

C'est un grand mal se sentir offensé, 
Et ne s'oser, ou savoir à qui plaindre: 
C'est un grand mal, voire trop insensé, 
Que d'aspirer, où l'on ne peut atteindre: 
C'est un grand mal que de son coeur contraindre, 
Outre son gré, et à sujétion: 
C'est un grand mal qu'ardente affection, 
Sans espérer de son mal allégeance: 
Mais c'est grand bien, quand à sa passion 
Un doux languir sert d'honnête vengeance.

TITLE

RHYME a b a b b c b c

Non que je veuille ôter la liberté 
À qui est né pour être sur moi maître: 
Non que je veuille abuser de fierté, 
Qui à lui humble et à tous devrais être: 
Non que je veuille à dextre et à senestre 
Le gouverner, et faire à mon plaisir: 
Mais je voudrais, pour nos deux coeurs repaistre, 
Que son vouloir fût joint à mon désir.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Point ne se faut sur Amour excuser, 
Comme croyant qu'il ait forme, et substance 
Pour nous pouvoir contraindre et amuser, 
Voire forcer à son obéissance: 
Mais accuser notre folle plaisance 
Pouvons-nous bien, et à la vérité,
Par qui un coeur plein de légèreté 
Se laisse vaincre, ou à gain, ou à perte, 
Espérant plus, que n'aura mérité 
Son amitié de raison moins experte.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Deux amis, joints par étroite amitié, 
Eurent, sans plus, une dissension: 
L'un soutenait - par raison la moitié - 
Que le Thuscan a plus d'affection: 
L'autre disait - par résolution - 
Que le Français parle plus proprement. 
Pour les vouloir mettre d'appointement, 
Je dis qu'ils sont tous deux beaux à décrire: 
Mais, pour en faire au vrai le jugement, 
Celui dépeint ce que cestui veut dire.

TITLE

RHYME a b a b a b c c

Vidi d'intorno del Parnaso fonte 
Per gratia di colei, che nulla asconde, 
Di gente piena tutto el piano e'l monte: 
E più vidi un, ch'en le sacrate sponde 
Stava de l'acque, e tre ghirlande assonte 
Havea d'un Lauro, ch'ombregiava l'onde: 
Tal ch'Apollo disse, come dir'suole, 
Questo sarà l'honor mio gran se vuole.

TITLE

RHYME a b a b a b c c

Colpa ne sei, Amor, se troppo volsi 
Aggiongendo alla tua bocca la mia: 
Ma se punir'mi vuoi di quel, che tolsi,
Fà che concesso il replicar mi sia: 
Che tal docezza in le tuoi labbia accolsi, 
Che fu lo spirto per partirsi via: 
Sò ch'al secondo bascio uscirà fuora: 
Bascia me adunque, se tu vuoi ch'i'muora.

TITLE

RHYME a b a b c c

Je suis la Journée, 
Vous, Amy, le Jour, 
Qui m'a détournée 
Du fâcheux séjour. 
D'aimer la Nuit certes je ne veux point, 
Pource qu'à vice elle vient toute à point: 

RHYME a b a b c d c d e e

Mais à vous toute être 
Certes je veux bien, 
Pource qu'en votre être 
Ne gît que tout bien. 
Là où en ténèbres 
On ne peut rien voir 
Que choses funèbres, 
Qui font peur avoir, 
On peut de nuit encor se réjouir 
De leurs amours faisant amants jouir: 

RHYME a b a b c d c d e e

Mais la jouissance 
De folle pitié 
N'a point de puissance 
Sur notre amitié, 
Vu qu'elle est fondée 
En prospérité 
Sur Vertu sondée 
De toute équité. 
La nuit ne peut un meurtre déclarer, 
Comme le jour, qui vient à éclairer 

RHYME a b a b c d c d e e

Ce que la nuit cache,
Faisant mille maux, 
Et ne veut qu'on sache 
Ses tours fins, et cauts. 
La nuit la paresse 
Nourrit, qui tant nuit: 
Et le jour nous dresse 
Au travail, qui duit. 
Ô heureux jour, bien te doit estimer 
Celle qu'ainsi as voulu allumer, 

RHYME a b a b c d c d 

Prenant toujours cure 
Réduire à clarté 
Ceux que nuit obscure 
Avait écartés! 
Ainsi éclairée 
De si heureux jour, 
Serai assurée 
De plaisant séjour.

TITLE

RHYME a b a b 

Amour avecques Psyché, 
Qu'il tenait à sa plaisance, 
Jouait ensemble aux échets 
En très-grand'réjouissance. 

RHYME a b a b 

Mais bien tôt il a ouï 
Bien loin lamenter un Cygne, 
De quoi peu s'est réjoui 
Et l'a pris pour mauvais signe: 

RHYME a b a b 

Laissons le jeu, je vous prie, 
Dit-il d'une voix amère, 
Et allons ouïr le cri 
Du messager de ma mère. 

RHYME a b a b 

Lors tous deux s'en vont bouter
À la prochaine fenêtre, 
Et leur vue droit jeter, 
Là où l'Oiseau pouvait être. 

RHYME a b a b 

Si ont vu, sur un étang 
Long et grand comme une Mer, 
Un beau Cygne pur et blanc, 
Qui chantait un chant amer: 

RHYME a b a b 

Ô Déesse, disait-il, 
Régnant au ciel Empirée, 
Par ton engin trop subtil 
Notre joie est empirée, 

RHYME a a b

Puis que par ta grand'envie 
Au malheureux Adonis Tu as abrégé la vie, 
Et sont ses beaux jours finis. 

RHYME a b a b 

Et notre pauvre Maîtresse 
Seule au bois il a laissée, 
De douleur et de détresse 
Mortellement offensée, 

RHYME a b a b 

Tant que plus ne veut porter 
Ni le vert, ni couleur gaie: 
Mais pour se réconforter 
À la mort en vain s'essaie. 

RHYME a b a b 

Lors l'Enfant à ces nouvelles 
Son épouse a accollée, 
Et, ébranlant ses deux ailes, 
En l'air a pris sa volée, 

RHYME a b a b 

Lequel tant il a fendu, 
Traversant mainte contrée, 
Qu'auprès il s'est descendu 
De sa mère rencontrée. 

RHYME a b a b 

Comme lui, sont arrivés 
Les Grâces, et ses deux frères, 
De toute joie privés, 
Et de tristesse confrères, 

RHYME a b a b 

Qui, pour donner allégeance
À la Déesse dolente, 
Ont tous juré la vengeance 
De la bête violente. 

RHYME a b a b 

Parquoi entrant dans le bois 
Chacun déploie sa Trousse, 
Mettant les chiens aux abois 
Pour donner au Porc la trousse, 

RHYME a b a b 

Mais si bien ont pourchassé 
Et continué leur suite, 
Que le Sanglier tout lassé 
N'a su où prendre la fuite, 

RHYME a b a b 

Parquoi toute la cohorte 
S'est étendue à l'entour, 
Et d'une corde bien forte 
Au col lui ont fait maint tour. 

RHYME a b a b 

L'un le traînait par la corde, 
L'aiguillonnant, et heurtant, 
L'autre sans miséricorde 
De son arc l'allait battant. 

RHYME a b a b 

Ainsi pris l'ont amené 
Devant Vénus éplorée, 
Qui pour lui a démené 
Complainte désespérée, 

RHYME a b a b 

Et tant de lui se doulait 
Que, sans plus vouloir attendre, 
Tout soudain elle voulait 
L'étrangler de sa main tendre. 

RHYME a b a b 

Mais les Grâces lui ont dit 
Qu'elle se ferait outrage, 
À fin qu'à ce contredit 
Elle apaisât son courage. 

RHYME a b a b 

Qui eût vu alors la bête, 
Comme morte elle semblait, 
Humblement baissait la tête, 
Tant de peur elle tremblait. 

RHYME a b a b 

Adonc sous un arbre épais
Vénus, de douleur troublée, 
A commandé faire paix 
À toute celle assemblée: 

RHYME a b a b 

As-tu, dit-elle au Sanglier - 
Qui était mal assuré, - 
Osé ainsi déplier 
Ton courroux démesuré? 

RHYME a b a b 

Qui t'a mû, bête insensée, 
D'avoir mon ami outré? 
Et, ce dit, comme offensée, 
Adonis lui a montré, 

RHYME a b a b 

Qui gisait tout étendu, 
La face décolorée, 
Dont maint soupir a rendu 
La pauvre Amante éplorée. 

RHYME a b a b 

Alors le Sanglier honteux 
S'est prosterné à genoux, 
Et, d'un son doux et piteux, 
S'est excusé devant tous, 

RHYME a b a b 

Disant: Déesse honorée, 
Pardonne-moi ce méfait: 
Car d'ire délibérée 
Ne t'ai cet outrage fait. 

RHYME a b a b 

Bien est vrai que, quand je vis 
La forme du Jeune enfant, 
Certes il me fut avis 
De voir un Dieu triomphant, 

RHYME a b a b 

Tant me donnait grand'merveille 
Sa chair blanche, et délicate, 
Et sa bouche plus vermeille 
Que n'est aucune Écarlate. 

RHYME a b a b 

Parquoi d'une ardeur surpris 
Je me laissai approcher, 
Me semblant un trop grand prix, 
Si je le pouvais toucher. 

RHYME a b a b 

Dont au contour d'une branche,
Pour mon ardeur apaiser, 
Découvrant sa cuisse blanche, 
Je la lui voulus baiser. 

RHYME a b a b 

Mais lui, trop chaud et ardent, 
Suivant sa course adressée, 
Se va jeter sur ma dent 
Que je tenais abaissée, 

RHYME a b a b 

Et tellement lui méchut, 
Qu'à celle heure trop perverse 
Au plus près de moi il chut 
Tout sanglant à la renverse. 

RHYME a b a b 

Mais j'atteste tous les Dieux, 
Juges de mon innocence, 
Que sur moi j'eusse trop mieux 
Désiré si grand offense. 

RHYME a b a b 

Et pource que la dent fit 
Si outrageux maléfice, 
Et que tant vers vous méfit, 
Je veux bien qu'on la punisse. 

RHYME a b a b 

Voici la dent, et la hure, 
Qui ont causé tel émoi: 
Las, de leur male aventure 
Prenez vengeance sur moi. 

RHYME a b a b 

Ainsi de l'offense grande 
Le pauvre Porc s'excusait: 
Et toutefois pour l'amende 
À la mort il s'accusait. 

RHYME a b a b 

Si grande était la douleur 
Et le regret qu'il souffrait, - 
Comme cause du malheur, - 
Qu'à tout tourment il s'offrait. 

RHYME a b a b 

Parquoi toute l'assistance 
Vont à Vénus supplier 
De mitiguer sa sentence, 
Et son courroux oublier: 

RHYME a b a b 

Déliez-le donc, dit-elle,
Puis que pour mon Ami mort 
Il s'accuse à mort cruelle, 
Ayant de son fait remords. 

RHYME a b a b 

Mais qu'il jure qu'ès forêts 
Jamais plus il n'entrera, 
Ains qu'en boues, et marais, 
Toujours il se vautrera. 

RHYME a b a b 

Et afin que désormais 
Se souvienne du méfait, 
Je veux qu'il porte à jamais 
Une marque de son fait: 

RHYME a b a b 

C'est qu'en terre l'étendrez, 
Et, pour réparer l'injure, 
Les pieds autant lui fendrez 
Que la plaie a d'ouverture, 

RHYME a b a b 

À fin que par ce moyen 
Ceux qui le rencontreront 
Entendent le malheur mien, 
Dont, peut-être, pleureront. 

RHYME a b a b 

De Vénus ce mot sacré 
Ne fut point hors de sa bouche 
Que la bête de son gré 
Dessus la terre se couche, 

RHYME a b a b 

Et souffrit patiemment 
Exécuter la sentence: 
Puis, debout, bien humblement 
Remercia l'assistance. 

RHYME a b a b 

Et, pour montrer qu'il voulait 
Que l'on sût sa déplaisance, 
N'a depuis, comme il soulait, 
Aux bois fait sa demeurance.

TITLE

RHYME a b a b b c b c

Toute personne assez jeune, et moins docte 
Qu'il ne faudrait pour s'expérimenter, 
Par une mode et ignorante et sotte 
Voudra toujours son pareil fréquenter: 
Mais un coeur haut tâchera de hanter 
Où il verra sa perfection pleine, 
À celle fin que, pour se contenter, 
Tout bien lui soit usure de sa peine.

TITLE

RHYME a b a b b c c d c d

Celle clarté mouvante sans ombrage, 
Qui m'éclarcit en mes ténébreux jours, 
De sa lueur éblouit l'oeil volage 
À l'inconstant, pour ne voir mes séjours: 
Car, me voyant, m'eût consommé toujours 
Par les erreurs de son errante flèche. 
Parquoi l'esprit, qui désir chaste cherche, 
En lieu de mort a eu nouvelle vie, 
Faillant aux yeux - dont le corps souffrant sèche - 
De mes plaisirs la mémoire ravie.

TITLE

RHYME a a *

Ami, je n'ai Laquais, ni Page, 
Qui bien sût faire mon message, 
Ne telle chose raconter 
Que me sens au cerveau monter
En cette plaine, et bel espace. 
Mon Dieu, comme le monde passe 
En oisiveté par simplesse! 
Ne voit-on point tant de sagesse 
Que le plus fol demeure maître? 
Il n'y a rien si beau, que d'être 
Auprès de quelque beau donneur. 
Serait-ce pas grand déshonneur 
De la laisser ainsi pucelle? 
Je ne dis pas que ce fût elle 
Qui m'a donné l'occasion. 
Cherchons autre occupation 
Pour parvenir à la légère: 
Car voulentiers une étrangère 
Sera toujours la mieux venue, 
Pour autant que, quand elle est nue, 
Elle change d'accoutrement: 
Comme celui qui point ne ment, 
Quand il s'excuse sur un compte. 
Nul n'est tenu de rendre compte - 
Après la paye - du reçu. 
Ô qu'il est bien pris, et déçu, 
Le doux Pigeon aux Tourterelles! 
Laissons cela: ce sont querelles 
Que les Grecs eurent aux Troyens. 
On ne vit onc tant de moyens 
Depuis que le tabourin sonne. 
Qui saurait comme l'eau de Saône 
Fait le beau teint aux Damoiselles 
Tant de peine ne prendraient celles 
À distiller pour se noircir - 
Je voulais dire: à s'éclaircir - 
Leur blanche et délicate peau. 
À mal juger ne faut appeau: 
Puis qu'on n'en paye que l'amende: 
Celui qui me doit, me demande!
Mais c'est chose par trop notoire, 
Que l'on nous peut bien faire croire, 
Qu'une robe faite à l'antique 
Ne montre le corps si étique, 
Bien qu'il soit un petit trop juste 
Pour courtisaner la buste. 
Mais j'en croirais plus tôt la preuve 
De son ami, quand il la treuve 
Sur le fait de la piperie. 
C'est ce qui perd la confrérie 
De saint Amour, qui nous surprend, 
Puis qu'en lieu de donner on prend. 
Or à Dieu donc, lâche journée, 
Puis qu'elle est jà tant séjournée, 
Que l'on n'en corne plus la prise: 
Tant y va le pot qu'il se brise, 
Qui nous fait après bon métier. 
S'elle savait bien le métier, 
On ne craindrait point le danger 
De ce plaidoyeur étranger: 
Mais qu'on le plume sans mentir 
Avant qu'il le puisse sentir.

TITLE

RHYME a b a
RHYME-POEM a b a

La nuit était obscure, triste et sombre, 
Toute tranquille, et prête à maléfice, 
Tous animaux reposant sous son ombre: 

RHYME a b a
RHYME-POEM b c b

Mais mon esprit, très-prompt à son office, 
Ne permettait au corps de sommeiller 
Un tant soit peu pour chose que je fisse. 

RHYME a b a
RHYME-POEM c d c

Parquoi, contrainte en mon lit de veiller, 
Entrai si fort en contemplation,
Qu'on ne m'eût su en veillant réveiller: 

RHYME a b a
RHYME-POEM d e d

Lors travaillant l'imagination 
Je discourais plus avant que les Cieux 
Avecques douce, et longue passion. 

RHYME a b a
RHYME-POEM e f e

Avis m'était qu'en lieu délicieux 
Je me trouvais, avec un si grand aise, 
Que souhaiter je n'eusse su de mieux. 

RHYME a b a
RHYME-POEM f g f

Car en ce lieu tout bruit, tout cri s'apaise, 
Et n'oit-on rien, dont fort je m'ébahis, 
Qui me donna quelque peu de malaise. 

RHYME a b a
RHYME-POEM g h g

Pour m'enquérir découvrais le pays, 
Et ne voyais que figures horribles, 
Monstres du monde et de mon Jour haïs. 

RHYME a b a
RHYME-POEM h i h

Comment, ô Dieux, ces bêtes tant terribles 
Peuvent, disais-je, ici vivre en silence? 
Choses de croire à moi trop impossibles. 

RHYME a b a
RHYME-POEM i j i

Car elles sont aptes à violence, 
Et, à les voir, ennemies de paix 
Les jugeriez par leur impatience. 

RHYME a b a
RHYME-POEM j k j

Ainsi long temps d'envie je me pais, 
Et de désir, d'entendre un peu leur être, 
Dont à présent, pour un peu, je me tais. 

RHYME a b a
RHYME-POEM k l k

Car je vois là venir à main senestre 
Une grand'Dame, à qui font révérence 
Maint Laboureur, Noble, Marchand et Prêtre. 

RHYME a b a
RHYME-POEM l m l

Car elle était de si belle apparence 
Que, pour pouvoir à elle parvenir, 
L'un ne faisait à l'autre différence. 

RHYME a b a
RHYME-POEM m n m

Mais bien voyais de tous côtés venir 
Un si grand peuple, et gens à si grand nombre, 
Que de leurs noms ne me puis souvenir. 

RHYME a b a
RHYME-POEM n o n

Et tant étaient, qu'ils se faisaient encombre 
Pour celle Dame attoucher, et puis suivre, 
Comme captifs, et joyeux de son ombre. 

RHYME a b a
RHYME-POEM o p o

Plus la suivaient, plus la voulaient poursuivre: 
Son seul regard si fort les délectait,
Qu'ils ne pouvaient, sans elle, une heure vivre. 

RHYME a b a
RHYME-POEM p q p

Une grand'Reine à son côté était - 
Deux, ou trois pas toutefois plus arrière - 
Qui sceptre d'or, et couronne portait. 

RHYME a b a
RHYME-POEM q r q

Mais elle allait d'une mode si fière, 
Et d'un orgueil si roguement enflée, 
Que de parler d'elle donnait matière. 

RHYME a b a
RHYME-POEM r s r

Et toutefois la plus part à l'emblée 
Des poursuivants à la Dame adressait: 
Parquoi vers elle accourait l'assemblée. 

RHYME a b a
RHYME-POEM s t s

Le plus souvent pour eux elle oppressait 
Tous ceux, qui d'elle au fort ne faisaient compte, 
Et au besoin à part les délaissait. 

RHYME a b a
RHYME-POEM t u t

Mais au contraire elle était si très-prompte 
Pour avancer tous les favorisés, 
Qu'elle faisait à tous les autres honte. 

RHYME a b a
RHYME-POEM u v u

Parquoi les siens, étant ainsi prisés, 
Ne craignaient point souvent à repousser 
Ceux qui n'étaient par elle autorisés. 

RHYME a b a
RHYME-POEM v w v

Dont en peu d'heure elle vint à hausser, 
Et tellement son grand pouvoir étendre, 
Que les plus loin craignaient la courroucer. 

RHYME a b a
RHYME-POEM w x w

Et mêmement qu'elle faisait entendre 
À la grand'Dame, à croire trop facile, 
Qu'elle pouvait sur les Rois entreprendre, 

RHYME a b a
RHYME-POEM x y x

Et qu'il n'était chose tant difficile, 
N'engin si dur réduit, sous son pouvoir, 
Qui ne devînt incontinent docile. 

RHYME a b a
RHYME-POEM y z y

Or la grand'Dame - à parler au devoir - 
Était aveugle en sa méconnaissance, 
Et ne voulait ses fautes point savoir: 

RHYME a b a
RHYME-POEM z A z

Et pour autant en sa grande puissance 
Se reposait sur cette avare Reine, 
Remettant tout en elle sa fiance, 

RHYME a b a
RHYME-POEM A B A

Qui, par sa face attrayante, et sereine, 
Dessus la terre, et la ronde Machine
En peu de temps la rendit souveraine: 

RHYME a b a
RHYME-POEM B C B

Vu qu'une Vieille hideuse, et qui rechine 
Toujours des dents de ses mains embridés, 
Sèche, et jaunâtre, à courbe, et longue échine, 

RHYME a b a
RHYME-POEM C D C

Joue enfoncée, yeux rouges tout ridés, 
Ce néanmoins soigneuse, et diligente 
À appeler les plus outrecuidés, 

RHYME a b a
RHYME-POEM D E D

Pour sa moitié était demi-Régente 
Pour cette Reine au besoin soulager, 
Car à servir ne fut onc négligente. 

RHYME a b a
RHYME-POEM E F E

Cette en ce point venait accourager 
Ceux de sa sorte, et si bien leur aidait, 
Qu'ils venaient tous de haine à enrager. 

RHYME a b a
RHYME-POEM F G F

Tout chacun - presque - à les ensuivre ardait: 
Mais à l'écart séait une autre Dame, 
Qui les mieux nés gentiment retardait. 

RHYME a b a
RHYME-POEM G H G 

La face avait rouge, comme une flamme, 
Et toutefois d'une masque couverte, 
Se tenant loin de celle gent infame: 

RHYME a b a
RHYME-POEM H I H

En faits discrète, et en parler diserte, 
Sur la grand'Dame ayant toujours l'oeil droit, 
Maugré la Reine à l'avarice experte: 

RHYME a b a
RHYME-POEM I J I

Ceux qui fuyaient le faux, aimant le droit, 
La suivaient tous, et la tenaient de près, 
Dont ils étaient loués en maint endroit, 

RHYME a b a
RHYME-POEM J K J

Bien que souvent par les malins d'auprès 
Fussent moqués secrètement à part 
Et en public, par mots et signe exprès; 

RHYME a b a
RHYME-POEM K L K

Mais la grand'Dame, allant en mainte part 
Toujours tournait sa vue çà et là, 
Dont ils avaient, maugré la Reine, part. 

RHYME a b a
RHYME-POEM L M L

Et tellement qu'elle, voyant cela, 
Pour les ouïr les faisait approcher: 
Car onc à nul elle ne se cela. 

RHYME a b a
RHYME-POEM M N M

Quand quelqu'un d'eux la pouvait attoucher, 
Et bien au long son vouloir lui déduire,
Elle l'avait, plus que les autres, cher: 

RHYME a b a
RHYME-POEM N O N

Tant qu'ils venaient par sa clarté à luire 
Par dessus tous, vu qu'elle les voyait 
Ne la vouloir par les autres séduire. 

RHYME a b a
RHYME-POEM O P O

Aussi déjà trop elle s'ennuyait 
Des importuns, et de leur grande audace, 
Parquoi le plus elle les renvoyait. 

RHYME a b a
RHYME-POEM P Q P

Lors voyait-on chacun leur faire place, 
Bien que parfois les plus malicieux 
Les empêchaient par fait, ou par menace; 

RHYME a b a
RHYME-POEM Q R Q

Et çà et là couraient ambitieux, 
Qui, machinant, d'un accord se rangeaient 
Contre les bons avec les envieux; 

RHYME a b a
RHYME-POEM R S R

Mais à la fin de dépit enrageaient: 
Car, où la Dame honteuse s'approchait, 
Comme confus, par les siens s'étrangeaient. 

RHYME a b a
RHYME-POEM S T S

La Vieille alors ses cheveux arrachait 
De grand'douleur, et de fine détresse, 
Et à gagner contre eux elle tâchait. 

RHYME a b a
RHYME-POEM T U T

En telle foule, et si confuse presse 
D'elles chacune à son profit regarde, 
Mais complaisant toujours à sa Maîtresse. 

RHYME a b a
RHYME-POEM U V U

Tant les suivis, qu'en fin je me pris garde 
De Monstres maints horribles, et difformes, 
Que la grand'Dame avait là pour sa garde: 

RHYME a b a
RHYME-POEM V W V

Lesquels, combien que de diverses formes 
Ils fussent tous, et sans être semblables, 
Si étaient- ils à mal faire conformes. 

RHYME a b a
RHYME-POEM W X W

M'ébahissant que ces gens misérables 
N'avaient horreur, pour un si vain désir, 
De fréquenter à l'entour de ces Diables, 

RHYME a b a
RHYME-POEM X Y X

Si m'en enquis au long, et à loisir, 
D'un poursuivant qui d'ardeur périssait 
Pour parvenir au but de son plaisir. 

RHYME a b a
RHYME-POEM Y Z Y

Mais la clarté qui tant plaisante issait, 
Ce me dit-il, des yeux de la Princesse,
Tous poursuivants en sorte éblouissait 

RHYME a b a
RHYME-POEM Z 0 Z

Que, plus suaient, et travaillaient sans cesse, 
Plus ce travail leur était grand repos, 
Et tout tourment leur servait de liesse. 

RHYME a b a
RHYME-POEM 0 1 0

Encor que point n'eussent à tous propos 
Si bon aspect d'elle qu'ils espéraient, 
Si n'étaient- ils pour cela moins dispos: 

RHYME a b a
RHYME-POEM 1 2 1

Ains que toujours après ils tâcheraient, 
Sans regarder que leur destruction, 
En temps perdu les désespéreraient. 

RHYME a b a
RHYME-POEM 2 3 2

Parquoi, voyant leur grand'confusion, 
Je ne me peux tenir alors de rire, 
Bien que sentisse être une illusion: 

RHYME a b a
RHYME-POEM 3 4 3

Et d'une joie entremêlée d'ire, 
Non seulement me pris à détester 
Ces Monstres vains, mais très- bien les maudire: 

RHYME a b a
RHYME-POEM 4 5 4

Vu qu'ils venaient le monde inquiéter, 
Et si ne sont d'eux-mêmes moins qu'une ombre, 
Qui le cerveau nous vient à hébéter, 

RHYME a b a
RHYME-POEM 5 6 5

Au libre arbitre étant fâcheux encombre 
Pour colorer notre concupiscence, 
Nos vains désirs, et folies sans nombre. 

RHYME a b a
RHYME-POEM 6 7 6

Et, nonobstant qu'ils n'aient aucune essence, 
Par une folle imagination 
Nous en faisons notre vraie science. 

RHYME a b a
RHYME-POEM 7 8 7

Ô misérable est la condition 
De nous, humains, laquelle est toujours prompte 
A inventer notre perdition! 

RHYME a b a
RHYME-POEM 8 9 8

Mais sur ce point je vois l'aube qui monte 
Chassant bien loin cette tourbe nuisante 
De Vaine gloire, Ambition, et Honte: 

RHYME a b a b
RHYME-POEM 9 10 9 10

Si m'éjouis en la clarté plaisante 
De mon clair Jour, que je vis apparaître, 
Pour éclaircir ma nuit très-mal plaisante, 
Comme il se fait assez de soi connaître.

TITLE

RHYME a a *

Si c'est Amour, pourquoi m'occit-il donc, 
Qui tant aimai, et haïr ne sus onc? 
Et s'il m'occit, pourquoi plus outre vis? 
Et si ne vis, pourquoi sont mes devis 
De désespoir et de plaints tous confus? 
Meilleur m'était, soudain que né je fus, 
De mourir tôt que de tant vivre, même 
Que mortel suis ennemi de moi-même: 
Et ne puis, las, et ne puis vouloir bien, 
Ne voulant celle, en qui gît l'espoir mien: 
Et ne puis rien, fors ce que veut la dame, 
De qui suis serf de coeur, de corps, et d'âme. 
Étre ne peut mon mal tant lamenté, 
Que de plus grand ne soye tourmenté: 
Et ne pourrais montrer si grand'douleur, 
Qu'encor plus grand ne celât mon malheur. 
Las! je ne suis prisonnier, ni délivre: 
Et ne me tient en espoir, ni délivre 
Mon bien servir, qui de mort prend envie. 
Je ne suis mort, ni je ne suis en vie, 
Me contraignant à plaindre mon malaise: 
Et raison veut toutefois que me taise 
Pour n'offenser ce que servir désire, 
Qui mon vouloir en mille parts dessire. 
L'âme connaît que de si très-bas lieux, 
Dont mes grands pleurs montent jusques aux yeux, 
Jamais les voix ne peuvent être ouïes, 
Ni en hauteur si grande réjouies:
Car ce mien feu, qui peu à peu me fond, 
Est dans mon coeur allumé si profond, 
Qu'il ne peut pas, bien qu'il soit grand, reluire 
Devant les yeux qui, pour mal me conduire, 
Font le Soleil de grand'honte retraire: 
Ainsi je meurs, étant contraint me taire. 
Pour moi ne vois remède suffisant, 
Ne pour ma peine aucun moyen duisant: 
Car mon désir a peur de désirer, 
Qui tant plus croît, tant plus fait empirer 
Ce mien espoir, qui peu à peu me faut, 
Et toutefois en moi point ne défaut, 
Ni s'amoindrit ma grande passion: 
Mais toujours croît par obstination. 
La Mort me suit, non pour paix me donner, 
Mais seulement pour ne m'abandonner: 
Aussi celle est, qui pallie, et adombre 
De mes travaux un non guère grand nombre: 
Parquoi je dis - sans ailleurs recourir - 
Qu'on peut trouver plus grand mal que mourir; 
Mais bien meilleur est mourir à qui aime 
En grand'douleur, et peine tant extrême. 
Car, vivant, faut - misérable - qu'il sente 
Les grands douleurs de la peine présente, 
Ayant toujours du passé souvenir; 
La crainte aussi de celles à venir 
Incessamment lui redouble sa peine: 
Parquoi sa foi est en espoir bien vaine. 
Chétifs Amants! aucun ne dût s'offrir 
À telle ardeur, peine à douleur souffrir 
En un espoir - plus vain que l'on ne pense - 
D'une, peut-être, ingrate récompense: 
Car de l'amour la force tant aiguë 
Pour bien servir ne peut être vaincue. 
Et plusieurs fois - et à la vérité - 
On voit celui, qui a moins mérité,
Être, pour vrai, le mieux récompensé, 
Qui ne dût être à tel bien dispensé. 
En telle guerre, où vertu sert de vice, 
Ne vaut avoir ferme foi, ni service. 
Puis donc qu'on m'ôte, et denie victoire 
Qui m'était due, il est par trop notoire 
Que là où meurt, et où gloire dévie, 
C'est gloire aussi que tôt meure la vie. 
Aussi, ô Dieux, avec cette mort mienne, 
Mourront mes maux, et ma plaie ancienne, 
Mon espérance, et désir obstiné, 
Et mon arbitre en mal prédestiné, 
Mon mal, ma peine avec mes fâcheries, 
Amour aussi avec ses tromperies.

TITLE

RHYME a a *

Si l'on pouvait par un repentir cher 
Donner remède, et quelque exploit chercher 
Aux maux reçus, et dommages passés, 
Certainement j'en demourrais assez 
Au dit de ceux qui sont persévérants 
En leur amour, sans sortir hors des rangs: 
Et qui - vraiment - sont de telle excellence 
Qu'en eux vertu, par longue patience 
S'évertuant, plus fort se glorifie; 
Nature aussi du tout s'y fortifie, 
Et tellement que, dessus eux, Fortune 
N'a nul pouvoir, et n'a puissance aucune, 
Sinon d'autant que le veut et commande 
L'injuste Amour, qui raison ne demande. 
Mais que te vaut? Tu décharges ta Dame 
En l'accusant, et en lui donnant blâme
L'honores mieux. Vitupérant la loues; 
La déniant, plus fort tu la t'avoues. 
Et si tu veux, comme dure et cruelle, 
La blasonner, par raison naturelle 
Tu la viendras, comme juste, adorer, 
Et en ton coeur sa vertu odorer. 
Car ce qui dût le noeud lier, le soud: 
Ce qui devrait bien fort contraindre, absout; 
Et ce que plus on détraint, et délie, 
C'est ce qui plus éternellement lie. 
La hauteur sienne, où son coeur se pourmène - 
Qui la démontre être douce, et humaine - 
La contraint être en voulenté très-rude, 
Comme confite en toute ingratitude. 
Mais elle feint, contre le sien vouloir, 
D'avoir d'amour un constant nonchaloir: 
Car son désir, et la crainte d'injure 
Vainc ton servir, qui à t'aimer l'adjure. 
Parquoi ces parts, qui en toi sont amables 
D'honnêteté, se font déraisonnables. 
Et son amour très-sage contredit 
À ton vouloir de raison interdit. 
Son sens aigu, son mûr entendement 
Connaît assez valeur apertement, 
Et qui l'incite, et jour et nuit convie 
À te vouloir bien, et heureuse vie, 
Et, s'il n'était honte, qui la révoque, 
Elle userait d'une amour réciproque. 
Mais quoi? Raison a sus elle pouvoir, 
La détournant de faire son devoir, 
Et la retient à non te satisfaire, 
Combien qu'elle eût voulenté de ce faire. 
Ainsi tu peux en ton ardeur choisir 
Et joie, et deuil, plaisir, et déplaisir, 
Doux, et amer, faveur, et défaveur, 
Désappétit, révoquée faveur.
Donc, ô Amant, prends en toi réconfort, 
Et contre Amour veuille-toi montrer fort. 
Ne permets point que désespoir dispute 
Contre ton sens: mais à guerdon répute, 
Voire à très-grande et juste récompense, 
Qu'il lui déplaît, toutes fois qu'elle pense 
Que tu n'as mal que pour lui vouloir bien, 
Dont tu ne peux guérir sans son moyen. 
Réjouis-toi, et veuille t'estimer, 
Vu que de toi elle se souffre aimer, 
T'ayant toujours au devant de ses yeux, 
Et que, de coeur plus triste que joyeux, 
Tes plaintes voit, et sans dédain les lise, 
D'elles aussi les piteux mots élise, 
Et que pour toi, elle a daigné mouvoir 
La sienne main à te faire savoir 
Sa tendre en toi et grand'compassion, 
Te déclarant par son affection 
Chose à autrui non jamais accordée, 
Ni par fortune en discord recordée. 
Or considère en outre que, depuis 
Que tu as mis sus elle tes appuis 
Et dédié ta totale fortune, 
Tu es venu trop plus haut que la Lune 
En los, et bruit, et honorable fame: 
Et tu te veux laisser choir en diffame! 
Va! remercie, et te prosterne en face 
Devant les Cieux, qui t'ont fait cette grâce 
D'être venu en ce temps, pour la voir 
Telle où Nature a mis tout son savoir: 
Telle pour qui, pour non la voir, plaindront 
Tous Siècles saints, qui après toi viendront. 
Ne cherche point remède à prendre fin, 
N'à te priver de sa présence, afin 
Que de ta mort la nouvelle piteuse 
Ne lui causât douleur, et vie honteuse!
S'elle te veut avec pitié pourvoir, 
Ne dois-tu point plus tôt désirer voir 
La tienne mort avec le sien honneur 
Que voir sa coulpe, et ta vie en bon heur? 
Et si elle est pour ta douleur en peine, 
Ou en souci, tiens pour chose certaine 
Que son vouloir raisonnable conteste 
À satisfaire à ton vouloir moleste. 
Aye douleur de sa peine et misère, 
La déchargeant de coulpe si légère: 
Préfère aussi sa sainte renommée 
À vie étant de toi tant peu aimée. 
Conforte-toi, qu'elle est seule la cause 
De ton travail, qui ne peut trouver pause. 
Conforte-toi par propos immortel, 
Que de ton mal le fondement est tel 
Que seulement pour avoir mis si haut 
Le tien désir, et l'espoir, qui te faut, 
Cela te donne assez de récompense 
De ton travail. Pour autant doncques pense 
Qu'en cette soif et altération 
Tu peux avoir réfrigération. 
Car le tourment, que tu souffres pour elle, 
Etre te doit joie continuelle 
À ton esprit, et doux contentement, 
Et au travail très-grand allègement. 
Car il n'est rien, tant soit grand, en ce monde, 
Qui vaille autant, que ce mal, qui t'abonde. 
Or te soit donc triomphante victoire 
D'être vaincu d'elle, qui est ta gloire. 
S'elle te tient, et vainc pour son captif, 
Son coeur sera au tien plus intentif. 
S'elle te tient sous condition serve, 
À quelque fin, peut-être, te réserve. 
Laisse-lui donc, toi étant sien, la cure 
De ce qu'elle a, et à soi se procure.
Laisse-lui donc le soin et pensement 
De ce qu'est sien: car naturellement 
On ne veut point voir la perdition 
De ce qu'on a en sa possession.

TITLE

RHYME a b a b b c b c

Amour, craignant qu'ayez abandonné 
Lui et son train, en éloignant sa cour, 
Soudainement m'a ce paquet donné, 
Me commandant par le chemin plus court 
Vous faire entendre, ainsi que le bruit court, 
Qu'il n'y aura de vous belle ni laide 
- Si ainsi est - qu'il ne laisse tout court 
Pleurer en vain son secours et son aide.

RHYME a b a b c c d d

J'ai dépêché hâtivement 
Ce Courrier, pour tant seulement 
Vous aller deux petits mots dire, 
Que je n'ai eu loisir d'écrire. 
Si lui donnez créance et foi, 
Comme vous voudriez faire à moi 
Par celui qui, dessous ses ailes, 
Range le coeur des Damoiselles.

RHYME a b a a b a b b c c

Amour, qui au vif m'a tâté 
Du haut renom de vos louanges, 
M'a de si loin, et tant, hâté 
Que, sans craindre chemin gâté 
De tant de pluies et de fanges, 
Et sans dormir que tout bâté, 
Suis venu voir vos faces d'Anges, 
Que je trouverais bien étranges, 
Si, après avoir tant couru, 
Je n'étais de vous secouru.

RHYME a b a b b c b c

Si vous voulez qu'Amour, ce puissant Dieu, 
Aye chez vous tant soit petite place: 
Certes il veut loger tout au milieu, 
Et plus haut lieu de votre bonne grâce. 
Si le voulez, je vous puis dire en face 
Que, nonobstant que je sois son Courrier, 
Si veut-il bien que tant vers vous je fasse, 
Que je lui serve à présent de fourrier.

RHYME a b a b b c b c

Ce petit Dieu, qui s'est fait maître 
Des tendres coeurs des Damoiselles, 
M'a fait, je ne sais comment, naître 
Un doux espoir plein d'étincelles, 
Que, qui court pour Dames si belles, 
Ne souffre travail ni émoi. 
S'il est vrai, je ne veux pour elles 
Epargner mon cheval, ni moi.

TITLE

RHYME a b a b b c b c

Qui voudra bien contempler l'Univers, 
Où du grand Dieu le grand pouvoir abonde 
En éléments, et animaux divers, 
En Ciel, et Terre, et Mer large et profonde, 
Vienne voir l'homme, où la machine ronde 
Est toute enclose, et plus, qui bien le prend. 
Car pour soi seul en ce sien petit monde 
À tout compris, celui qui tout comprend.

TITLE

RHYME a a *

Tu te plains que plus ne rimasse, 
Bien qu'un temps fut que plus aimasse 
À étendre vers rimassés, 
Que d'avoir biens sans rime assez: 
Mais je vois que qui trop rimoye 
Sus ses vieux jours enfin larmoye. 
Car qui s'amuse à rimacher 
À la fin n'a rien à mâcher. 
Et pource, donc, rime, rimache, 
Rimone tant et rime hache, 
Qu'avecques toute ta rimaille 
N'aies, dont tu sois marri, maille: 
Et tu verras qu'à ta rimasse 
Comme moi feras la grimace, 
Maudissant et blâmant la rime,
Et le rimasseur qui la rime, 
Et le premier qui rimona 
Pour le grand bien qu'en rime on a. 
Et tu veux qu'à rimaillerie 
Celui qui n'aura maille rie? 
Je te quitte, maître rimeur, 
Et qui plus a en sa rime heur, 
En rime los, en rime honneurs 
Ensemble tous tels rimoneurs.

